‹ Histoire complète de Bordeaux (volume 2)Chapitre 58 sur 177 · Livre XIII · texte numérisé non relu

Livre XIII

Chap. 6.

Bernadau ,

de Bordeaux,

bien public, il ferait construire la nouvelle façade' sur le terrain vacant et disponible, en laissant toutefois la largeur d'une rue nouvelle entre leur habitation et là nouvelle ligne. « Votre résistance, Messieurs, leur dit-il, m'étonne, mais ne » me décourage pas; je saurai faire le bien de la ville sans » vous et malgré vous. Si vous êtes assez injustes pour me » maudire , vos enfants me béniront un jour. j> Il fit comme il avait dit : il ne recula pas, et la nouvelle façade fut commencée.

Mais comment faire face à tant de dépenses? Par Tarrèt du Conseil du 7 février 1730, les jurais pouvaient disposer, tous les ans, d'une somme de 60,000 livres pour rembéllissement du port ; c'était peu de chose pour des travaux si importants et si coûteux ; on doutait que l'intendant pût réunir assez d'argent pour réaliser son projet; on disait qu'il abandonnerait tout, faute de ressources. Lui ne doutait de rien, et il commença d'abord par asseoir les fondements de cette élégante façade, afin de faire taire les malveillants et de les convaincre qu'il n'était pas un homme à reculer dans de grandes difficultés. Les 60,000 livres furent bientôt dépensées; il prit alors sur ses propres fonds de quoi faire achever plusieurs maisons qu'il vendit avec facilité au profit de son entreprise ; les gens qui avaient conçu des doutes commencèrent à avoir foi en son génie ; ils vinrent demander des emplacements gratuits et concoururent avec lui à la réalisation d'un projet gigantesque qui avait été, pour eux, un sujet de ridicule, mats qui a rendu le port de Bordeaux l'un des plus beau^ de l'Eui-ope (i).

M. de Tourny ne se bornait pas à ordonnerMes travaux : il en surveillait lui-même l'exécution; il allait souvent aux

(1) Il parait que la Cour dos Aides témoignait le désir de reconstruire son palais sur la nouvelle ligne; elle n'en lit rien, et ce ne fut qu'après la suppression de rettc Cour que Ton continua h façade intcrronip'je par égard pour elle.

ateliers et conversait familièrement avec les ouvriers. Passant l'ivre xiii. un jour au milien de quelques ouvriers nouvellement arrivés, mais qui avaient appris que le bon intendant avait des enne* mis au parlement , il fit quelques observations critiques sur leurs travaux , et provoqua aussi quelques réponses peu polies. Son ton d'improbation déplut aux bons ouvriers, au point que l'un d'eux l'invita à se retirer, lui disant qu'ils n'avaient rien à démêler avec les parlementaires et les ennemis de l'intendant qui leur faisait gagner leur pain I M. de Tourny fut content de cette sortie un peu vive ; mais il tenait à avoir raison et leur répondit avec une certaine froideur bienveillante : «c Pour vous prouver que je ne suis pas ce que I voQs me soupçonnez, je vais interroger l'appareilleur du » chantier, et s'il trouve que mes observations ne sont pas

> fondées , je me soumets à une amende en votre faveur, d Lechef de latelier s'approcha respectueusement et ne manqua pas de.donner raison à l'intendant ; mais les pauvres ouvriers, tout confus, le supplièrent de leur pardonner leur méprise. « Mes enfants, leur répondit-il, votre franchise me platt, quoi- » qu'elle soit un peu brusque ; il paratt que vous tenez à ne

> pas être troublés dans votre travail. Continuez-moi votre 9 attachement et j'aurai soin de vous. Tenez , reprit-il , en

> ieor donnant un louis, voila pour boire à ma sanlé et même

> à celle du parlement, ajouta-t-il en riant. » Grâce à l'impulsion qu'il imprima aux travaux, la magnifique façade, sur le port, fut achevée en trois années.

A cette époque^ tdut l'espace compris entre les rues Leyteire et des Menuts était occupé par le couvent et le jardin des cordeliers ; ces religieux avaient contracté des dettes ; pour pouvoir les payer, M. de Tourny les fit autoriser à vendre des emplacements sur ces lieux et y fit tracer de nouvelles mes, et construire des maisons élégantes, d'après un plan uniforme. Sur le côté opposé de la ville, la jurade , d'après sa proposition, ordonna, nar sa délibération du 29 janvier 1754,

LWre XJif.

qu'on démolirait les maisons siluëes entre les rues des Ecuries et du Parlement , ainsi que quelques^uoes de celles qui se trouvaient à Teutrée de ces rues , poor y former ose place nouvelle, sous le nom de Marché-Royal, avec cette uniformité qui distinguait toutes ces constructions. Au centre de cette place , il fit construire une fontaine en marbre dont les jets ont été conduits plus tard auprès d'une mason de la rue Royale. Secondés et conseillés par l'intendant, les jurais firent ouvrir une nouvelle porte sur le mur de la ville; elle devait Porte Bcrry. s'appeler la porte Rerry , du duc de Berry, qui a régné depuis sous le nom de Louis XVL On en posa ta première pierre le 1& septembre, mais elle n'a pas été bâtie. Plus tard on a démoli la vieille porte Sainte-Ëulalie^ qui tombait de vétusté.

M. de Tourny fit reconstruire l'hôtel de rinteadance , cpii était devenu la proie des flammes, en 1766. C'était sur cette hauteur que les ancêtres de Saint-Paulin fondèrest leur demeure qui passa ensuite au pouvoir de Pey de Bordeaux , des Grailly, des Càndale, des Foix-Candale, captaux de Buch et des d'Ëpernon. Reconstruit par Tourny, cet hôtel passait pour le plus beau et le plus somptueux de Bordeaux. Nous donnons, dans une note, la description que M. de Tourny nous en a laissée lui-même; enverra, en la lisant, qu'avant 1756 , il était loin d'être beau.

Le 28 décembre 47 S5 un violent incendie consiiina la salie des spectacles et se communiqua à l'Hôt^l^^e^Yille , auquel elle était attenante. L'église de Saint-Ëbt, qui y était contiguë, fut aussi en danger; on s'empressa de porter à Saint- Jacques les vases sacrés et les ornements; la eharpente^de la grosse cloche fut gravement endommagée ; la perle fat im^ mense. Le feu fut aperçu à deux heures du matin; mais, grâce à la promptitude des secours et à l'activité des ou*vriers , on s'en était rendu maitre à neuf heures. On sauva tous les papiers de quelque valeur, à l'exception de ceux du

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