‹ Histoire complète de Bordeaux (volume 2)Chapitre 32 sur 177 · Livre XII · texte numérisé non relu

Livre XII

Chap. 3.

fialthasar, Histoire de la

guerre de Guienne.

Montglat, Mém.f t. II.

Mémoires

du P, Bertliod,

collection de

Petitot, t. 48.

Mercier etRodorel. Le président Lalrêne voulait avoir rhonneur de complimenter les ducs; Todias le réclama comme premier magistrat des bourgeois. On, décida en faveur du chevalier de Todias, comme premier jurât, par la raison que le président Latréne n était pas là comme représentant du parlement qui se trouvait alors à Agen, mais simplement en qualité de bourgeois de Bordeaux.

Arrivés à Lormont le 27 juillet, les députés s'abouchèrent avec les ducs , et un traité fut conclu sur les bases suivantes : Amnistie entière aux Bordelais, avec la confirmation de leurs antiques libertés ; des passeports à la princesse et au duc d'Enghien pour se retirer où ils voudraient aller, ainsi qu'à Marsin , pour se rendre à Liège , sa patrie ; le comte de Maure, le marquis de Lusignan et les seigneurs qui refuseraient l'amnistie dont il fut permis au prince de Gonti et à la duchesse de Longueville de profiter, devaient avoir la liberté de choisir le lieu de leur retraite. Quant à ce q«i regardait le prince de Condé , le rétablissement du parlenrant à Bordeaux , l'incorporation de la Cour des Aides au parlement , la suppression du présidial à Libourne, et de quelques impôts sur le vin, etc., on s'en remit au bon vouloir du roi. Le rétablissement du parlement était un point déjà promis au père Berthod (1) ; mais la conduite postérieure des Bordelais fit avorter cette espérance. Sa Majesté se réserva ces articles comme gage de leur soumission à ses ordres; leur donnant en même temps à comprendre , par ses généraux , que les vœux de la population pouvaient se réaliser dans un temps peu éloigné. Les Bordelais se résignèrent ; le traité fut signé le 30 juillet et envoyé par Roborel au roi.

Enchantés d'avoir la paix , et sans attendre même la réponse du roi , les Bordelais ouvrirent leurs portes aux généraux , le 3 août. La princesse de Condé et son fils, Lenet et

(i) D. Devienne dit que c*était au père Ithier; nous croyons que rVst une erreur.

Chap. 3.

quelques autres s'étaient retirés de la ville au château de Livre xn.

Caslillon , en Médoc , pour aller de là rejoindre le prince de

Codé, alors dans les Pays-Bas; Conti alla à Cadillac, chez

le duc de Candale , et Balthasar, avec ses 600 fantassins et

WO cavaliers, tous Irlandais, s'enrôla au service du roi.

Resqae et Marsin se sauvèrent en Espagne. Après le Te Deum

chanté à Saint-André et un sermon de circonstance prêché

par le père Ithier , M. Martini réunit à la Bourse, à un splen-

dide banquet , les généraux et quelques convives marquants

k la ville.

Le lendemain se passa à faire des visites aux généraux et à en recevoir ; on élut , comme jurais , MM. D'Alesme , Montalier, Dalon, Lauvergnac , Lacrompe et Pîssebeuf, qui prêtèrent serment à Saint-Êloi. Dans une assemblée générale, convoqoée le même jour, MM. Dalon et Montalier invitèrent les bourgeois à s'assembler désormais à THôtel-de-Ville , le lieQ ordinaire et approuvé de leurs réunions, et en même temps le plus convenable depuis qu'il avait été purgé des crimes et te infamies des ormistes. L'assemblée se rendit à leurs désirs, et les procès-verbaux furent déposés aux archives. En sortant de la Bourse, les nouveaux jurais furent accompagnés à rHdlel-de- Ville et salués de mille acclamations respectueuses. On expulsa ce jour-là de la ville plus de 300 ormistes, sans parier des prêtres et des moines dont on avait à se plaindre.

Les frondeurs comprirent bien que leur règne touchait à Mémirei sa fin. Gourville avait déjà conclu un traité avec les coryphées ^jonieT" *' te insurgés , traité qui dissipait les craintes des individus compromis, et garantissait la reddition de la ville. Le cardioat ayant reçu cette convention de la part de son agent Gourville, l'appuya, en faisant observer seulement qu'on aurait dû excepler de l'amnistie Dureteste, Trancars, Blaru , Villars et Désert. Gourville , astucieux diplomate , répondit qu'il n'était pas encore trop tard , mais que pour cela il faudrait lui donner deux traités , i'uD conforme à celui dont il

Livre XII. était chargé et un autre contenant les exclusions et les ex- ^L""' ceptions quon désirait, et que, profitant des dispositions où il trouverait les Bordelais, il produirait Tun ou l'autre traité, selon les circonstances. Gourville, muni de ces deux docuaients* rentra en ville ; il trouva le peuple calme et plein d'horreur pour la guerre ; il produisit Vultimatum secret du cardinal , et les Bordelais abandonnèrent à leur triste sort les malheureux chefs des ormistes, tyrans d'un jour, qui avaient ensanglanté les rues de Bordeaux et fait répandre tant de larmes ! Les chefs du parti, pendant leur triomphe, reçurent l'encens de la foule et de ceux dont ils servaient les intérêts ; ils tombèrent et ne rencontrèrent dans leur chute que le mépris des grands et les malédictions du peuple.

Pendant que les Bordelais se livraient à toutes sortes de réjouissances , le courrier arriva avec la déclaration du roi « portant : « Une amnistie générale pour la ville de Bordeaux , » avec pardon , extinction et absolution de tous les crimes et » excès commis par les habitants, sans en rien réserver, à » l'exception néanmoins des sieurs Trancars, conseiller, Blaru » et Désert , de Clérac , de Yillars et Dureteste , à la charge » aussi que les châteaux Trompette et du Hâ seraient rétablis » en même état qu'ils étaient avant le mouvement de Bor- » deaux, et que les jurats et habitants prêteraient de nouveau )> serment de fidélité entre les mains de MM. de Vendôme » et de Caudale , et pour les y obliger et les y attacher da- » vantage, Sa Majesté confirma les privilèges de la ville. »

Nous avons déjà fait observer que l'Ormée avait envoyé des députés auprès de Gromwell, en Angleterre : c'étaient Désert, Blaru et Trancars ; ils firent parvenir à Conti , au mois de juin, une proposition positive, dont les conditions, quoique honteuses pour des Français, éblouirent tellement le prince de Conti, qu'il se sentit tenté de les agréer et d'autoriser le traité avec le cabinet de Londres. Gromwell , d'après la dépêche de Trancars , promettait des secours assez considérables d'hom-

mes et d'argent pour chasser les troapes royales de la province, mais à condition qu'on lai remettrait , au lieu de Bourg et de Biaye, la ville même de Bordeaux, ce qui eût été Don seulement une honte ineffaçable , mais une perte immense pour la France. « Je m'opposai fortement , dit l'abbé de jCosnac, en particulier, à une si pernicieuse résolution; je I représentai à M. le prince de Conti le danger qu'il courait I en rendant Cromwell maître d'une ville en laquelle résidait I toute sa puissance ; la honte dont il se couvrirait , lui qui ■d était ecclésiastique , d'établir un hérétique dans une ville > catholique , lui qui était prince du sang de France, un tyran s qni , ayant fait mourir son roi , ne manquerait pas de le

» traiter de la sorte Le prince s'en dégoûta peu à peu,

» etc. , etc. »

La mission des ormistes échoua donc complètement ; les trois députés ne rentrèrent pas en France. Villars, avocat oknir, mais intrigant, échappa, par la protection du prince deCondé, à la mort qu'il avait méritée; le conseiller Guionnet se sauva à l'étranger ; Dureteste , boucher obscur , dont D. Devienne vante le désintéressement , et que Mary-Lafon représente comme un être excellent, resta à Bordeaux. Labbé de Cosnac, qui le connaissait mieux que ses deux apologistes , le dépeint comme un grand scélérat et un brigand ; il nous apprend que ce monstre était resté à Bordeaux , ( soit qu'il fût assez mal avisé pour se fier à sa basse nais- » sance et pût imaginer qu'on négligerait sa punition , soit • qu'il eût regret d'abondonner le fruit de ses brigandages. »

Ayant appris qu'on le recherchait, il sortit de la ville, caché dansone charrette de foin ; mais découvert dans l'Entre-deux- Mers, il expia ses crimes sur l'échafaud; et, parmi tant d'esclaves qu'il avait vus à ses pieds, parmi tant de flatteurs qui' l'avaient encensé dans sa tyrannie , tous et toujours prêts à exéenter ses tyranniques ordres , il ne trouva pas un seul homme qui daignât accorder une larme à ses malheurs ou

Page 1