‹ Histoire comparée des systèmes de philosophie considérés ..., Volume 8Chapitre 24 sur 27 · IV · texte numérisé non relu

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le guide des orateurs sacrés de la Grande-Brela* goe ; cet orateur vraiment philosophe , qui a si heureusement uni à la connaissance du cœur de l'homme le talent de lui inspirer l'amour du bien et la pratique de la vertu.

Nous devons rendre ici ce témoignage aux écrivains dont l'Angleterre s'honore plus particulièrement dans cette période, que non -seulement ils ont professé pour les idées religieuses un respect sincère et éclairé, mais que plusieurs se sont attachés à fortifier l'auguste alliance de la religion et de la philosophie, alliance qui offre à l'une de nouveaux appuis , qui élève l'autre à toute sa dignité.

Deux ouvrages surtout se classent au premier rang de ceux que dicta jadis un ai noble dessein ; celui de Butler sur l'analogie de la religion avec la nature, celui du respectable Paley sur la théologie naturelle. L'un et l'autre exempts de toute espèce d'exagération, l'un et l'autre parfaitement en accord avec l'état actuel de nos connaissances et avec la marche d'une saine raison, présentant dans un nouvel éclat aux esprits élevés les plus nobles^ perspectives , peuvent être considérés, dans le siècle où nous vivons , comme de véritables bienfaits pour l'humanité.

La patrie de Grotius , qui devint aussi celle de Desçartes, cette terre si riche des dons de l'érudition, n'a point été stérile pour l'art de pçn^ ser» Elle réclame I dès le cotmmencemam de Té-

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poque dont nous embrassons le cours, un philosophe formé à l'école de Socrate , pénétré de ses sublimes leçons, cher aux amis de la vérité, comme aux amis de la vertu. Si les services rendus à ces deux grands intérêts de l'humanité fondent une juste gloire, la mémoire d'Hemsterhuys sera glorieuse pour la Hollande. Il a reproduit avec succès la méthode des anciens, le dialogue ; il a conservé leur simplicité; il cherche la vérité et la fait éclore en s'interrogeant lui-même , à l'exemple de Socrate, son modèle; il parle de la vertu comme Platon. Sa métaphysique , comme celle de ce dernier , est quelquefois trop peu solidement assise , et sa doctrine des essences manque d'exactitude; mais si ses idées ne sont pas toujours rigoureusement justes, toujours du moins elles lui appartiennent en propre , et combien ses intentions sont pures et éclairées ! Quelle droiture préside à ses recherches ! La philosophie, dans ses écrits , conserve toujours le langage et la dignité qui lui conviennent, soit qu'elle dévoile les secrets des affections humaines , qu'elle trace les caractères du beau , qu'elle fixe les rapports de l'homme avec la nature et ses semblables , qu'elle définisse les lois de ses facultés intellectuelles , qu'elle détermine la nature du principe pensant , ou qu'enfin elle s'élève à l'auteur de toutes choses. En détruisant les erreurs modernes, Hemsterhuys conserve ce calme qui appiirtient à une raison supérieure, et cette indul-

gencequiappartieat à une bienveillance éclairée.

Ce philosophe a eu un disciple et un successeur dans M. Wyttenbach , professeur à Leyde, qui , en suivant ses nobles exemples , a déployé la plus saine et la plus vaste érudition sur l'histoire de la philosophie et les doctrines de l'antiquité , et qui a publié aussi une excellente Logique en latin. Les dissertations de M. Wyttenbach font partie de la littérature hollandaise; mais il appartient lui-même par sa naissance à la Suisse.

Placée entrer Allemagne et la France, la Suisse offre, sous le rapport des opinions et* des mœurs, une nuance intermédiaire entre les deux peuples. Elle ne s'est pas garantie toujours d'une imitation un peu docile des idées qui circulaient chez ses voisins. C'est ainsi qu'on a vu un ancien magistrat , devenu trop célèbre peut-être dans les révolutions de sa patrie , essayer de transplanter chez les simples habitants des Alpes ces doctrines éphémères qu'engendra quelque temps parmi nous la prétention au bel esprit, doctrines que la frivolité peut accréditer, mais dont la morale publique s'affligea trop justement. C'est ainsi qu'un professeur de Zurich , en essayant de présenter, d'après les idées de Fichte, le système de la morale, a déployé tout le luxe des subtilités scolastiques dans un genre d'étude pour lequel elles sont plus utiles ou plus dangereuses qu'aucun autre. Mais ce ne sont là que des exceptions.

Lorsque les systèmes modernes du nord de l'Allemagne , adoptés avec transport par les jeunes étudiants de Suisse, essayèrent d'envahir les chaires de ce pays en expulsant les doctrines de Leibniz et de Wolff , des hommes sages se portèrent pour médiateurs , et tempérèrent par leurs conseils et leurs exemples Tinfluence de ces innovations. Plusieurs d'entre eux s'eflforcèrent surtout de conserver, au milieu de ces révolutions, Talliance salutaire des idées religieuses et des doctrines philosophiques. M. Stapfer, suivant les traces d'un oncle qui avait puisé dans la philosophie de Leibniz de nouveaux appuis pour la religion, a cherché à mettre la partie la plus épurée de la doctrine de Kant en harmonie avec le christianisme.

Une philosophie éclectique, la' connaissance des hommes et du monde , une morale douce, quelquefois trop facile peut-être, un style agréable et pur, caractérisent les productions de M. Meister (de Zurich) ; on a goûté en France sa Morale naturelle, ses Études sur l'homme, ses Lettres sur l'imagination, etc. Ce dernier sujet a été traité également d'une manière distinguée par le disciple chéri de Bonnet, M. de Bonstetten (de Berne), et le maître respectable dont il a suivi les traces n'eût pas désavoué ses ouvrages. On trouve la même profondeur et la même méthode dans les nouveaux écrits du même auteur publiés en allemand, à Copenhague, dans les an-

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nées 1800 et 1801 ; on y recueille de judicieuses observations sur la philosophie des langues et sur la nature des facultés humaines.

M. le professeur Develey a donné au public de sages considérations sur le principe des méthodes, et a montré lui-même l'utilité qui pouvait en être retirée dans l'enseignement élémentaire du calcul et de la physique.

Deux penseurs véritablement originaux ont attiré sur la Suisse Fattention de l'Europe éclairée, Lavateret Pestalozzi ; l'un et l'autre méritent un tribut d'estime , autant pour leur caractère personnel que par l'intention qui a présidé à leurs travaux.

La naissance de cette science ou de cette hypothèse, à laquelle on a donné le nom de physiognomîe, remonte sans doute à une grande antiquité, et a exercé les recherches ou l'imagination d'une suite d'auteurs peu connus aujourd'hui ; mais aucun ne lui avait donné un développement plus étendu que Lavater, une forme plus méthodique, et ne l'avait entourée d'observations plus neuves sur le mouvement des passions et les opérations de l'esprit humain ; aucun d'eux aussi n'a fixé plus vivement sur ce sujet la curiosité publique. S'il est vrai que les émotions de l'âme et l'action de la pensée s'expriment et s'annoncent par un certain jeu de la physionomie , fait incontestable et reconnu de tous les hommes , puisqu'il compose un&portion essentielle du langage de la nature.

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on devra sans doute admettre, avec Lavater, que l'habitude des mêmes phénomènes intérieurs et leur fréquent retour doivent donner aux portions mobiles du visage une disposition habituelle qui leur corresponde. Mais peut-on supposer que ces dispositions soient même naturelles dans nos organes, au lieu d'être de simples traces d*une modification souvent répétée ? Peut-on supposer que ces dispositions portent leur empreinte jusqu'aux parties immobiles de la physionomie humaine I Peut-on trouver dans les formes géomélriqueâ de la charpente même du visage quelque indicé dé ces penchants ou de ces idées qui n'agissent poin^ sur elle? Ces inductions, nous l'avouons, ne nous paraissent fondées sur aucune analogie raisonnable, et Lavater, entraîné par son imagination ou par l'empressiement à généraliser, a trop exposé une théorie (qu'il a, au reste , modifiée dans les dernières années de sa vie ) à n'être plus aux yeux des bons esprits qu'un système arbitraire , dangereux même dans sa rigoureuse application. Si les écrits physîognomiques de Lavater ont surtout contribué à sa célébrité, d'autres lui ont valu un plus véritable succès. Dans son Journal d'un observateur de soi-même, son Essai sur le cœur humain, ses Réponses aux questions d'hommes sages et bons , ses fragments philosophiques qui ont enrichi rf/ram«, dans ses sentences et dans plusieurs autres morceaux détachés, on remarque une foule de pensées profondes, originales, expo-

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sées sous une forme presque toujours piquante, quelquefois obscure, il est vrai ; on y recueille avec émotion les empreintes de cet ardent amour du bien, de cet enthousiasme religieux , de cette morale sublime, qui ontrecommandé la mémoire du bienfaisant pasteur de Zurich à la vénération des hommes.

Pestalozzi s'est fait connaître d'abord par un ouvrage (en allemand) intitulé : Mes Recherches sur la marche de la nature dans les développanetits de l'espèce huw aine, l'un des plus remarquables que la Suisse ait vus naître. Ce début annonçait un penseur profond et un observateur judicieux. La méthode d'éducation qu'il a publiée quelques années après , et qu'il a mise en action dans l'institut dont il est l'auteur, n'est elle-même que le développement rigoureux d'un principe philosophique. Locke, Condillac, Rousseau, et plusieurs autres philosophes , avaient dit que dans l'enseignement de l'enfance il faut suivre l'ordre naturel de la génération des idées, s'élever du simple au composé , du sensible à l'abstrait ; mais cette maxime , pour être mise en usage avec toute la rigueur dont elle est susceptible, exigeait une étude entièrement nouvelle , et que Pestalozzi a le mérite d'avoir entreprise le premier avec la persévérance que demandaient ses immenses détails. Ses élèves sont conduits par une chaîne de notions qui n'est jamais interrompue; ils composent en quelque sorte eux-mêmes toutes

celles qu'ils acquièrent; les éléments du calcul, de la géométrie descriptive, de la géographie, de la physique, ceux de l'art du dessin , paraissent surtout susceptibles de l'emploi de ce procédé. Nous avons vu avec intérêt la description qu'en faisait Tinventeur dans ses ouvrages élémentaires; car il ne cherche point à en faire un secret, et, mû par la seule ambition du bien, il s'est même efforcé de les mettre à la portée des mères de famille. Nous avons suivi la discussion que sa méthode a fait naître en Allemagne; nous avons recueilli le suffrage que lui ont donné des hommes éclairés, témoins des effets produits à Berthon sous la direction de M. Peslalozzi lui-même, à Berlin, à Francfort, à Mayence, à Passau, à Leipzig, à Copenhague, etc. Ces témoignages réunis nous porteraient à croire qu'elle peut offrir des avantages notables, surtout dans l'éducation des classes inférieures de la société. Cependant , comme cette méthode ne peut être bien appréciée que par l'expérience , nous préférons attendre le résultat de l'essai qu'on espère en voir exécuter par l'ordre du gouvernement , dans la capitale, par des hommes capables de la bien faire juger, essai qui méritait en effet d'exciter sa sollicitude.

Nous regrettons de ne pouvoir offrir un tableau aussi étendu des^productions qui appartiennent, dans ces vingt dernières années, aux contrées méridionales de l'Europe. Mais, soit qu'elles arrivent

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moins abondamment en France , et que les correspondances littéraires avec ces régions languissent davantage ; soit que les idées, dans cette partie de l'Europe, se dirigent moins vers les études sérieuses et abstraites ; soit qu'une aveugle obstination dans les anciennes méthodes scolastiques , et peut-être des alarmes exagérées sur l'influence de la philosophie, ne lui aient pas permis de prendre l'essor, nous n'avons pu obtenir que des documents assez stériles sur les travaux qu'elle y a engendrés.

Nous ne connaissons en portugais qu'une traduction d'Épictète par M. Azevedo. Il ne paraît pas que les louables efforts de Paul-Antoine Verney pour préparer la réforme des études en Portugal, et pour y transporter la doctrine de Bacon et deLocke, aient été jusqu'à ce jour suivisd'aucun succès. Nous ne remarquons en Espagne que les Institutions philosophiques publiées en latin par Ant. Ximenès; les Vérités phifosophiques en l'honneur de la religion et de la patrie , par Don Vincent Fernandès ; les Recherches philosophiques sur la beauté idéale , par Don Estevan de Astraga , auxquelles nous pourrions joindre un poëme de Don Isidore Perez sur la philosophie des mœurs. Genovesi, le Locke de l'Italie, l'émule de Verney, a été plus heureux que lui dans l'influence qu'il a exercée. Il terminait dans l'exil et l'abandon son illustre carrière , au commencement de la période que nous parcourons ; mais il

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a laissé du moins un disciple dans Francesco Longano, auteur des Éléments de métaphysique et de logique, et de quelques autres écrits. Ant, de Martiis a traité les mêmes sujets sous le même titre. Leurs ouvrages cependant sont plus utiles à l'enseignement qu'au perfectionnement de la science. Les Verri, Beccaria, n'étaient, plus ou avaient cessé d'écrire. Le célèbre Alfieri, capable sans doute d'unir les paisibles couronnes de la philosophie aux palmes brillantes de la muse tragique, après avoir prêté trop facilement les secours d'un talent hardi et d'une imagination impétueuse à des systèmes politiques dont le tableau de nos malheurs lui découvrit bientôt les dangers, semblait désespérer de l'influence des lumières^ lorsqu'il eût dû se borner à déplorer les effets de quelques erreurs. Toutefois, l'Italie n'est pas restée étrangère aux travaux philosophiques de l'Europe ; elle peut y joindre elle-même quelques productions, telles que le Traité de la vraie et de la fausse philosophie; les estimables travaux du P. Francesco Soave; les Institutions d' Altieri, de Faccîolati , de Parti, de Farnocchi ; les Dissertations deCesarotti sur la langue; les Préceptes de Baldinotti sur la direction de l'âme ; les Éléments de logique et de métaphysique , par deux auteurs anonymes ; le Voyage de Platon en Italie, espèce de roman philosophique placé dans un cadre assez heureux. Tels encore sont les utiles écrits de M. Bava Saint-Paul et de M. Fal-

lelle-Barrol, qui, l'un et Tautre , ont utilement coopéré à l'analyse des idées et à l'histoire de l'esprit humain. Tous les deux sont membres de cette Académie de Turin justement célèbre par ses travaux , devenue française aujourd'hui par une adoption que nous devons compter parmi les plus précieuses acquisitions de cet empire , et dont la gloire devient ainsi une portion de notre propre gloire.

Quoique les communications littéraires aient été depuis vingt ans moins libres et moins continues qu'à aucune époque des deux derniers siècles, et que nous nous soyons trouvés , par cette circonstance, privés de connaître une portion des travaux qui ont pu avoir lieu chez les nations étrangères, nous nous sommes cependant fait un devoir de recueillir, autant qu'il a été en nous, les fruits que ces travaux ont fait naître dans les différentes divisions que nous parcourons.

Si l'Institut attache sa première gloire à servir les intérêts de la] gloire nationale, il croit aussi qu'il importe à cette gloire d'être juste envers les étrangers, et c'est en rendant toujours à leurs succès un témoignage sincère, que nous acquérons le droit de rappeler ceux qui ont été obtenus au milieu de nous.

Mais si, en présentant le tableau de nos autres travaux, nous avons pu faire, pour ainsi dire, à chaque auteur la part qui lui revient dans la masse des connaissances acquises ou améliorées,

cette espèce de jugement individuel nous parait trop délicat à prononcer quand il s'agit de nousmêmes ; aucun de nous ne prétend s'isoler dans les succès qu'il a pu obtenir. Ici donc nous ne parlerons pas des hommes, mais seulement delà science.

Les mêmes causes qui ont préparé la révolution dont nous avons été les témoins avaient dû arrêter le perfectionnement des théories philosophiques. La corruption des mœurs, la frivolité des opinions qui , dès le milieu du xvm* siècle, devinrent malheureusement si générales, mirent un grand obstacle aux études sérieuses et profondes; l'esprit de censure et de critique, le goût des innovations , donnèrent également aux esprits une sorte d'inquiétude trop contraire au calme qu'exige la science de la sagesse. Si Gondillac porta dans l'analyse des opérations de l'esprit humain une précision et une netteté qui ont rendu ses ouvrages classiques dans notre langue , si Rousseau opposa sa voix éloquente aux systèmes superficiels de l'épicuréisme, le plus grand nombre des écrivains crurent pouvoir s'attribuer le rang de philosophes sur des titres plus faciles. On transporta le nom de philosophie à une simple tournure de l'esprit, à une manière particulière de voir dans les objets de la politique ou de la littérature. Le scepticisme devint une sorte de mode; mais ce n'était pas toujours ce doute éclairé , prudent , méthodique ,

qui épure sans détruire , qui ne suspend un moment l'assentiment de Tesprit que pour soumettre ses opinions à une sorte d'épreuve et le ramener ensuite avec plus de force à la vérité ; c'était trop souvent ce doute qui tient plus à l'indififérenée qu'à la sagesse, qui est l'effet de la légèreté, de l'irréflexion , de la subtilité de l'esprit , ou même d'une raison énervée, ce doute, enfin, qui ne rend inhabile à être convaincu, que parce qu'il tient à l'incapacité d'examiner.

Lorsque le souffle glacé du scepticisme détruisait ainsi de toute part les croyances légitimes et naturelles, on vit cependant, par un contraste singulier , certaines doctrines mystérieuses obtenir une faveur subite ; le penchant au merveilleux servit, comme une sorte de jeu, d'aliment k la curiosité publique. Le besoin de croire est une loi de notre nature, et lorsqu'il ne peut s'exercer dans la sphère assignée par la raison, il cheorcbe quelque issue extraordinaire. C'est une sorte d'aberration produite par le trouble de nos facultés; c'est la rupture du juste équilibre, de l'heureuse harmonie, que la sagesse avait préparés» L'amour immodéré des innovations, devenu général, disposait aussi à ce genre de crédulité.

La révolution commença : alors commença aussi une longue succession d'espérances , grandes sans doute, mais rapidement déçues, de secousses extraordinaires, d'alarmes, de désastres, de ruines universelles. Comment la tranquille

et silencieuse méditation eût elle pu suivre ses travaux au sein de ces orages politiques? Comment rétude de la sagesse eût^elle pu conserver son empire au milieu du désordre des passions ? Les hommes qui faisaient profession de se livrer à la recherche delà vérité ou au zèle du bien, ces deux éléments inséparables de la vraie sagesse, furent d'ailleurs, comme on devait s'y attendre, honorés d'une persécution spéciale, et Malesherbes éprouva le sort de Socrate.

Échappée du naufrage qui menaça les institua tions , les mœurs et le dépôt des connaissances humaines, la philosophie bénit la main tutélaire qui a calmé la tempête , et à laquelle elle doit la conservation de tout ce qu'il y a de plus sacré et de plus précieux parmi les hommes. Elle saura tirer de ces tristes expériences elles- mêmes de nouvelles lumières sur le cœur humain et sur les vérités les plus nécessaires au bonheur de la société, et cette instruction tirée des circonstances, semblable à celle que l'art médical puise dans les maladies les plus funestes, ne sera pas perdue pour l'avenir.

L'histoire, considérée comme un tableau moral des opinions et des mœurs, des révolutions qu'el* les ont éprouvées, des causes et des efiFets de ces révolutions, est la première école de la philoso- )>hie, caria philosophie est aussi une science expérimentale.

Cette étude , trop négligée parmi nous, a été

cependant éclairée, pendant la période offerte à nos considérations , par des travaux de quelque importance. Le premier qui s'offre à nous est cette Esquisse tracée dans des circonstances extraordinaires, au sein de la proscription , sur le bord de la tombe, exécutée sans livres et en quelques mois par le secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences* Ce n'est qu'un cadre, sans doute , mais un cadre conçu avec hardiesse et grandeur. Pourquoi Condorcet a-t-il mêlé à des vues profondes, à de vastes rapprochements, des opinions politiques que réfutaient malheureusement trop bien les événements dont il était la victime, et des doctrines destructives des consolations qui lui étaient devenues si nécessaires? Plus géomètre que philosophe , il présuma trop des applications d'une science à laquelle il avait consacré sa vie ; essayant lui-même de transporter le calcul dans le domaine des sciences morales, il donna par ses propres erreurs la preuve du vice et de l'insuffisance de sa méthode. S'il a conçu , sur les destinées futures de l'espèce humaine , des hypothèses dans lesquelles la saine raison a le regret de n'apercevoir qu'un vain roman, pourrions-nous cependant juger avec une inflexible sévérité des erreurs auxquelles le conduisait peut-être le besoin de tempérer l'amertume des désordres présents par les espérances de l'avenir?

D'autres ont su, en s'exerçant dans la même

carrière, éviter de semblables écarts. Les uns ont reproduit, analysé, comparé les doctrines des premiers sages et des premiers législateurs de rantiquité(l); car ces deux titres étaient alors réunis et semblaient nécessaires Tun à Tautre. Plusieurs ont fait connaître parmi nous les doctrines des philosophes étrangers , et alimenté de la sorte ce commerce d'idées entre les nations éclairées, contre lequel on a reproché à la France de s'être montrée quelquefois trop prévenue.

Nous devons ici payer un juste tribut d*éloges aux rédacteurs de la Bibliothèque britannique, qui, depuis dix ans, se sont attachés à nous faire connaître les productions les plus utiles de TÂngleterre, et qui ont réuni dans ce travail le plus sage discernement à la critique la plus j udicieuse'; et, dans leur nombre , nous distinguerons sans doute ce philosophe modeste qui , à la suite des Œuvres posthumes d'Adam Smith, a si bien caractérisé les écoles modernes , et qui a perfectionné dans sa Logique l'art difficile des méthodes.

La France ne possède pas une histoire générale de la philosophie vraiment digne de ce titre, et nous avouons avec regret que la plupart des tentatives de ce genre , telles que celles de Deslandes et de Diderot , étaient restées bien inférieures à leur objet; mais nous avons acquis

(1) M. de Pastoret.

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