‹ Histoire comparée des systèmes de philosophie considérés ..., Volume 8Chapitre 9 sur 27 · IV · texte numérisé non relu

IV

dans celle puissance^ nalurelle à l'âme^ de concevoir et de juger j qui la rend, en quelque sorte, arbitre du vrai , et toutes les questions qu'on a élevées , en voulant remonter plus haut, n'ont servi qu'à engendrer des disputes frivoles (1).

Cependant le vide que Locke avait laissé dans une partie fondamentale de sa philosophie, devenait toujours plus sensible. Hume l'avait découvert, et en avait tiré un avantage singulier pour la cause du scepticisme. Reid s'attacha à le combler; il s'efforça d'enlever à Hume le motif qui autorisait ses doutes. Si Reid n'a point donné une solution assez satisfaisante, s'il n'a point porté assez avant la lumière de l'analyse, il a, du moins , eu le mérite de fixer l'attention des penseurs sur un problème de la plus haute importance, d'avoir compris que les données de ce grand problème devaient être puisées dans la raison naturelle de tous les hommes. Enfin, Reid a certainement approché du but, et fait plusieurs découvertes sur sa route.

Quel motif avons-nous de supposer qu'à nos sensations et nos idées correspondent des objets réels et externes; que ces objets ressemblent aux images sous lesquelles nos sensations nous les représentent; que les événements qui paraissent

(1) V. l'ouvrage de Hutcbeson, intitulé : Synopsis Metaphysicœ onlologiam et pneumalologiam complectens»

se succéder et qui se lient dans notre esprit, sont réellement enchaînés par un rapport d'effet et de cause, qui assure leur constance et les mette dans une mutuelle dépendance? En un mot, quelle garantie avons-nous que les peintures tracées sur la toile légère de la pensée, représentent un monde véritablement existant hors de nous, et les lois qui le régissent?

Tel était le problème posé , comme nous l'avons vu, dès rorigine de la philosophie, et qu'on avait tenté de résoudre en diverses manières.

Les uns, comme Platon , avaient établi la correspondance du règne de la pensée et du monde réel, par l'intermédiaire des idées divines ; d'autres, comme les dogmatiques, avaient eu recours à l'énergie féconde des principes nécessaires et éternels; d'autres, comme Aristote , Epicure, et les stoïciens , avaient supposé une sorte d'émanations, de corpuscules légers, d'images voltigeantes, qui transportaient dans l'âme l'empreinte des objets. Locke avait semblé, par sa manière de s'exprimer, autoriser cette dernière opinion , ou du moins une certaine espèce de transmission à laquelle les sens servaient de canal. Hume s'était emparé de cette hypothèse; il avait admis, sous le nom de phénomènes ou d'apparences , ces espèces d'intermédiaires, ces anneaux moyens de la chaîne , et, trouvant dans ces occasions prochaines de la sensation une raison suffisante pour expliquer la sensation elle-même, il n'avait

plus aperçu qu'une hypothèse arbitraire, inutile, dans cette cause plus éloignée qui naissait de l'existence des objets et de leurs propriétés. Mais Reid a attaqué Hume dans le principe même du raisonnement; il a éclairé cette longue erreur des philosophes qui supposaient la nécessité d'un agent médiateur entre les objets et la pensée, et il a cherché, dans l'âme seule, le moyen d'une relation plus immédiate et plus secrète (1).

Reid , le premier, nia donc l'existence de ces objets intérieurs que l'âme était supposée contempler, et dont il s'agissait de démontrer la conformité avec les objets externes. A cet effet, il établit entre la sensation et la perception une distinction bien plus essentielle que celle admise jusqu'alors; il motiva cette distinction sur une analyse très délicate de nos divers ordres de sensations. Il plaça dans l'homme une sorte d'instinct naturel , indépendant de l'éducation et de toute connaissance acquise, qui lui fournit une instruction plus directe, et dont les effets sont certains, parce que sa puissance est irrésistible. Cette instruction fondamentale se compose de certaines vérités premières, dont nous avons ainsi le sentiment, sans qu'il soit besoin de les démontrer. Ces vérités, communes à tous les hommes, à l'ignorant comme au philosophe, sont déterminées

(I) Dugald Siewarl, Elem. ofthe Phil. etc., p. 91 , 92.

par deux caractères principaux : l°le doute, à leur égard , ne peut être général , ni durable , et il se trouve infailliblement détruit par les conséquences absurdes auxquelles il conduit ; 2° les propositions qui leur sont contradictoires, sont, par elles-mêmes, non-seulement révoltantes pour la raison, mais même ridicules.

Reid essaye ensuite d'établir la nomenclature de ces premières vérités ; il en fixe l'ordre et le nombre, il en indique les applications.

Il les distribue en deux classes : les unes simplement contingentes y les autres nécessaires.

Dans la première classe il place, par exemple, ces maximes : tout ce qui est perçu intérieurement par la conscience a une existence réelle; toutes les pen» sées et les sensations appartiennent à un sujet quis^ap^ pelle le moi^ ou l'âme; tout ce que nous nous rappelons clairement a réellement existé^ etc., etc.

Il partage la seconde en plusieurs sous-divîsions correspondant aux différentes sciences; ainsi, les véritéà premières et instinctives sont, ou logiques , ou métaphysiques , ou mathématiques, ou grammaticales, ou morales. C*est dans le nombre des vérités métaphysiques qu'il place la célèbre maxime : point d'effet sans cause^ et aussi celle que tout ouvrage harmonique suppose une cause raisonnable. C'est par une loi primitive de sa nature, que l'esprit humain conclut delà succession des phénomènes à la connexion qui les unit , et

la seconde partie du problème se trouve ainsi résolue.

Cette grande loi de la raison, cette espèce d'instinct intellectuel qui nous force d'admettre certaines vérités, sans nous permettre d'en discuter les bases, a reçu de Reid le nom de sens commun^ qui a un grand tort aux yeux de certains philosophes, celui d'appartenir à un langage trop populaire, et qui ne leur laisse que la triste espérance d'avoir raison avec la foule (1).

Convenons cependant que la doctrine de Reid offrait un asile assez commode à ceux qui , en établissant une opinion, voulaient se dispenser de la justifier par des raisonnements, et de répondre en forme aux objections de leurs adversaires. Reattie et Oswald paraissent avoir un peu cédé aux charmes de cette facilité. Cet instinct, ce sens commun, dit Reattie, est un don que la nature fait, sinon à l'universalité, du moins au plus grand nombre des hommes. L'éducation et l'art n'ont rien à faire pour le développer dans ceux qui l'ont reçu, ni pour le suppléer chez ceux qui en sont privés. C'est donc perdre son temps que de raisonner, de discuter avec ceux-ci; on ne peut que les plaindre de cette espèce de cécité intellectuelle, sans pouvoir espérer d'y porter remè-

(1) Inquiry inio the human mind , on the principle of conmon sensé y p. 29, 30, 31, — Essays on tkc inteUeclual powers y etc.

de ; ils peuvent être savants, mais il leur manque une condition essentielle pour être raisonnables; ils peuvent avoir de la mémoire et même du génie, quoique manquant de sens commun. Beattie donne beaucoup d'extension au pouvoir de cet instinct naturel, dans les relations des sens; il le fait juge, non-seulement de l'existence des objets , mais encore de leurs propriétés ; il le fait juge entre les sens eux-mêmes, lorsque leurs rapports se contredisent. Il ne lui accorde pas une moindre autorité dans l'ordre des vérités morales ; c'est au sens commun qu'il attribue le droit de nous manifester directement la liberté morale, la bi du devoir et l'espérance d'une autre vie, , en un mot, de servir d'organe à toutes les décisions de la conscience (1).

Jacques Oswald a partagé avec Beattie l'intention de faire servir particulièrement la théorie de l'instinct naturel à confirmer les idées religieuses. Il donna d'ailleurs à cette théorie une extension encore plus marquée. Toutes les erreurs des philosophes naissent, suivant lui, de ce qu'ils ont négligé de prêter l'oreille à cet instinct naturel, de fixer leur attention sur des vérités prochaines et immédiates, pour se perdre en des spéculations sur des objets éloignés et indifférents au bien de nos semblables. Du reste, l'instinct

(1) Elemenis of moral science , by James Beattie , 1790. — Diss. moral and crttical , etc.

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naturel peut être dénaturé, corrompu, par les préjugés, les passions, les vices de l'éducation, ou par l'influence, quelquefois funeste, du commerce des hommes ; mais il ne peut être absolument anéanti, du moins dans la majorité de l'espèce humaine. Oswald distingue donc Yopinion commune du sens commun; celle-là est plus incertaine, comme celui-ci est infaillible, et l'on peut en appeler de l'une à l'autre. La force de ces vérités d'instinct qu'on est obligé d'admettre comme axiomes j sans qu'il soit permis de les discuter, est telle, aux yeux de ces Ecossais, qu'elle suffit pour établir immédiatement le fait de C existence de Dieu, et la plupart des vérités religieuses et morales. Il est, non-seulement inutile, mais même funeste d'employer l'arme du raisonnement contre ceux qui se refusent à cette lumière (!)•

Ferguson a rétabli , entre les objets et la pensée, ces termes moyens {média) que Reid avait cherché à faire disparaître; ils sont de deux sortes : les sensations eiles signes Mblxs Ferguson n'admet point, dans les conceptions cle l'esprit, cette propriété représentative qui les rend, aux yeux de la plupart des philosophes, comme les images des objets. Il fait dériver tout le système des connaissances de deux sources, savoir : la perception immédiate

(i) An appeal to common sensé in behaîf of religion ^ by James 0s\Yald; Edimbourg, 1765, 2 vol. y

des êtres matériels, et la déduction réfléchie des idées.

Ferguson a compris, sans T exagérer, toute l'utilité que nous retirons des notions générales. C'est en rattachant l'idée d'un objet particulier à celle de son espèce ou de son genre, l'observation d'un fait individuel à une loi générale de la nature, que nous en acquérons, selon lui, une connaissance véritablement instructive. Ainsi, toutes les découvertes utiles consistent, ou à découvrir une, nouvelle loi, ou à faire d'une loi connue une application nouvelle. C'est ainsi que le professeur d'Edimbourg a fait porter lui-même tout son système de la philosophie morale sur la grande loi de la soctabililé, sur cette loi en vertu de laquelle chaque individu s'associe au bonheur comme aux souffrances de ses semblables. On sait avec quelle suite, avec quelle heureuse fécondité, ce célèbre écrivain a tracé la génération de cette importante chaîne de notions et de vérités qui soutient toutes les -sciences politiques (1).

Ce que Ferguson a fait pour la génération des idées , lord Kaims l'a exécuté pour les idées du beau et pour cet ordre de notions élégantes qui président à la théorie des beaux-arts (2) , Adam

(1) Institutes of moral philosophy , by Adam Ferguson , Lond., 17C9.

(2) Essays on the principks of morality and natural religion , by Henry Home (lord Kaims), Edinburg, 1751.

Smith , pour deux autres familles non moins importantes de nos idées, celles qui correspondent aux sentiments moraux, et celles qui fondent l'économie sociale. Ainsi se complétait de toutes parts, d'après le plan de Bacon et les principes de Locke, ce bel arbre généalogique des connaissances humaines dont les sciences morales sont la branche la plus délicate , la plus diflScile à observer, voilée qu'elle est par le nuage de nos passions, de nos distractions et de nos habitudes.

Mais Smith s'est assuré des titres, bien plus directs encore à la reconnaissance de ceux qui étudient la philosophie de l'esprit humain, par cette analyse ingénieuse et rapide qu'il a faite de l'origine du langage et de ses propriétés métaphysiques, par ce coup d'œil si profond qu'il a jeté sur l'histoire générale de la philosophie. Quoique nous ne possédions que quelques fragments de ce grand et bel ouvrage qui eût comblé les vœux formés par Bacon, Thomas et D'Alembert, nous y trouvons le sujet des plus fécondes et des plus utiles méditations; nous y découvrons les plus riches aperçus sur la génération des connaissances humaines; nous recueillons avec admiration ces vues sur les causes qui confondirent dans l'esprit des premiers penseurs la métaphysique et la logique, et sur les effets qui résultèrent de leur séparation; ces explications de la naissance du dogmatisme , et cette intéressante esquisse de l'histoire des idées dans l'école de Platon, d'Aristote, des

Stoïciens, de leurs successeurs; ces jugements si pleins d'équité que portait sur le mérite des philosophes anciens un esprit si capable de l'apprécier ; en un mot , cette manière si heureuse de faire servir les lumières des modernes à développer la liaison des opinions antiques, et l'expérience de ces opinions à jeter un nouveau jour sur les découvertes des modernes (1).

La doctrine de Reid a fourni à Edouard Search une occasion de réconcilier avec la raison humaine les principes de la révélation qu'il considère comme leur complément naturel. Il recourt au sens commun comme à l'arbitre qui seul peut ramener la paix entre les sectes divisées. Dans son éclectisme, il prend surtout Locke pour guide ; il tend à développer les conséquences des vérités premières généralement admises parmi les^hommes, et surtout celles de ces conséquences qui ont une application pratique, plutôt qu'à remonter à l'analyse des fondements de nos connaissances (2).

Mais c'est surtout à M. Dugald Stewart que Reid est redevable des plus précieux développements. Nous avons eu déjà plusieurs fois l'occasion de rappeler le nom de cet écrivain qui con-

(4) Essai phitosophique , par feu Adam Smilh , trad. par Prévost, t. I , p. 171 ; t. 11, p. 32. V. aussi sa vie par D. Stewart.

(2) The Ught of nature , l)y Edward Search , Lond., 1779 , 5 vol.

tiniie si glorieusement la chaîne des philosophes dont s'honore l'école Écossaise, Cet écrivain possède, dans un haut degré, l'art difficile d'appliquer l'esprit d'observation à l'étude de l'entendement. Ses exemples sont aussi heureusement choisis que judicieusement analysés, 11 excelle surtout en décrivant ces opérations délicates par lesquelles l'esprit forme les abstractions, les conçoit et les applique. Condillac avait rapporté à l'abus des principes abstraits la plupart des erreurs philosophiques; Dugalt Stewart a été plus loin ; il a expliqué l'origine même de cet abus ; il a rectifié , en la développant , la maxime de Condillac; il a montré que l'abus ne tient point à la nature même de ces principes , mais à cette disposition de l'esprit qui tend trop facilement à reporter dans la notion générale quelques-unes de ces perceptions individuelles dont il la détache avec tant d'effort ; il nous fait démêler les effets de cette disposition dans des exemples récents , dans des questions de la plus haute importance. 11 serait à désirer seulement que Dugald Stewart, plus confiant dans ses propres forces, fût remonté, avec la même méthode et la même sévérité, à la première origine des connaissances. Alors, peut-être', il eût davantage complété sa théorie; il eût accordé moins de confiance à certaines opinions de Reid, et particulièrement à celle qui rapporte au seul instinct naturel le jugement par lequel nous pro-

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nonçons l'union des effets et des causes (1). En général, c'est surtout dans les rapports pratiques de la science que ce professeur se distingue par des vues neuves et fines ; son introduction prouve très bien l'utilité de la philosophie de C esprit humain j mais son livre entier la démontre mieux encore. Chacune de ses maximes éclaire d'un jour favorable les principes de la logique, de la morale , de la politique et des beaux-arts. Tel était cet instrument intellectuel que Bacon avait conçu et désiré. On aime à le suivre, lorsque^ définissant l'esprit de société, il en fait sentir les abus ; lorsque, expliquant l'origine des habitudes , il en décrit les effets ; lorsque, développant la grande loi de l'associcuion des idées ^ il la développe par les applications les plus variées et les plus ingénieuses, quoiqu' ébranlé en cette occasion par l'autorité des écrivains qui ont donné à cette loi une extension trop absolue ; il laisse échapper à cet égard quelques doutes que nous trouverons levés , probablement , dans le nouvel ouvrage qu'il nous annonce (A).

Nous devons compter encore au nombre des disciples de Locke des écrivains qui ont confirmé ou appliqué quelques parties de sa théorie, tels, par exemple, que l'auteur d'Hermès, Harris , qui l'a si heureusement fait servir à éta-

(1) Eléments ofihe philosophy , etc.f p. 205 , 20G.

blir les principes de sa grammaire (1) ; tels encore qu'Isaac Watts , qui , dans sa Logique, l'a mise en quelque sorte en action, en a déduit des préceptes pratiques pour la découverte et la défense de la vérité , et qui a donné une sorte de base expérimentale à la théorie de Fart de penser (2).

Quelques années après avoir publié sa Logique, Watts imagina de la compléter par un supplément qui fût à Igi fois à l'usage des gens du monde et de ceux qui se destinent à l'étude des lettres et des sciences, qui servît comme d'introduction aux divers travaux de Tesprit , en même temps qu'à la conduite de la vie. Cet ouvrage, dont il n'a pu ïichever que la première partie , sous le titre de Culture de l'esprit , est un recueil d'excellents préceptes et de maximes pratiques sur l'art des observations, la lecture , l'instruction , la conversation , la méditation. Ces divers moyens d'augmenter nos connaissances sont comparés entre eux , et analysés avec la plus

(1) Harris a parfaitement senti l'étroite liaison de la logique et de la grammaire (1. 1 , c. 6); il a tracé avec une extrême précision la génération des idées générales , et défini avec justesse le caractère des principales langues (1. 111, c. 4 et 5 ). Le traducteur élégant qui nous a fait jouir de cet ouvrage , y a joint des notes qui en augmentent encore le prix.

(2) La Logique de Watts , publiée en 172-4, eni tant de succès , que, dès 1736, elle avait obtenu six éditions; elle est devenue classique dans les universités d'Angleterre,

grande sagesse. Les expositions sont claires, les exemples bien choisis et la méthode très exacte. Ici, encore, Watts a pris Locke pour guide ; il a converti sa théorie en une sorte d'art qu'on pourrait appeler Y art de s'instruire (B).

Mais terminerions-nous sans rappeler de nouveau la belle confirmation que les principes de Bacon ont reçu des exemples , de la doctrine du grand Newton? Quel témoignage rendu par le génie inventeur au génie des mélhodes ! Newton, aussi, s'occupa de logique et de métaphysique; mais sa philosophie sublime, alors même qu'elle saisissait le nœud inconnu du système céleste, sut s'arrêter à la limite naturelle de nos connaissances. Et qui mieux pouvait poser cette limite, que celui qui avait approché si près du terme? Il admit, comme autant de données , les propriétés de la matière, et consacra à en développer les eflfets le temps que d'autres perdent à les expliquer. Il démontra la grande loi de l'attraction, mais sans s'arrêter à examiner en quoi elle consiste , ni comment elle est possible ; il avoua ingénuement son ignorance sur le fondement de nos perceptions ; il montra un constant éloignement pour les systèmes du dogmatisme et pour ces théories audacieuses, qui, du sein du néant, prétendent démontrer à priori le principe des êtres. Justement effrayé des écarts que cette méthode vicieuse avait produits et qu'elle pouvait renouveler encore : physique, s'écria-t-ii, préserve-toi

de la métaphysique l Avis qui fut entendu de son siècle, et lui valut enfin de plus réelles découvertes.

La philosophie de Bacon et de Locke est donc devenue , sans délai comme sans efforts , à peu près générale en Angleterre. Nous ne rencontrons guère, parmi les écrivains de cette nation, que quelques exceptions, telles que Clarke, Richard Price et WoUaston, qui se rattachèrent plus ou moins aux systèmes dogmatiques de Cudworth, d'Henri More, et donnèrent une physionomie moderne aux antiques leçons du fondateur de l'Académie.

NOTE A, A ï;0CCAS10N des essais de DUGALD STEVVAH'L

YérUds fondamentales méconnues :

1" L'esprit ne perçoit pas seulement des idées , mais aussi des faits,

2" L'origine des idées de rapport est une troisième source; ces idées sont le produit de l'esprit lui-même.

3* Les prétendues apparences (phénomènes) sont d'abord des réalités en elles-mêmes , et ne deviennent apparences que par un rapport de comparaison : point de phénomènes sans noumènes.

4* l\ n'y a pas de vérités relatives qui ne supposent d(;s vérités absolues; car il n'y a pas de rapports sans termes.

•S» Vtmitê de l'esprit est la clef des rapports.

G* Les erreurs les plus considérables de la philosophie sont nées de l'hypothèse qui fait considérer toutes nos idées comme des images y et chercher uniquement la vérité dans la ressemblance de ces images avec les modèles.

Cette hypothèse est née de l'analogie des sensations de la vue avec celles du tact, et des jugements portés sur les choses retracées seulement par Timagination et la mémoire. Mais il y a aussi le domaine de V intuition; ici , Tidée est la vue de la chose; le jugement est la perception des faits.

7» La clef des plus importants problèmes de philosophie est dans la nature des notions de rapport , dans ia distinction de ce qui, dans ces notions, appartient à Tesprit, et de ce qui appartient aux choses.

%^ Hume demande comment la perception de Véien^ue peut appartenir àj une substance inétendue. Réponse : précisément une substance simple peut seule percevoir un tout formé de parties. L'esprit est ici ce que le centre est aux rayons.

NOTE B

« C'est à l'observation que nous sommes redevables de nos premières idées , soit simples , soit complexes ; elle pose le fondement de toute connaissance , et nous met en état de nous servir de tous les autres moyens propres à 'cultiver notre esprit, li faut qu'elle nous donne d'abord les premières notions des choses. J'entends toujours par obsetvation^ Fusage de nos sens et le sentiment intérieur réunis. {De la cull, de lesprit, p. 40. )

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