ET SUR SON ETAT ACTUEL (A
Présenté à V Empereur, en son Conseil d'Etal, le 20 février \^(S%, par la Classe dlmtoire et de Httéruture ancienne de V Institut (1),
Le tableau général du progrès des connaissances humaines pourrait paraître incomplet, si l'étude de l'homme lui-même , de ses facultés et de ses devoirs , n'y était placée comme le lien commun de toutes les autres études. En effet , la pliilosophie est, aux yeux des hommes éclairés, non l'opinion d'une secte, le système d'un individu, l'esprit d'un moment ou d'un siècle, la devise d'une classe particulière d'écrivains , mais bien cette science antique qui se place à l'origine de toutes les autres, et qu'on pourrait appeler la science mère, dont les traditions se sont conservées au travers des erreurs , des exagérations contraires , et des abus mêmes commis en son
(1) Paris, Imprimerie impériale, J8I0.
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nom; cette science qu'on vit dafis les tetnps les plus reculés éclairer l'Inde , l'Egypte , l'Orient tout entier, illustrer la Grèce, et associer ses paisibles succès, sur cette terre heureuse , à toutes les palmes de la gloire et du génie; lutter ensuite, dans l'empire des t'é&arsi, contre Jia déca* dence des mœurs , des lumières et des lois , s'honorer des proscriptions que dirigèrent contre elle les Néron et les Domitien , monter sur le trône avec les Antonins , s'allier bientôtavec Fauguste religion de l'Évangile en rendrait hoommge à ses bienfaits, rallumer au sortir des ombres de la barbarie le flambeau des sciences , inspira*, diriger leurs premiers pas; qu'on a vue enfin, dans les derniers siècles, donner au monde un Bacon , un Descartes , un Leibniz , et remontant à l'origine des connaissances humaines, en pénétrer la nature , en tracer la méthode , ouvrir au génie une nouvelle voie , et présider à la grande époque des découvertes.
C'est d'après ces illustres exemples , c'est sur le type qu'ils ont laissé , que nous devons fixer la règle et la mesure des progrès obtenus ou que nous devons du moins apprécier les intentions et les efforts. Nous le déclarons donc , en nous félicitant de trouver une aussi mémorable circonstance pour cette déclaration publique , nous n'avouons pour philosophes que ceux-là seulement qui se sont pénétrés de l'esprit de ces grands modèles ; qui» en tendant au même but, se sont
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montrés dignes de suivre les mêmes traces. Nous n'avouons qu'une seule philosophie , comme il n'en existe qii'une seule de véritable. Ses fondements sont dans la connaissance de nous-mêmes; notre perfectionnement intellectuel et moral est son but. Si , par une critique sévère , elle s'efforce de séparer la vérité de l'alliage impur des préjugés et de Terreur , c'est pour donner à celle-là une garantie nouvelle, en légitimant les caractères de la certitude. Placée au centre du système des connaissances humaines, elle en éclaire les rapports, elle en fonde l'harmonie, elle en jBxe les premiers principes ; elle prête à toutes les sciences des nomenclatures , des méthodes ; elle crée à elle seule le plus utile des arts, celui qui est nécessaire à tous les hommes et dans tous les moments de la vie , celui de penser sainement et de se conduire avec sagesse. Amie des mœurs, elle étudie le cœur de l'homme, le mouvement des passions; elle met daus toute leur évidence les maximes primitives et éternelles qui fondent nos devoirs. Amie des lois, elle leur assure une obéissance éclairée et raisonnable , la seule qui soit digne des bonnes lois ; elle enseigne le respect à l'ordre établi , rappelle les hommes aux instructions de l'expérience, et repousse les innovations téméraires. Amie des idées religieuses , elle a reçu l'auguste mission d'annoncer l'Être des êtres à la raison de l'homme , de servir d'interprète au témoi-
gnage unanime de la nature. Comment n'honorerait-elle pas le culte qui développe cette auguste vérité , et qui ennoblit Thomme en relevant à son auteur 2
Si des esprits ambitieux s'autorisent de son nom pour accréditer dans la société des systèmes arbitraires , elle les désavoue ; s^îls Rempruntent pour introduire des doctrines funestes, elle les condamne. Si des hommes ignorants et aveugles calomnient ses honorables travaux , elle méprise leurs efforts, elle plaint leur égarement, et elle dédaigne de leur répondre ; car ils sont incapables de l'entendre, et elle est elle-même assez justifiée par le noble but qu'elle se propose.
En général , la philosophie ne peut aspirer à des découvertes aussi éclatantes et aussi rapides que celles qu'obtiennent quelquefois les sciences physiques. Son principal objet est d'éclaircir les doutes , de rectifier les erreurs , d'ordonner les idées, de perfectionner les méthodes; et les vérités qu'elle met au jour , tirées de notre propre nature, semblent moins des découvertes que des réminiscences. Les systèmes brillants qu'elle a vus naître n'ont pas toujours signalé ses progrès réels , et quelquefois ils ont pu occasionner de grands écarts.
Elle n'a présenté sous ce rapport, vers la fin du dernier siècle, qu'un seul phénomène extraordinaire^ et l'Allemagne en a été le théâtre. Les causes cependant qui l'ont produit , quoique se
présentant sous une autre forme, agissant d'une autre manière , étaient communes à toutes les nations éclairées : c'étaient l'esprit de doute, de critique , d'analyse , et le goût des innovations. Et ce qu'il y a de remarquable , c'est que c'est du sein de la France et de l'Angleterre que sont venues les impulsions qui ont changé, du moins passagèrement, la direction des idées dans le nord de l'Europe. En essayant d'exposer , le plus brièvement qu'il sera possible, cette révolution, nous n'oublierons pas l'impartialité qu'on a le droit d'attendre de nous , et nous jetterons d'abord un coup d'œil rapide sur les circonstances qui l'ont précédée.
Hien ne justifie peut-être mieux les caractères qu e nous avons assignés à la vraie philosophie , que l'influence exercée pendant un siècle, en Allemagne, par l'école de Leibniz. En élevant les esprits à une grande hauteur, elle les avait réglés par un code de sages disciplines. Etroitement unie à l'histoire, à la jurisprudence, à l'étude des langues , à la géométrie , à toutes les sciences, aux beaux-arts eux-mêmes, elle les avait éclairés d'un jour nouveau. Elle avait prêté aux idées religieuses tous les appuis de la raison ; elle se présentait avec un caractère grave , moral , utile , et toute sa doctrine formait un ensemble parfaitement lié. Ayant triomphé de toutes les contradictions , elle voyait ses disciples, excités par une noble émulation.
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s'efforcer à Teirri d'étendre cette influence bi€tiifaisante. Lorsque le scepticisme , ooTertement professé par quelques écrivains de la France et de l'Angleterre , commença à pénétrer en Allemagne , accompagné de toutes les séductions que peut employer le talent d'écrire; lorsque les systèmes glaçants du matérialisme et les rêveries de l'idéalisme commencèrent aussi à y trouver des partisans ; lorsque les subtiles analyses de Hume parurent avoir rompu la grande chaîne qui unit les effets aux causes , cette chaîne éternelle et universelle qui , seule, tient unis tous les éléments de la science humaine , comme elle seule tient unis entre eux tous les phénomènes de Ja nature , les premiers principes de nos connaissances , leur certitude , leur réalité , la légitimité et l'étendue des droits de la raison , se trouvaient mis en question. La doctrine de Leibniz opposait le poids d'une immense autorité à l'introduction des idées nouvelles; mais, par l'effet d'une imperfection fondamentale dans ses méthodes et d'une insuffisance imprévue dans son code , elle ne put leur opposer des remèdes efficaces. Conservant trop peu d'estime pour les témoignages de l'expérience , donnant un privilège absolu aux déductions à priori , et ne cherchant que dans les principes abstraits la source de nos connaissances , elle aurait dû justifier par ses propres méthodes 1^ principes qu'elle avait supposés , établir, avant tout, le domaine de la rais<m sur
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la vérité , sur les objets extérieurs, etdéniontrer préalablement la possibilité même de la œnnaissauee^
Ce fut dans cet état d'incertitude et de crise que parut Emmanuel Kant, et il démêla, avec une sagacité vraiment admiraMe, les causes de la maladie qui afiflageait scm siècle. Trompé par la forme de ses écrits , on a supposé quelque temps, en France, qu'ils ne se rattachaient qu'à de frivoles spéculations , lorsqu'ils roulaient au contraire sur les quêtions les plus importantes, les mêmes qui précisément, depuis l'origine, ont occasionné la divergence des sectes philosophiques , et qui se sont renouvelées chaque fois que l'analyse a fait un pas de plus. Kant a vu la lutte du dogmatisme qui affirme aveuglément , et du scepticisme qui détruit sans réserve; du matérialisme qui n'admet que des corps , et de l'idéalisme qui n'admet que des apparences. Il a dit « Remontons plus haut encore , avant de permettre à la raison de prononcer de tels arrêts du haut de son tribunal ; soumettons à une critique sévère les prérogatives et les droits de cette raison elle-même; fixons l'étendue et les limites de sa juridiction j » et il a osé tenter cette grande entreprise. Le courage, la patience , l'étude , le génie même, ne lui ont pas manqué; mais il a pris malheureusement une route dans laquelle il ne pouvait que s'égarer. Après avoir reconnu ce qui manquait à la doctrine de Leibniz pour
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eu former uo systècae complet , non-seulement il n'a pas aperçu rimperfectlon de sa méthode, mais il a voulu combler ce vide h l'aide de la mé* thode dle-même ; il a voulu, et ici nous employons ses propres expressions, il a voulu rcconsiUuer la menée à priori. Ainsi renfermé dans la région des spéculations abstraites , il a cru pouvoir expliquer, démontrer la possibilité de cet acte mystérieux que nous appelons comutUre^ et en déduire la nature même de la connaissance, comme s'il pouvaity avoir quelque lumière pour expliquer cet acte qui lui seul explique et illumine tout le reste. 11 avait posé un problême insoluble et contradictoire , et, quoiqu'il ait accumulé d'incroyables efforts, les efforts les plus hardis peut-être que la métaphysique ait jamais tentés depuis Aristote , il n'a pu que déguiser un paralogisme continuel sous l'immense appareil de sa doctrine. S'il paraît échapper , à force de subtilités , au système qu'il veut combattre , c'est pour se précipiter dans le système contraire, et il se dérobe ensuite à celui-ci par un artifice semblable. Nouveau Prêtée, il prend successivement toutes les formes , et se dépouille à l'instant de celle sous laquelle on veut le saisir.
Kant a été également frappé de la contradiction qu'ont fait naître, dans les systèmes de philosophie morale , l'opposition établie entre les principes de l'utile et ceux de l'honnête, et les vains efforts faits pour les concilier ; ici encore,
il a voulu s'ouvrir ime route nouvelle. Le libre arbitre, que le plus grand nombre des philosophes avaient considéré seulement comme une condition nécessaire à la moralité , lui a pai^u en devoir être le fondement. « Libre de toute coaction «extérieure, l'homme ne peut recevoir dans ses «déterminations d'autres lois que de sa raison » seule , et les maximes que sa raison lui prescrit » sont celles qui peuvent devenir comme le texte » d'une législation universelle pour le genre hu- »main. » De là dérivent des préceptes absolus et désintéressés; de là dérive aussi, suivant Kant, une croyance pratique qui lui prescrit de croire ce qui devient un motif nécessaire pour bien agir. Croyance singulière , il faut le dire , et qui ne saurait avoir aucun rapport avec ce qui est réellement vrai en soi-même , qui ne repose sur aucune preuve , qui ne porte avec elle aucune lumière, et qui ne résulte que de la convenance ou de l'utilité des applications.
Le public parut d'abord peu empressé de dévorer les difficultés de cette théorie ardue et immense , redoublées encore par l'introductioh d'une nomenclature toute nouvelle. Mais lorsque la plume éloquente de Reinliold en eut développé la partie morale , et en eut revêtu les principaux résultats d'une forme brillante et animée ; lorsque le professeur de Kœnigsberg lui-même eut, dans un écrit rapide et analytique, mis au jour les vices de la métaphysique existante , et anno':cé
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les solutions qu'il s'était proposée» pour les faire disparaître , la curiosité universelle fut excitée ; les esprits qui eurent le courage d'entreprendre cette étude se tiiu^ent satisfaits d'une solution qui avait coûté tant d'eflforts^ prirent peut-être leur lassitude pour une convicticHi, et erurent avoir trouvé le point d'appui qu'ils cherchaient au milieu delà fluctuation des systteies. On admira l'ensemble systématique qui unissait toutes les parties de la doctrine nouvelle ; on applaudit à une foule d'analyses ingénieuses , d'aperçus féconds , dont son exposition était semée ; on éprouva une sorte d'enthousiasme pour cette morale stoïque et désintéressée qui donnait à tous ses préceptes un caractère absolu, qui exerçait une censure sévère sur le moderne épicuréisme^ qui bannissait du code de nos devoirs tous les calculs de l'égoïsme réduits en systèmes, pour les faire dériver de la seule autorité inflexible de la raison. Les otetacles qui avaient d'abord repoussé de cette étude difficile, qui l'avaient environnée comme d'un rempart, servirent à retenir captifs ceux qui se trouvèrent engagés dans ce système , et comme les forces d'une pénétration ordinaire étaient émisées pour le comprendre, peu d'hommes en conservèrent encore assez pour le juger. Les formules du kantisme étaient comme une sorte d'initiation, d'autant plus puissante pour former des adeptes aveugles et dévoués, qu'elle avait été plu& difficile.
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L^établissement, ou plutôt le triomphe du nouveau système^ ne fut point TelTet de ce succès lent, progressif et paisible, qui appartient à la vérité et à la sagesse; ce fut une irruption violente d'idées nouvelles , adoptées avec une sorte de passion, célébrées avec exagération. Elles envahirent à la fois et la moitié de F Allemagne^ et toutes les carrières dans lesquelles s'exerce l'esprit humain. De nombreux écrivains , et , dans le nombre, des hommes d'un talent très distingué, s'en déclarèrent spontanément les apôtres. Les uns en commentèrent, d'autres en résumèrent les maximes ; plusieurs ne dédaignèrent pas de composer les dictionnaires du nouvel idiome ; le plus grand nombre se hâta d'étendre l'empire de cette doctrine sur la littérature , les arts et les sciences physiques. La théologie, l'enseignement public , la prédication même de la morale, furent soumis à cette influence, et, s'exprimant dans un langage jusqu'alors inconnu, parurent animés d'un nouvel esprit. L'éclat de ce triomphe fut malheureusement terni par l'intolérance et l'orgueil de quelques nouveaux adeptes ; on fut blessé de les entendre répondre par des injures aux observations des hommes les plus éclairés ; on crut voir en eux plutôt des sectaires que des sages , et lorsqu'à force de leur entendre dire qu'ils n'étaient pas compris, on commença à soupçonner qu'ils pouvaient bien ne pas se comprendre parfaitement eux-mêmes^ la secte npu-
velle , dans son attitude dédaigneuse, resta exposée aux atteintes du ridicule.
Kant, qui, sur la fin de sa carrière, avait obtenu un des succès les plus brillants peut-être et certainement les plus rapides dont un philosophe ait jamais joui , a vécu cependant ass^ pour le voir déjà décliner; il a survécu à une portion de sa propre gloire. Il a vu ses disciples divisés entre eux : quelques-uns, précipités dans les exagérations auxquelles il avait voulu porter remède, s'autoriser, contre son propre témoignage, de son nom et de ses préceptes, au milieu de leurs erreurs; les systèmes les plus absurdes présentés comme des corollaires inévitables de sa doctrine, et l'incrédulité religieuse, dont il avait voulu écarter les dangers, propagée par l'école même dont il était le fondateur. Cette seconde révolution était facile à prédire, et avait été prédite, en ejGfet, par le petit nombre d'hommes qui, comme le sage Jacobi, avaient , dès l'origine, saisi le véritable esprit et la tendance naturelle de ce système.
Kant a trouvé la science reposant sur deux antiques bases, les principes et les faits : sa prétention a été de placer une base nouvelle et plus profonde sous ces deux-là , qui lui paraissaient mal assises. Mais ses disciples, à leur tour, ont prétendu lui rendre le même service, et chacun d'eux, à l'envi, a cru devoir, à aussi bon droit, poser une base au-dessous de la dernière*
Le maître avait creusé Tabîme, les disciples s'y sont plongés , et cet abîme est sans fond.
Kant, en prétendant, non-seolement écarter l'idéalisme et le scepticisme , mais encore prévenir à jamais leur retour, a cependant donné à sa doctrine le résultat suivant : « Nous ne connaîs- » sons point les objets en eux-mêmes, mais tels » qu'ils nous apparaissent sous de certaines for- » mes qui sont propres à notre esprit, et qui sont «autant de cadres dans lesquels ils viennent s'en- » chasser; la connexion que nous croyons voir » entre les effets et les causes, n'est qu'une loi
• intérieure et nécessaire de notre entendement, » qui unit pour lui les apparences des phénomè- » nés : la croyance même à la cause première n'est
• qu'une croyance pratique, bonne et légitime » pour l'usage , mais sans aucune force de con-
• victîon réelle et raisonnable. » De là à l'idéalisme et au scepticisme il n'y a qu'un pas , ou plutôt, il suffit, pour y tomber, de tirer, les conséquences rigoureuses d'une telle doctrine^ et ces conséquences, les disciples de Kant n'ont pas manqué de les déduire. Les uns ont concentré toute la nature et toute la science dans le seul moi individuel, espèce de force mystérieuse et toute puissante, créateur universel auquel ils ont donné jusqu'au pouvoir de s'ériger et de se reproduire lui-même. Les autres ont essayé de faire dériver d'un principe unique, d'une proposition identique, même da: s les termes, tout ce
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qui compose le doraaine de nos connaîssances, et d'expliquer ainsi Tunivers à Faide ^'iine identité abstraite et absolue. D'atttreâ enfin ont dit : « Si ce quî existe au dehors, si notre être » lui-même, né sont que des apparences sans » analogie av€c des objets réels, si nous ne som-
• mes qu'une apparence à nos propres yeux, » qu'est-ce que la science de l'homme? qu*un
• amas de vains fantômes. Car la vérité n'est en » rien séparée de la réalité , et les notions, dé- » pouillées de leurs rapports avec les objets, ne » diffèrent point deâ imaginations les plus arbî- »traires. »
îlous n'avons garde, sans doute, de prétendre autoriser ici et confirmer les préventions excessives qu'ont élevées quelques physiciens modernes contre toute espèce d'intervention xî'une saine métaphysique. Si la physique est redevable de ses plus brillants et de ses derniers succès aux applications de la géométrie, qui ne sont qu'un moyen de saisir les analogies des phénomènes et de les soumettre à des formules abstraites ; si elle a vu simplifier et transformer ainsi les données expérimentales, il peut appartenir à la métaphysique de saisir des analogies plus variées, en portant à un plus haut degré Part de généraliser, et, selon les oracles du grand Bacon, elle fécondera aussi à sa manière les résultats de l'expérience. Celui qui ne saura voir que des faits isolés, restera enfermé dans l'étroite en-
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ceinte de rempiriame. G*6&t surtout lorsque la physique se trouve ramenée aux notions élémentaires de rétendue et da mouvement, qu'elle peut tirer un grand secoure de l'analyse rationnelle. Il ne faut pas oublier que Kant avait prédit tes découvOTtes que T^tronomie fît bientôt après dans le système planétaire.
Mais vouloir attribuw aux principes abstraits le privilège de créer les scienœs positives, vouloir suppléer aux faits par des maximes identiques, c'e$* mettre les mots à place des choses, c*€St substituer un vrai jeu de l'esprit à l'étude de la nature et à la contemplation de l'univers. Que dirait-on d'un géomètre qui, avec quelques formules ' algébriques , aspirerait à remplacer tout Fensemble des observations astronomiques? Que dirait-on d'un physicien qui, ses instruments à la main, prétejidrait tirer les corps du néant, et les revêtir à son gré de propriétés essentielles? Voilà ce que tentent cependant ces écrivains entraînés par la manie des méthodes transcendantes à l'idéalisme absolu. Ils ont voulu faire envahir par la philosophie rationnelle tous les domaines de la physique ; ils ont prétendu imposer leurs spéculations , comme autant de lois suprêmes, à la nature. C'est à une autre classe de l'Institut à faire connaître si la nature, en effet, a reconnu une telle autorité, et si le monde réel a réglé sa marche sur ces nouvelles théories. Pour nous, nous ne pouvons y voir que le ren-
versement de toutes les méthodes d'une saine philosophie et la source des plus dangereux écarts , et nous ne devons point nous arrêter à porter un examen sérieux sur des systèmes dont on aurait peine à fixer même le nombre, à suivre les continuelles et rapides révolutions, et qui sont jugés par le vice même de leurs principes. Ils peuvent séduire, dans les universités, quelques têtes ardentes et ambitieuses , entraînées par l'espoir d'obtenir, à l'aide d'une espèce de divination, les lumières qui ne peuvent être que le fruit de l'étude, ou trop sensibles au frivole orgueil d'engendrer la science avec les seules combinaisons de leur esprit ; mais les hommes sages et éclairés de l'Allemagne se sont réunis pour censurer de tels égarements et en déplorer les abus.
Quoique les systèmes de Kant se soient décrédités eux-mêmes par les caractères de ceux qu'ils ont engendrés, par l'esprit de parti et les débats quelquefois scandaleux qu'ils ont fait naître, par une influence, défavorable à quelques égards, sur le goût et les mœurs, on doit cette justice cependant aux véritables disciples de ce philosophe, que, demeurés fidèles à ses intentions, ils ont désavoué de tels écarts. Les efforts de plusieurs d'entre eux n'auront point été inutiles à la morale publique, à l'étude de l'histoire , et à la discussion de plusieurs points fondamentaux de la philosophie ; il en est du moins résulté cet
effet utile, que l'émulation des penseurs s'est généralement portée sur la détermination des principes qui fondent la certitude et la réalité des connaissances humaines, sur la classification des phénomènes de Tentendement, et par conséquent sur la recherche des facultés premières et fondamentales, seule base d'une bonne classification pour les actes qui en émanent. L'école de Leibniz et les sectateurs que Locke avait trouvés en Allemagne, ont été conduits à modifier ou à compléter leurs théories. Quelques censeurs originaux se sont formés au milieu de ces controverses ; d'autres , par un éclectisme éclairé, ont su emprunter librement aux maximes des diverses écoles les éléments qu'ils ont réunis et conciliés avec succès.
Parmi ces hommes recommandables, nous devons indiquer Tetens, l'auteur des Recherches philosophiques sur la nature humaine et son développement , écrivain profond , qui de la simplicîté du principe pensant fait dériver l'unité qui préside au système de ses facultés ; Feder, l'auteur du Nouvel Emile, partisan de Locke, mais avec indépendance, et qui, sans demeurer étranlter aux progrès de la philosophie, a tâché d'en simplifier et d'en populariser les préceptes ; Platner, l'auteur de l'Anthropologie et des Aphorismes philosophiques, qui se distingue pur la rigueur de sa méthode, les savantes recherches et la sagacité de ses analyses; le sage et judi-