Livre XI
Ghap. 3.
ieso.
véritable, etc.,
page 64.
Recueil de pièces f etc.
Lenet ,
Mémoires,
t. II , liv. V.
Livre XI. et OD accorda le second. Les Bordelais, qui avaient sollicité si -1 ' souvent et si fort la liberté des princes, se crurent assez heureux d'obtenir ce qu'on avait accordé. Mais ils avaient une arrière-pensée '. ils voulaient, avant tout, faire en sûreté leurs vendanges, et recommencer plus tard les troubles que , par des vues intéressées , ils consentaient à assoupir pour le moment. La paix ne devait servir qu'à se préparer à une insurrection générale, qui aurait pour objet la délivrance des princes et pour théâtre la Flandre et la Guienne. Le vicomte de Turenne devait commencer par la Flandre et envoyer, en même temps, six mille hommes à Bordeaux et vingt-cinq
Lenet, id. ou trente vaisseaux de guerre dans la Garonne. Des troupes
cauid t. II. seraient placées a Bourg et a Liboame, et la pnncesse et son fils reprendraient la route de Bordeaux, où ils étaient sûrs de trouver des amis et des protecteurs. Le maréchal de La Force, le marquis de La Force, de Castelnau et de Gastelmoron devaient se saisir de Sainte-Foy et des villes voisines, pendant que Lusignan s'établirait à Agen. Ce plan était vaste et aurait pu causer une guerre générale, s'il avait été exécuté à la lettre. La princesse, ne pouvant plus rester à Bordeaux , alla faire ses visites et ses adieux à ses amis. On convoqua une assemblée générale à l'Hôtel-de-Ville pour délibérer sur la remise des pierreries que la princesse avait données pour assurer le remboursement d'un prêt de cinquante mille écus qu'on lui avait promis et sur lesquels elle avait reçu soixante mille livres. On lui fit présent de cette somme et on paya les dettes Histoire véri- qu'elle avait contractées à Bordeaux. Les jurats, accompagnés
table, etc. ^^^ principaux personnages de la ville , allèrent la complimenter et lui remettre ses pierreries ; elle les refusa et voulut au moins donner son billet pour la somme qu'elle avait reçue. On insista , et elle consentit enfin , en versant des larmes , à accepter ce présent* de ses fidèles amis de Bordeaux. Elle donna , comme gage de son affection , à un des présidents du parlement , une croix en diamants , et à un conseiller un
beaa cheval de race de la valeur de quatre-vingts pistoles. ^^"^^ ^^' Elle embrassa les plus distingués d*entre les députés; le jeune -1 ' prince les embrassa tous, et le même jour (3 octobre) elle sortit de Bordeaux , accompagnée des ducs de Bouillon et de La Rochefoucauld , des comtes de Coligny , de Guitaut , de Meille,de Lorges^avec cinq cents chevaux. Toutes les personnes distinguées par leur position ou leur naissance raccompagnèrent jusques sur le port ; plus de vingt mille individus de tout âge , de toutes les conditions et des deux sexes la suivaient , pleurant, gémissant et la comblant de bénédictions, pendant Lenet, qu'ils vomissaientdesmalédictionscontre le cardinal, l'ennemi ^' ' '^' de leur princesse chérie. Elle avait le dessein de débarquer à Lormoot et de s*en aller à Centras ; mais, à peine sortie du port, elle rencontra, à la hauteur de Lorniont, la flottille de Meautrie, avec le maréchal de Meilleraye, qui venait lui rendre ses devoirs à Bordeaux. Après une courte entrevue , presque sous les yeux des Bordelais, Meilleraye l'engagea à aller voir Leurs Majestés à Bourg. Comme elle lui témoignait des craintes et de la répugnance, il s'eflbrça de lui persuader qu'elle se trompait. Ses raisons la décidèrent enfin à faire un voyage qui, en effet , ne devait pas lui être agréable. Il est présumable que la cour voulut satisfaire sa vanité et son orgueil , en l'humiliant. Elle céda , non pas tant aux bonnes raisons du maréchal qu'à la dure nécessité de sa position : elle n'avait avec elle que quelques barques sans armes, et elle se trouvait au milieu de vingt vaisseaux armés de Meautric; son consentement était seulement apparent : la politique l'emporta sur son antipathie. Les Bordelais, voyant que l'escorte de la princesse s'était arrêtée en présence de la flotte ennemie , crurent un instant qu'on l'avait faite prisonnière. Cette conjecture prit toute l'apparence de la certitude, lorsqu'on vit qu'au lieu de descendre à Lormont on la dirigeait sur Bourg. On cria à la trahison , et le peuple, exaspéré, reprit à l'instant et partout les armes. Quelques partisans du cardinal voulurent justifier la conduite
Livre XI. de Meitleraye ; ils furent assommés à Tinstant ; et on allait ^ J- ' immoler d'autres victimes à la fureur du peuple , lorsqu'un gentilhomme de la suite de la princesse arriva chez Leiiet avec quelques commissions , et déclara que c'était de son bon gré qu'elle allait à Bourg , et que son intention était de se jeter aux pieds de Leurs Majestés pour leur demander la liberté de son époux. On le crut et la sédition se calma.
Arrivée à Bourg , tout le monde se pressait sur son passage ; ses malheurs et sa physionomie douce et mélancolique inspiraient , même aux gens de la cour, un intérêt dont il était difficile de se défendre. Elle paraissait souffrante et portait son bras en écharpe, ayant été saignée le matin même. Mais ses humiliations , qu'elle supportait sans découragement , ne servirent qu'à relever ce qu'il y avait de grandeur dans son cœur et de noblesse dans sa contenance. Elle alla descendre chez lifeilleraye. Les ducs l'avaient priée de ne rien avancer contre le cardinal; son silence, à son égard, serait la meilleure vengeance ; toute récrimination serait impolitique et impuissante ; elle était intéressée à ne rien faire qui pût aigrir las esprits. Au moment convenable , elle se fit conduire chez la reine, qui n'avait avec elle que le roi. Monsieur, Mademoiselle d'Orléans et Mazarin. Gelui-K^i avait fait sortir les autres dames et les seigneurs; il craignait d'avoir des témoins d'une entrevue où il y aurait bien des charges alléguées contre lui. Il se trompait : elle resta fidèle aux conseils des ducs. Elle entra accompagnée de la comtesse de Tourville et tenant son fils par la main et ayant mis un genou à terre devant la reine, sans regarder le cardinal, elle s'exprima en ces termes: «Madame, je » viens me jeter aux pieds de Votre Majesté pour lui demander Lenet, » pardou, si j'ai fait quelque chose qui lui ait déplu ; elle doit » excuser la juste douleur d une demoiselle qui a eu l'honneur » d*épouser le premier prince du sang, qu'elle voit dans les » fers, et qui a cru avoir juste raison d'appréhender un même » sort pour son fils unique que je vous présente. Lui et moi,
Mémoires, liv. VI.
3 Madame, vohs demandons, les larmes aux yeux, la liberté LWre xi. 1 de Monsieur son père ; accordez-la , Madame , aux grandes ^^!L' '' » actions qu'il a faites pour la gloire de Votre Majesté , à sa ^^^'
> vie qu'il a tant de fois prodiguée pour le service du roi et
> pour celui de l'État « et à ma très-humble prière. »
La reine la releva et lui dit : « Je suis bien aise, ma cou- » sine , que vous reconnaissiez votre faute ; vous voyez bien » que vous avez pris une mauvaise voie pour obtenir ce que B vous demandez. Maintenant que vous en allez tenir une ï toute contraire, je verrai quand et comment je pourrai
> vous donner la satisfaction que vous demandez. » Elle salua Leurs Majestés et se retira dans ses appartements. Mazarin , qa elle n'avait voulu ni regarder ni entendre , crut qu'il était de son devoir de lui faire une visite; elle ne le voulait pas trop; cependant, craignant de déplaire à la reine dans un moment où elle sollicitait la liberté de son mari, elle le reçut, mais avec une froideur visible ; il voulait , en riant , baiser la main du jeune prince , mais celui-ci s'éloigna et refusa ses caresses , et même de lui parler.
Le lendemain , la princesse et sa suite se mirent en route et arrivèrent, en passant par Libourne , à Contras, le 5 octobre , ainsi que les ducs de Bouillon et de La Rochefoucauld, f La belle maison , les beaux jardins de Coutras, et la saison Lenet, » qui était merveilleuse , dit Lenet , renouvelèrent les amours j.^. yj '
> du duc de. Bouillon pour M""* Gerbier , et du comte de Gui- » tant pour la marquise de Gourville , qui avaient été inter-
> rompus par l'embarras du départ de Bordeaux et par le » voyage de la cour. Ceux-ci ne sortaient point de la cham- » bre et s'y entretenaient paisiblement , tandis que ceux-là » montaient à cheval et galopaient tout le jour par le parc,
» Ton après l'autre Il est assez extraordinaire qu'un
» homme d'autant de tête et de conduite que l'était le duc de
> Bouillon , confiât toutes choses à une jeune fille de dix-huit » ans; mais le respect que j'avais pour lui m*empécha d*in-
Livre XI. )) sérer rien de ces mille particularités dans ses mémoires , ^L ' » et en vérité je plains la faiblesse des hommes, et la mienne ^®^' » plus que toute autre , quand une passion bien violante s'em- » pare de leur cœur. »
Informés officiellement que Leurs Majestés devaient faire leur entrée à Bordeaux , le 5 octobre, les jurats avaient déjà envoyé une magnifique maison navale , c'est-à-dire unegrande galère à quarante rames. Le roi s*y embarqua à sept heures du matin et arriva à Bordeaux à midi et demi , accompagné de la flotte de Meautric et d'une nombreuse escorte de petites barques des amis de Leurs Majestés, accourus dans la vue de s assurer que tout était préparé pour la réception do royal hôte. Le marquis de Roquelaure était entré dans la ville à Registres du dix heures, en attendant le débarquement, à la tête du régi- Parlement, jj^^j^^ j^g ggr^eg françaises et des gardes suisses, qui bordèrent
Histoire véri- les rues depuis la porte du Chapeau-Rouge jusqu'à l'arche vê- ^Mge74?' ^^^' ^^ Leurs Majestés devaient loger (1). Les compagnies des gendarmes et des chevau-légers formèrent la haie depuis le lieu du débarquement jusqu'au Chapeau-Rouge. Du moment où la maison navale eut paru à la hauteur de Bacalan, tous les canons de la ville qu'on avait placés en batterie le long de la rivière , tous ceux des mille vaisseaux en rade, firent un feu continu, auquel répondirent lescanonsde la flotte de Meautric , et les acclamations , les cris d'allégresse et les vivats d'un peuple ivre de joie et enthousiasmé de la présence du roi sur le pont qu'on fit faire. pour faciliter le débarquement ; on plaça des balustrades magnifiques de chaque côté. D. Devienne, Le [premier jurat-gentilhomme , Pontac-Beautiran , dit dom
liv. IX.
(1) M"« d'Orléans alla loger k Thôtel de M. de Pontac; c*éUit le plus magniBque hôtel de la ville ; on l'appelait la Maison Daurade , à cause de ses brillantes et nombreuses dorures. La grande cour de cet hôtel, dont Mansard avait donné le plan , était fermée par une claire-voie en fer doré. Sur la porte d'entrée on voyait quatre P entrelacés qui signifiaient : Pierre Pontac, Premier-Président, mais que des plaisants traduisaient par : Pauvres Plaideurs , Prenez Patience.
Devienne, que nous citons ici, complimenta Leurs Majestés et ^^"^^^ ^^' présenta les clés de la ville au roi, qui les donna au marquis -^ ' de Chapes, capitaine des gardes du corps. Aucun autre corps 06 se présenta parce que le roi avait déclaré qu'il voulait être Kça sans cérémonie. Un carrosse élégant attendait Leurs ïajestés; le duc d'Anjou, Mademoiselle, Mazarin et la comtesse de Briemae y prirent place avec Elles. Ce carrosse était précédé d'une compagnie de volontaires à cheval , richement habillés, ayant à leur tête le comte de Palluau. Devant lui. sonnaient trois trompettes. Cent cinquante chevau-légers de la garde ouvraient la marche sur deux files , ayant en tête le marquis de Saint-Maigrin et les gardes du corps , sous les ordres immédiats du comte de Lionne, et précédés de plusieurs trompettes.
Le carrosse royal était suivi d'un autre très-élégant où se trouvaient le duc de Joyeuse , le chevalier de Guise, le duc d'ÂQville, le maréchal de Yilleroi , gouverneur de Sa Majesté, les marquis de Mortemar et de Gèvres , capitaines des gardes du corps, et le marquis de Béringhen, premier écuyer. Après ce carrosse venait le grand prévôt , puis les Cent-Suisses , le maréchal de la Meilleraye, monté sur un beau cheval élégamment caparaçonné de velours , ayant à sa gauche Timoléon d'Ëpioay, marquis de Saint-Leu , qui commandait à la place ded'Épemon , jusqu'à ce que le roi eût nommé un autre gouvemear. Après ces deux seigneurs , on vit défiler une longue suite de nobles qui fermaient la marche. Les Bordelais accouraient en foule sur le passage du cortège ; ils oubliaient lears malhenrs pour se livrer à Tenthousiasme et au bonheur ; ils admiraient les nobles traits, lair majestueux du jeune prince qui annonçait déjà ce qu'il allait devenir ensuite : le plus grand roi de TEurope et du monde.
Le lendemain Leurs Majestés furent reçues solennellement à la porte Royale, par larchevéque, qui, à la tête du clergé, entonna le Te Deum, qu on exécuta en grande musique* Dans
Livre XI. l'après*midi, Leurs Majestés reçurent les chapitres de Saint- -1 ' André et de Saint-Seurin , le parlement et tous les corps de la ville. Le parlement fit une visite au duc d'Anjou et à Mademoiselle; le cardinal désirait avoir le même honneur; mais les Bordelais n* avaient pas oublié le passé. « On témoigna Mémoires de » grande joie , dit Mademoiselle dans ses Mémoires , de voir
pensier, 1. 1. ^ ^^ ^^^ ^^ ^*^^ °^ ^^^ P^^ ^^ ^^^ ^ ^* '^ Cardinal Mazarin ; on » craignait qu*on ne criât : A bas Mazarin! Ces gens-là l'avaient » pris d'un air à en pouvoir tout craindre. » Leur aversion subsistait encore malgré la paix ; quelques officiers de la cour, neuf ou dix tout au plus, eurent la faiblesse d'aller le saluer et le complimenter ; ils s'attirèrent un mépris universel.
Le 7 octobre , la reine manda auprès d'elle le parlement , par le sieur de Sentent, maître des cérémonies; la compagnie députa, pour recevoir ses ordres, tous les présidents, quatre conseillers de grande Chambre , et deux de chaque Chambre des enquêtes. Elle leur dit que le roi ayant accordé une amnistie générale, tout le monde devait en profiter; qu'en conséquence , elle désirait que les officiers du Parlement qui avaient été exclus des assemblées ou qui s'étaient absentés pour des considérations particulières , reprissent les fonctions de leurs charges : sa volonté fut exécutée.
Histoire vérita- La reine-mère était très-pieuse ; elle employait son temps,
bledetoutce , *• \ • •. i . - i / i*
qui s'est fait, ®^ grande partie, a visiter les couvents et les églises et a etc., p. 77. leur faire du bien. Elle fit sa communion chez les grandes Carmélites. M*?® la Première-Présidente de Gourgues , femme très-accomplie et très-vertueuse , qui avait fondé ce monastère , la reçut à la porte. Le roi, de son côté, se promenait tous les jours sur le port et dans les rues de la ville ; le peuple le suivait, le comblant de bénédictions et lui souhaitant toutes sortes de prospérités. « Tel est le Français , dit un écri- D. Devienne. » vain : son prince est son idole; il Taime, il le chérit jusqu'à » l'adoration. Des événements imprévus , des circonstances » malheureuses suspendent-ils les maïques de son attache-
» ment et de sa soumission , il revient bientôt à lui-même , Livre xi. > et lorsque le nuage , qu'une cause étrangère avait formé , ^-1 ' 1 est une fois dissipé , son impétuosité naturelle le ramène à 1 Fobjet de son amour avec une ardeur qui prouve que ce ■ n'est qu'un état forcé qui l'en sépare. » Le i 3 , THÔtel-de- Ville donna un bal dans la grande salle de l'archevêché; plusieurs dames de la ville y assistèrent, mais beaucoup de dames et de messieurs ne s'y rendirent pas, parce que le cardinal qui quêtait de la popularité devait y paraître. Le roi rouvrit avec dignité et grâce; le 14, il donna une déclara- Registres du tien qui déchargeait de la plus grande partie de la taille , ses ^„°Î4 octobre^ sujets de l'élection de Bordeaux , de la sénéchaussée du Ba- i6so. zadais , et en général de la Guienne , pour les dédommager des pertes qu'ils avaient souffertes pendant la guerre. Mais ayant appris , par une lettre du duc d'Orléans , que sa présence était nécessaire à Paris, il quitta Bordeaux à regret et partit le 4 5 pour Blaye, dans une galère beaucoup mieux décorée que celle qui lui avait servi à son arrivée. Le duc d'Anjou, son frère , et beaucoup de nobles se mirent dans une autre él^ante galère où tout était en bleu , les voiles , les pavillons, les cordages et les rames ; les matelots étaient tous habillés de la même couleur. Le bâtiment lui-même était peint en bleu en dehors et en dedans , et parsemé de fleurs de lis en or. Les princes -furent enchantés des démonstrations d'amitié et d'attachement des Bordelais.