‹ Histoire comparée des systèmes de philosophie considérés ..., Volume 8Chapitre 21 sur 27 · IV · texte numérisé non relu

IV

854 HIST. COMP. DBS SYST. DE PUIU

à'absolumeni inexplicable, qu'il n'y a aucune philosophie pour celui qui pourrait sérieusement demander ce que c^est que l'être en général? « Cependant cet être est le fondement de nos pensée»; il est supposé par elles, puisqu'elles s'y rapportent; cet être ne peut être découvert par la pensée même. Il y a donc une faculté de connaître absdae, fondamentale pour la raison même, qui découvre d'une manière apodictique toute existence (1); c'est V absolue réflexion, V absolue détermination y V absolue faculté du jugement ; mais elle ne connaît que Y absolue existence » , et Bouterweck lui donne pour ce motif le titre de spinozisme.

Cette réalité absolue, indéfinie, se convertit, dans la troisième partie , en une réalité déterminée et pratique. « L'individualité est reconnue par ellemême comme le principe d'une force vivante; elle ne peut être reconnue que par l'efifet d'une résistance. V effort eiV activité ne peuvent être connus que par la séparation du sujei qui fait effbnl et des objets qui résistent (2) » . Cette réalité entiqrement pratique de la force et de la résistance est ce que Bouterweck appelle la virtualité (â).

Jusqu'ici nous apercevons, sinon le développement, au moins le pressentiment de quelques vérités précieuses. Mais Bouterweck ne s'arrête

(1) ApodicUk,i.l,pA9d.

(2) i^id., t. II, p. 39.

(3) Ibid., 1. 1, p. 62,63.

rniLosoPHiE MopERNp. finir. XXVI. 355

point l^ ; il ypHt réunir, par son çibsoluefaculié du jugçmentt (*idée théqtiquede l'absQttie réalité, obtçnue dang la jigypèïïjip partie , avpQ pette réqlUé prutlqm pbtenue danp |^ troisièmP- Il veut &' élever k Ç^tat de (a science pure^ et convertir l«^ réalité refaim (i0 nQUs^mém^s pn une virtmlUé absolue^ Aigri il trquvQ , dang cette idée de la virtualité ab^plue^ toute existence et toute action, « Nous ne qoij3 concevons plus comme un étre^ ni Tunivers comme une clmim d'êtres; nous n'apercevons plus que réfernelle réelle unité , c'est-à-dire Vunivers en nous , et nof^s dans l' univers (i), Ï4 réside l'idée d'unnombr^ infini de puiss^cf^sd^volition&nieti^ûtxm laquelle noi|s devons apercevoir le monde pioral, objet de la croyance ; la réside l'idée d'un noT^rpre infini de prodpits engendrés par nne productivité qui se produit elle-même infiniment, dans laquelle nous devons retrouver le monde pljyr sique. »

lie besoin d'éta})lir l'important accord pptrp Tordre des réalités et la spbère des connaissances de l'homme, devenu plus pressant depuis que JUut avait dirigé si vivenjent l'attention sur l'intervalle qui les sépare, ce besoin a produit une 4jerni^e tentative qui , sous le nom de réalisme rationnel, s'est efforcé d'entourer d'une nouvelle et rigoureuse garantie le caractère positif de la science.

(1) Apodictlk, t. n,p. 206.

S56 HIST. COMP. DES SYST. DE PHIf..

Bardili, auteur de ce nouveau système, a senti, ainsi que Fichte, que la distinction établie par Kant entre la matière et la forme des connaissances conduisait inévitablement à l'idéalisme. Mais, loin d'avouer cette conséquence , comme Fichte, il a fait disparaître , au contraire, la distinction fondamentale ; il a rétabli l'identité de la forme et de la matière : il leur a assigné un commun principe.

Bardili a rattaché , comme Schelling, son système kï identité absolue; mais ils entendent Cette identité d'une manière toute différente. Schelling lui donne le rang de Y être primitif j de Vinfini, de la totalité absolue] Bardili la cherche seulement dans le caractère de la pensée en tant que pensée.

Bardili part, comme Bouterweck, de la pensée^ comme donnée première. Mais Bouterweck n'a considéré que la simple pensée^ vide^ dépouillée de tout objet ; Bardili pense qu'une semblable manière d'envisager la pensée implique contradiction. Nous allons voir quelle extension il croit nécessaire de lui donner.

Bardili se rencontre avec Jacobi dans l'idée platonique qui place dans la manifestation divine la forme de l'être, de la réalité, l'essence des essences dans la nature. Mais Jacobi a admis cette opinion conmae une chose nécessaire et indémontrable; Bardili l'a étayée de l'appareil de la démonstration.

Le système de Bardili est l'essai d'une nouvelle

logique ; il croit avoir reconnu que dans un vice caché de la logique ordinaire, telle qu'elle a été conçue par Aristote et admise depuis sans contestation , réside la cause des principales erreurs commises en philosophie ; que la réforme de la philosophie doit donc commencer par la logique.

« Ce vice fondamental de la logique ordinaire consiste dans la fausse restriction que Ton a voulu donner à la valeur de ses principes. On a voulu ne considérer la logique que comme la simple loi des formes de la pensée , comme une recherche renfermée uniquement dans les limites du sujet pensant, comme isolée de la métaphysique et de la science des êtres. On a pu en faire un code régulier; mais enfin elle n*a été qu'un cadre auquel manquait un fond réel. »

Jusqu'ici Bardili paraît sur la voie de plusieurs découvertes importantes ; mais cette prévention générale parmi les philosophes allemands contre toute espèce d'empirisme , comme ils l'appellent, l'a empêché de chercher dans un fait simple la valeur dont on a privé la logique ; il s'est défendu de partir d'aucune donnée expérimentale , et il s'est ouvert une route qu'il eût été diflacile de prévoir.

L'erreur qui, suivant lui, a fait restreindre les principes de la logique dans un cercle trop étroit, Fa réduite à une vaine symétrie, à un corps ina nimé; cette erreur vient de ce qu*on a mal posé

le problème sur la connaissance mismnable où legiiimetnént fondée , sur ce qu'on d mal sàili le caractère de la pensée dans son application*

Pour fixer ce caractère, il faut d'abord faire abstraction du sujet et de l'objet de la penséej ne considérer que la pensée en elle-même^ ou cùmn^ pensée.

Il fdut la considérer aussi dans soi! application, car elle né peut être connue autrement ; mais il faut n'envisager cette application qu'en ellemême, isolée de tel ou tel mode d'application;

Pour constituer la connaissance raisonnable, il faut trouver le vrai primitif, source ineonipréhensible de toute vérité ; il faut trouver la première vérité compréhensible placée sous la dépendance dé celui-là ; il faut montrer corilment cette vérité découle de cette source, et comment elle régit à son tour toutes lés vérités secondaires*

Bardili a cherché , par des méthodes algébi'tques, la solution de ce problème. Son analysé, extrêmement précise , serait difficile â résûlnei*. Si je l'ai bien saisie, en voici à peu près l'esprit (Q). Admettons , comme simple hypothèse ^ ce qui constitue la pensée dans son application. Soiîmettons ces premiers termes aux transformations de l'analyse ; ne nous arrêtons que lorsque cette analyse épuisée aura rapporté ce résultat à la pensée elle-même, comme pensée} lorsque nous aurons trouvé là garatitlé flésîrêë p^ la

PHILOSOPHIE AfODERNE. GIIAP. X\y\. tS9

connaissance râîsotinable, le vrai primitif incompiréhensible.

La pensée ne peut être appliquée sanâ «n quelque chôSe , une matière sur laquelle cette application se dirige, sans qu'un certain caractère se manifeste dans cette matière en vertu de Fapplication.

La t)ensée, à son totir , ne peut être coiiçue, réfléchie, et par là élevée au degré de connaissance raisonnable , si ce n'est par une nouvelle matiifestation d'un ordre plus relevé. C^estlariiàûifestation de l'essence des essences , ou la tndnifestation de Dieu dans la nature.

Le caractère de la pensée en elle-même , ou comme penséCy est l'identité absolue, répétée sous tous les rapports. Par cette manifestation, ce caractère se trouve rempli, et la pensée justifiée, si l'on peut dire ainsi, à ses propres yeux.

Cette manifestation nous conduit au vrai pritnitlf^ incompréhensible, mais source de toute vérité. Ici , tout ce qui avait été admis comme hypothèse se trouve subitement réalisé. La réalité est donc ainsi placée à la source même de la vérité. Ce grand et premier principe est à la fois, comme disent les philosophes, ratio essendi, et ratio cognoscendi. Il n'y a plus deux sortes de vérités, mais une seule, celle qui est en mêftie temps réelle. Les phénomènes de la physique, les préceptes de la morale, sont expliqués par

son secours (1) : toute métaphysique est renfermée dans la logique , et la logique , suivant la grande idée de Platon peut-être adoptée par Leibniz , reproduite par notre Bossuet et notre Fénelon, renouvelée enfin par Jacobi, la logique cherche son principe élémentaire, son premier appui, dans Fauteur même de la nature (2).

Quelque jugement que Ton porte de ce système en lui-même , c'est assurément, dans tous les cas , un phénomène très singulier dans Thistoire de la philosophie, que de voirie platonisme naître et résulter d'une analyse algébrique , de la démonstration la plus abstraite et la plus aride, peut-être , qui ait jamais été connue en philosophie. C'est le sentier escarpé qui traverse les Alpes, et qui, du sein des rochers et des glaces, nous ouvre tout à coup l'entrée de la plus belle contrée du monde.

Nous ne finirions pas si nous voulions énoncer, analyser tous les systèmes conçus pour prêter à la philosophie de Kant les pr^mme^, le fondement ou le caractère déterminé, qui parassent lui man-

(i) Veber da$ Verhallniss des Verstandes zur RechtshaffenheU, — Elemente der Phanomenologie , etc. V. Bardili dans les Beiirœge de Reinliold , quatrième cahier, 180S. '

(2) Le système de Bardili est «xposé dans son Grundrm der ersten Logik. — V. aussi une lettre de Bardili, où il compare celte logique à celle de Kant et à la logique générale , dans les Beiirœge de Heinhold, qui renferment plusieurs autres dissertations sur ce sujet.

PHILOSOPHIE MODfiRNE. CHAP. XXVJ. ZM

quer. Tel est le système de Beck, quiinstitae une certaine' représentation originelle comme le thème et le principe de la critique , et qui , quoique présente par son auteur comme le seul poim de vue possible sous lequel la philosophie de Kant puisse être considérée , a été cependant désavoué par Kant lui-même. Tel est encore celui de Schoneberger, qui a trouvé dans le principe fondamental de la conscience la base de toute philosophie et d'un réalisme transcendantal nécessaire pour établir la seule philosophie possible : tels sont encore une foule d'autres. Les cinq systèmes que je viens d'exposer occupent le premier rang ; mais Reinhold ayant abandonné lui-même, comme insuffisante, sa théorie de la faculté représentative , on peut réduire à quatre les systèmes qui partagent l'école kantienne divergente , savoir : celui de Fichte , celui de Schelling , qui est une extension du premier, qui présente avec lui une sorte de spinozisme enté sur Y idéalisme , une sorte,* d'tdéalisme dérivé de l'acte libre du moi; celui de Bardili, directement opposé aux deux premiers, qui replace la réalité à la source même de la connaissance raisonnable , et qu'on pourrait appeler un platonisme calculé ; enfln, celui de Bouterweck, qui tient un milieu entre eux, qui, se fondant d'abord, avec la seule pensée, dans une espèce de pyrrhonisme, tend la main d'un côté au réalisme par la pratique , et , de l'autre , au spino^ zisme par Yabsolue virtualité.

I6S HIST. GOMP. DES ST6T. M PBIL.

Le système de Bardili est celui de tous qui s^éloigne davantage du kantisme* qui le contrarie dans son essence même * en établissant des éirei en soi , comme une des premières conditions de la science. Celui de Fichte est celui qui paraît tirer des conséquences plus rigoureuses du kantisme / en saisir mieux Tesprit , quoiqu'en contredisant ses énoncés; il le restreint, au contraire, dans la seule et absolue subjective* Bardili descend de Dieu à la nature, de la nature au moi. Fichte crée le moi, par lui la nature, et présente dans la nature le germe de la Divinité.

Reinhold est le défenseur zélé du réalisme rationnel de Bardili, qui conserve quelques analogies avec sa première théorie ; il croit y voir une grande et fondamentale réforme de la philosophie , longtemps désirée , jamais entreprise. Le caractère méconnu de la pensée en application est, à ses yeux, la source commune des erreurs do scepticisme* de l'idéalisme, du matérialisme ^ etc. La révolution kantienne lui paraît terminée de la manière qu'il avait le moins prévue.

Satis prétendre décider si elle est terminée en effet, nous pouvons obserter dii moins quels soht les résultats actuels que cette révolution a produits.

Lés quatre principales sectes que j'appelle divergentes , que les purs kantiens appellent hétérodoxes, ont conquis la plus grande partie dé l'école kantienne primitive.

EUeà s'acfcordenten cecî^ qu'elles n'envisagent plus le crltîcîsme kôhtien comme tiiï Système de philosophie proptettiènt dît; il leui* paraît trOf) itidétëfmitïé , tfdp itlcôiîifilet ; il à trop peu d'uillté, à leurs yeux, pouî* mériter cej titré.

Ces sectes sont plus opposées entre elles, dans leurs sentltnents et leurs principes , que le kantisme daUs son origine ne l'était à tous les aUeiens systèmes.

leurs débats ouvrent une nouvelle carrière aux discussions ; leur exemple anime d'une nouvelle émulation ceux qui se croient appelés à créer des systèmes, et la philosophie compte enfin tant de réformateurs divers, qu'elle n'a presque plus de disciples.

Ils ne s'accordent tous que dans une seule chose, un profond mépris pour ce qu'ils appellent la philosophie populaire , Y empirisme , et dans un grand soin à écarter toute donnée empirique^ comme si le moindre emprunt fait à l'expérience devait être la ruine d'un système.

La considération du criticisme s'est afifaiblie en Allemagne avec la plus grande rapidité ; l'intérêt que cette nation prenait en général à la philosophie, s'est affaibli presque dans le même degré.

Si l^ôn considéré, en effet, qu'aux quatre sectes principales se joignent encore , et les kmtiehs purs et orthodoxes , et les mi-kaniiens qui modifient ïë criticisme pat- l'ancien système de Leibniz ou

de Locke; que les disputes nées de ces divisions ont eu la même vivacité dans leur expression, la même stérilité dans leurs résultats, la même subtilité dans leurs moyens ; que tous ces hommes, en s' accusant réciproquement de ne point comprendre Kant, s'accusent eiussi de ne pas se comprendre les uns les autres ; si l'on considère que la nouvelle philosophie se montre ainsi chaque jour, et moins fixée, et moins utile, lorsqu'elle devait le devenir au contraire toujours davantage ; qu'il n'est rien sorti de tout cela , qui ait jusqu'à présent fait éprouver quelque progrès aux sciences , qui ait exercé une influence bienfaisante sur les intérêts de la vie ; si, au contraire, on croit remarquer certains efifets fâcheux, le néologisme introduit dans la langue, l'aridité répandue sur la science, l'esprit de parti porté au plus haut degré d'intensité , la moralité en péril , les idées devenues plus incertaines , la route de la vérité changée en un labyrinthe; si l'on considère , dis-je, toutes ces choses , et qu'on les oppose aux brillantes promesses des fondateurs \ du criticisme , on concevra quelle défaveur ce contraste a dû jeter sur le nouveau système dans l'esprit du spectateur impartial. Ces préventions ont dû naturellement se généraliser ; les systèmes ont dégoûté de la science, à peu près comme l'anarchie dégoûte quelquefois de la liberté. Rien ne nuit plus à la philosophie que les abus commis SOU& son nom, et ceux qui Fattaquenl direc-

teraent lui font moins de mal que ceux qui donnent occasion de la méconnaître.

Les écrivains allemands (l) sentent et avouent ces pertes que la philosophie fait dans l'opinion publique ; mais tous n'ont pas le droit de s'en plaindre , et plusieurs ont les moyens de les réparer.

NOTE A

Les éléments de l'histoire de la philosophie de Buhie ont un grand mérite d'ordre, de clarté et de précision. Partout où cet écrivain a travaillé d'après lui-même , il ne laisse rien à désirer ; mais on peut regretter qu'il n'ait pas toujours donné la même étendue à chaque partie , la même originalité à chaque exposition : cette inégalité est peut-être, avec une certaine sécheresse dans les formes, le seul défaut qu'on puisse lui reprocher.

NOTE K

)\ous avons déjà parlé de Jacohi, à l'occasion de sa controverse avec Mendelsohn et de la critique qu'il a faite des opinions de Hume. C'était bien à celui qui avait réfuté Hume, qu'il convenait en effet de juger le système de Kant , dont Hume a été la véritable occasion. On trouve ses remarques

(1) Fiilleborn, Ueitrœge, etc., secl. Vil, p. 151. Bardilî a inséré, à ce sujet , une dissertation d'un grand intérêt dans les Beitrœge de Reînhold , sous ce titre : Ueber das sinkenâe Ansehen der Philo^ Sophie (Troisième cahier, p. 421).

366 ifisT. cûMr. n^ sxwT. m pmt.

sur la philospphiQ critique 4&i)S ses dialogues sur Yi^éalisme et le réalisme j 1787 ; daus la nouvelle édition de ses lettres sur la doctrine de Spinoza , et dans le voisième cahier de Beitrœge zur leichtern Uebersicht^ etc., publiés par Reinhold, Hambourg , 1802.

NOTE C

Reinhold observe cependant que Taxiome fondamental de la science ne doit point lui servir de principe dans ce sens , qu'il renferme la matière de toutes les propositions particulières dont cette science se compose , mais seulement dans ce sens, qu'il fixe leur forme, leur loi la plus générale. Il rectifie cette méprise si ancienne, si funeste à la philosophie, d'après laquelle op supposait qu'en déduisant les propositions particulières d'une proposition générale , elle considérait celles-là comme renfermées dans celles-ci, tandis que les prejmières sont seulement subordonnées à la seconde, pommp à la loi qui les régit ( Beitrœge zur Berichtigung , elc* , p. 116 ). Voici les caractères qui lui paraissent propre^ à faire reconnaître le principe universel et fondamental :

1. Il doit démontrer immédiatement les vérités élémentaires, et médiatement les autres vérités de la philosophie.

2. Il doit avoir lui-même son fondement hors de la sphère de toute philosophie , sans quoi on retomberait dans le cercle vicieux de ceux qui cherchent le principe d'une science dans l'enceinte de cette même science.

3. Il ne doit supposer aucun raisonnement antérieur ; il doit donc exprimer un fait.

4. Il doit être découvert en vertu du seul acte de la réflexion, par tous les honunes, dans tous les temps et dans toutes les circonstances.

i&. Il ne peut donc consister dans l'expérîence qui dérive du sens externe ou du sens intérieur; les sensatâOBS intérieures

PHltOSOmiE MODEBME. GHAP. XXVI. Sê7

et extérieures, toujours iodividuelles, n'ont point ce caractère général qui conyient au prindpe demandé.

6. Mais il doit accompagner toutes les eiçpériences et toutes les pensées dont nous pouvons nous rendre compte à no|ismêmes (Ibid.j p« 143 à 144).

NOTE D

ffous avops vu au chapitre précédent , que Kant ne définit point le terme de représentation^ si ce n'est comme le terme le plus générique poijr désigner ^ hfqis les intuitions, |es notions , et les idées. Il correspond à pei? près à l'emploi que nous faisons, en français, du mot idée^ que les Allemands ont restreint à une acception paiticulière. Je conserverai dans ce chapitre le terme kantien (Je représentation^ pour me conformer plus fidèlement aux opinions que je dois exposer.

NOTE E

Du principe fondamental énoncé ci-dessus, Reinhold déduit les notions originaires de la représentation , de Vobjei , du sujet j fondées sur la distinction et le rapport exprimés dans le principe, et celle de la faculté de représentation (Vorstellung'Vermogen ) , qui est son principe actif ou sa source première , et qu'il distingue avec soin de la force représentative. « La première, dit-il , ne peut exister sans la seconde , mais elle ne doit point en être déduite. La force représentative, soit qu'elle se trouve placée avec les matérialistes dans la seule énergie de l'organisation , ou avec les spiritualistes dans une substance incorporelle, est la seule cause effective qui produit les représentations. Si cette force peut être connue , ce n'est qu'en remontant des représentations , qui sont ses produits, aux caractères de la feculté qui s'exerce en elles, et de ceux-ci à la notion de la force qui sert de fondement caché à c^tte faculté. L'erreur de Locke et de Leibniz ^t d'avoir iu« terveiH cet ordre» (/Wrf,, p. 170\

Reînhold distingue , dans la simple représeolatkm ^ deax éléments qui composent son essence. U\m est ee qui constitue son rappoit à V objet ^ Tautre ce qui constitue son rapport au sujet Le premier est sa matière qui nous est dcmnée ; le second, sa forme qui appartient à notre faouHé elle-même [Ibid,^ p. 182).

« Cette matière est la variété , cette forme est Vunité » (Ibid., p. 196).

« Dans la connaissance , V objet représenté est distingué à la fois de la représentation représentée ^ et du représentant représenté. »• — Reinhold appelle cette proposition le principe de la connaissance {Ibid,^ p. 223).

a Deux représentations différentes sont nécessaires pour constituer cette connaissance : Tune qui se rapporte immédiatement à l'objet seul, qui ne dérive, par conséquent, d'aucune représentation antérieure , qui s'appelle Vintuition; l'autre, qui ne s*y rapporte que par l'intermédiaire de la première, qui dérive par conséquent d'une autre représentation, et qui s'appelle notion. »

« La première donne à l'objet le caractère de simple représenté; la seconde est nécessaire pour le distinguer de la représentation même et du sujet qui la possède » {Ibid.y p. 238, 237,238).

«Toute connaissance suppose nécessairement une conscience claire et distincte. » Ibid., p. 224. » La conscience claire est la conscience de la représentation , comme telle; la conscience distincte est celle du sujet représentant, en tant qu'il exerce cette fonction » {Ibid. , p. 221 ). Reinliold part de là pour reconstruire le système entier du criticismepar une roétbode toute nouvelle, beaucoup plus rapide , plus simple et plus claire, exempte de tout néologisme; il comble les vides, unit plus fortement toutes les parties , donne une valeur plus étendue aux résultats.

Il a prévu robjection naturelle qu'on élèverait contre sa théorie , et qui a été en effet vivement pressée par le profes-

PHILOSOPHIE MODERNE. GHAP. XXYL 369

seur Heydenreich, à savoir : que, dans cette théorie, la notion du genre (de la représentation ) se trouve Ûxée avant celle de ses espèces (l'intuition , la notion, Fidée) ; que celles-ci sont déduites de la première , procédé qui est directement contraire à la véritable marche philosophique. Les idées de l'espèce et du genre, répond ingénieusement Reinhold , sont, il est vrai, des produits de la raison; mais elle ne les crée pas de rien; elle les déduit des images qui en expriment la valeur. Les idées des espèces précèdent sans doute celle du genre, dans ce sens que la raison doit puiser dans la comparaison des premières le type commun qui constitue la seconde. Mais le caractère propre des espèces, en tant qu'espèces, ne peut être déterminé que par l'analyse de l'idée du genre, qui leur sert de centre et par laquelle elles se limitent {Ibid.^ p. 266 et suiv,).

NOTE F

Oa a beaucoup reproché à Reinhold les divers changements qui se sont opérés dans ses opinions. D'abord kantien pur , il abdiqua ce titre pour créer sa théorie de la faculté représen' tative; il se rattacha ensuite un moment à Fichte ; aujourd'hui défenseur de Bardili, il se ti'ouve bien loin de Kant. Mais il n'en est point des opinions philosophiques comme des principes de conduite. Ceux-ci doivent être fixes , celles-là sont exposées à de fréquentes modifications. Blâmer un philosophe qui a le courage d'avouer qu'il croit s'être trompé, d'abandonner ses idées pour celles d'autrui, c'est faire l'apologie de l'entêtement, c'est vouloir consacrer les obstacles qui s'opposent aux progrès et aux succès de la vérité. Reinhold se justifie lui-même d'une manière au moins très honorable pour son caractère, en faisant observer qu'il a pris successivement la défense de Kant, de Fichte, de Bardili, au moment où, seuls encore , ils luttaient contre les préventions ou l'indifférence générales. Le seul reproche fondé qu'on pourrait faire à Reinhold» ^t celui que lui adresse l'auteur d'iEnesidemus,

370 niST. COMP. DBS SYST. BE tHIt.

d'avoir été très injuste envers les adversaires de Kant, eo leur refusant indistinctement les lumières suffisantes ou un Binoère amour de la vérité*

NOTE G

D*abord, le prineipe de la eonsdenoe n^e^ point, dit Siektiize, un prineipe primitif et absoluf car il suppose, avant lui, le principe logique de^la eontradidiony non comme son fondement réel, mais pour garantir la légitimité de sa fbrme» {jEnesû demuSf p. 60).

« Ce n'est point un principe déterminé par lui-même , et qui puisse être reconnu par la seule réflexion sur les termes qui le composent; car ces deux termes , distinguer , rapporter , qui en expriment toute la force, sont susceptibles de plusieurs significations très diverses, que le principe ne fixe pas, entre lesquelles il ne choisit pas, et que Reinhold lui-même a laissées entièrement indéterminées X/6i(2.y p. 68).

)> Enfin ce principe n'est point universel ; car il est un grand nombre d'opérations de l'esprit dans lesquelles nous avons la conscience de notre moi et e^e de la représentation qui le modifie, sans avoir celle d'un objet représenté qui en soit distinct (Ibid.y p. 70), ^

p Ce principe n'est donc que Texpression de certaines ob« servations sur quelques opérations de notre esprit , généralîaées par ral)stractton , ce que Reinhold n'avait point vcmla reconnaître , ce qui renverse toute sa théorie (Ibid^^ P* '76 , 83). »

iEnesidemus soumet de même à un sévère examen ks ca« ractères attribués par Reinhold à la représentation , Ibid.^ p. 84 ; à la faculté représentative , /èirf., p. 97 ; à la conscience ^ Ibid., p. 218 ; à la clarté, à la distinction qui âoi« vent accompagner cette conscience; à la connaissance enfin, Ibid., p. 272 , et surtout à la réalité des rc^résentatioes, lbid.t P* ^<^3« il montre finiHifâsaiiee de ce3 caractères; il

PHILOSOPHIE MODERNE. GHAP. XXYI. 371

fait voir que la suppoution de dfiux démets distiûetB et ood- 3titulifB dans la r^préseatation , Ibid.f p. 186 ; que celle de deux représentations, Tune Immédiate > l'autre médiate , dans la connaissance) sont entièrement arbitraires, Ibid.^^. 390 ; que la distinction de la maUèfê^ de la formet de V intuition et^de la notion^ disparaît par conséquent avec ces hypothèses. Il démontre enfin , avec une tingulière netteté^ que Reinhold, ai suivant ri^ureusement la conséqucrnee de ses principes , ne peut établir qu*une seule chose par sa théorie tout ^tière, c*e0t-à-dire, la manière dont nous concevons, dont ilous j>6n- Bons^ dont nous imaginons les opérations de notte esprit, mais point du tout la manière dont elles s'exécutent réellement en e£fet ; que Reinhold n'établit aucun raisonnement pour prouver <|ue l'idée sous laquelle nous concevons ces opérations ait rien de légitime, qu'elle ne soit pas une illusion, une sorte d'hypothèse naturelle dans sa formation, mais arbitraire dans son principe. Telle est donc, dit-il , la véritable essence de la théorie de Beinhold , de nous avoir peint les apparences de Bos opérations intellectuelles, ce qui peut être une vue neuve, et même très neuve ^ mais aussi éloignée du but ordinaire des philosophes que de celui auquel Reinliiolâ lui-même annonce avoir voulu parvenir (Ibid*.^ p. 194).

NOTE H

ft On peut juger clairement de quelle manière le dogmatisme »*est comporté Jusqu'ici en élevant ses divers systèmes et déterminant la réalité qui appartient aux différents éléments de nos connaissances , par la manière dont il s'y est pris pour jfésotidre la célèbre question de rdrigitfe de nos idées. Une réponse satisfaisante et certaine à cette question nous eût proetiré, sans doute, la plus parfaite himîère sur la dignité des divers éléments de nos connaissances , et sur les véritables limites des facultés qui leur servent d'instruments. Mais la possibilité d'une sembia{)4e réponse suppose évidemment avant

372 [niST. coMP. des &ysT. de phti.

elle une autre réponse satisfaisante à deux autres questions : L'accord de nos idées avec un objet quelconque hors d'elles, est'il possible et réel ? Et dans le cas même où un tel accord serait réel , est-il aussi quelque chose qui puisse être représenté et connu dans sa véritable essence ? Tant qu'on n'aura point répondu d'une manière satisfaisante à ces deux questions > ce sera un effort inutile et sans but, de prétendre éclaircir et exposer le véritable mode de génération de nos connaissances ; car nous ne saurons jamais si ce que nous cbercbons est en notre pouvoir. C'est un fait incontestable, sans doute , que certaines idées n'ont point toujours existé en nous-mêmes , et se sont pioduites seulement dans telles ou telles circonstances. Mais, si l'on veut examiner comment et par quoi elles ont été produite» (non point quand elles ont commencé dans l'esprit humain ) ; si elles ont été réellement engendrées , ou par des objets hors de nous , ou par des déterminations intérieures de notre propre nature , ou par tous deux ensemble , il est nécessaire alors de savoir d'avance que nos idées sont réellement liées à des obj^ distincts d'elles par la relation d'un effet à sa cause, et que la connaissance de ce qui appartient à une idée dans son rapport à d'autres objets distincts d'elle n'est pas une ébose qui surpasse toute la portée de nos facultés intellectuelles. Mais quel dogmatique, même parmi les plus célèbres, a jamab fait précéder, par la solution de ces deux questions, ses recherches sur l'origine de nos connaissances? Lequel d'entre eux y a donné une réponse satisfaisante? Je n'en connais aucun; mais j'en connais un grand nombre qui ne se sont point ocmtentés d'admettre, comme une chose reconnue et certaine par elle-même , que nos idées doivent dériver de quelque chose qui cependant en est distinct , et qu'on peut connaître l'accord réel qui règne entre ces deux termes ; mais qui ont été bien plus loin encore, qui , pour obtenir par la recherche de l'origine des divers éléments de nos connaissances un moyen de fixer la force ou l'impuissance de nos facultés intellectuelles, ont supposé que

nous sommes capables d'obtenir une véritable connaissance sur l'origine de nos idées , et qui, par là, ont fondé la critù gt/te de toutes les connaissances humaines sur un principe qui a lui-même un besoin aussi essentiel des épreuves de la critique qu'aucune autrç partie de nos connaissances {jEnesidemus , p. 251 ). »

Ce pas^ge, en même temps qu'il nous offre peut-être l'exemple et le plus haut degré de subtilité auquel les arguments du scepticisme puissent être portés, nous fait connaître aussi le point de vue dans lequel l'auteur d'j^nesidemus s'est transporté pour combattre à la fois Locke , Leibniz et Kant , dont la doctrine est désignée par les dernières expressions.

NOTE I

Fichte exige du philosophe , pour s'élever au premier acte libre et créateur, un certain sens ttanscendantaly dont la privation est absolument irréparable. Reinhold, qui le combat souvent et plaisante quelquefois son ancien ami , s'en dit absolument privé, et ce malheur lui sera commun avec bien des gens.

Il est assez singulier que les philosophes critiques, qui blâment avec tant de force la philosophie qu'ils nomment popU' lairCj d'avoir invoqué le témoignage du sens commun , invoquent eux-mêmes le secours du sen^ transcendant al. Sans prétendre décider sur le mérite respectif et intrinsèque de ces deux sens^ l'un transcendantal y l'autre commun^ nous remarquerons seulement que les philosophes qui en appellent au second sont un peu moins exigeants , et que s'il fallait , par hasard , opter avec nos faibles lumières' entre l'un et l'autre, on se consolerait un peu plus facilement de la perte de celui* là, que de la privation de celui-ci.

NOTE J

a Fichte a pénétré sans doute plus profondément que Kant

87i msT. coMP. des syst. de phîl. '

lui-même dans le véritable esprît de Tidéafisme transcendan* tal , eu reconnaissant, en appliquant Vaetiviié et Vabêolue subjectivité qui s'objective elh-mime^ conmae le prineipe de toute philosophie , non-seulement pratique^ maiâ encore idéale; en considérant non seulement la conscience morale, mais encore Texpérience et les sensations, eoWme un produit de V absolue subjectivité (du moi pur et non empirique)'^ en réunissant les deux principes isolés, opposés même, pr^ par Kant à la philosophie théorique et pratique, en un secil et même système.

» En donnant à la connaissance le nom ^expérience , Fichte comprend sous ce titre les représentations acoompor gnées du sentiment de la nécessité, et prétend attribuer ainsi un caractère commun , tant à la croyance morale qu'à la science empirique. La réalité des connaissances qu'il yeut chercher à établir est donc le sentiment dé la nécessité attachée à certaines représentations. Afin de se garantir de tout malentendu sur ce qu'il considère comme fondant la connaissance réelle et comme antérieur à cette fondation, il exprime ainsi le premier problème de la philosophie : Comment parvenons- nous à attribuer une réalité objective à ce qui n'est que subjectif? Il considère doinc comme admis, antérieurement au problème lui-même , que la connaissance n*est que subjective, etc. [Reinhold Beitrage zur leichtern Vebersicht, etc. — Premier cahier, pag. 84).»

NOTE K

Écoutons d'abord comment Schelling justifie, explique l'opinion qui fait dériver la philosophie entière de cette première action , de cette première volition autonomique :

« Il est clair, dit-il (Philos, Journal ^ tom. 6, deuxième cahier, p. 200), que Tesprit ne peut avoir la conscience de son action comme telle, qu'autant qu'il s'élève au-dessus de tout ce qui est objectif. Mais, en s'isolant de tout objet, l'esprit ne retrouve plus que lui-même.

PHILOSOPBIË MODEfiNE. CHAP. XXfl. 87S

1» Mais oeUe action, À sou tour , par laquelle Tesprit se dé^ tache de tout objet, ne peut être expliquée que par la déter*' wiina^to» qtteTesprit se donne à lui-même. L'esprit 5c cï^lcrmine à agir ainsi, et^ en se déterminant) il agit.

» C'est un élan que l'esprit se donne pour s'élever au-dessus du flni« Cet élan anéantit, pour lui» tout ce qui est fini, et Tes^ prit se contemple idoFs seulement dans ce positif absolu qui survit.

> Cette détermination que l'esprit se donne s'appelle vouloir. L'esprit veut et il est libre. On ne peut donner aucun fondement àsa volition , car cette action est un vouloir, précisément parce qu'elle s'exécute absolument.

9 Pendant que l'esprit anéantit pour lui, par cette action, tout ce qui est objectif, il ne lui reste plus que la forme pure de son vouloir^ qui devient dorénavant la loi étemelle de son action.

» L'esprit n'obtient la conscience de son action que dans le vouloir seul, et l'acte du vouloir , en général, est la première condition de la conscience de soi-même.

» Maintenant , c'est cette action qui réunit la philosophie théorique à la philosophie pratique. On ne peut donner à cette action aucun ftmdement ultérieur; car l'esprit n'existe que par cela seul qu'il veut , et il ne se connaît que par cela seul qu'il se détermine. Nous ne pouvons nous élever au-dessus de cette action, et voilà pourquoi elle est considérée avec raison comme le principe de toute philosophie, etc. »

Nous avons cru convenable de donner textuellement cette explication, de peur qu'en l'abrégeant nous ne ftissions accusés, ou par les uns de ne l'avoir pas bien comprise^ ou par les autres de ne l'avoir pas bien fait comprendre.

NOTE L,

« En cherchant à établir cet accord de l'objet et du sujet, de la nature et de l'intelligence, qui s'identifient dans la pensée,

on peut, dit ScheJlingt partir de l'un ou de l'autre de ces deux termes.

» Si Ton part du terme objectif, il reste à démontrer ccm»ro^t hm^e^if vmts'y uiik, comment l'intelligence \ient s'unir à la sature. Ce pirohième est le but 4e la sma^œ de la naturct La ^jsndawM.néeessaire de cette science est de convertir la nature en imtelligence, delà spiritualiser. Telle est l'origine des efforts (pe Ton fait pour soumettre les phénomènes naturels à des théories» Cette parfaite spiritualtsation serait la plus haute perfection de la science de la nature ( System des transcendentales Jdealismus , inirod., pag, b). C'est ainsi qu'elle devient science de la nature.

» Si l'on part du terme subjectifs pour en déduire Vobjectif ou la nature, c'est la philosophie transcendantale.

» Ces deux opérations, opposées entre elles, mais qui se cherchent et se complètent mutuellement, constituent les deux sciences fondamentales, et le résultat de l'une et de l'autre doit être absolument le même ( lôid., tom. III).

» Le philosophe transcendantal commence donc par le doute sur la réalité de tout ce qui est objectif.

» Il y a en nous un préjugé fondamental , auquel tous les autres peuvent être réduits, préjugé originel ^ innéj placé en nous par la nature.

» Ce préjugé, c'est l'opinion qu'il y a quelque chose hors de nom {Ibid.y (8,9).

» Le soin du philosophe transcendantal doit être de montrer que cette opinion est, non pas associée ^ mais identique avec une certitude immédiate, et de démiontrer cette identité.

» La commune raison n'admet qu'une certitude immédiate, celle de cette vérité : Je suis. Le philosophe transcendantal doit donc montrer l'identité de cette proposition avec la seconde : Jlya quelque chose hors de moi.

» La science transcendantale est la science de la science en elle-même^ en ta^it que purement subjectives

ïi Tantôt, comme dans la philosopliie théorique , nous ad-

PHILOSOPHIE MOD£BNE« CHÂP. XXVI. 377

mettons que les objets règlent nos idées; tantôt, comme dans la philosophie pratique, nous admettons que nos idées, librement conçues, règlent les objets. Comment accorder ces deux directions contraires? Par Fidentîté primitive de l'activité qui produit l'univers objectif^ et q^i se développe dans notre volition. Les produits de eëtle activité seront considérés comme les produits d'une activité tout à ia fols douée et privée de conscience. Le principe de cette activité ne peut être qu'en nous-mêmes. Découvrir ce prhicipey cette identité , tel est le grand but de ridéaHsme transcc»dantal ( Ibid.y 18 )•

i> Le seul instrument qu'emploie le philosophe transcendantal est le sens intérieur. Les seuls objets qui existent pour lui sont ceux qu'il produit librement (Ibid., 20).

» Son principe fondamental est celui qui présente l'absolue identité de Vexistence, ou objet, et de Vidée^ ou sujet, c'est-àdire du représenté et du représentant^ c'est donc la con-science de soi-même ( Ibid., 43 ).

» Cette conscience est une action parfaitement libre et productive ; le moi en reçoit sa réalité ; il n'est que cet acte même, ou plutôt que racte en général ( Ibid, ,45).

» Ce principe : Je suis, est antérieur à cet autre : Jepense^ qui n'exprime qu'une co»5ctem;e empirique; le premier est infini (7W(^.,47).»

NOTE M

« Le moi n'est point un être, une chose ; il n'a aucun attribut que celte propriété négative. Le premier problème de la philosophie est de trouver quelque chose qui ne puisse être absolument connu comme un êtie [Ibid.^ 48, 49).

» La philosophie transcendantale ne peut dériver d'un théorème, mais seulement d'une action libre , et cette action ne peut être que postulée ( Ibid., 58 ).

» Le moi se produisant lui-même est cette action. Le moi

378 mST. COMP. DES SYST. DE MIL.

est le principe de toute réalité; il est originairement infini (Ibid.^ 68).

» Cette infinie activité doit être limitée dans sa production, pour que le moi puisse devenir «on propre obieL

»Mais le moi ne peut limiter sa production sans s'opposer quelque chose à lui-même,

» Ce quelque chose d'opposé est le non*moi^

» Il n'a lieu qu'en vertu de Faction par laquelle Tesprit se constitue objtt pour lui-même. Hors de cette action ^ il n'^rt rien [Ibiâ.^ 70). >

Tels sont les fondements du nouvd idéalisme de SchelMng. Après avoir tout rapporté, par Tidentité, à Vacte de la con* science , il essaye de tracer ee qu'il appelle VhUtoire de fai conscience j d'indiquer les divers actes successifis dont cette histoire se compose; actes^ qui, comme on sait, ne sont point de simples opérations de Tesprit, mais sont encore des déve* loppements de la puissance créatrice.

«r La première époque de cette histoire commaice à la sensation originelle , et s'étend jusqu'à Vintuition produC' tive:

» Elle comprend trois actes :

» Le premier, duquel sort toute l'histoire de l'intelligence, est Pacte de la conscience de soi-même, en tant quHl n'est point encore libre ni accompagné de la conscience [ Der Act des Beumsstseyns , in so fern er nicht frei , son'dern noch unbewusst ist^ pag. 186 ).

» Au second acte , le moi se contemple dans cette limitation.

D Au troisième, le moi devient, comme sentant, objet pour lui-même (Ibid.^ 189).

' A ces trois actes, Schelling fait correspondre ce qu'il appelle les trois forces de la matière , les trois moments de construction, les trois dimensions enfin {Ibid.^ 169).

« La seconde époque commence à Vintuition productive^ cl se termine à la réflexion*

PHILOSOPHIE MODERNE. GHAP. XXVh 879

)> Aux trois intuitions qui composent eette époque, correspondent les trois catégories de la relation de Kant ( Ibid.^ 193 à 276).

» La troisième époque «mbroise depuis hk nZ/^eâPion jusqu'à Vacie du vouiû^ cAsùlfU^

B Le résultat de cette troisième époque est d'expHqœr la différence entre les eomiaissanees à priùri et eetles à poste' riori. »

Selon Sohelllftg , « toute oonnaistanee est , originairement, entièrement empirique^ et elle est aussi , originairement, entièrement àprieri ( /6»d., 616).

a En lant que le moi produit tout de lui-<méme , toutes nos connaissanees composait une jc/fn^een/téf» et indivisible à priorié

» En tant que nous n'avons point le conseienee de cette production, rien n'est pour nous à prton, tout est à posteriori {Ibid.^ 316).

» G*est pour n'avoir point aperçu cette vérité que Lodce a eu recours à cette supposition tout à fait incompréhensible» savoir : que les idées nous sont originairement transmises par les impressions extérieures ( Ibid., 319). »

NOTE N

A sa philosophie théorique Schelling a associé une philo- 80]^o pratique également déduite de Vidéalisme transeendantal^ et fondée sur cette proposition :

L* absolue abstraction^ ou le commencement delaconr science de nous-mêmes^ ne peut être expliquée que far la determinalion de soi-même ou par une action de Pintelligence sur elle-même [Ibtd., 323).

Une certaine harmonie primitive entre le subjectif et Vob- Jeetiff entre Vaciivité accompagnée de conscience et faetivite qui en est privée , est la dernière découverte qui couronne cette théorie ( Ibid. , 442) .

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