‹ Histoire complète de Bordeaux (volume 2)Chapitre 54 sur 177 · Livre Mil · texte numérisé non relu

Livre Mil

Chap. 4.

Beroadau,

HUtoire

de Bordeaux,

avances et tout réglé sur un bordereau quotidien des opérations de la place. La ville se chargea, outre le remboursement effectif des dépenses , de payer à la compagnie au-dessus du prix de facture, pour ses peines et commissions et intérêts des fonds avancés , 1 S sous par boisseau de froment et 1 2 par celui de seigle. En cas que le remboursement ne fût pas entièrement effectué au 1*^ avril 1748, la ville devait payer à la compagnie un demi pour cent par mois de retard du paiement de sa créance jusqu'au remboursement définitif qui devait avoir lieu avant le 10 août suivant au plus tard. H fut aussi stipulé que le gouvernement ferait verser dans sa caisse 300,000 livres déjà offertes par M. Bouret ,. et qu'elle en effectuerait le remboursement dans le mois d'avril.

La compagnie s'empressa de faire venir certaines quantités de blé, mais se montra peu scrupuleuse dans l'accomplissement des conditions auxquelles elle avait souscrit; les arrivages étaient rares , le blé était parfois de mauvaise qualité , mais on n'en avait qu'une si petite quantité que les jurais n'osèrent pas le rejeter. La disette et la misère faisaient , en attendant, des progrès alarmants. . Les boulangers fermèrent leurs boutiques pendant un mois ; le peuple se vit obligé de faire sécher, des glands et des légumes et de les môler avec le peu de blé qu'il ne pouvait se procurer qu'à des prix énormes ; la famine arriva avec ses misères et la mort moissonna de nombreuses victimes que les maladies épidémiques , causées par une mauvaise alimentation , ne manquaient pas de faire.

Justement alarmé de ces scènes de désolation et se doutant de l'accaparement des blés et des farines, le parlement, par son arrêt du 1& juin, ordonna qu'on fit une visite minutieuse dans tous les greniers, afin de constater la quantité réelle des blés en ville et d'empêcher que les grains augmentassent de prix par suite d'un trafic égoïste et des spéculations clandestines. Chaque famille ne pouvait avoir chez elle ou acheter

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au marché qu'un demi-boiâseau par mois; les boulangers ne i^ivre mil pouvaient recevoir chez eux , à la fois, que ce qui était nécessaire dans les pénibles circonstances du moment; les paroisses rurales et les petites villes ne pouvaient s'approvisionner à Bordeaux sans un certificatde leurs municipalités en due forme et constatant leurs besoins. Rien ne saurait égaler les patriotiques et charitables dispositions du parlement et des jurats , qae la sordide cupidité et Tesprit égoïste des monopoleurs de la compagnie ; ils profitèrent de leur influence et de leur portion pour s'enrichir aux dépens d*un peuple affamé et au grand cbagrin d'une administration abusée I

11 fallait cependant exécuter le traité, dont les monopoleurs o'avaieot que trop de moyens d'éluder les obligations. On crut devoir, peut-être trop tard , adopter d'autres mesures plus eflicaces ou moins illusoires. Bordeaux était alors rempli (le mendiants étrangers qui venaient spéculer sur les charitables dispositions des habitants et exploiter la commisération publique. On leur ordonna de se retirer dans leurs paroisses respectives et de laisser aux pauvres de la ville les ressources de la charité publique et privée. Cette mesure était insuffisante et sans portée ; il fallait des sacrifices plus grands et immédiats dans ces pénibles et pressantes circonstances. Alors, daccord avec l'archevêque et M. de Tourny, le parlement arrêta qu'on ferait une quête générale, dont le produit serait remis aux curés de la ville , pour être réparti par eux , dans la proportion de deux mille livres par mois, entre les véritables indigents de leurs paroisses (1). Le clergé bordelais se montra alors digne de sa haute et noble mission :* on voyait les prêtres courir partout, chercher les nécessiteux, s'informer avec une sollicitude paternelle de leur position et de leurs besoins et prendre sur leurs propres et nécessaires ressources

H) Le pain cboine 8« ipendait a 4 s.; \c pain cA li 5 s. 6d. ; le pain noir U :2 ». 4 d.y prix énormes p^mr le temps.

l»"» Part. B.c iS

Livre xiiï. cîenne chapelle dédiée à S*-Germain, sur la place qui en porte •1* ' aujourd'hui le nom. Elle fut bâtie on ne sait pas bien à quelle époque ; elle s'ouvrait au milieu de quatre tours crénelées, couronnées d'une plate-forme avec des guérites. A cet inutile et peu gracieux bastion, M. de Tourny substitua une belle porte à claire-voie en fer, avec un guichet de chaque côlé ; l'ornementation en était riche et travaillée avec beaucoup d'art.

Bcrnadau, Cette porte s'ouvrait sur deux piliers d'ordre dorique, ornés de Bordeaux. ^® plusieurs colouncs engagées que couronnaient des figures

allégoriques et colossales, de magnifiques groupes de sculpture dus au ciseau deClaude Francen, ce digne émulede Lemoyne, que Tourny avait fait appeler à Bordeaux, à titre et avec brevet de pensionnaire à vie de notre cité.- Paris doit à son génie plusieurs ouvrages dignes de Praxitèle. Notre ville voulait l'avoir comme citoyen. Elle le chargea de ces groupes et de ceux qui décoraient la nouvelle porte du Chapeau-Rouge; elle lui confia la composition et l'exécution des bas-reliefs du piédestal en marbre de la statue de Louis XV, ainsi que plusieurs autres ouvrages qui honoraient son génie. Les magnifiques groupes que Francen avait sculptés pour la nouvelle porte de Saint-Germain , autrement dite de Tourny , furent établis, lors de sa destruction , sur celle du Jardin-Public , du côlé du midi. Les terroristes de i793 les mutilèrent, par les ordres du bureau central , parce qu'on croyait reconnaître dans deux médaillons les portraits de Louis XIV et du maréchal de Saxe. Les beaux-arts étaient coupables aux yeux de ces iconoclastes républicains , comme étant trop aristocratiques ; en fait de rois et de royauté , ils ne devaient rien bèriner ni rien produire qui pût offusquer les regaixls de nos nrveleurs impitoyables r Sur cette place, qui porte le nom de notre illustre intendant , on lui a élevé une statue qui perpétue ses traits; mais, n'ayant que des proportions trop mesquines, elle n'offre , sur son piédestal peu gracieux , rien qui fixe les regards ou qui commande l'admiration ; elle semble enfouie

au miliea des belles maisons qui Tenvironnent. Lorsqu'on LWrcxiii. posa la première pierre , on mil dans les fondements Tinscri potion suivante :

c< Le 6 aTril 4849,

D Sous le règne de Louis le Désiré ; le comte Decazes étant ministre » de l'Intérieur; le comte de Tournon , préfet ; le comte de Hontba- » don, pair de France , président da Conseil général,

» Le Conseil général du département de la Gironde a voté une statue D à Pierre Aubert de Toorny , ancien intendant de la province de la » Gntenue, en reconnaissance des services rendus par cet illustre admi* onistrateer. x>

» Le 30 avril 4825,

» Sous le xègne de Charles X , le comte de Corbières étant mimstre » de rintérienr; le baro» d'Haussez, préfet du département; M. Ravez, D président du Conseil général ,

r> La première pierre du monument a été posée. »

Sur UD des côtés du ax>nument on lit :

A Locw-François Acbert de Tocrnt (4), intendant de la protuigb de guibkns depuis 4713

jusqu'en 4758, u postérité reconnaissante.

Sur le côlé opposé on lit :

Ci MONUMENT, VOTÉ PAR LE CONSEIL GÉNÉRAL DU DÉPARTEMENT DE LA GIRONDE,

ÉTANT PRÉFET M. LE COMTE DE ToURNON , » A ÉTÉ INAUGURÉ LE VI lUILLBT 4835, ÉTANT FRÉPIT M. LL BARON d'HaUESBZ.

C'était un hommage mérité, mais nn peu tardif. La reconnaissance des Bordelais n'avait pas besoin d'une voix oflScielle; elle était généralement bien sentie , bien profonde , et s'épanche encore en accents d*admiration et d'amour.

La porte du Chapeau-Rouge , placée à l'extrémité orien-* taie de la rue du même nom , ressemblait à celle de Saint-*

(1) Selon Beraadau , cette inscription est fautive ; son nom était Louh-Urbain Xnberide Totmtrj.

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