‹ Histoire complète de Bordeaux (volume 2)Chapitre 33 sur 177 · Livre XII · texte numérisé non relu

Livre XII

Chap. 5.

D. Devienne, liv. X.

D. Devienne, liv. X.

compatir tant soit peu à son sort ! Il fut roué vif et décapité; sa tête , dit Montglat , fut mise au bout d*un pieu, enfoncé dans la terre, à Textrémité occidentale de la plateforme, théâtre de ses forfaits.

Le roi refusa le rétablissement du parlement à Bordeaux , jusqu'à ce qu'il eût acquis la certitude que la paix ne serait plus troublée. Il récompensa les fidèles serviteurs d'une manière éclatante; le père Ithier fut nommé évoque de Glandèves, et sacré le 21 janvier; Gourville reçut d'abord 2,000 écus et autant de pension; l'abbé de Cosnac fut nommé évoque de Valence. La famille Boucaud méritait bien de voir ses services récompensés. Pierre Boucaud avait été chassé de Bordeaux par les ormistes; il se réfugia à Blaye« où le duc de Vendôme se servit avec avantage de ses conseils et de son expérience. Il avait un hôtel à Bourg et une maison de plaisance aux environs ; ils avaient été dévastés- par les soldats espagnols aux ordres d'Ozorio. Le roi le combla de faveurs et donna à sa femme , qui était de la famille de Moneins, un brevet de dame d'honneur auprès de la reine. Dubosq , autre royaliste dévoué, fut nommé secrétaire de la ville; il prêta serment à Saint-Seurin , sur le forte ou reliquaire qui contenait le bras de Saint-Fort, le 9 janvier 1654.

Parmi les autres qui éprouvèrent les effets de la reconnaissance royale , se trouvait le sieur Filhot ; il avait trop souffert dans sa personne et dans ses biens pour être oublié. Le roi créa pour lui , dit un auteur, une charge de trésorier dans le bureau des finances, à Bordeaux. On lui accorda, en outre, une pension de 1,800 livres, avec la permission de porter une fleur de lis dans ses armes. La pension devait être réversible à ses enfants. Filhot se rendit à Paris, selon les usages, pour se faire recevoir; mais la Chambre des comptes refusa d'enregistrer les lettres-patentes relatives à cette nouvelle création. Louis, fatigué de cette résistance à ses volontés, y envoya son frère, qui , accompagné des princes du sang cl

de plusieurs maréchaux , les fit recevoir en sa présence. Le roi ne cessa de combler ce fidèle serviteur de bontés, et, dans toutes les occasions, lui faisait comprendre qu'il conservait toQJoors un souvenir de son attachement. Pendant que le roi se troavait à Bordeaux , ^ Tépoque de son mariage avec Tinbote, il Faperçut, un jour, dans la foule, sur la place Saint- André, où il passait la revue de sa maison ; ayant ordonné à ses gardes d'ouvrir un passage a son fidèle serviteur, il le fit approcher et lui dit : Eh bieni sire de Filhot, martyr de mon Etat, comment vau$ trouvez-vous de vos blessures? Sire, lui répondit Filhot, toutes les fois que j'ai l'honneur de voir Votre Majesté , elles me devie^inent plus chères.

Coodé, alors dans les Pays-Bas, fut profondément affligé d'apprendre les cruelles souffrances de Filhot et tous les crimes qu on avait commis à Bordeaux ; il s empressa de lui offrir mille écus de pension et sa protection. Filhot répondit qui! acceptait avec reconnaissance la protection du prince, ioais qne les bontés du roi Tavaient mis dans le cas de le remercier de l'argent. Filhot mourut bientôt après de ses blessures et des incommodités que ses souffrances lui avaient laissées; il portait toujours son br^ en écharpe.

La peste ravageait alors Agen. Le parlement fut transféré i La Réole , et , ne formant qu'une chambre , y tint sa première séance le 1 1 décembre 1653. L'amnistie y fut enregistrée le 6 juin 1654, et le procureur général commença de soile à informer contre ceux qui n'étaient pas encore arrêtés.

Louis XIV ne comptait pas beaucoup sur la constance des Bordelais ; il prescrivit à ses généraux certaines mesures à prendre pour maintenir la paix et prévenir le felour des désordres passés; il n'osa pas brusquer la fortune avec un peuple habitué à la vie des camps ; il eut recours à l'habileté politique de ses conseillers et chargea ses amis, à Bordeaux, cl surtout le sieur Delas qui avait porté l'amnistie aux jurats, de disposer avec prudence ces magistrats, et par eux le peu-

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