‹ Histoire complète de Bordeaux (volume 2)Chapitre 60 sur 177 · Livre XIII. Cbap · texte numérisé non relu

Livre XIII. Cbap

fiernadau ,

HUioire

de Bordeaux ,

chap. 3.

Chap. 6.

Livre xiii. niquG ; elle se réunissait plus tard dans la salle des concerts, qui! fit construire à la suite du jardin de rintendance et dont nous aurons occasion de parler. C'était là le premier point de réunion pour les amateurs de la musique à Bordeaux. L'intendant y allait parfois se délasser des soucis de son administration et y déployait non l'autorité ou le sérieux d'un consciencieux administrateur , mais la gracieuse amabi* lité de l'homme du monde.

M. de Tourny aimait l'agriculture ; mais il voyait avec peine l'extension que prenait la culture de la vigne. Les grands bénéfices qu'on lotirait des vins délicats du Médoc et des graves, ainsi que des vins plus colorés des palus de Montferrand, des queyries et de Bassens, excitèrent, chez les propriétaires, un esprit d'émulation. On se mit à planter de la vigne partout et dans tons les terrains , au point que \b prévoyante sollicitude de l'intendant s'en alarma. Un arrêt du Conseil, de 1726, avait défendu de faire de nouvelles plan* tations de vignes, en Guienne ; de Tourny en sollicita un autre Eisaishutor. auprès du ministre, pour les motifs suivants : <c Les vignes iur radmtnu- ^ ruineront dans peu toute la Guyenne ; cette denrée n'est

trattoH de ^ j '

M. de Tourny. » pas d'une assez absolue nécessité; les eaux-de^vie qu'on en

)) retire n'auront jamais un cours bien réglé, et cependant le » goût de l'agriculture se perd et la population qui s'y livre » diminue. »v Les produits des travaux vitiooles devinrent si abondants, que les prix baissèrent, et les grands crûs éprouvèrent, par le coupage qu'on introduisit alors dans notre commerce, des pertes considérables. Le parlement, par son arrêt du 18 juillet 1764, défendit le coupage ou mélange des vins de crûs différents de qualité, sous peine de ^0,000 livres d'amende, et ordonna que tous les propriétaires estcmperaient les vins provenant de leurs crûs.

Dans le faubourg des Chartrons, il n'y avait , pour le culte public, que les chapelles des couvents. M. de Tourny résohit d*y faire construire une église paroissiale sur un pian me-

DQineQtaL Les jurats, par délibération du 10 janvier 1754 , LiTreXiii. ^ adoptèrent ses idées à cet égard et résolurent de fonder cette -. '

^lise aux Chartrons« à l'endroit oii se réunissent le cours Saint-André et le chemin du Roi. L'intendant avait tout pré* paré pour l'exécution de ce travail; mais ses ennemis secrets réussirent à semer la discorde entre lui et les jurais et à décrier son administration comme ruineuse pour la ville. Les jarats alarmés, ou peut-être feignant de l'être , ordonnèrent, par une délibération du 15 février 1755, la suppression des Iraîaux publics que M. de Tourny faisait exécuter à l'école dolfanége, au Marché-Royal et aux boulevarts. L'intendant se rendit auprès du contrôleur général des flnances , dont on avait surpris la religion, et lui fit comprendre la méchanceté de ses ennemis et tous les détails de celte affaire. Le contrôleur» Moreau de Séchelles, fit son rapport, et un arrêt du Conseil, en date du 1*^ avril, donna droit à l'intendant et i« Avril 1755. flétrit la conduite des jurats, comme contraire au bon ordre et aux r^les les plus communes de la subordination, a Le » roi , étant en son Conseil , est-il dit dans l'arrêt , a cassé » et annulé , casse et annule la délibération prise par les ) joratâ de Bordeaux , le 1 5 février dernier, au sujet des ou- » vrages publics de la dite ville ; ordonne qu'elle sera rayée » et biffée sur les registres de la maison-commune et le pré- » sent arrêt transcrit en mai^e ; fait défense aux dits jurats « d'eo prendre à l'avenir de semblables , sous telles peines » que de droit; au surplus, ordonne que les ouvrages qu'ils "^ ont fait suspendre en exécution d'icelle, seront continués » nivBBt que le jugera à propos le dit sieur de Tourny , in- > teadant, auquel Sa Majesté enjoint de tenir la main à » Texécution du présent arrêt. »

Le triomphe de l'intendant fut complet , mais ses ennemis nen furent pas ntoios nombreux. Il revint à Bordeaux pour l^ûre exécuter l'arrêt et continuer les travaux ; mais son projet coDoernant l'élise Saint-Louis rencontra mille obstacles

Chap. 6.

Livre XIII. sérieux. Dans cet intervalle , le roi Toulut profiter des talents et de la longue expérience de M. de ToUmy ; il Tappeta à Paris pour y exercer les fonctions de conseiller d*État en activité de service. La première pierre de la nouvelle église fui posée le 16 août 1759 ; mais ce projet fut abandonné, et son fils» peu digne de son illustre père, ne se sentit ni les latents dI la persistance nécessaires pour conduire à leur terme les grands et nombreux travaux que le regrettable ioCendaiit avait été forcé d'abandonner.

Les nouvelles fonctions de Tintendanl, quoique honorables, furent r^ardées par les uns comme une disgrâce dégrisée , et interprétées par d'autres comme une satisfection donnée à de puissants et jaloux rivaux; d'autres enfin prétendireai que sa famille avait fait solliciter son rappel pour sauver sa fortune, qu'il dépensait pour un peuple ingrat. La postérité a vengé les Bordelais de ce dernier reproche ; jamais un seul homme n'a fait à Bordeaux autant de bien ; aussi sa mémoire sera éternellement en bénédiction parmi les Bordelais; les pierres seules suppléeraient , au besoin , au silence de l'histoire. Homme d'un génie vaste, actif, infatigable, le bien public était sa passion et lui donnait l'énergie et la persisUace nécessaires pour surmonter les obstacles. Il aimait les beaaxarts et les plaisirs de la société. Sa conversation était enjouée et spirituelle, son caractère doux ; simple dans ses manières, il portait habituellement un modeste habit noir bootonné ; il était grand dans ses conceptions, ferme dans leur exéoutîon, inflexible dans le devoir , en an mot, doué de toutes les qaatités du cceur et de Kesprit qui constituent le bon administrateur et même un grand homme d'État. Son activité était infatigable ; son zèle et sa bonne volonté ne coonaîssBieat pas de bornes; son génie embrassait tout : sciences, agriegltfare , commerce, administration, beaux-^arts, rien oe lui était étranger. Debout à cinq heures tous les matins , il avait préparé les travaux pour l'arrivée de ses employés ; il dérobait

souveni au temps du sommeil les heures nécessaires à Tac- LWre xiii. complissemeut de ses devoirs. Ainsi, dévoué, sensible et compatissant aux malheurs d*autroi , il se montrait généreux et affable aux pauvres, affectueux envers tout le monde, ennemi du mal, de quelque voile qu'il se couvrît, et indulgent pomr tes hommes, il travaillait de bon cœur pour Bordeaux et faisait certes assez pour être aimé de§ Bordelais; il ne pot y réussir de son vivant; sa mort a donné la parole à rameur et à ta reconnaissance. Né aux Àndelys, en 1697, intendant de Limoges en 1730 et de Bordeau?^ en 1743, il monrat à Paris en 1764, loin de Bordeaux qu'il aimait comme on aime sa patrie , malgré les mesquines tracasseries du parlement et des jurats , et avec le seul regret de n'avoir pu y faire exécuter tous ses projets d'embellissement et lamélioratioD. Éloigné de Bordeaux, il écrivit à son fils et sooeesseur cos lignes, qu'on ne peul lire sans émotion. « Je i TOUS laisse , mon fils , une province que j'ai aimée avec B la plus vive affection ; vous recueillerez la gloh*e de ce » qoe j'ai fait pour elle et vous jouirez pfus que moi du ^ froit de mes travaux. Soyez juste , humain , sincère ; que I JMMiis vos passions ou des motifs personnels n-influent sur

» votre administration Croyez que tout ce pays est le

a juge sévère de nos moindres actions , et que ceux mêmes

* que la nécessité asservit à nous faire leur cour, sont les pre*

3 miers à nous scruter pour profiter de nos faiblesses. Notre » place nous donne le pouvoir de nous venger ; mais confon-

4 dez vos ennemis par vos bienfaits Ma seule satisfaction

> est de n'avoir jamaiè commis aucune injustice ; j'ai fait » beaseeup de bien et jatbais de mal ; Tautorité ne m'a sem-

> blé douce 4|iie par le ptaisir d'obliger les hommes souvent

> malgré eux. La vérieable puissance ne consiste pas à se

* fiiire Craindre , mais à se faire aimer. » On voit d&ns ces admirables lignes l'esprit et le cœur de

M. de Tourny , domme ott peut voir son génie dans les monuments de Bordeaux.

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