II* I M
l\) Ceits femme vWait en cottcubinage arec Paccnsé. Nous notons ccllo CHcoa^Uncc pour expliquer coromeot elle a été appelée comme tcmain.
Ce» queslîûKisxmt éTÎdcauMnt pont bntdo défccnmncr , s! Vonp^lft^simUir lez effets des p&sakms àicms de t^miiénaiion menkde v iafureiar d'un homme ùriéé par is eolèn , la fifl^mU ou le d^espoity à celle d'an alicni; oiMek etieon , 4 damniractiend'unepassiùnviolenle ^ l'hommem peut pa$ êtreAÇMidéré comme aUeint de Jolie. La Mhitbû de celK qugslÂqp.4 Mr leUf s.'M védubeot à laie seule , est tèe h plut h«i)lti9 jiQkpdriaBce V j^oisqu il s'^agit sde idisiingfeeY uee aciiç;f((^i|iiihMUednn acte iiLvoioDtake^.de cmidUmiitr o«
<i\^t)ç0Bdre*'^ T., ■■...:..! .: i.«*
( l\ y.^.^enoiinaaièvfiside Voirice mjet : les «m «Milien* l^^fï^iQi^J^jhonuQe dooitiië pte* «ne- pMsioa *mkt)te C5t 4<mtrÀT£iit aliéaé ;.>L» - sistres, lédablissent luie iliMinclion QPJira l'(^ff«t des psissions et otiitt 4« l'<AliéYiâlÎM'iiiMnUlf. ; .,TP9l8vilesï JMHTSs. dam le monade,' oKi etiièiMi dli'e <l un lH>AUiiâ ïtolflôa^êat agîtépar uns ptUfàonyffa'iln'esfplus ijl^Ùi d€jiûp.çu:ilniftestp/as^ ^e ia^ fni}Sfih éSÊ épfcts gu^A4$fd(fûs^sonidléiaedomîéh, ^W è^'èemk^o^foy; 9MéJ(f mci^ né peui étee çue raction^an foa. La ^«paH d^ft HY/eicial&qiiid^feûdetit mus danse déMspérJ^ mwKinefit t^flOm^nt de<l«mrle^fnéfiie laM^àgt, el àt <!beT€ber à pr'9ar«c;qu'îl :n'jr a pas^^ idifférente enlrè rarement de. la raison chez un pareil individu- et -4;hl»ttti aliéné; 9^e;çe|pî fit^i tue^ 4iiiarit «iii! sMces de.oôlève, de jalousie çij^d^ à(^^,s^\f^tAffli i9tottavssi.ÎRWiloiiiairemeniqiie celui fiû cproiii^t.)iQ'beiqAicîâ«<peiKli»l im>eGeèS'dff«anie ^^ iricNu^sf^. Nous a^v.oo;s.pr!iaiiémefit acnuilcs yen iro plaidoyer où celte doctrit^/esbsontenoe.'arao b^uoeop d'^tp'^ un avocat cél«^e<j)u.. . . . c . L'acçus^a âgéi^e 4^^ns> dsveMi épérèaoBÎeat amonreq:^ d'i^Aq f^eiliifi ^ â^iiamy let pirobs^cnwni onpoises
• "H J» " 1 l^.t '■ I ■ ■■!" >yn>^Wnl»itNi HIJMi AèH iUfc li<l« ■ ' ' I ""
(0 Plaidoyer f^r Josifpk '^m. Choix de ^hiidjym , Viseours el Mémoires de M, Éôlhrt^ftrafiureur-génMfres, h,.Ci)urxofdeéÊf^^ii> tome premier, page i8.
BEULTIVE ▲ LA FOU£. 3^
tton de «es iaveais, conçoit des soupçons sor la fidélité de cette femme , est pris de jalousie , et la tue , un soir qa'îl trouve un rival chez elle ; tlAVOoe tout, donne tous les détails qu'on lui demande , se repent de son actioa, ceûTÎent qu'il est coupable , et implore la mort comme une fiiveor. M. Bellart cherche k prouver que ce meurti^ a été commis sans véritable volonté* « il est , dit41 , diveiMs espèces de JRmis on d'insensés : ceux que la natnrc a coodam[nés à la p«rte étemelle de leur raison ^ et ceux qui ne la petdent qu'instantanément , par l'efiet d'une grande douleur , d'une grande «surprise , ou de toute autre caosu pareille. Au reste il n'est de différence , entre ces deux folies , que oelle de la durée : et celui , dont le désespmr tourne la léte jyour quelques jours ou pour quelque» henreS) est aussi complètement fou^ pendant «on agitation éphémère , q^e celui qui délire pendant beaucoup d'années. Cela reconnu , ce serais nne suprême injustice de juger et surtout de condanner l'un ou Tàiitre de ces deux insensés ^ pour uneactîon qui leur est échappée pendant qu'ils n'avaient pas l'usage de leur raison; onire que ce serait une injustice , ce serait une injustice inulsie pour la société : car>, lee châtimens n'étant infligés que pour l'exempte, toutes les fois que l'exemple est nul^ le châtiment est une barbarie. Or , s'il eet un exemple- nui , ce set^it la vengeance qu'on tirerait du crime commis dans l'excès de la fiireur ^ de l'amour , de l'ivresse ou du désespoir; car l'exemple ^ ne pouvant empêcher toutes ces surprises de nos sens ^ n'empêcherait pas dès lors , <pic le même nombre de délits pareils ne se commit toujours, non plus que la mort donnée publiquement aux fiévreux n'euapécherait peraoraie d'avoir la fié vre% Vainement dirat-en que voici cependant un meurtre commis , et qu'il frai qoe ce meurtre s<Ht puni : encore une fois 4a^»ort du menrtrier ne rend pas la vie à cehii qui l'a perdue. Lovsqtt*uft maniaque à causé quelque grand malheur , il est à
34 MÉDEJClSEr-LÊGKMJL .
craindre \ sans doute ; il £uit le surveiller ; il Smi le garotter; Tenfermer peut-être: c^est justice et précaution , mab il ne £iat pas l'envoyer a Téciia&ud ,.ce serait cruauté. •
, « Que conclure de tout ceci? Que si, dans Tinstant où Gras a tué la veuve Lefévre, il était tellement domine par quelque passion absorbante , qu'il lui f&t impossible de savoir ce .qu'il. faisait et de se laisser guider par sa raison, il est impossible aussi de le condamner à mort. » L'avocat chercbe à prouver que les passions qui agitaient violemment Gras on instant avant de coounettre le crime, ont excité le désordre dans son âme, causé on brûlant délire , aliéné ses sens et sa raison , au point qu'il ne doit point être coupable de ce qu'il a fait dans un si complet renversement de ses £aiculLés« Gras avait porté vingt* deux coups de couteau à sa victime. M. Bellart s'efforce de combattre Terreur de ceux qui pensent que la rage n*a pu durer vingt-deux coups de couteau, qu'elle a du s^éteindre au premier coup ; que le premier seul est pardonnable , et que tous les autres sont des crimes. Loin que ce nombre terrible lui paraisse prouver contre la dé- 'mence, il lui semble que la démence seule a pu les multiplier à ce point; » car, dit-il , si les premiers ont suÛi pour donner la mort, les derniers, inutiles à la veogeance , les derniers, qui ne tombaient que sur un cadavre, qui n'étaient bons qu'à rassasier la rage , annoncent euxmêmes que la rage durait encore lorsqu'ils furent portés, et qu'au premier comme au dernier , Gras était an plus haut point de frénésie ; la vengeance de Gras n'était qu*à moitié consommée ; il brûlait de répandre le sang de sou rival, et peut-être d'y mêler le sien; mais ce lâche amant avait fui, et c'était en vain que Gras le poursuivait. L'apparition de Gras, les vingt-deux coups portés, la fuite du rival , la course de Gras qui le poursuivait, si rapidement suivis I tout cela s^st passé dans une minute ; les vingt-
H£LATIV£ A LA FOLIE. 25
deux coups portés , et pressés avec une affreuse vélocité , n'ont pas duré le temps de vingt-deux éclairs ; ainsi la réflexion n'était pas encore arrivée pour désarmer la fureur et ia jalousie (i). » «
Cette opinion, qui assimiie les effets des passions à ceux de Taliénation mentale, jious parait erronée et dangereuse ; elle tend à confondre deux états différens , à placer sur la même ligne Timmoralilé et Tinnocence , les assassins et les aliénés. Nous sommes persuadés que 1 avocat qui Fa soutenue autrefois par un motif fort louable , la désavouerait aujourd'hui qu'il est plus à inéme d'en apprécier les graves inconvéniens.
L'aliénation mentale peut se composer de deux élémens: i.* perversion despenchans, des ser^mens , des affections et des prissions; 2.^ désordre grave des idées f (ordinairement inaperçu du malade. Au premier ordre de phénomènes se rapportent l'indifférence ou la haiâe de Taliéné pour des êtres qui lui étaient ckers , et qui n ont rien fait pour perdre son affection , le désir de se venger de prétendus ennemis, une sombre jalousie née sans le moindre motif, l'amour conçu pour des choses nanimées , pour des personnafges d'un rang élevé , poof •les êtres célestes, etc; an second ordre de phénomènes se rattachent tontes les folles idées des aliénés > relies d^ se croire ce qu'ils ne sont pas, de prendre ponr des amis ou pour des ennemis , des individu! qu'ils n'ont jamais vus , etc. Ajoutez à cela que presque tous les aliénés ignorent leur état, et se croient doués <le la plus saine raison. Observe-t-on rien de semblable liirant Faction des passions? Il y a bien de grands trou- Mes dans l'esprit lorsqn'il est agité par la colère , tour* menlé par un amour malheureux , égaré par la jalousie ,
(1) Grat y qui avait étk candamn^ â moti par uo premier jugement , ac ..it condamné £iar le itcood qifâ U réclufion pour le reste de set jouit.
a6 MiDEaiŒ'-LiGAL&
accablé par le désespoir ^ anéanti par la firayauTt pcr veirti par le désir impérieux de la vengeance, etc.; mais tout cela est natnrel ^ et ne présente poiniles sign^ de la fialîe; durant ces troubles de Tâoie, rhomme to : aans doute certaines choses autreoient que a'iL était J «ang^froid, mais il ne se trompé grossièrement, ni s\:i leur nature, ni sur lenrs rapports, ni sur le but et r caractère de ses actions : lorsqu'il est poussé au crime pj: le désir dese yenger, il agit d*après des motifs réels e: qui lui paraissent déterminans ; il comUine ses moyens , prend ses précautions, connaît parfaitement les Suiu que doit avoir son action pour Isa victime et pO«r lui* 1 1. in^eîUeiix b'est pas fou parce qu^il ^e croit supérieur • ceux de tôti rang ou de sa classe ; uo kmbiUeux n^esl p».aliéné , parce qu'il est dévoré de la soif des honneurs <v des richesses ; un amoureux ne V^t pas davantage , parc : - «^'îl est épris d'une personne d une condilioa propo: iÀonoée à la sienne; une t^^ndre mère ne Test pas n^-.. plus, parte qu'elle éprouve de Téloiffaernent pour des c:. fiios qui ne payent Mi$ soins que par ae mauvais procède^ . maïs il y a folie chez le premier s^il se croit prince, ri;. . pape , Oîeli ; chez le second lorsqu'il prétend être pos&4..^ sen^ de milliards , de mines dedlamant « etc. ; ches le qu.. trième, si sa pttiion a pour ob}ei les anges, les saiito. ia Vierge , Dieu, le Christ; ches la quatrième % si elle n pdiisse des ebfaps innocens qu'elle adorait, ai elle les t>. par divers motifs imaginaires. L'homme qui se tae po^-* échapper à une mort ignamitiieuse et certaine, ppur ». eôtistraire à la daifiileiar , au mépris de ses concitoyens» à 1 * misère , etc., ut sj^iraitétre comparé àceloi qui veotqiûU<^*. la vie parCb qu'il y est poussé par des idées extnivag»ntc5 par un drdre de Dieu , par la crainte du disJtle » etc.
Mais si les passions violentes neaont pas un état d'ali. nation mentale , cela n'empêche pas qu'elles naffgiUîstci. . coti^idéraMemefit la liberté , mahrisent puissaflnKnt 1 -^
HELATITE A LK FOLIE. %J
volonté t etprodâîietit quelquefois un état violebt qui porte presque irrésîstiUemeot à des àfctions crimioeiles. Cela est tellement évident f que nos lois excusent le meuttre coniinis flans certains cas d adullère, par Tnn des époux sur Taulre et sur son complice , et le crime decasUralion , > il a été immédiatement provoqué par un outrage vio* ient â la pudeur (i).
Nous croyons même qu^ des passions qui « comme celle lie Feldtiuan» ont persisté un grand nombre d'années; qui, loin de laisser des intervalles de repos, «i^oot (aît que s accroître par des irrît^tioos successives ^ sont devenues de véritables maladies qui -exigent un trailem^titmfrthodique, peu différent de celui de TaUénation mentale. Elles doivent donc singulièrement modifier le caractère des aicttoiis criminelles, etconâéqueviroent la décision du jnge. Feldtmann n'^it pas ua fou; mais c'éuit , suivîaAt nous , a« homme dont la faible raison était dominét^ par •:ne passion qui était devenue une. véritable maladie i ^i «ju'il Allait ,tout à la fois punir et: guérir en lé séques^ irant piSur . lotig-tenip^ de. la sbcîété i'/).
Neui. fci'avons pas besoiù d'iitsi$ler sur le danger qui < xîsterai^ pdur la sécucité publique 9 si ropînioo .qjvi.^S'- ^imile les passions violentes à raiiénatioa mentale , de- >enaii un principe de jurispnidence criminelle : il -tA incontesiable, » Confond» l'égarement des passions ti-v iieoses avec Vimmcent délire de Taliénaftion mentale , a <!it M. Tavocat général qui portait la parole dans Taffaire <le Feldimanui» ce serait proclamer Timpunité de iousies '>ius grands forËuts» placer leur justification dans leur immoralité même,. et livj^ Tordre social à un boulever* >ement universel, i»
rO GkIp ]prf«a/ , art Sa4 «t SaS.
(2) Bf. Breschet, qui a examio^ la têts de Fcldlmann , naat a dit qoe »' <*«nreaa ne lui aratlpu paru parfailemcDt lain.
a8 HEDEaNE-LEGALE
Mais si le législateur ne doit pas établir an pareil principe V le juge peut et doit reconnaître des cas éxceplîon nèls , et user quelquefois d^indulgcnce envers des homiiv^ qui ont perdu le fruit d'une conduite irréprochable p un seul instant d'égarement. Il faut, a très-bien <l M. Bellart, « il faut établir une grande distinction etil les crimes; les uns sont vils, tel que le vol ; les autr* sont atroces, tel que l'assassinat prémédité ; mais il c: est qui annoncent une âme vive et passionnée: ce so» • tous ceux qui sont arrachés par le premier mouvcmei:* Quiconque a reçu dans son enfance une éducation saine . dont il a conservé les principes dans un âge plus avann « •peut se promettre , sans effort, qu'aucun crime pareil an. premiers, ne tachera jamais sa vie; mais quel homn. 'serait assez téméraire pour oser croire que jamais, e: dans l'explosion d'nn^ grande passion, il ne commets a lé^ derniers? Où trouver celui qui'ponrrait asstirerq i* jàmâiis, datis l'exaltation de la fureur, de i'amour ou à t désespoir, il ne souillera ses mains de sang, et peul-cu^^ du sang le plus chérit le plus précieux » (i). •t Vous q i jdgez les hommes, a dit lé célèbre avocat-général Seivac . tenè^'^vous en garde tontre ce faux principe , que i hc^mes sont toiis également capables de tout ; que lecif i humain, né perven , enfante des monstres sans effoii . et qu'il ne faut qu'un moment pour mêler rinnoccîK e et le crime; ne déshonorez point voire nature par u^i noir penchant à la soupçonner ;: ayee toujours éganl * une vie jusqu'alors innocente et pure ; montrez que vui^^ êtes vertueux vous même par une noble confiance en !. vertu. En un mot, je le répète , pour-bien juger le pit sent, consultez attentivement le passé.»*
Au lieu de fonder dans ces cas leur système dedéfenN * sur l'allégation de l'aUénation. mentale, système qui so. «
(i) Plaidoyer cite.
jours combatta avec succès par le ministère public , lien d^avoir recours à ce moyen , les conseils des ac- \sés peuvent soutenir , et les jurés doivent admettre le dans certaines passions. subites et violentes ^ la liberté bl la volonté sont maîtrisées , au point de laisser agir prèsl|iie irrésistiblement la main homicide ; dans ces cas il ne peut y" avoir eu meurtre puisqu^il n^ avait pas eu volonté libre , encore moins de préméditation , puisqu'il n'y avait pas assez de liberté. L'on admet surtout trop fa- (jlementla préméditation: il suffit en effet que les accusés .''.ient eu quelques inslans pour former leur dessein coupable et en préparer les moyens d'exécution , pour que rcUe circonstance aggravante soit admise; or, dans cer- Uines passions violentes , l'orage peut durer plusieurs heures et même davantage , de manière que la liberté soit toujours enchaînée , et la volonté maîtrisée.
Procès de Lecouff» (i).
Louis LecouÉFe , âgé de a4 ans , accusé d'assassinat , est traduit devant la Cour d'assises de Paris le 1 1 décembre 1823. Il était épileptique depuis l'enfance ; les personnes qui le fréquentaient habituellement déposent qu'ils le regardaient comme un fou ou un îmbécille ; il avait eu une maladie à la tête étant très-}eimc. A 1 5 ans , il àvait donné des marques de folie ; il disait alors de temps pn temps que Dieu venait le voir. Un médecin du quartier ile Taccusé dît avoir appris que Lecouffc n'avait pas toujours eu la tête i lui. Sa mère , qu'il accuse aVec violence et compromet gravement par ^^ révélations ♦ loot en l'appelant méchant, monstre, scélérat, dé-
(1) Jaurmâ àet DéhaU , de» 1 1 , la , i3 et i4 décembre i3i3.
3o MÉDEdlŒ-liOALt
clare néanmoins cfa'il a toujours été malade . et nV prc^ que jamais eu sa tête à lui; que quand ses folies loi prennent, il n'est pas maître de lui, que s^il n^arait pasci< fou ou saoul , il n'aurait pas rommis le meurtre. Il ni* d'abord d^en être Tauteur ; dans un autre interrogatoir* il fait ainsi des révélations : la nuit précédente, ét.m! éveillé , il a vu Tombre de son père, un ange à sa droite, qui lui a commandé de faire Taven de son crime ; Diei; a aussitôt mis la main sur son cœur, en lui disant, /f/^ pardonne/ et en lui ordonnant de tout dire sous trois jours ; il e;^t resté éveillé le reste de la nuit, et le matin on le trouve à genoux, en chemise, priantDieu.il déclare alors que c'est à Tinstigation de sa mère qu'il a commis le meurtre , et volé l'argenterie de la victime. Cet objet est mis en gage pour la somme de 23o fr. , sur lesquels la femme LecoufFe donne seulement ^o (nm à son fils, pour acquitter les frais de son mariage, qnl se célèbre le surlendemain. Il déclare que sa victinie l'aimait beaucoup , et qu'il le méritait bien , car ii avait pour elle toute la complaisance possible , et lai rendait toute sorte de petits services ; qu'il est resté cin] heures sans connaissance après lui avoir ôté la vie. Confronté avec sa mère, il ne rétracte point ses révélations , seulement il montre de l'hésitation , dit qu il n'a plus la tête à lui , et éprouve une violente attaque de nerfs. Si vous me mettes en présence de ma mère , dit-il le lendemain, je ne pourrai pas répondre de moi, elle me démentira et je n'aurai pas la force de soutenir la vérité. Cet empire qu'exerçait la mère Lecouffe sur son fils est attesté par les dépositions de plusieurs témoios. H se privait absolument de tout pour soutenir sa mère , I>^' donnant tout ce qu'il gagnait , sans oser garder on sou pour lui; conduite qui seraitplusdigned'élogessi elle était inspirée par des sentimens de piété filiale/, et non le résultat de la fiiiblesse. L'un des gardiens de la contierge-
RELATIVE A LA POLIE. 3l
rie déclare qne LecoofFe tenait des propos décousus dans h prison , même à sa char{;e ; qu^il changeait plusieurs fois de système dans une demi - heure. L'accusé a paru au téraoia idiot et faihle d^esprit , mais pas précisément atteint de folie : souvent , ajoute-t-il ^ il se trouvait mal ^ ^nrtont quand on lui parlait de sa femme ou de sa mère. Le chef des gardiens dit avoir vu souvent Taccusé les yeux h:)gard9 ou remplis de pleurs , se plaindre de maux de tele, nais ne montrant pas un véritable dérangement d'esprit.
Aux débats , LccoufFe est pris à chaque instant de violantes attaques de convulsions ; il en est atteint en entrant h Faudience, en entendant lire Tacte d'accusation , quand ii voit paraître une femme qu'il avait voulu épouser , etc. Il dit que quand il éprouve des contrariétés j il lui passe une espèce de flamme devant les yeux.
Un médecin , k qui le président demande s'il pourrait reconnaître dans l'accusé quelque aliénation mentale , fdit cette réponse , au moins singulière : il ne voit rien <1ans la figure de Lecoufle qui annonce des dispositions a Tépilepsie , et le crâne ne lui présente aucune difformité, n'indique aucune espèce d'aliénation. Comme si la ii-cure fournissait des signes d'épilepsie « et le crâne des signes de folie *
L'avocat-général soutient l'accusation j et s'élève avec force contre l'allégation de la démence de l'accusé ; système dangereux f dil-it, qu'on reproduit dans toutes les causes désespérées, et par lequel il serait si facile d'assurer l'impunité des plus grands attentats. II cherche en** ^uite à prouver, par les témoignages sortis *de la vie en« llere de l'accusé , par la nature même du fait qui lui est imputé , par l'hypocrisie et la malice de sa défense , que cet homme jouissait de toutes ses acuités malgré Texécrable abus qu'il en a fait. H s'appuye i ce sujet de la
32 • MÉIIECINE-LÉGALE
déposition des employés de la Conciergerie (i), qui n'ont jamais remarqué en lui le moindre signe d'aliénalion mentale. « Cependant on Tentend quelquefois frémir dan^ la nuit ; il pousse des cris funèbres , il se dit souvent tourmenté par des apparitions nocturnes, il croit voir sou père, sa victime , s^échapper de leur tombeau pour lui reprocher son crime ». Mais nous connaissons la sourc'' de ces terreurs, elles Tout déjà saisi sur le cbamp du meurtre, lorsqu'il fut conduit à la place où il avait égor^^é sa victime. Elles sont TeiFet du remords implacable qui le poursuit. Ses traits effrayans annoncent le désordre el Torage des passions tumultueuses qui dévorent son cœur.
Le défenseur de Taccusé a en vain allégué Texistence de Taliénation mentale, ou au moins d'une grande faiblesse d'esprit. LecouiFe a été condamné à mort, et exécuté peu deiemps après.
L'altération des facultés mentales de LecoufTe résul.v évidemment de l'exposé que nous venons de faire de son état. Remarquons, d'abord, que ce misérable n^a pas en des apparitions seulement depuis le meurtre qu^il a commis , comme le dit M. l'avocat-général , puisqu'un témoin dépose que dès l'âge de i5 ans Lecouffe disait avoir des conversations avec Dieu ; remarquons aussi que si les gardiens de la Conciergerie n'ont pas pris Lecouffe pour un fou, c'est-à-dire, d'après l'opinion du vulgaire, ponr un furieux, l'un de ces gardiens a dit de l'accusé qu il tenait des propos décousus , et lui paraissait être un idiot ou un imbécille.
L'épilepsie de naissance altère ordinairement les (acuités inlellectuelles d'une manière qui va toujours croissant, et finit à la démence complète. Ainsi , sur SSg épileptiqnos qui existaient en 1822 à la Salpétrière, M. Esquirol a
(t) Il faut an moins excepter le gardien dont nous Tenons île relater U déposition. ...
AELATIYE A LA ICUT.. 33
nolë 2 monomaniaques, 64 maniaques , tient 34 furieuses, 145 en démence Y dont 129 après Tailaqqe seulement , et les ib aulres persislanles, 8 idiotes, 5o habituellement raisonnables, mais avec des absences de mémoire^ de Veial/aiion dans les idées ^ quelquefois un délire Jugace ^ une tendance vers la démence ; 60 ne prcsenlenl aucune aberration de Tintelligencei, mais elles sont d'une grande suscepiibiUié ^ irascibles f euiéices^ difficiles à vivre, capricieuses, bizarres^ toutes ont quelque dtose de singu^, lier dans le caractère (i ). Il est notoire que Lecouffe, faible d'esprit et craignant sa nière , faisait teut ce que celle-ci lui commandait. £Ue refuse son consentement à un premier mariage que voulait contracter son fils ; elle le refuse encore dans une occasion nouvelle ; d'après les révélations de son fils, qui paraissent vraies, elle le tourmente long-temps pour commettre le meurtre et le vol , et Ty décide en lui promettant de ne point s'opposer k son mariage. Que lui revient-il de cet horrible attentat? Le consentement au mariage était donné puisque Tacte s'est célébré le surlendemain. Il a donc eu 40 francs pour avoir tué une vieille femme pour laquelle il avait eu jusque-là beaucoup d'attentions. Certes, les motifs de l'action ne sont pas plus en rapport avec l'énormité du crime , qu'avec les sentimens de LecoufTe pour sa victime. CVst donc ailleurs qu'il £iut en chercher la cause; c'est bien évidemment, suivant nous, dans nn désordre mental qn^elle se trouve.
^ Nous avons trouvé souvent chez de grands criminels^ dit M. Gall, dont les forlaits ne paraissaient pas sudisamment motivés par les circonstances extérieures, le crâne dans le même état que chez les «nanîaques. Puissent les observateurs et les juges donner quelque attention à cet aperçu ! »
f 1) Dicii&nnmn de HMeeine , art. BpUepsie.
34 MÉDEaKE-LiOAIA
Pf^ès de Jkaii^Piebrs (i).
N. S. Jeaû-^Pierre , âgé de 4$ «)s , ancien notaire , est tràdnil devant la Coai" d^as^ises de Paris le 21 février 18249 accusé de criines et dé délits dans lesquels la ruse et la mauvaise foi Ont toujours joué un grand rôle. U a déjà été condaihné pour faux ; il est aujourd'hui accusé de lauk, d'escroquerie ei d'incendie^ Interrogé après sou arrestation , il répondit avec précision à toutes les questions qui lui furent faites. Mais environ un Aois après il ne voulut plus s'expliquer^ tint des propos décousus, et Gnit plus tard par se livtér A des actes de fureur, cassant, brisant f déchirant tout, jetant les effets de sa chambre par la fenêtre. Sur l'avis de médecins appelés pour Texa* minet*, îVean-Pie^e fut conduit à fiicétre pour j être m^eux oteérvé. Là il fait connaissance avec un antre prétendu fou , accusé aussi de faux et d'escroquerie» et retenu également dans cette maison pour y être observé par les médèciita. Un inCfeodie violent se manifeM-e une nuit à Bicètre , dam l'un deS bâtimens habités par les aliénés, dans trois endroits à la fois , ce qui donne lieu de penser qm* cH incendie était l'effet de U malveillance. Lelendemaio on s'aperçut que les dMx soi -^disant fous avaient disparu. Jean-Pierre alla se cacher loin de Paris dans une aaîson où sa femme était employée , et où ii fut de nouveau ar rété. Aussitôt son évasion , il écrit à un de ses ans une lettré fort sensée sur sa sortie de Bicétre. A peine est- il arrêté , qti'il recomturence son rôle de feu.Suivantfact* d^Àccèsation> t'(ndividuq|Cn est p^rti avec Jean Pierre, est contenu qii'its avaient ensemble iormé le projet de s^ivaâèr , et qu'its bM profité ^o InomeUi de l'inceodic. Le même individu dit que Jean-Pierre hii fit prêter ser-
(1) Journal âes DebuU , des lo , :kr , a^ et iB <k?vttfrri8«Ç.
ment de ne rien révéler, et U parait avoir iait confidetcc à nn employé de la Force (^e l'incendie est Tcenvra do Jean-Pierre. Suivant le même acte d'accusation , la conduite , les écrits , les réponses de Jean-Pierre indiquent nn homme violent, exailé , mais dont les idées sont cepen** dant hien combinées et bien suivies, malgré le désordre apparent quHl veut leur donner.
Tontes les pei:sonnes qui ont eu des relations avec TaccMsé , avant son arrestation , déposent qu'il leur a toujonrs paru fort sensé , et même fort inteUigeot en affiJres. Un des prisonniers de la Force qni a quelquefois rencontré Jean-Pierre et causé avec lui , dit que sa conversation lui a paru très-incohérente, que suivant les cours et décours de la lune , il avait Timaginaiion trèsexaltée. Mais ces observations ont été £Mtes depuis l'arrestation de Taccusé,
Mais c'est surtout sa conduite aux débats qui prouve mienx que tout le reste , que la folie de Jean-Pierre est simulée ; il n'est peut-être pas une de ses réponses qui e&t été (aile par un aliéné. Nous en citerons quelquesunes.
D. Quel âge avez-vous ?
R. Yingt-^six ans. (U en a quarante-trois.)
IX Avez-vous eu des relations d'aflbires avec MM. Pel« lène et Desgranges ( deux de ses dupes ) ?
R. Je ne les connais pas.
D. Reconnaisses - vous le prétendu acte notarié que vons-avei renns an lëmoin ? *
R. Je n'entends pas cela.
JDl Dc^KMt le comianissairt de poUc0 v^oi avm reconnu cet acte ?
R« C'est possSUe^ .
D. Pourquoi, le jour de votre arrestation «ave^e-vous
déchiré no biUet de 3Soo fr. ?
R« Je ne me le r^^ppelle {>as.
36 uivECUxir-hicME
D. Vous avez dit dans vos précëdens interrogatoires que c^étàit parce que le billet avait été acquitté ?
R. Cest possible.
A diverses dépositions Taccosé répond qu^il ne se souvient de rien.
D. Reconnaissez- vous le témoin ( la portière de la maison qu'il habitait ) ?
> R. Je ne connais pas cette femme-là.
D. Pourriez-vous indiquer quelque personne qui ait été détenue en même temps que vous à la Force , et qui puisse. rendre compte de" votre situation mentale à cette époque ?
R. Je ne comprends pas cela.
D. Vous vous êtes évadé de Bicétre ?
R. Est-cf que vous y avez été , vous ?
D. A quelle heure vous étes-vous évadé ?
R. A minuit, une heure, trois heures.
D. Sur quelle route avez-vous été ?
R. Sur celle de Meaux en Brie (il avait pris celle de Normandie ).
D. Pourriez-vous indiquer quel a été Tautear de Tincendie de Bicétre ?
R. Je ne sais pas ce que vous voulez me dire.
D. Vous avez écrit une lettre au capitaine Trogoff le lendemain de votre sortie de Bicétre ?
R. Je n'ai point écrit de lettre ( cette pièce est bien de son écriture ).
Dans un moment ou on accuse Jean Pierre d^avoir commis Tincendie de Bicétre, il se livre k d^horribles imprécations. Il interrompt sans cesse le défenseur et Tavocat-général dans leurs plaidoiries, par des dénéga* tions , par des observations ridicules , des emportemens et des injures.
Parmi les aliénés qui n'ont pas encore perdu complètement la raison , et Jean-Pierre n*est pas dans ce cas ,
RELATIVE ▲ Là FOUE. 3;
OD n'en verrait probablement pas un qui méconnaitrait les personnes avec lesquelles il aurait eu des rapports , qui ne comprendrait pas ce que c'est qu^un acte notarié , qui aurait perdu le souvenir de ses actions , qui ne saurait pas ce qu*on voudrait lui dire lorsqu'on lui rappelerait un événement mémorable, et qui fierait ces autres réponses bizarres que nous avons rapportées. Ce sont autant de contradictions , de contreviens extrêmement chouans po«]r celui qui observe les aliénés,
M. Esquirol, interpellé sur l'état moral de Jean-Pierre^ répond. qu'il croit que Taccusé simule la folie.
M. Pariset , à qui la même question est adressée, bit la réponse suivante : « je, Tai examiné pendant son séjour à Bicétre ; c'est un homme dominé par une foreur habt^ tuelle , et qui est porté aux plus grands excès par une dbposilSon constitutionnelle, comme le disent les méde* cins. Cependant , je d^^is dire que la lecture de l-acle d'accusation a im peu modifié l'opinion que f avais émise dans mon rapport. Il y a, dam les faits qui lui sont imputés» une suite , un enchaînement , une connexion , un calcul tellement positif, > que cela exclut toute idée d'aliénation' mentale ; c'est un homme perpétuellement en Airenr, mais qui ne voudrait certainement pas être l'objet de sts propres actions. S'il les rejette ponr lui , il est certain qu'il If s rejette pour les- autres. II a^ donc la notion domal qu'il fiiit , ce qui ne se concilie pas du tout avec l'aliénation absolue. Il y a véritablement de la monstruosité dans ta conduite de Jean Pierre. C'est un homme mutilé
du c6té moral »•
Il est probable que le Journaliste a- mal rendu la déposilion de M.Pariset; on y trouve en effet quelques assertions évidemment contradictoires* Si Jean^Pierre. est dans un état de fureur habituelle qui peut le porter aux plus grands excès , ^il y a- de la monstruosité dans sa conduite , s'il est mutilé du cAté moral , ce doit être un