Livre XIII
Ghap. 5.
Bernadau ,
de Bordeaux.
Germain , et s'appuyait à des piliers massifs qui supportaient des sujets allégoriques de proportions colossales et relatifs au commerce. C'était encore au gracieux ciseau de Francen qu'on devait ces magnifiques ouvrages.
C'est à cette époque que M. de Tourny fit planter les allées qui , jusqu'en 1831 , portaient son nom. M. de Tourny voulait une ligne de maisons parallèles aux allées ; mais pour cela il fallait acquérir, de gré ou de force , les emplacements que bordait le mur du jardin des dominicains. Ces religieux s'y refusèrent obstinément ; mais, ayant réussi dans ses efforts, M. de Tourny donna le plan et l'alignement des maisons qu*on devait y construire. Le directeur en chef des fortifications de la province s'opposa à l'exécution de ce projet , sous prétexte que ces maisons, par leur élévation , intercepteraient la vue qu'on devrait avoir sur la campagne , du haut des tours du Château-Trompette. L'intendant, contrarié, adressa un plan topographique des lieux, avec ses observations , au ministre, qui s'empressa d'approuver ses idées , sous la seule condition que les maisons de la nouvelle ligne , sur toute l'étendue des allées et de la place Saint-Germain , n'atteindraient pas une élévation qui pût masquer la vue du Château-Trompette sur la partie occidentale de la ville et sur la campagne, et qui , par conséquent , générait le jeu des batteries de ce côt^là.
Depuis la porte du Châpeau-Rouge jusqu'à la contrescarpe du bâtiment méridional du Château-Trompette, on avait établi une grille en fer ; mais cette claire-voie ainsi que les portes en fer du Chapeau-Rouge, âes Salinières, de Tourny , de Dauphine, de Saintr-Julien, furent enlevées en 1793 et converties en piques à l'usage des patriotes d'alors. La porte du Chapeau- Rouge fut remplacée, par Tourny, par une autre presque semblable , quant au plan et aux décorations , à celle de Saint-Germain. Plus tard, lorsqu'on bâtit les maisons, à la suite du Grand-Théâtre, on fit la porte Richelieu (1780), ainsi appelée du dernier gouverneur de la province, an bout de
la claire-voie dont nous venons de parler. Comme décoration '-^vre xiii. de cette nouvelle entrée de la ville, le maladroit architecte ^ '
y fit transporter l'an des piliers de la porte du Chapeau- Rouge ; Tautre fut laissée à sa place , à côté de la Bourse actuelle. Les deux portes, malgré l'irrégularité de leur position, restèrent longtemps dans cet état; mais, en 1810, lorsqu'on voulut faire la façade septentrionale de la rue Porte- Richelieu , aujourd'hui Esprit-des-Lois, le pilier transporté se trouva au milieu de la rue; il fut alors enlevé ainsi que la porte. Quelque peu plus tard , on fit la même chose à l'autre pilier isolé à la porte du Chapeau-Rouge; et, par suite de la maladresse et de l'ignorance du successeur de Toumy, ces piliers , avec leurs admirables groupes de Wandenvorth, sont perdus pour les arts, les connaisseurs et la ville. La moitié des belles allées de Tourny fut détruite lorsqu'on construisit le Grand-Théâtre , dont nous parlerons en temps et lieu.