Livre XI. Après bien des pourparlers et de longues conférences à
1650. Bourg, on convint enfin de la base d'une paix durable ; deux Lenet, députés furent expédiés de suite pour en communiquer les liv. V. ' articles au Parlement. Bien que désireuse de ratifier la paix, cette compagnie vit avec peine qu'on ne stipulait pas la révocation de d'Épernon , et chargea le président Latrêne et quelques conseillers d'en parler au roi , et même de lui apporter la requête où l'on avait consigné la promesse faite au parlement, à cet égard, par le duc d'Orléans, promesse solennelle qui avait disposé les Bordelais à la paix et dont on réclamait, comme absolument nécessaire , la réalisation. Latrêne harangua le roi si bien et plaida si heureusement la cause des Bordelais , qu'on accorda la demande , malgré le cardinal. Toutes les difficultés étant aplanies , les députés revinrent à Bordeaux, accompagnés de ceux du Parlement de Paris. Quoique la nuit fût très-obscure, ils trouvèrent en débarquant , à neuf heures du soir, sur le quai, une multitude empressée et impatiente de connaître les nouvelles qu'on apportait. La joie fut extrême et la nouvelle fut communiquée dans un instant, comme une étincelle électrique, d'un bout de la ville à l'autre , au milieu des chants d'allégresse , des
acclamatioDs étourdissantes de ce peuple trop longtemps opprimé. On se félicitait , on s'embrassait , on bénissait le ciel d*avoir enfin mis un terme à leurs malheurs. Le lendemain (1^ octobre), le Parlement s'assembla pour prendre connaissance des articles stipulés dans la déclaration royale. Il y était dit qu'il y aurait amnistie générale pour tous les habitants de Bordeaux; que MM. de La Force, de Bouillon, de La Rochefoucauld, de La Borde, de Batz, de Lusignan, de Sauvebœuf, seraient rétablis en possession et jouissance de leurs charges, biens et dignité , sans pouvoir être recherchés ni inquiétés dans leurs personnes et dans leurs biens; que la princesse de Condé et son fils le duc d'Enghien, seraient libres de se retirer, avec leurs officiers et domestiques , dans celle de leurs maisons qu'il plairait à la princesse d'indiquer, et qu'elle y jouirait de tous ses biens et de ceux de son mari ; que la princesse était libre de s'établir à Montrond (quelques auteurs l'écrivent Mouron)^ si elle le voulait , et d'y tenir une garnison de deux cents hommes de pied et cinquante gardes à cheval ; lesquelles troupes seraient choisies par elle et commandées par des officiers de son choix , et néanmoins entretenues par Sa Majesté, des deniers provenant de la recette générale du Berry, laissés à cet effet dans la caisse du receveur de Saint- Anmnd, et payables sur les ordres du roi. Un article supplémentaire stipulait, d'après les instances de Latrône et des députés de Paris, la révocation de d'Épernon. Mais il n'y était pas parlé de la liberté des princes, et cependant on accepta les conditions proposées. Le Parlement enregistra la déclaration royale et ordonna au procureur général d'en envoyer des copies dans tous les sièges et baillages du ressort. Cette compagnie alla ensuite, en robes rouges, assister, avec tous les autres corps de la ville, à un Te Deum en actions de grâces. Comoie nous venons de le voir, la cour avait omis deux principaux articles dans le projet primitif, la liberté des princes et la révocation du gouverneur. On en refusa le premier