‹ Histoire comparée des systèmes de philosophieChapitre 29 sur 38 · Procès d!? Léger (i · texte numérisé non relu

Procès d!? Léger (i

Aoloine Léfc^r, âgé de 29 ans, vigneron, ancien militaire , est traduit devant la Cour d'assises de Versailles , le '/3 novembre 1824, accusé 1 .^ de soustraction frauduleuse de légumes faite la nuit dans un jardin ; 2.'* d'attentat à la pudeur avec violence , sur la personne de la jeune DebuUy, âgée de 12 ans et demi; 3.*^ d'avoir commis volontairement, avec préméditation et de guet-à-peos, un homicide sur la personne de ladite DebuUj ; 4«° d'avoir caché le cadavre de cette enfant.

Voici un extrait de l'acte d'accusation : » Léger , dès sa jeunesse , a toujours paru sombre et farouche ; il recherchait habituellement la solitude , et fuyait la société des femmes et des jeunes garçons de son âge. Le 20 juin 1823 , il quitte la maison paternelle, sous prétexte de chercher une place de domestique , n'emportant avec lui qu'une sonmie de 5o fr. et les babils qu U portait sur lui. Au lieu de rentrer chez lui , il gagne un bois , distant de plusieurs lieues , le parcourt pendant huit jours pour y chercher une retraite , et au bout de ce temps découvre une grotte au milieu des rochers, de laquelle il fait sa demeure ; un peu de foin compose son lit. Pendant les i5 premiers jours, il dit avoir vécu Je racines, de pois, d'épis de blé» de groseilles et d'autres fmits qu'il allait cueillir sur la lisière des bois; une nuit 1 alla voler des artichauts; ayant un joiur pris un lapin ^sur une roche, il Ta tué et mangé cru sur-le-champ; mais pressé par la faim , il alla plusieurs fois à un village voisin pour y acheter quelques livres de pain et du fromage de Gruyère. »

« Cependant , au milieu de la solitude , de violentes passions l'agitaient ; il éprouvait en même temps l'horrible

(1) Con^fiiutionnel et Journal des Débats, du a{ novrmbre 18^4.

besoin de manger de la chair humaine, de s'abreuver de sang (c'est toujours ce monstre qui parle). Le lo aoûf , il aperçut près de la lisière du bois une petite fille, il court à elle, lui passe un mouchoir autour du corps, la charge sur son dos , et s'enfonce à pas précipités dans le bois; fatigué de sa course, et s'apercevant que la jeune fille est sans mouvement , il la jette sur Therbe. L'horrible projet que ce cannibale avait conçu , le forfait qu'il avait médité s'exécutent. La jeune D. est sans vie ; le tigre a eu soif de son sang; ici notre plume s'arréle, le cœur saigne, l'imaginalion s*épouvante devant une série de crimes que pour la première fois la barbarie , la férocité , ont enfantés; le soleil n'avait pas été témoin d'un pareil for£aiit, c'est le festin d'Âtrée (ici l'acte d'accusation retrace les détails relatifs au viol , à l'a mutilation des organes génitaux et à l'arrachement du coeur, détails que ne rapportent point les journaux). Léger emporte ensuite le corps de sa victime et l'enterre dans sa grotte. »

« Léger fut arrêté trois jours après avoir commb le crime. Aussitôt il déclare son nç>m , le lieu de son domi* elle, dit qu'il a quitté par un coup de tête son pays et sa famille , et que depuis un jour et demi il se promenait •!ans le bois, ne sachant où il portait ses pas, et allante (jîi son désespoir le conduisait. Amené devant l'adjoint' (le la commune , il se donne pour un forçat évadé, ra- )nle comment il prétend avoir rompu sa chaine à Brest , t s'être enfui par-dessus les remparts. Ses récits étaient contradictoires et remplis d'invraisemblan(^ë; on le livre à la gendarmerie. Dans la prison , il dit comment il a véni <^ms les bois et dans le creux des rochers, ne mangear>l <;uc des pois, des artichauts, du blé, etc.; des indicrs semblent le désigner comme l'auteur du crime; il nie iKabord , plusieurs interrogatoires sont sans résullat. Mais au moment où il fut confronté avec le cadavre ^ uu lî.L'decîn qni était présent, apercevant que Lrgor é! ^t

4 lliDEaNE-LÉGALE

pâle, décoloré, et que sa contenaoce démentait ses dénégations , lui dit : Malheureux , vous avez mangé le coeur de cette infortunée, nous en avons la preuve; avouez la vérité. Il a répondu alors en tremblant : oui , je 1 ai man<;é , maïs je ne Tai pas mangé tout-a-fait; il ajoute que Tenfant était mort tout de suite. Dès4ors il ne cherche plt:^ à rien taire , il reprend tout son sang froid , et déroule luimême la série des crimes dont il s'est rendu coupable; il en révèle jusqu'aux moindres circonstances ; il en produit les preuves, il indique à la justice et Le théâtre d;i forfait et la manière dont il a été consommé ; le juge n a plus besoin d'interroger ; c'est le criminel qui parle. »

« Depuis le jour où il a tout avoué , Léger a conser\ e un sang-froid épouvantable ; on lui a rappelé toutes I^^ circonstances du crime, et un oui^ prononcé avec indi: férence » a été sa seule réponse à toutes les questions qu ofi lui a adressées. »

Arrivé à l'audience , on remarque que ses traits prcso:: lent l'apparence du calme et de la douceur, ses regir<^ sont hébétés , ses jeux fixes , sa contenance immobile ; il conserve la plus profonde impassibilité; seulement ii.i air de gaité et de satisf^lion règne constamment sur >. :i visage. Pendant la lecture de l'acte d'accusation , Ia*j: \ a conservé un maintien dorât il est impossible d'exprîm* ; rimperlurbable tranquillité ; un sourire slupide , qui n*r .' qu'un mouvement convulsif , erre sur ses lèvres ; sesyeiA . presque continuellement baisses, se portent de tem^:^ .> autre sur les vétemens de sa victime, sur le bâton cl se: le couteau qui lui ontservià commettre le crime; penduii: cet épouvantable récit, la figure de Léger, loin de m..nifcster la moindre émotion , semble enrofie s'épanot: . davantage.

\ oici un certain nombre des réponses de Léger.

D. Pourquoi avez-vons quitté vos pai^ens?

R. Parce que j'cfais malade; j'avais un rhume, et j (*•

KELATIVE A LA FOLIE. S

tais atlaqoé de la pierre; je n'avais plus la i^tc à moi ; cette maladie mentale proTenait d'un rhome qui m'avait donné la pierre.

( Le président £iit remarqfner que les Docteurs n'ont découvert aucun signe de la pierre ).

Il dît que c'est le désespoir qui l'a conduit dans la roche de la Charbonnière; qu'il avait le cerveau vide; qu'il éprouvait des désirs sans vouloir les satisfaire.

D. Pendant que vous étiez dans les bois , n'avez-^vons pas rencontré une femme de 60 ans environ.

R. Je ne me le rappelle pas.

D. Cependant une femme âgée, que vous avez eflBrayée par vos questions et yotre air agité f a feint d'appeler un homme endormi près de li^ et vous vous êtes retiré atis- >it6t ; nne autre fois vous avez fencontré une jeune femme de 20 ans , et vous l'avez insultée par vos gestes et vos paroles?

D. Je ne Hi'en souviens pas du tout.

R. N'avez^vous pas eu plusieurs (bis l'idée d'eritratner <{aelqiie femme dads la roche de la Charbonnière , qui est une caverne énonnje, surmontée d'un bois ?

R. J'en ai en l'idée ^ mais je ne Tai pas faiL

D. Vous avez dit dans l'instMction que vous craigniez la résistance d'une femmef adulte ; vous craigniez aussi qae ses cris appelassent les passans ?

R. Oui, Monsieor.

D. Le 10 aoàt , voos avez passé par tttse brèche pour entrer dans le jardin d^ItteviUe, et y prendre quelques jTiichants?

R. J'ai pris aussi des oignons et quelques épk de blé.

D. Vous mangiez donc le grain tottt cru , après Tavoir dépouillé de son enveloppe?

R. Oui, Monsieur.

D. Vous avez bouché une des issues de la caverne ?

R. Ont y de crainte i]pi'il ne vint de l'air.

G MEDEa:S£-L£GALE

D. Reconnaîssez-voas le morceau de grès sur lequel vous avez afBlé votre couteau?

R. Oui, maïs le morceau était plus gros que ça.

D. Répétez de vous même ce que vous avec £ût le i < août?

R. J^étais allé pour cueillir des pommes : )'ai aperr:i an bout du bois, une petite fille assise ; il m*a pris idct^ de Tenlever; je lui ai passé mon mouchoir autour du cou , et Tai chargée sur mon dos , elle n^a jeté qu^un pelii cri. J'ai marché à travers du bois , et me sub trouvé mal de faim, de soif et de chaleur. Je suis resté peut-êtr^ une demi-heure sans connaissance , la soif et la (aim m'ayant pris trop fort, je me suis mis à la dévorer...

D. Dans quel état était alors la petite fille ?

R. Sans mouvement: elle était morte; je a^ai essa}c que d'en manger, et voilà tout.

L'accusé ^e renferme dans une dénégation formelle, sur tout ce qui est relatif au viol. L'accusé était convenu qu'ayant ouvert le corps de Tinfortonée créature, et voyant sortir le sang en abondance, il y désaltéra sa soif exécrable; et, poussé, dit-il, par le nutlin esprit^ qui me dominait, j'allai jusqu'à lui sucer le cœur.

L'accusé ' Je n'ai rien dit de tout celai MM. les juges, qui ont écrit tout ce qu'ils ont voulu.

A d'autres questions , Léger répond avec un ioconcevable sang firoid : je n'y ai pas fait attention,... d'ailleurs, je suis tombé en faiblesse , et me suis trouvé mal. .

Je n'ai fait tout cela, dit-il plus loin, que pour avoir du sang.... je voulais boire du sang... j'étais tourmenté d^ la.soif ; je n'étais plus maître de moi.

D. N'avez-vous pas détaché avec votre couteau le cœin de votre victime ?

R. Je Tai tâté on peu avec mon couteau , et je Tai percé.

Il dit qu après avoir enterré les restes du cadavre pn>

RELATIVE A LA FOUE. f

de la grotte, il quitta ce lien , parce qu^il y avait près' de Ini des pies qui croassaient , et quUl croyait être là pour le faire prendre; il n^avait plus la tête à Ini; il est allé passer la nuit dans une grotte plus bas , sans pouvoir dormir. Le lendemain , il s'en alla à travers champs , par-dessus les montagnes; quand je voyais quelqu'un (i an côté , dit-il , je m'en allais de Tautre ; je me suis lavé la figure sur les rochers ; j'ai lavé aussi ma chemise , j'en. À coupé le col et les manches qui étaient ensanglantées.

D. Lorsque vous avez été arrêté , vous aves dit que vous aviez été condamné à 20 ans de fers , et que vous TOUS étiez évadé ?

R. C'est possible.

L'accusé reconnaît et désigne le mouchoir avec lequel il a entraîné la jeune fille après Tavoir tordu , et en le tenant par les extrémités.

D. Que vouliez vous faire dé cette en&nt ?

R. Je n'avais pas de connaissance ; j'étais pouasé par le malin esprit

La chemise saisie s|ir l'accusé , toute sale , encore en-" sanglantée et convertie de déchirures ^ lui est préfentée« Cet aspect ne le fait pas un seul instant sourciller.

Après la déposition du père de la jeune fille , â cette question du Président : vous avez privé ce malheureux père d*ime fille chérie , d'une fille sur laquelle vous avez exercé tous les genres de crimes ! Qu'avez-Vous à dire P

L'accusé répond : que voulez vous - que f y fasse.

Plusieurs personnes qui ont rencontré Léger» dans li campagne voisine des rochers qu'il habitait , disent qu'il avait un air effrayant.

Après la déposition de la mère, le président demande a Taecusé ce qii'il a à dire ? Il commence à pleurer , et répond : je suis fâché de l'avoir privée de sa fille ; je lui en demande bien pardon. Après ce peii de mots, la figure de Léger reprend l'expression quelle avait une minute 'luparavant.

8 MÉBEaSE-LÉGALE '

Après kt âéposilMHi d'un épicier rfii arail'venda du femoage i Léger ^ celui-ci dit : il y a encore une chose qrie le témoin ne rappelle pas ; je lui ai acheté des dragées. L'épicier ea connent. Ce témoin là est le pla& franc de tous , répond Léger.

D. N'achetiex vous pas des dragées f afm de les offrir aux jeunes femmes <|ue vous vouliez attirer dans votre

retraite»

'R. Non t Monsieur ; c'était pour moi.

D. U est assea- extraordinaire que vous ayez eu curie de raapger des dragées , vous qui ne vous nourrissiez que de racines et de fromage.

R. C'est une idée qui m'est venue comme ça.

Léges a constaoïmeot' répondu avec le sourire sur ks levées et l'appaDreilce de la gaité.

M. le Procureur du Roi souUerft que Léger avait li conscience de:^Qn crime ; il le prouva par les précaiitioBS qu'il a prisûs pour en cacher les traces « par Thorreur que lui inspirait la caverne , par l'iosomoie et Ici remords qui le tourmentaient « lelon $es propres aveux. Un msénsëy dit*âl ^ «uraiC dOroH a»près de sa victinie ; ipais Légctr a été forcé de s'enfuir; il lui semblait qu? lea oi&eaux fiinèbres Itii ireprôchaienl sa cmauié.

Le défenseur de l'accusé , «•mmé d'office, après a^o'.i fait observer que la raison se refbse de chiire à l'éMinnit. d'm semblable attentat « dans un homoM qui jouirait Jo toutes ses facultés intellectuelles , a sOuUau que Lé était privé de ia raison y que les habitudes vicieusea qu avait contractées f que la fuite de chez Mé$ pathos « qi le genre de vie qu'il menait, prouvaîenl évidemment cette absence de raison.

Sur la demande expresse du dëfenaettr^ le pfésid^n! a posé la question de démence.

Après une demitheure de délibération « le jufv s ré^i!*! affinnaliveinent les «pieslions de vol , d'attentat à la pu-

AEULTIVE A LA fOLIE. 9

deor et d'homicide , avec préméditation et guet*à*pens , et négativement celle relative à la démence.

Léger a entenda son arrêt de mort avec le calme et rimpassibilité qui ne Tont pas qnitté pendant les débats.

L'accusé ne s'est point pourvu en cassation , et a été exécaté peu de jours après sa condamnation.

Sa télé a été examinée par MM. Esqutrol et Gall , en présence de plusieurs' autres médecins. M. Esquirol nous a dit avoir remarqué plusieurs adhérences morbides entre la pîe-mére et le cerveau ( i ).

(1) N*iesf-oti pas frappa de |a ressemblance qai eiiste entre ce (àiX et celai qoi â é^ domiéremeot oonùgnë dans les Areki¥es / par le doctear BcrthoUel « reltiif A «no dépravation cstraordtnAiro da goût , jointe à une sorte dUmbécillité et à nn penchant trés-prononoé pour Tacte Té-

îicrien ? ^

m L^on s arrêté , dit ce médecin , et conduit dans les pf iaons de S.- Amand Cher}, nn homme qni faisaitsa aonrritore i«Toritc et necherchéo de MbsUm- '^csanioitlcs Ui phia dé^&unua et même de porliont de cadavre. Il a*est {Jasd*nne fois iulroduit dans des cimetières, où, à l'aide d^instrumens névsutrct, il a cherché à extraire de^ fosses les corps déposes le plus récem^ mfnc, pour en dévorer avec avidité les intestins qui sont pour lui l'objet lui flatte le pins son j{o&t. Trouvant dans l'abdomen de quoi ssiisfaire A «on appétit, il ne louche point ans autres parties du corps. Cet homme rst iç^é de prAs de 3o ans, il est d'uoe stature élevée; sa figure D*aiinonce rira qni soit en rapport avec cette passion dominaule. Ha dépravation du :'>ût est portée à l'acès : on Ta vu suivre les artistes-Vétérinaires dans les pansemeos de chevaux pour en manger les portions^e chair détachées , îei pins livides et les plus altérées par hi maladie. On l*a trouvé é^'«lement Jaas les rues, fouillant les immondices pour y chercher les substances animales jetées lM*rs des cuiMors. Ce qu'il y a de plus étonnant, c'est qu'il tt*r<t point maîtrisé par une faim dévorante ; il ne mange point d'une manière extraordinaire , car lorsqu'il lui arrive de rencontrer de quoi fournir pins qu'à son repas , il en remplit ses poches et attenJjiatiemmenl avec ce sorcroii d'alimeos, que son appétit soit de nouvenu réveillé. Interrogé sur <^ goût dépravé y sur ce qui l'aurait fait naître, ses réponses sont de nature 4 le Élire remonter à sa plus tendre enfance. Il place cette nourriture att mngdesalimens les pins savoorenx, et il ne peut concevoir comment ou }x:at blâmer Un goût qni Ini parait si bon et si naturel. Cet homme prouve une gène dans les mouvcmens du c6té gauche; il dit qo*elle est 1<* naissance. Lorsqu'on loi &it subir une espèce d'interrogatoire nn*p<i(

Voyons maintenant si la conduite de Léger chez ses parens , son genre de vie depuis sa fuite , la manière dont il a exécuté le crime , ses réponses aux interrogations , sa contenance aux débats , le soin qu'il a pris de sa défense, lamour qu'il a montré pour la vie» si Texamen de sa tête, voyons, si toutes ces circonstances n'ont rien présenté qui décèle chez Léger l'existence d'un désordre mental très profond.

' Léger a toujours montré des dispositions morales singulières ; il était habituellement sombre et mélancolique , fuyait la société des femmes, et ne se livrait point aux jeux qui récréaient ses camarades. La plupart des aliéués ont présenté ces bizarreries de caractère avant leur maladie , souvent même depuis leur enfance. Léger s'est néanmoins toujours conduit avec honnêteté ; il a servi comme soldat dans divers régimena sans qu'on ait entendu dire qu'il s'y soit mal comporté.

Un jour , sans motif, sans avoir eu à se plaindre de

proloD«;é, on s'aperçoit d'une certaine încolicrençe dans les i(técf, d""' lenJance à rirobécillitc. Cependant il rcpoud à tout ce qu*on lui drni<<ii^« avec amtex de précision , et il conserverait assex de facultés moralrs pour re«lcr libre , si la société n'en réclamait impérieusement la réclusion. Crf homme, dout le gohi fait horreur , pourraii lot ou tard se porter à du excès dangereux ; ii at^oue lui même que , quoiqu'il ridait encore at-ti^^-^' aucun être vitrant , il pourrait bien , pressé par la faim , attaquer un enj^^-"-' qu'il trouverait endormi , dans ses courses dans les campagnes. Il p*''''^ manquer de courage et être trés-pusilJanime; c'est peut-être A ceU q"^ Tou doit s*il u'a commis aucun crime pour satisfaire son goût domia»"^ Par une bizarrerie inespliruble.cel homme, lorsqu'il se repoli de snbMaîi''''s animales et surtout des inlesiins de cadavres' humains , dit éprouver uic douleur très-vive aux angles de la mâchoire et dans toute la gorge. »

» Il est à remarquer que cet homme esjl très-porté aux actes irvoitieui.

» Il a été «rrcté en octobre dernier, dévorant un tadavrc inhume U matin.

« N. B, Le Tribunal a prononcé son interdiction, et il sera envoyé v'j»* une prison telle que Bicélre, pour y être détenu. »

( Archives générales de Médecine , tome 7 , p. 4?^' )

ses parons, il prend une légère somme. d'argent et s'érbappe de la maison paternelle, poar aller habiter dans les bois, se loger dans les rochers, y vivre « à la manière d un sauvage , de racines , d'herbes crues , de fruits , d'à* nimaux qui ont à peine cessé de vivre. Ces actions ne peuvent appartenir qu'à un insensé. Il n'y a qu'un fou qui paisse être assez imprévoyant pour quitter sa maison avec si peu de ressources , pour mener un pareil genre de vie. Il n'est donc pas étonnant que Léger ait paru avoir un atr effrayant dans cette position malheureuse.

Mais que penser de Tidée et de l'exécution d'un forûiit qui n'a pas son pareil dans les annales du crime ? Les motî6 ordinaires des actions criminelles sont la cupidité , la vengeance , l'ambition , etc. ; V anthropophagie est étrangère aux peuples civilisés ; et chez les sauvages qui ont ce goût horrible , il est développé par l'exemple et rkabitude, il est le firnit de l'éducation. Chez nous , un. wthropophage serait on malade qu'il fiaudrait renfermer dans une maison de fous. Léger n'a donc point été poussé au crime par les passions qui en sont; les mobiles ordi-naires ; son action n'a pas de moti& intéressés que puisse avouer la raison. Il voulait boire du sang ! manger de t(i chair humaine! Ces désirs tout-à-£aiit étrangers à la nature de rhomme civilisé , entièrement opposés au caractère de Léger, développés depuis peu chez lui , prouvent , à mon avis , l'existence d'une effroyable perversion mo^ raie acddefiielle y d'une aliénation mentale manifeste.

Cette agitation , cette insomnie , ces craintes superstitieuses, qui tourmentaient Léger aussitôt après l'exécution du crime, sont, dit le ministère public, l'effet du remords , et prouvent l'existence de la raison; un aliéné, ajoâte-t-il , aurait dormi auprès de sa victime. Si npns narions pas d'autres preuves de la folie de Léger, '^ous ne penserions pas non plus que ces désordres

12 MÉDEaNE-LÉGALE

de Tesprit fussent des signes caraelérisliqiies de celle maladie. Mais réanis aux antres prcoves, ils les forllfienl. L'action de Léger pouraU être le résnlial d'un pa rox) sme , dans lequel ragttalion était augmentée , et a continué quelque temps après. D'ailleurs il ne faut pas croire que les aliénés ressemblent tous k des bétes bruteSt qui n'ont ni souvenir, ni aucune espèce de scnliment*, et soient incapables de reconnaître use mauvaise action et d'en éprouver des remords. Beaucoup de ces malades , au contraire , se repentent très-stacèrement du mal qu'ils ont £aiit aussitôt que le moment de colère oa de fureur est passé, demandent pardon à ceux qu'ils ont ofiEensés , et s'informent avec intérêt de ia; santé de ceux qu'ils oflit pu blessen M. Pinel parle d'u» aliéné qui , dars ses accès de foreur homicide , sentait tout ce que sapo sition avait d'affreux , et priait instamosent qu'on Teniermât et qv'on s'éloignât de lui ddnmt safurcnr. Cro}ez vous que cet infortuné eàtdovmfprès de la victise qa il e&t immolée ? Noos devons dire cependant que Fasscrtion du ministère public est vraie dass un grand nombre de cas.

Aussitôt après son arrestation, Léger se dit écbappé u^ galères de Brest En le supposant doué de raison , q»el * intention j avait-il dans une pareille réponse? E^pc^ rait-il qn'en le conduisant aussitôt k Brest, on Téloî^ne rait du théâtre du crime ? Mais comAient n'eùt-il p^ pensé qn'avant d'avoir acquis la certitude de son éM antériem' , on devait le garder dans ka prison la pi'-' voisine ? On lui eàt demuaindé par quel tribunal il avj i été condamné» on eût examiné ses épaules, et la f^"^' seké de son assertion n'eût pas tanrdé k élre recoanu^ Je crois donc qu'il faut attribuer à U folie celte uK < déraisonnable. De même qu'il est des aliénés qui secroien' princes, rois, papes^ empereurs, dieux i dignes des kon neurs les plus élevés; de même aussi il en estd'aulr^

RELATIVE A LA FOLIE. l3

qnis^imaginent être criminels, assassins, odieux à tout le monde , dignes des plus grands supplices.

Léger n^a pas avoué de lui-même son crime ; il est resté plusieurs jours en prison sans en parler à personne ; et pourlant il racontait à tout le monde son genre de vie dans les bois. Un aliéné, dit-on, ne cache point ainsi sts nctions. Cela est encore vrai pour un grand pombre de ces malades , mais non pour tous. Les personnes qui ont Tha- Litude de voir des fous savent très<-bien que les aliénés qui ont le penchant à dérober ne manquent point à cacher soigneusement lears larcins ; que des malades nient avec force, avec assurance, de mauvaises actions qu'on leur reproche et dont on leur fournit quelquefois des preuves évidentes ; c'est qu'ils n'ignorent pas qu'ils ont mal £iit , et ne doutent pas qu'on leur infligera une punition. Si l'on excepte quelques furieux dont les actes sont peu réfléchis , la plupart des aliénés ont souvent la notion du mal qn ils font, et s'attendent à subir les conséquences de leurs mauvaises actions : ordinairement celui qui veut (lier, poussé par un motif imaginaire quelconque, croit hien qu'il montera sur l'échalaud ; seulement la tentation de commettre le meurtre l'emporte sur la crainte du châtiment , et aucun motif ne peut l'arrêter. On conçoit donc qu^un aliéné pourrait cacher une action condamnable, excitée par son délire, pour n'en être pas punL

Mais à peine Léger a-t-il fait l'aveu fatal , que rien ne iarréte dans ses dépositions contre lui-même ; il met le juge sur la voie , indique toutes les circonstances du forfait , entre dans les plus petits détails à cet égard. Il parait avoir < [>rouvé un peu d'émotion lors de l'interrogatoire où il ^ tout avoué ; mais depuis il a conservé le plusimperturhable sang-froid , soit dans la prison , soit aux débats ; la vue de ses effets encore ensanglantés , la déposition du père et de la mère de la jeune fille , le récit de cette 5érie d'actes horribles qui lui étaient reprochés t le pro-

l4 MEDCCINE'LÉGALE

nonce de sa sentence de mort ne le font pas changer de contenance , il conserve la plus froide immobilité. Il a même paru racj^nter lui-même , avec un certain plaisir , la manière dont il s*j est pris pour mutiler sa victime et se repaître de sa chair. Cette conduite est évidemment celle d'un homme en démence.

Les réponses que nous avons rapportées sont touk;

empreintes d'une naïveté, d'une bêtise qui n^appartien-

nent qu*à un esprit borné. Quelques-unes sont même ic>

indices de folie. Ainsi , lorsqu'il a quitté sts paréos ,

i7 n'açaii pas la tête à lut , il était affecté de la pierre c!

dun rhume qui lui assoient j ait perdre l'esprit : c'est L'

désespoir gui la conduit dans la roche de Charbonnière,

ilaçait le cerceau vide : lorsqu'il a enlevé la petite fille ,

il était poussé par le rrudin esprit ; lorsqu'il a déposé suj

fardeau sur l'herbe, il n était plus maître de lui; il <n,'d:

soij de sang.,.,. Après la mutilation du cadavre, Un'd

vait plus la tête à lui, et s* est mis à errer au milieu à

rochers pour fuir les croassemens funèbres des corbeaus

il ne se souvient plus d'avoir insulté quelques fenunes ;

circonstance peu importante dans la cause , qn i' '

individu doué de raison n'aurait point oubliée, et qc

Léger n'avait aucun intérêt à cacher. Il nie aussi lai

tentât relatif au viol. Mais il paraît que les rapports dt

gens de l'art n'ont laissé aucun doute i cet égard. An^

débats, la figure de Léger semble s'épanouir pendant ^^'^

lecture de l'acte d'accusation , et il a constamment répond-

avec le sourire sur les lèvres et l'apparence de la gatté.

Le défenseur de Léger était nommé d'office. Ce q^iprouve , ou qu'aucun avocat de Versailles n'a voulu sf charger de sa cause , ou que lui-même n'a pas soogé à 5c choisir un défenseur. Dans cette dernière supposition, Léger eut commis encore un acte d'imbécillité.

Léger est si étranger aux affaires de ce monJe. ou si indifférent pour la vie, qu'il ne se pourvoit ni t'^

RELATIVE A LA FOLIE. l5

rassation , ni en grâce. Je croîs qne c'est encore là un acte (1 imbécUlilé ; car il n'y a guère que quelques scélérats endurcis dans le crime , et qui ont dû se familiariser avec 1 idée[de la mort ^ que Ton voit renoncer à ce bénéfice de la loi, et refuser de prolonger un moment leur existence.

Si nous conservions des doutes sur Texistence de Tinfirmllé mentale de Léger ^ Texamen de sa tête achèverait noire conviction. Il est vrai que cette nouvelle preuve est un peu tardive pour lui ; mais si elle ne lui est d'au- < nne utilité « elle peut servir pour d'autres. En effet , Lt'ger avait une altération manifeste dans le cerveau , une adhérence morbide entre les méninges et cet organe. ^ette lésion est surtout remarquable en ce qu'on ne l'observe en général qne dans les folies anciennes , dans les folles dégénérées en démence ou affaiblissement de l'intelligence : elle prouve, a notre avis, que la maladie mentale de Léger existait depuis plusieurs années au moins.

Léger n'était donc pas , comme on l'a dit , un grand criminel, un monstre ^ un cannibale , un anthropophage , ,iii avait vouiu renouveler V exemple du festin d'Atrée.,..^* ^•^^ individu était , suivant nous , un malheureux îmbé-

llc, an aliéné qui devait être renfermé àBicétre parmi ^fous, et qu'on ne devait pas envoyer à l'échafaud. *i'H un crime est inoui, a dit un juriste (i), moins H

'ït en chercher la cause dans les mobiles ordinaires des

tions humaines.

Devons-nous réfuter ici des opinions dangereuses que

'13 avons entendu soutenir pardeshommesrecommanda-

>? « Tous les criminels seront bientôt des' fous ; les Lé- * T sont des êtres dangereux dont il faut débarrasser la X iété , ils tueraient même dans une maison de fous ; peu

Je ne aai* lequel ; peut-^trc même la citation n'est elle pas exacte ;

i.i pensée cit fort juste.

l6 VÉDEaNE-lÉGALE

importe que de tels individus périssent..,, etc. » Maïs il ne suffit pas de simuler la folie pour faire croire qu^eHc est réelle ; il n'est pas vrai que les aliénée affectés demonomanié- homicide puissent commettre des menrlres dans les maisons de fous lorsque la surveillance est active. Si la peine infligée au crùninel doit bien moins être une punition pour lui qu'un exempte propre à prévenir le même crime chez d'autres individus , croyez-vous effrayer des aliénés par des exemples semblables , eux qv.» commettent souvent leurs actions homicides pour méii ter le dernier supplice , ou malgré la crainte de ce terrible châtiment. Peu importe que de pareils individu périssent ; < mais , dit M. Gaîl , il importe à la famille de n'être point flétrie : et pst quellie raison infliffi des châtimens pour des actions qui ont été commises âaTi5 la manie ? Craignéz-vons de donner au peuplé un exemple dont les conséquences pourraient être funestes? Éclair le peuple sur ce genre de maladie. Votre premier dev est d'être juste, et de ne pas commettre des* cnianl sans but » (i).

Loin de nous la pensée de vouloir blâmer la co: duite des magistrats et des jurés qui prononcent (î pareilles sentences. Il n'est pas étonnant qu^ils îgnorn des faits que beaucoup de médecins ne connaissent quV parfaitement, oumênie pas du tout. Quel intérêt onli à envoyer un misérable à Téchafaud ? n'est-ce pas , s contraire , dans l'intérêt de la société qa^ils remplisse; un devoir si pénible ? ( 2 ).

(1) Sur les fondions du cerveau; cdit in-8.* , tom. 4, p. i4^* {ji) Les Journaux dîseat que sur la demande expresse do dëlbnicur Lc-ger , la Cour a posé une question relative i U démence. Noos 00^ le croire;- car la jurisprudence de la Gourde cassation est contnr cette manière de proci^der , depuis que le Code p^oala déclaré la diu.- ■ exclusive de la Tolont^, et , par consëquent^ du crime. Dans le CoJ'ddits et des peines, qui a précëdd le Code pénal actuel y la âémcncc < '

oi:

RELATIVE A LA FOUE.

ProcèsdeFzhVTMk'srn (i).

Henri Felâtman , âgé de 56 ans , ouvrier taillenr, est traduit à la Cour d'assises de Paris , le 24 avril 1823 , ac-

r'>nsî<]me simplement comme excuse ; toutes les fois qn^un motif d*ez- <'(He reconnu par la loi est allégué par Paccusé ou son défenseur , un« (^iie<tion y relative peut être posée par la Cour. Par un arrêt rendu le ai frinaire an ii , la Cour de cassation annulle un jugement prononcé )«ar une Cour d^assises , parce que le président s''élait refusé à poser la qiintion de démence réclamée |>ar le conseil de Faccusd ; la question de >o)ontr avait néanmoins été résolue affirmativement (^). Depuis Tabro- :d>ion du Code des délits et des peines , la Cour de cassation a adopté .::? antre jurisprudence. Suivant cette nouvelle manière de voir , la dé' "•«^ncc ii*étant point un fait d^excuse, mais une circonstance morale qui (truit absolument la culpabilité de Taccusé (**) , elle ne peut pas être U iuliére d^unequestion particulière devant un jnry ; et si les jurés sont ^-invaincus , diaprés les débats , qt*e , lors du fait par lui commis , Vac« 'u^i était réellement dans un état d^aliéoation d^csprit , ils doivent dé- ''Urer qo^il n''est pas coupable , car il tCy a pas de culpabilité sans vo' Unie criminelle. Par conséquent , si Pacca^ est déclaré coupable , cette •iecla ration , qui embrasse le fait matériel et son caractère moral , sera tt' rrauirement une décision négative de rallégation de la démence {***)* U démence d^un accusé lors du délit , dit la même Cour, présente nno <|(htt!on de volonté, non une question d^excuse. Qnand donc le jnrj a •ifclarc Taccusé coupable, il a déclaré virtuellement n'y avoir pas en démence. Toute excuse est alors imprbposable (****).

3Ialgrê cette nouvelle jurisprudence , un président de Cour d^auisea •rat devoir poser séparément nue question de Tolonté et une question de •'•«-(iience. Le jury lésa résolues toutes deux affirmativement; il a dé- ' 'jré que Taccusé avait agi volontairement , et qu^il était en démence an ^ >oieDt de ra<^tioo. Cette déclaration contradictoire nW point annulée |ar la Coar suprême ; elle doit être entendue en ce sens , que Ta censé es AatérieUemenI auteur du f^it , mais qu^il n^ > apporté qu'une Tolonlé

(1) Jotsrnal des Débats t du a5 avril i8a3.

' ''•' Siref, tome 7 , pag. ii53.

I '**)Co<^e;;^fia/,art. 64.

' (***) Arrêt rendu le 11 mars 181 3. Sirej, TiA, vicen « pag. !i53. {****) Arrêt rendu le 4 janvier 1817. Sirej , Tah, vice». « ptg. 499-

iB . MÉDECINE-LÉGALE

ciisc d\ivoIr tué sa propre Clle , pour laquelle il avait conçu depuis six ou sepl ans , une violente passion. Feldlmann était un homme d'un caractère naturellc-

tt'homme en âémencw , une volonté çuast^animah , et qui.at eicliuiv* fie toute culpabilité légale t*!-

?f ous n^avoDS i>as eu rintention « en rapportant cette jnrîsprodence nlativoA In déaence , do bllmer la minière de roir du pyéndent^fb Cour d^ffsnMt de VertaiOe» , domoQtver qu'il B*a pat mni\ la dodrin- «Hàblie ptr la Cour do eaiwtion» Mou» avons voula fiiro quelques rvât xiona à ce sujet.

Il est sans doute plus philosophique do considéror Faliénation^iDratale eoÉinie eselusive dn crime, que comme un motif d'excuse qoi pre* s apposé toujours rexistenoe du déHt commis volontairement Msis do'i« ne pensons pas qne cette doctrine de notre Code pénal actuel , toete bjturelle quMlc est , soit aussi fiivomble à Taccusé que celle du Cotle (1«* délits et des peines. La plupart des jures ne sont guérés métaphjsirirn* ils s^éièvoront difficiiemeot jusqu'à la distinction de la volofilé libre et >v la voionlé gumsi^nmuiie , et ponrront résoudre a^rmaliremeat lni'<" les «questions de volonté , pourvu que les accusés aient commis naUn<'lement lo crime. Le dernier arréi eité plus haut vient è l'appoi àe rque nous disons. Voici les questions résolues par le jnrj : ooi , It' cusé est cÔBpnble d'avoir commis un homicide ; ont , cet homicide a <' oomnûs volontairement et avec préméditation ; o<iî , l'accosé était co d' mcnce an moment où il a commis l'homicide. Ainsi , sans la positive **' cette dernière question , qui est illégale d'après la noavelle jompridencoi l^koenarf , ^ooique en démenoe , était coadainiic m mort, et p",vait portef sa tète sor réohafiiod. Le» jurés n'ont pas eompiis que b >) menée est considérée comme étant exclusive de la volonté; et oou* ?f * prouvons leur manière de voir. Les aliénés ont une volonté oona^ ^f" le monde ; mais due volonté maîtrisée par dos penchant désordono > . £iossée par des tdoes déraisonnables.

' Qoe si Ton trouve oontradicloire de considérer la démeace cenmf rtelnsive du crime , et de poser une question relative A eetle mslséie . . nous semble qu'on préviendrait l'erreur Ainesle que noms venons dr <gnaler, en rédigeant ainsi la question do volonté : L'aocusé a»l4l comtr ^ le fait volontairement ci Jouissant du libre exercice de sesJkeuJtés "' iales ou de sa raison,

Nous supposons bien que les présidons des Cours d'assises , dans le ràumés , ont soin d'expliquer aux jura la doctrine da Code pénal , r*laiive à la démence ; de leur faire entendre que s'ila croient f accuv.

(*) Artét rendu le ^ janvier 1817. fi&rey , STofr. mcvjt. » pag. 499*

EEULTIVE A LA FOLIE. IQ

mehl emporté ; son inlcBigence était assez médiocrement développée, pour quun témoin, le pasteur Gceppe, ait déposé que Feldtmann loi avait paru affecté d'une sorte, d'idiotisme , que c'était un homme dont les^ idées toornaient dans on cercle extrêmement restrdnt , et qui était souvent entêté comme le sont ces sortes de gen^. ])a reste il était laborieux et probe.

La passion de Feldtmann poitf sa fiUe Victoire pa~ rait ràtnonterà i8i5, et n'a fiiit qne s'accroître jusqu'en 1823 , par Topiniâtre résistance opposée à la séduction. Le pasteur Gœppe, instruit dès le commencement de i horrible dessein de ce malheureux père , eut plusieurs entretiens h ce snjet avec lui. Feldtmann , au lieu de se jusliUer, semporta contre sa fille; il promit cependant de ne plus rinqiiiéter, mais il ne tint passes promesses» De 181 7 à 1818 les attentats étant devenus plus directs et plus alarmans , les emportemens de cet homme contre sa femme el ses filles plus fréquens et plus violens , celles-ci se déterminèrent k se réfugier ches une parente ; elles finirent cependant par se réunir à Feldtmann, qui, loin de s'être corrigé de son funeste penchant, tint la même conduite envers sa fille. Plusieurs fois il eut recours k la Molcnce pour satb&ire sa passion ; un jour Victoire- fiit obligée de lui donner deux soufflets pour se dérober à ses importnnités ; et, une autre fois, sa seconde fille ne parvint à secourir Victoire qu'en s'emparant du pouce de son père , et en le renversant sur le poignet. La mère el les deux filles quittèrent de nouveau Feldtmann, en lui laissant ignorer le lieu de leur retraite.

La police , prévenue de cette affaire , menaça Feldtmann , qui était étranger , de le renrojer dans son pays , s^il

^«-mence, ils doivent Tacquitter. Ma» ces précautions ne .paraissent fVas ••ifEtaotes; nous Tenons de rapporter un exemple remarquable qm Koave aaaes Iccontrave.

^ HÉBECINE-LÉGALE

ne changeait pas de conduite à Regard de sa fille. Cette mcnarc produisit peu d'effet sur lui ; il répondit qu'il aurait toujours le droit d'emmener ses en fans.

Feldlmann, ayant découvert la retraite de sa femme el de ses filles , s^y rendit , frappa deux heures à la porte avant d'y être introduit , et fit ensuite d'inutiles solUcita- 1 ions auprès de Victoire. Le 23 mars 1 823 il pria M. Gœppe de faire revenir sa fille avec lui , disant que sans cela il se porterait à des actes de violence. Le lendemain il achète UD long couteau pointu qu'il cache dans sa poche, va trouver sa famille , déjeune avec elle , et reooiivelic ses instances auprès . de Victoire pour la déterminer à le suivre ; sur son refus , il s'écrie : Eh, bien ! tu es cause que je périrai sur Téchafaïud. Il lui perce le coeur , et blesse sa femme et son autre fille. Les voisins accourent au bruit; Feldtmann se laisse arrêter sans résistance, en disant qu'il n'a pas envie de se sauver; aux reproche^ qu'on lui adresse , il répond : c'est bien fcit : interrog<^ sùr-le-champ par le commissaire de police, sur lemotu qui lui avait fait acheter un couteau de cuisine, il avoue que c'était dans l'intention d'eir firapper sa fille, si elle ne s'arrangeait pas avec lui.

Aux débats « Feldtman entend la lecture de l'acte d\ic cusation sans montrer le moindre attendrissement; sa figure est restée calme et immobile ; il répond assez bien aux questions qu'on lui fait , se jette dans une foule do récriminations contre sa fenune et ses filles , prétend avoir acheté le couteau meurtrier en se rendant chez safiU^?* pour en faire cadeau à sa femme qui en avait besoin; nio sa réponse au commissaire de police; dit qu'il ne savaice qu'il fesait en commettant le meurtre , qu'il n'avait pa^ la tête à lui dans ce moment; répond par des dénégatioi)5 à différentes assertions des témoins: en un mot, ils^ <1^ fend assez bien , et ne donne pas de signe d'un dérangement d'esprit.

RELATIVE A LA FOUE. ' 3*1

Sa femme (i) dépose néanmoins qu'il avait souvent la të(e perdue; qu'il teîiait des propos désordonnés; qu'il fesait habituellement dea folies, partienUèrement lest^drtdis et les jours de pUùnû lune. Fclikmann\ ajoute qtiti dans sa jeunesse il a eu la tété fendue , ee qui l'a rendu comme- fou. pendant quelque teisips. Le président fait observer qwe la femme tde raccusë' a dît dans- l'instraclibii qu'il n'avait d'égarement qu'au sujet de sa iUte. Victoire, et que « pour le resté , il était fort raisonnable ; qn'ètle n'avait pas parlé non plus alors deTinfluence du vendredi; mais seulement de celle des pleines Innêa. Itoi$'avota$ i*èpporté ladéposilion du pasteur Goeppe «ur l'état mental de ra<^ciîsé. Vu aiitre t^^oloin rappoitte qoele dimanehe (les RaAseaux , 23 mars , Fèldtman arriva «li'Temple pro^ lestant, ayant la %are et jes véteoiens imili eonve^^ta de lioue et d'éclabottssures, LQ.témoialuipiiéséota dnlivre (le cantiques qCi!il refusa en dbant quiiLn'ayaîtpa» kt^lb à lui ; pendant tout l'ipClicc;ei*pendant lé sermon ^ qttiT^Dfula sur les devoirs despèreis de £imiUe ,iFjeldtmann m Is^a de.pleurei' et de t^pir d^propoadésordonii^.'Ancun àlH Ire iéifM^iû,, même parm^ ce«x qui conaiÉs^ènt l'oodasë depuis loiig-lemps , n'^a j^liiMs remarqué tn 3ui dess)^es il aliénation .nito taie. : ' \ .. : i . • r: ' .

Le pirési4ent,surla demande des côns^ild <4e l'acêuséV adresse les qufistiokis auvàûtes i des «nédeeiMrir t.** styd homme pnssiidé d'une passion dominaii të « t e^tctniitye \ pèuf tomber dans une espèce de monomanié au point d^éfré privé de ses facultés intellectuelles et être* hors d*^état^ d(ï léfléchir ; 2.*^ siune passion extraordiaairen^'est pas parellemême. un signe de monomanie ; 3.^ si une passion dominante et exclusivapèut.f:é(^terchez un indlvidcran dérâfncernent d'idéesqui aurait tous les caractèreyde ta démence.

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