‹ Histoire complète de Bordeaux (volume 2)Chapitre 30 sur 177 · Livre XII · texte numérisé non relu

Livre XII

Ghap. â.

du cardinal

Mazaritt,

liv, ni.

Livre XII. » en sfiireté ea ville. » Le règne de ces faclions était fini ; *L ' on commença , ce jonr-là , Tère de répai*ation. L'assemblée du 19 noublia pas le courageux, mais malheureux Filhot, qui s'attendait à une mort cruelle, inévitable, selon les apparences. Mais la révolution qui s'effectua dans les esprits arrêta la vengeance des factieux : l'assemblée lui envoya des députés chargés de lui exprimer leur admiration , leurs respects et leurs sympathies ; c'était un adoucissement aux souffrances du noble captif. Les ormistes ne pouvant pas et n'osant pas prolonger davantage sa captivité , réunirent les membres du conseil de guerre, et, prévoyant qu'on ferait sortir Filhot, ils voulurent encore exercer un simulacre d'autorité en régularisant son élargissement. Ils allèrent donc au devant de la nécessité ; ils lui rendirent sa liberté., mais en lui enjoignant . de se retirer dans ses terres de Sauternes. Filhot, libre, voulait obéir; mais les quatre députés, que l'assemblée du 19 lui avait envoyés, le prièrent de ne pas quitter Bordeaux; que le règne des démagogues était fini; que ses conseils pourraient leur être utiles et qu'ils allaient donner des ordres pour qu'on ne le laissât point sortir. Filhot, qui avait appris ce que peut la fureur des partis, répondit qu'il croyait devoir se soumettre. Les Bien-intentionnés se réunirent autour du captif et lui déclarèrent qu'il n'avait rien à craindre d'une faction désormais impuissante , et que , d'ailleurs, ils étaient résolus de le garantir de toute violence au péril de leurs vies. Filhot resta chez lui.

Le lendemain eut lieu, à trois heures après-midi, à l'archevêché, la grande assemblée qui devait délibérer sur la destinée du pays. On y vit réunis : le prince de Condé, le duc d'Enghien, la duchesse de Condé, la duchesse de Longueville* le président Latréne, invité, tant par les bourgeois que par le prince, à cause de sa longue expérience, sa sagesse reconnue et la juste considération dont il jouissait à Bordeaux. Après eux , vinrent s'asseoir les conseillers Raymond et du Duc ,

Lenet^ Marsin, les comtes de Maure, de Fiesque, de Malha ^^e xil et d'Auteuii , le colonel Balthazar, le marquis de Lusignan et J. * beaucoup d'autres personnages moins distingués. On parla longuement de la volonté du peuple et des moyens à prendre pour arriver à une paix solide. Pendant les débats qui s'ouyrirent sur ce sujet , Yirelade et Bacalan , appuyés sur le peuple, allèrent arborer un drapeau blanc sur la porte Cailhau et un autre sur le clocher de Saint-Michel , à la place de 1 étendard rouge que les ormistes y avaient mis, emblème des fureurs et des projets sanguinaires des factieux. Les curés de Saint— Pierre et de Saint-Remi en firent autant sur leurs clochers, et tout Bordeaux suivait instinctivement les premiers mouvements des amis du roi. La nouvelle en arriva bientôt à I archevêché ; les princes et leurs partisans voyaient bien la tendance des esprits et la nécessité de s'entendre. Au lieu de manifester leurs émotions, ils renvoyèrent les députés pour calmer le peuple, et on nomma , séance tenante , pour poser les bases de la paix, douze commissaires, le président Latréne, les conseillers d'Espaignet, Allaire, archidiacre de S^-André; loly, secrétaire du roi; Baritaut, Dalon, Lauvergnac, avocats; Voisin de Beauséjour, gentilhomme; Martini, consul ou juge de la Bourse; Mercier, bourgeois; Montalier, trésorier do France; et de Niort, avocat du roi au bureau des finances. Le sort de Bordeaux était entre leurs mains.

Pendant ces débats et pourparlers, les membres du parlement qui se trouvaient à Bordeaux crurent qu'il fallait qu'eux aussi prissent part au traité de paix qu'on allait rédiger et qa'on ne devait rien faire sans eux. Ils voulurent nommer des députés qui les représentassent ; mais les bourgeois leur firent dire qu'ils ne pouvaient se réunir ni délibérer licitement à Bordeaux, attendu que le roi les avait relégués à Agen. Comme ils persistèrent dans leurs résolutions, on mit un corps de garde devant le palais, avec défense de laisser entrer per* soone, et on suspejidit à la porte de la Bourse le portrait du

Cbap. 2.

Livre XII. roi , environné de lauriers et de fleurs. Ces magistrats s'assemblèrent alors dans une maison particulière; on craignit qu'ils rendissent quelque arrêt qui pût paralyser tous les bras et contrarier les meilleurs projets. On leur fit dire de se séparer ou sinon qu'on allait les charger; ils se retirèrent.

Le 21 juillet, Lauvergnac vint à la Bourse avec une lettre que le duc de Caudale adressait aux bourgeois de la ville; il y offrait ses Services pour établir une paix solide sur les bases les plus larges. Cette lettre produisit le meilleur effet et décida les bourgeois à se prêter aux vues généreuses du duc. On chargea Bacalan, Virelade et du Sault de s'adjoindre aux douze commissaires nommés à l'archevêché, et on en nomma douze autres pour former, tous ensemble , une chambre qui représenterait les bourgeois et s'occuperait de la paix. Le choix tomba sur Pontac-Beautiran, Lacaussade, Lafargue, conseiller au présidial; Clari, d'Autrery, Dalon, Fouques, La Crompe, Lapayre, Lavaud, Pissebœuf et Nantiac. Malgré l'opposition de Conti, on envoya Yirelade au duc, et Bacalan à Vendôme, pour entamerdes négociationsdéfinitives. Le premier de ces négociateurs eut pour adjoint, d'après l'avis de Marsin, qui n'était pas Français, le baron de Baas; Galapian fut envoyé avec le second, tous deux avec des instructions secrètes, pour arrêter et conclure une transaction avec les généraux du roi. Malgré leurs intrigues, les ducs accordèrent une suspension d'hostilités de trois jours , pendant lesquels Conti alla prendre l'écharpe blancheàlaBourse, au grandcDutentementdu peuple. Marsin en fut indigné; il fit et dit tout ce qu'il croyait utile à sa cause ou capable de créer de nouveaux obstacles à la paix; il assurait que Bordeaux avait des vivres pour trois mois ; que les troupes du roi en manquaient; que la flotte espagnole allait anéantir la flottille du duc de Vendôme ; qu'en luttant encore , on était sûr d'obtenir des conditions plus honorables et plus avantageuses; que la paix était contraire aux intérêts du duc de Condé , etc. , etc. On lui répondit qu'on ne voulait

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pas devenir sujets du roi d'Espagne ; qu'il y avait autant d'im- Livre xii. prudence que d'injustice à refuser les oflFres des ducs et la clémence du roi; que la province était réduite à la dernière extrémité par l'avarice et la cruauté des troupes du prince, et qu'il était enfin temps qu'elle respirât à l'ombre du sceptre tutélaire du meilleur des rois; que Marsin, étant étranger, agissait en étranger et sacrifiait à ses intérêts personnels ceux de la ville et même des prmces, qui auraient dû, depuis longtemps , chercher à rentrer dans les bonnes grâces du roi et à œnserver l'honneur de leur nom et les prérogatives de leur naissance ; que l'arrivée des Espagnols attirerait sur eux la JQSte colère de leur roi légitime , et, en faisant recommencer la guerre, amènerait l'entière désolation de nos campagnes, la ruine da commerce et de l'industrie et l'anéantissement pour longtemps du bien-être du peuple et des institutions sociales. Marsin ne trouva pas d'écho ; l'Ormée était finie ; il nea restait plus qu'une ombre à Bordeaux.

Les trois jours de trêve furent à peine expirés , que Virelade, qui était à Bègles, auprès du duc de Caudale, apprit qu'une flotte espagnole de trente-trois voiles avait paru devant Blaye. Le duc le renvoya en ville avec pleins pouvoirs de presser les conclusions de la paix. En arrivant, Yirelade distribua beaucoup d'argent au peuple, pour l'engager à prendre le ruban blanc et à crier : Vive le roi! vive la paiœl Il se manifesta partout une effervescence générale ; le branle étant donné, l'entraînement devint irrésistible. Yirelade rencontra Conti à l'Hôtel-de-Ville ; il l'accosta avec dignité et lui dit nettement qu*il s'agissait de sa vie et de celle de plusieurs antres personnes, s'il différait d'ouvrir la porte de la ville aux ducs. Le prince, pris ainsi à l'improviste et fortement intimidé, se rendit « au milieu des bourgeois, à la Bourse, et déclara, en prenant l'écharpe blanche , qu'il renonçait à tout traité avec l'Espagne. Cette démarche fit pousser des cris de joie au peuple et mit le sceau à la défaite des factieux. Le 24 juillet,

Chap. 3.

Livre XII. le conseil de rarchevêcbé remit aux négociateurs de la paix récrit suivant : « Messieurs les députés de la ville demanderont » une surséance d'armes et cessation de tout acte d'hostilité , D jusqu'à la conclusion de la paix ou de la rupture, sans au- » "cune communication entre les gens de guerre et les habitants » de Bordeaux , qu'avec la permission des généraux de part » et d'autre.

» Qu'après l'éloignement des troupes ennemies, il sera » donné des quartiers pour les nôtres , à trois ou quatre lieues » de Bordeaux , dans l'endroit où il sera convenu.

» Que, durant la trêve, il y aura liberté pour tous ceux qui » voudront porter des vivres dans Bordeaux, de quelque » nature qu'ils soient , tant par mer que par terre.

» Qu'il sera délivré un passeport pour envoyer à M«^ le ^ Prince, en quelque lieu qu'il soit, pour lui donner avis du » présent traité, et un autre passeport pour un habitant de » Bordeaux, pour aller en cour.

» Un autre passeport pour M. de Balthazar, pour se retirer x> à Tartas avec cent maîtres et cent chevaux. — Un autre » passeport pour un homme qui doit aller à l'armée navale » d'Espagne pour révoquer les ordres de Son Altesse de Gonti » et donner avis que nous ne les assisterons de rien. »

Lauvergnac lut ces articles aux bourgeois , à la Bourse ; toute l'assemblée les approuva à l'unanimité. On sortit de l'hôtel aux cris de vive le roi! pour se rendre à Lormont, où la paix fut signée peu après.

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