CHAPITRE VII
Le maréchal de Richelieu , gouTerneur de la Guienoe. — D arrive k Bordeaux. — On lui ÙLii une réception quasi-royale. — Ses dépenses. — Son despotisme. — La licence qu*on'Iui reprochait. — L*état des mœurs publiques. ~ Ses brouilleries avec le parlement. — Il fait lever des compagnies de garde-côtes» — Le clergé se réunit pour conserver un privilège que les jurats veulent lui enlever.
— La guerre avec TAngleterre. — L*affaire des jésuites. — Leur puissante influence. — Leurs richesses. — Ils sont calomniés et justifiés par leurs ennemis.
— L*arrèt du parlement de Bordeaux.
Livre xm. Bordeaux voyait avec un profond regret la mésintelligence 1785 ^"' régnait entre les jurats et M. de Tourny ; le cours de sa prospérité semblait toucher à sa fin ou au moins s'interrompre pour longtemps. ' C'est dans ces circonstances que le roi jeta les yeux sur le maréchal de Richelieu, le vainqueur de nieMinorque, pour être gouverneur de notre province; c'était l'un des plus honorables postes du royaume; on ne le donnait qu'aux princes ou aux premières illustrations militaires ou nobiliaires du pays. Richelieu était déjà connu dans la Guienne par ses faits d'armes , et la prise de l'île Minorque 1786. avait été célébrée avec pompe, à Bordeaux, le 4 août 4756. On y était tellement enchanté d'apprendre sa victoire sur les Anglais, que la ville avait fait préparer un feu d'artiQce, un bal paré , des réjouissances de toutes sortes, où on voyait les plus flatteuses inscriptions en l'honneur du futur gouverneur, qu'on représentait sous le costumetdu dieu Mars^ dans un palais illuminé qu'on appelait le temple de la Paioo. Richelieu accepta le nouveau poste avec reconnaissance, et les Bordelais l'attendaient avec une impatiente curiosité. Enfin, il annonça 1758. son arrivée et son entrée solennelle pour le 4 juin 1758 ; ses lettres de commission furent soumises à la vérification du
Ghap. 7.
parlement, par le marquis de Montferrand , et plaidées, LWrexm. selon Tusage , par M. du Sault. Arrivé à Blaye , il y fut accueilli par les jurais de Bordeaux , qui lui présentèrent la Maison Navale; c'était un grand et beau bateau élégamment décoré et pavoisé de drapeaux aux armes du roi et du maréchal. Il s'attendait à être bien reçu; les Bordelais ne trompèrent pas son attente. Au lieu du débarquenlent , on avait préparé ub élégant pavillon en planches, représentant un temple grec , ayant soixante pieds sur dix-huit et formant trois chambres élégamment peintes et richement tapissées et meublées. On avait fait construire plusieurs ares-de-triomphe, dont les plus beaux étaient celui de la porte Gailhau , de quarante-huit pieds de façade, et celui de la Porte-Basse, qui eii avait trente.
Arrivé à la hauteur de Lormont, tous les bâtiments de la rade .saluèrent le gouverneur de la Guienne ; le canon du Château-Trompette répondît, et des salves réitérées, mêlées aux acctama tiens de la foule, aux échos des deux rives de la Garonne, portèrent au cœur du maréchal les joyeuses impressions que ressentaient les Bordelais. Il débarqua à la place Royale , où il fut harangué sous le pavillon par les corps de la ville, et, ayant refusé le dais que les jurats lui présentèrent, il avança , à cheval, accompagné d'une suite nombreuse et brillante, par les rues Ghapelle-Saint-Jean, la Roui^lle, les Fossés, la rue des Lois, la Porte- Basse, jusqu'à Saint-André, où il fut accueilli par le clergé, qui chanta lé Të Veum en actions de grâces de son arrivée. La cérémonie reiîgfen se terminée, le cortège reprit sa marche par les ftlès dé THÔpilal , Beaubadat , du Temple et Porte- Dijeaux/ où était Thôlel du gouverneur. Toutes les rues où passait le coi^tége étaient diversement tapissées et bordées de troupes bourgeoises; ta marche dura quatre heures, et, pendant tout ce temps, le maréchal, heureux de se voir l'objet d'une fête si pompeuse, se tenait découvert et saluait avec