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UZU RAPPORT HISrrORIQ^E
depuis quelques années , sinon une histoire complète , du moins un sommaire de cette histoire et un tableau comparatif de toutes* les doctrines anciennes et modernes , où elles se trouvent définies et classées par leurs caractères essentiels et fondamentaux , ramenées à uii petit nombre de principes générateurs et jugées par ce seul rapprochement; où cette longue Suite d'opinions^ considérée comme une série de phénomènes intellectuels, et soumise à la méthode de Bacon « conduit à la découverte des premières lois générales sur la marche de Tes^ prit humain, et confirme , par l'autorité d'une eipérience de trente siècles , les maximes de la saine et véritable philosophie.
Ces recherches historiques, à l'exactitude desquelles les étrangers eux-mêmes ont rendu témoignage, et qui sont df venues ainsi une sorte de traité de philosophie expérimentale, ont doôné les résultats suivants : tous les écarts des systèmes philosophiques ont été principalement l'effet du vice des méthodes, soit qu'on ait voulu subordonner les lumières de l'expérience aux théories, qui ne doivent en être que le commentaire, soit qu'on se soit refusé à féconder l'expérience f)ar lés théories , qui seules peuvent les transformer par l'analogie. La plus grande erreur des philosophes a été de prétendre expliquer les premiers phénomènes qu'il faut admettre comme des faits , et démontrer les vérités élémentaires^ base première
et indispeûsable de tout raisonbement. Ainsi se trouve éclairée parles exemples dupasse la i^ute sôrev quoique lente sans doute , qui évite également et les écarts des faux systèmes, et les abimes du doute absolu.
Une analyse fidèle de la philosophie de Platon, d'Aristote et des autres sages de l'antiquité , en détachant de lein*s écrits un choix des pensées les plus fécondes, en les plaçant dans un ordre ^ui en fait mieux seiitir Tbarmonie, a fait découvrir entre leurs doctrines et les doctrines modernes, des rap'ports plus étroits qu'on ne Pavait cru , et a fait voir dans les premières un abrégé en quelque sorte anticipé des plus importantes vérités développées dans les secondes; On a remarqué que les travaux du moyen-âge , enveloppés aujourd'hui dans un mépris trop général , renfermaient cependant quelquefois des aperçus précieux voilés sous des fermes repoussantes. Enfin , et nous nous arrêtons à ces deux résultats partiliers, par l'intérêt qu'ils offrent pour l'honneur national, il a été démontré que la doctrine dont la découverte est généralement attribuée à Locke, a eu réellement notre Gassendi pour auteur ; la philosophie de Descartes , épurée , dégagée des hypothèses qui en avaient défiguré Taspect , a recouvré un éclat nfouveau ; elle a été caraètérisée comme le Code de ta réflexion , et il a été reconnu que TAnglêterre et l'Allemagne elle-même sont redevables à son influence de la réforme
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qu'ont éprouvée leurs doctrines dans le cours du xvir siècle.
A celte espèce de critique, ou du moins de révision générale, qui résulte de la comparaison méthodique des diverses doctrines, nous devons joindre plusieurs critiques partielles qui se sont exercées sur les systèmes soit anciens , soit modernes, soit nationaux, soit étrangers.
Un homme célèbre, dont la carrière littéraire a embrassé la dernière moitié du xviir siècle, et qui, au commencement de celui-ci, siégeait encore au premier rang parmi les arbitres de la république des lettres, plutôt cependant par Tautorité de ses préceptes que par le caractère de ses propres ouvrages, Laharpe,a consacré les dernières années de sa vie à réfuter les opinions d'une classe d'écrivains au milieu desquels il avait vécu. Il avait eu le malheur d'appartenir à une secte; il éprouva des regrets lorsqu'il reconnut son erreur , et ces regrets , dans une âme ardente , ne furent points exempts d'exagération. Tour-à-tour porté vers les extrêmes , lui-même ne fut pas jugé avec impartialité. Son affirmation, presque despotique , déplut encore davantage dans un genre d'étude où la première des règles est celle de ne jurer sur la parole (C aucun maître. Aujourd'hui la sincérité de ses intentions , sur lesquelles on avait élevé quelques nuages , est reconnue. On séparera, dans les trois derniers volumes de son Cours de littérature , le fond des observations
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qu'en accord avec tous les bons esprits il a pu faire sur le danger attaché au scepticisme et à répicuréisme modernes , du ton de déclamation qui dénature le caractère de son talent autant qu'il nuit à sa cause; on en appellera de ses jugements sur Sénèque et sur quelques autres philosophes devant un tribunal plus compétent et moins passionné; mais on rendra justice à son zèle pour les bonnes mœurs, et si ses derniers écrits manquent de la profondeur qu'exigeaient de telles matières, on se rappellera que lui-même prétendit plutôt au titre d'orateur qu'au caractère de philosophe.
Trompés cependant par son exemple, quelques hommes qui n'avaient pas son talent ont cru y suppléer en surpassant encore son exagération. Mais ne rappelons pas ici des écrits de circonstance déjà oubliés; bornons-nous à leur opposer l'autorité d'un homme qui , dans des temps diflSciles , reçut par excellence le titre de juste, et le reçut de tous les partis , le sage Mounier. L'écrit qu'il publia en Allemagne sur l'influence de la philosophie offrit un point de ralliement aux hommes impartiaux ; il mit à couvert les droits de la morale et de la vérité, en les replaçant au-dessus de la sphère où s'agitent les passions humaines. Il n'eut besoin, pour justifier la philosophie , que de la bien définir. Mounier avait honoré et consolé son exil par cette étude; ainsi l'avaient pratiqué les plus illustres Romains
au temps des discordes civiles. Espérons que le fruit de ses travaux sera donné uû jour au public; ils offriront la logique d'une raison saine et les méditations d^un homme de bien.
On a eu généralement en France le mérite de sentir que les éléments d'une bonne logique sont dans l'étude des facultés humaines (1). Pour attester les succès obtenus dans cette carrière pendant les dernières années , il nous suffirait peutêtre de rappeler ici quelques circonstances honorables aux écrivains de notre nation : des concours ouverts par les académies étrangères , et dans lesquels la palme a été décernée à des Français ; d'autres concours établis par la classe de l'Institut à laquelle celle-ci a succédé, et qui,
(1) En rappelant ici les services que les écrivains français ont rendus h cette branche des connaissances humaines, nous n'emprunterons point )a dénomination nouvelle que lui ont donnée plusieurs d'entre eux; non que nous puissions tçnir aiucun compte d^ effort^ tentés par quelques esprits frivoles, toujours prêts à verser le ridicule sur les choses sérieuses , pour décréditer une science qu'ils ignorent, en jouant snr le nom qui la désigne : mais, en général, nous ne croyons point qu'on doive légèrement changer, dans les scîçiioesi les dénominations reçues ; nous croyons qu'avant d'être adopté , uq tel changement doit être justifié, et, en quelque sorte, nécessité par des découvertes fondamentales qui renouvellent la face de la science elle-même; enfin nous pensons que le noo) d'idéologie (on aurait dû dire plutôt œdologip) peut pr^sei^ter une ^ccçiptioi^ inexacte et ipêip^ dangereuse , en paraissant réduire l'élude de l'esprit humain aux représentations qu'il se forme des objets, et consacrer ainsi une erreur trop généralement répandue.
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roulant sur (Jes questions vraiment fondamentales^ ont donné lieu à des solutions satisfaisantes.
L'École française, au milieu de la diversité des doctrines , présente un caractère propre et dis» tinctif ; c'est le prix éminent qu'elle attache au mérite de la clarté, et la préférence qu'elle donne aux méthodes d'analyse. Ce caractère a été fixé par Descartes; il est, pour ainsi dire, l'essence de sa philosophie, et il nous explique l'influence prodigieuse et trop peu connue que cette philosophie a exercée sur notre langue et sur notre littérature. Elle retirait de ce principe de clarté, et de l'appel qu'elle avait fait à la réflexion , l'avantage de renfermer en elle-même le germe de son propre perfectionnement. Cherchant la source de la vérité dans le compte que la pensée se rend À elle-même , dans la conscience intime de l'esprit , elle tenait constamment la raison en éveil , et l'invitait à revoir, à corriger, à compléter ses premiers essais. Aussi, l'esprit de Descartes , cet esprit actif et investigateur , revit encore dans Condillac et s'y montre dans la critique même des opinions dogmatiques de son prédécesseur. Le disciple de Locke a été plus cartésien qu'il ne croyait l'être. Les écrits de Condillac, à leur tour, ont conduit ses successeurs à rectifier quelques maximes trop vagues ou inexactes de sa doctrine. Telle était, par exemple, celle qui réduit toutes les opérations de l'esprit à la sensation transformée, maxime qui a séduit son au-
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teur par son apparente simplicité et par sa forme absolue, mais qui, soumise à une analyse sévère, a paru ne présenter aucun sens. Telle. était en- 'core sa définition du jugement, qui, ne le faisant consister que dans la simple comparaison ou dans une double attention, ne s'applique eflfectivement qu'aux jugements abstraits ou d'identité , et ne peut s'étendre aux jugements de fait ou d'observation, les plus importants de tous. Telle est cette règle, conséquence naturelle de la précédente, qui réduit la science à n'être qu'une langue bien faite, ce qui ne peut s'entendre que de la partie rationnelle de chaque science. On a redressé la doctrine de Condillac sur ces divers points ; on a montré qu'il avait été en opposition avec ses propres maximes, lorsqu'il avait supposé que toutes les connaissances humaines peuvent dériver d'un principe identique , que toutes les classes de nos idées sont susceptibles de recevoir des signes rigoureusement analogues , et qu'ainsi les vérités morales et métaphysiques peuvent être soumises à l'empire des démonstrations géométriques. On a montré que sa théorie de la sensation était incomplète ; qu'il avait trop peu distingué la sensation proprement dite de la perception , qui seule donne un caractère intellectuel à l'impression sensible ; que, dans ces opérations délicates, il avait en général trop peu tenu compte de ce qui appartient à l'activité propre de l'esprit humain. On a fait voir que la nomenclature des cinq
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sens, adoptée par Gondillac d'après les anciens, est insuffisante; qu'il est un ordre de sensations importantes et très variées auquel elle n'assigne aucune place, sensations qu'on peut appeler in* ternes , et qui exercent en particulier une influence si active sur les passions. On a présenté des explications ou des hypothèses ingénieuses sur ces mystérieuses perceptions qui nous introduisent à la connaissance des objets extérieurs. La théorie de la réflexion, si heureusement commencée par Locke , trop négligée par Gondillac, a été reprise avec succès; elle a prêté des vues fécondes à la philosophie morale ; elle a fourni la solution du problème difficile auquel donnent lieu l'origine et la formation du langage ; elle a fait découvrir la source de la prééminence intellec tuelle de l'homme sur les animaux ; elle seule a pu expliquer la véritable nature de la science hmnadne. Une judicieuse analyse a fixé les lois de l'attention, de l'imagination, des souvenirs. On a dévoilé les secrets ressorts du mécanisme des ha- Jbitudes ; une loi simple a rendu compte des effets contraires qu'il produit sur les impressions passives et sur les opérations actives de l'entendement , facilitant certains actes et paraissant nous enchaîner dans quelques autres. L'art des méthodes , mettant à profit les brillants exemples que lui offrent aujourd'hui les sciences physiques et mathématiques , a été rappelé à des principes plus sages et plus sévères; le calcul des probabi-
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lités et la théorie des vraisemblances ont acquis une nouvelle étendue. Enfin, on a perfectionné la classification et la nomenclature des opérations de l'esprit humain, des facultés qui s'y appliquent, et des idées qui en sont le produit. On a établi l'ordre dans ce règne mystérieux qui compose le domaine de la pensée, et qui, pour nous, représente tout l'univers.
Nous avons vu que Je caractère distinctif qu'a reçu dès Torigine la philosophie dans l'école française, lui donne des rapports plus étroits avec la culture des lettres et avec les principes de la langue. La clarté ne dépend pas seulement de Pordre des idées ; elle dépend aussi du choix de l'expression. De là vient sans doute qu'une des applications de l'étude de l'esprit humain qui semble avoir été parmi nous plus particulièrement cultivée , est celle qui embrasse la gram-» maire générale et les principes du langage. Il est & remarquer que les premiers auteurs d'une véritable logique française , les illustres écrivains de Port-Royal, ont aussi donné les premiers une grammaire générale et raisonnée. A mesure qu'on a mieux saisi les rapports et les propriétés des notions de l'esprit , on a mieux démêlé aussi les fonctions des signes qui les représentent ; et réciproquement on a observé les caractères des idées dans les éléments du langage , comme on étudie un type dans son empreinte. La grammaire générale a fait depuis peu, au milieu de nous , des
progrès sensibles , et la France est peut-être le pays de l'Europe où cette science se trouve éclairée aujourd'hui par de plus nombreux et de plus utiles travaux.
Les expériences faites sur les sourds-muets de naissance et les succès obtenus dans leur instruction, ont beaucoup concouru à ces résultats; ils ont concouru aussi à en répandre et à en faciliter la connaissance. Pendant qu'ainsi la philosophie enseignait à suppléer à l'organe de l'ouïe par celui de la vue, elle enseignait à faire passer par le tact , dans l'éducation des aveugles , les idées que le sens de la vue a coutume de fournir. A ce recueil d'expériences ou d'applications, nous joindrons un phénomène singulier , qu'une curiosité frivole a trop peu ou trop mal observé : Fessai tenté pour l'éducation d'un enfant amené à Paris dans un état d'abrutissement jusqu'alors sans exemple , éducation qui a exigé des méthodes ingénieuses suivies avec un art et une patience dignes d'éloge. Nous tiendrons compte des remarques récentes faites sur diverses nations sauvages, sur leurs mœurs, sur leurs habitudes, leurs arts, leurs langages, par des voyageurs que guidait un excellent esprit d'observation. Les récits des deux voyages faits dans le nord de l'Amérique et aux terres Australes , ne seront pas moins utiles à l'histoire de l'espèce humaine qu'au progrès des sciences naturelles et de la physique.
La physiologie et l'anatomie elles-mêmes ont
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offert des secoursem pressés à Tétude derhomme. Nous avouerons que ces secours ne nous ont pas toujours paru aussi désintéressés qu'ils auraient pu rêtre ; la philosophie a pu se plaindre de ce que la médecine voulait lui faire acheter cette alliance par des concessions injustes. On a reproché à cette dernière de vouloir concentrer le siège de toutes nos facultés morales dans les organes qd n'en sont que les instruments ou Tenveloppe. Le scalpel et le microscope ne peuvent atteindre qu'une portion de nous-mêmes; il en est une autre, et la plus noble , qui leur échappe , mais qui se découvre à cet œil intérieur de la réflexion, dont les observations, pour être plus délicates, ne sont pas moins réelles. La physiologie, qui ne peut expliquer la vie physique elle-même, expliquerait-elle le sentiment et la pensée? Cette science cependant s'est montrée quelquefois plus généreuse et plus juste, et du moins, dans le cercle qui appartient à ses attributions légitimes, elle a souvent éclairé , soit le jeu de ces instruments déliés qui tour-à-tour excitent ou servent les mouvements de l'esprit et de la volonté, soit les caractères des phénomènes accidentels qui se produisent dans certains désordres organiques, * dans le délire et dans les songes.
Peut-être les hommes qui cultivent les sciences médicales reconnaîtront-ils que l'étude de la marche des passions et des opérations de l'esprit ne leur a pas été moins utile à son tour. Peut-
être la philosophie de Condillac , qui a reçu un si illustre témoignage de la bouche de Lavoisîer, sur les vues qu'elle lui a prêtées pour la réforme de la nomenclature chimique, aura-t-elle aussi une part dans les succès obtenus par le perfectionnement de la nosologie médicale.
Un de nos géomètres les plus distingués a donné une preuve non moins éclatante des avantages que les éléments de la mécanique peuvent retirer des notions d'une saine métaphysique.
La métaphysique est de toutes les sciences la seule qui ait éprouvé cette destinée singulière de voir élever des doutes sur la réalité même de son existence. Elle a porté aussi la peine des excessives prétentions qu'elle affecta trop longtemps, et des fausses méthodes auxquelles elle s'était abandonnée. Ajoutons aussi que des esprits légers et superficiels ont trouvé plus facile de la rayer du tableau des connaissances , que d'en approfondir l'étude. Sans doute c'était une entreprise téméraire que de prétendre , par les seules forces de la spéculation abstraite, dévoiler l'essence intime des êtres et fixer les lois universelles de la nature, et les droits que la métaphysique s'était attribués pour révéler de tels mystères ont dû s'évanouir devant le tribunal de la philosophie de Bacon. Mais s'il reste dans chaque science une partie rationnelle plus ou moins étendue qu'on peut appeler la métaphysique de cette science, pourquoi les sciences réunies n'auraient-elles pas aussi une
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commune métaphysiqne, qui, dans les plus hauts degrés de Fabstractioa , éclairerait les rapports les plus généraux comme les propriétés les plus générales» qui remonterait aux premières caœes dans le système de T univers ? Et si une telle science adopte la marche prudente qui , dans les autres, conduit aux vérités rationnelles par des expériences comparées, pourquoi ses résultats ne jouiraient-ils pas de la même solidité? Ainsi la métaphysique aura le droit d'étudier les propriétés ou les rapports qui constituent les notions de la causalité, de la nécessité, de l'existence^ de la durée, de l'espace, de l'étendue, du mouvement, etc. Ainsi elle observera , dans ses déterminations , la volonté humaine, cet agent moral dans son principe, indéfiniment varié dans ses effets ; elle aura le droit d'y reconnaître ce caractère de spontanéité qu'atteste la conscience intime, et qui, rendant la volonté de l'homme indépendante des agents mécaniques , en fait une cause proprement dite, la seule même qui nous soit, comme cause réelle, immédiatement connue. Ainsi elle observera, dans ses opérations, ce principe actif de l'intelligence qui, toujours identique dans des temps divers comme dans des perceptions distinctes , se rend à luimême témoignage de son unité, et setil nous fournit le type immédiat de l'unité véritable; et voyant ainsi converger dans un seul foyer tons les rayons de la lumière qui éclaire
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rentendement^ elle apprendra à établir une distinction essentielle entre le principe pensant et les organes matériels , qui ne lui apportent que des impressions isolées et qui eux-mêmes exercent leur action sur des points divers. Replaçant de la sorte le principe pensant au nombre des éléments de la nature , pourquoi ne lui permettrait-elle pas de survivre , comme des éléments moins nobles sans doute , à la décomposition du mécanisme dont il était le centre, surtout lorsque Tautorité bienfaisante de la morale vient montrer àrbomme, dans sa passagère existence, legwme d'un autre avenir? Ainsi enfin, développant dans leur étendue la plus générale les principes à Taide desquels la science humaine descend des causes aux effets , remonte des effets aux causes , et détermine, par les conditions des unes^ les caractères des autres , elle suivra, sur le grand théâtre de la nature, les traces delà suprême intelligence, de réternelle bonté; portée sur l'écheDe des phéiiomènes jusqu'au sommet du système des êtres, elle saisira l'harmonie des lois qui le régissent; die contemplera, avec le grand Bacon, dans Tordre constant de l'univers, la grande et sublime chaîne qui le rattache à son auteur.
Telle est la sphère légitime delà métaphysique; telles en sont les limites. Si quelques auteurs ont prétendu l'exclure de la sphère qui lui fut assignée, et lui interdire le droit de tirer quelques vérités importantes de l'interprétation de la na-
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ture, on en a va d'autres , même de nos jours, méconnaître les limites auxquelles la raison lui prescrit de s'arrêter. Pendant que les premiers restreignaient Tempire de la raison au domaine des sens extérieurs, et se fondaient sur une fousse application de la maxime qui place dans les impressions sensibles la première occasion de dos connaissances, les seconds reproduisaient des systèmes analogues à ceux qui égarèrent autrefois récole d'Élée, celle d'Alexandrie, et les scolastiques dans le moyen-âge. Ils annonçaient la découverte d'un principe unique comme servant de nœud à tout le système des sciences ; ils recouraient à des théories mystiques pour expliquer les lois naturelles qui régissent le monde physique , ou pour rendre raison de la constitution de la société. Dans leurs hypothèses ambitieuses, ils prétendaient juger ce qui est par ce qui leur semblait devoir être , ne s'apercevant pas qu'ils prenaient les habitudes factices de leur esprit pour la nécessité des choses; ils essayaient de rendre aux systèmes abstraits la préférence sur les méthodes d'observation , manière de procéder dont le moindre inconvénient est d'être essentiellement obscure, et de laisser , au sein des téqèbres qu'elle enfante , une fatale liberté aux conceptions les plus arbitraires. Un style qui ne manque ni d'élévation ni de force, des vues quelquefois profondes et des intentions louables, donnent lieu de regretter que plusieurs d'entre eux
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niaient pas adopté une plus sage méthode. Mais nous comptons aussi des métaphysiciens qui savent se garantir et de la timidité excessive des uns, et de la hardiesse téméraire des autres. Nous les avons vus déterminer avec justesse et netteté les notions les plus abstraites, et prêter un nouvel éclat aux vérités rationnelles , en les réduisant à n'être que les résumés les plus généraux de Texpérience.
La portion spéculative de la philosophie morale n'a pas produit en France, dans ces derniers temps, une aussi grande étendue de travaux qu'on aurait cru devoir l'attendre. Mais les mêmes circonstances qui offraient un si vaste et souvent un si triste tableau & l'observation des moralistes, touchèrent de trop près aux intérêts individuels pour permettre une étude impartiale et libre ; peu d'hommes étaient placés dans une situation qui leur laissât la faculté de n'en être que les spectateurs, et quel spectateur même eût été calme, s'il était sensible?
Lorsque ensuite un génie bienfaisant, en réparant nos malheurs, a réparé aussi les plus cruels de tous, en restaurant les mœurs publiques et les institutions qui les protègent, un sentiment unanime, un besoin général, a ramené tous les cœurs au sentiment des devoirs, et les esprits aux maximes qui peuvent leur donner plus d'empire. Les moralistes ne pouvaient faire de leurs travaux un plus noble emploi que de seconder cet heureux
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retour. Un hdmme célëbre, qui occupa pêtrtnl nous les premières fbnctioiiis du ministère, quî, à la première époque de sa retraite , développa rimportance des idées religieuses , a lui-même consacré les dernières années de sa vie à les montret" dans lieur alliance avec les lois de nt)S devoirs. La réforme opérée dans la législation dtï divorce, eu remi^issant le vœu deâ bonnes mœurs, a fait éclore plusieurs écrits recommandables sur le caractère moral du premier lien de la société. La voix de la morale et de la nature a réclamé avec le même succès les droits et les devoirs de l'autorité paternelle. Un concours ouvert par la classe des sciences morales de l'Institut, en appelant une discussion approfondie sur les maximes de Tauteur d'Emile, a fait poser de sages limites entre l'emploi et l'abus du ressort de l'émulation dans l'éducation de la jeunesse»
S'il suffisait à la morale que la nomenclature de ses préceptes fût exposée avec clarté, avec méthode ; si, ayant à lutter contre le torrent des passions et les obstacles que les événements lui opposent, elle n'avait besoin de s'aider, en B'adressant aux hommes , de toute la chaleur dti sentiment, de cet enthousiasme juste et légitime, et, comme dîiâait Platon, de ces amùurs admirables qu'excite la vertu dans les cœurs honnêtes, le Catéchisme universel de Saint-Lambert aurait pu rem*pUr son objet ; mais on se demande quel peut être Tusaged'un traité qui semblait destiné A devenir
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nn maupej ; pu est surpris que le change des Sai- Sftas, ^prèsavqir, dw&ses élégants tableaux, animé tout© la Mture watérie|le,,ait pu priver ensuite^ <ite»s fiçt.oyvragQt la nature morale <te ?on esprit (te vie^tdp/écondit^ Une erreur philosophique en eH la cause; U n'a considéré la morale que camme une prudent^ économie, si Ton peut dire ainsi, dans le oours de la vie 5 il a cru qu'il suffl- 39it de lui prêter un flambieau , sans lui donner aucuQ moteur ; il n'a voulu accorder pour principe à l'amour du devoir, que cet intérêt sensible qui pwtbien en facUit&r quelquefois la pratique e^ux âmes fables, mais que les ân^es généreuses apprennent de la vertu même plutôt à immoler qu'à satisfaire; et cette doctrine qui glacerait^ dftnsU^ pratique, le cmur de l'homme dont elle serait, le aewl aliment , a répandu la mên^e influence sur lesî méditations et sur la théorie de cet auteur.
Marmontel, en traitant le même sujet, et quoi»que se renfermant dans un cadre plus étroit, n'est pas tombé dans la même faute; il fait chérir la vertu en la faisant connaître. Il n'entrait pas dans son dessein d'étudier la marche des passions humaioûs.: c'était un père qui enseignait à ses en- &uts à être bons. )1 $1 du moins emprunté par 1^ im des plu9 beaux caractères 4u ministère des moralistes parmi les hommes,
Marmontel , daps ses Œuvres posthumes , a laissé aussi un Traité de logique et un Traité de
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loétaphysiquc; il n^y luit pas chercher non plus des mes neuves et profondes; mais ces écrils renferment nn choix fait avec diseenœment et sagesse dans les travaux des philosophes de toas les temps. C'est un recueil de vérités utiles^ présentées avec simplicité, avec netteté et méthode. On peut remarquer que plusieurs des homnes de lettres distingués qui ont terminé leur carrière pendant Tintervalle qui nous occupe, en ont cour sacré les dernières années et les derniers effiH'ts aux travaux philosophiques. Peut-être Tâge rt les événements les avaient-ils ramenés plus for^ tement aux idées sérieuses ; peut-être aussi avaient-ils jugé que Tépoque à laquelle nous sommes arrivés ouvrait à ceux qui embrassent ce genre d'étude de nouvelles perspective. Le malheur des temps a dû réveiller avec force le sentiment et le besoin de la morale. Les travaux d'un grand nombre de siècles sont accumulés devant nous, et si l'exemple de tant de systèmes rapidement élevés et détruits nous indique les fautes à éviter, la possession des vérités acquises nous encourage à les étendre. Les tentatives du scepticisme ont été poussées si loin, qu'elles ont en quelque sorte épuisé ses forces, et que tout ce qui sera conquis sur lui sera désormais hors d^atteinte. Les hommes qui cultivent les études philosophiques sont plus disposés à s'entendre , et la diversité des opinions ne produit plus au même degré l'esprit de secte. Enfin, s'il reste en-
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core beaucoup de problèmes à résoudre, les problèmes fondamentaux sont au moins définis avec plus de précision que jamais. Ceux qui les méditeront profondément y trouveront de puissants secours pour avancer dans la carrière ; ils marcheront d'autant plus directement au but, qu'ils porteront dans cette étude des intentions plus pures, et que le zèle pour les intérêts sacrés de la vertu s'associera plus profondément dans leur Ame à Tamour de la vérité ; ils avanceront aussi avec d'autant plus de certitude , qu'ils seront mieux préparés par les recherches historiques et par l'étude de l'antiquité , introduction indispensable pour les travaux philosophiques. Les écrits des anciens contiennent une foule de germes épars, mais {nrécieux et susceptibles d'être fécondés; les rapprochements de leurs préceptes étendent les idées; l'esprit s'élève à la vue de ces grands modèles. C'est à la philosophie qu'il appartient d'expliquer l'érudition , comme l'érudition explique les monuments; mais, ainsi traduites, les matières de l'érudition deviennent à leur tour autant de pensées fécondes. Une érudition solide et bien choisie nourrit les méditations de la pensée.
Nous ne saurions donc recCHumander trop fortement la réunion de ces deux genres d'étude ; elle oflfre encore de nombreuses palmes à cueillir, d'autant plus honorables , qu'attach(^es à un but utile et noble , elles exigent de longs efforts
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et de difficiles épreuves. Cultivée dans cet esprit, la philosophie exercera une influence favorable sur les progrès des connaissances humaines , et se montrera toujours digne de la place qui lui fut assignée dans Tarbre généalogique de Bacon.
L'alliance qu'elle entretiendra avec les lettres, maintiendra celles-ci dans toute leur dignité. «Ses maximes seconderont les intérêts de la morale publique, et prêteront, dans l'opinion des hommes, un nouvel appui aux institutions qui les garantissent. Ses leçons seront particulièremeot méditées par les hommes qui se livrent aux honorables fonctions de l'enseignement, on auxquels est confié le ministère sacré de former Je coeur de la jeunesse à la vertu ; ils puiseront à l'école de la sagesse, et les lumières qui doivent diriger leurs pas, et les nobles sentiments qui doivent nourrhr leur zèle. Nous terminerons par un vi;bu que cette conviction nous inspire : l'érection de quelques chaires de philosophie en Frange, et particulièrement dansles établissements destinés à former des instituteurs, nous paraît non-seulement utile, mais nécessaire pour compléter le système des études. Ce fut sqjùs le règne d'Auguste que les écoles de philosophie, fermées p^idant les désordres du triumvirat, furent rouvertes, et avec un éclat nouveau , h l^ixHm et dans tout l'empire.
NOTE A
Avant la présentation de ce rapport à 1* Empereur, M. de ^Gerando lui soumit les vues et les principes qui avaient présidé à ce travail , dans une lettre dont voici les principaux passages :
« Sire,
» J'ai été chargé par l'Institut national de la portion la plus délicate 'du rapport qu'il doit bientôt présenter à Votre Majesté sur l'état et les progrès des sciences pendant les vingt dernières années, je veux dire , de celle qui concerne la philosophie. C'est en suivant avec franchise la ligne de mes propres opinions, que j'ai échappé aux difficultés et aux dangers d'un tel sujet.
D Le spectacle des abus commis au nom de la philosophie sous les rapports de la morale, de la religion et des institutions politiques, a été le motif qui, dès mes jeunes années, m'a engagé dans cette étude. Je conçus le dessein trop hardi pour mes forces, mais d'un vif intérêt pour mon cœur, de réconcilier la philosophie avec les vérités qui fondent le bonheur de l'homme et la tranquilité des États. Quelques prix obtenus dans les sociétés savantes de l'Europe ne sont tombés que sur des accessoires de mes travaux ; mais tous attestent ce but , et ceux que je n'ai pas publiés y tendent plus directement encore.
» C'est donc cette philosophie qui appelle la raison non à proscrire, mais à fonder les idées religieuses , qui s'allie au christianisme, qui reconnaît une morale naturelle , qui respecte les institutions établies, la vraie philosophie socratique, dont j'ai tracé l'histoire dans mon travail. C'est dans ses in-
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téréts seuls que j'ai cherché la mesure des progrès obtenus ou des fautes .commises, et cette philosophie, qui n'est que la raison des hommes de bien , peut confier ses desseins , le but de ses efforts, au restaurateur des mœurs publiques et de toutes les institutions qui les protègent. »
FIH.