Livre XIV
Cbap. I.
Voir l'article Mayeur, aa supplément du premier
Yolume, 2"« partie
page 102.
Article V, 20 messidor an II (8 juillet i 794).
Mayeur fut accusé , par des jaloux , de n'avoir pas Tait chanter la Marseillaise, un jour de décadi, selon l'usage el d'après le règlement ; c'était un crime. Il fallait toute son énergie, tout son patriotisme des temps précédents, pour sauver sa vie ou pour l'exempter au moins d'une punition exemplaire. Homme faible , inconstant et imprudent , il changeait selon les circonstances, et, voulant être l'ami de tous, il finit par n'avoir l'estime de personne. Il demanda plus tard que son théâlre prît le nom de Variétés, au lieu de celui de Montagne ; c'était au commencement de la réaction ; le nom de Montagne , devenu odieux , nuisait à ses intérêts. Il fit jouer la Tentation de Saint-^Antoine et autres pièces où se trouvaient des railleries et des critiques sur les puissances du jour; ces puissances firent fermer le théâtre qui , bientôt après , devint une maison bourgeoise.
En 1794, Jullien, commissaire du Comité de salut public, fat chargé d'inspecter et de réformer les théâtres de Bordeaux et de les élever à la hauteur des institutions républicaines. Il composait parfois lui-même des pièces de circonstance que les acteurs n'osaient pas refuser déjouer; il fit un long et fastidieux règlement qui portait en substance que l'administration de nos deux théâtres (le Grand-Théâtre et celai des sansculottes) serait composée de neuf individus, sous la surveillance du Conseil général et du bureau municipal. Ces administrateurs devaient avoir des notions spéciales et pratiques de leur mission et pour cela être choisis parmi les artistes du Grand-Théâtre ; il devait y avoir sept hommes et deux femmes, dont l'une était la célèbre Clairville. Eux seuls avaient mission d'examiner les nouvelles pièces et de surveiller leur mise en scène. Il était défendu à tout artiste, sous des peines sévères, de refuser un rôle quelconque, ne voulant pas, dit Jullien, qu'on retrouvât dans les théâtres la rouille aristocratique, dont ils avaient été si longtemps infectés, sous le nom
imploi tam partage ou avec partage, ces distinctions étant Livre xiv. homies par f unité et Fégalité. ^^ *
On lit encore dans ce môme règlement : a Tout artiste qui I ne marchera pas d'accord avec les principes du jour, sera 9 aussitôt livré à la police... » Dieu sait quelle était la police de Julien !
» Le répertoire sera formé pour dix jours, et, une fois ar- 1 rête, il ne pourra être changé.
» Comme il est juste qu'un artiste soit exactement récom- I pensé de ses peines et qu*il ne soit point inquiet sur le I paiement de ses honoraires , la caisse sera sous la surveil-
> lance de la commune , etc. »
En effet, la commune la surveilla si bien , qu'elle s'en empara et laissa les pauvres comédiens et les administrateurs sans argent , sans pain , sans vêtements I Se voyant privés du strict nécessaire , ils s'adressèrent , le 28 ventôse an III, à la is Mars 1795. muDicipalité, pour obtenir des chaussures, affirmant que sans œla ils ne pouvaient pas décemment paraître sur la scène ni continuer leurs services. Mais ces honnêtes républicains , ikotés de leurs écharpes municipales , répondirent à ce cri (ie détresse : « Il a été arrêté que les citoyens composant le ^ corps des acteurs, demeurent invités et au besoin requis, au
> DODi de la loi , de se présenter à la répétition et à la repré* 1 sentation de ce jour, afin d'y remplir leurs devoirs portés
> par leurs engagements. » C'était là toute la sensibilité de nos bons et tendres magistrats républicains !
Les acteurs découragés se rendirent en effet, mais par force, à la réunion officielle ; mais ils se retirèrent de cette carrière pour en suivre une autre. Les théâtres étaient devenus des lieux de débats politiques et d'irritantes discussions ; les nouvelles pièces révoltaient lès honnêtes gens et alarmaient 'a pudeur au point que la directrice , à même de faire faillite, cnii pouvoir faire jouer quelques bonnes pièces de circonstance sans l'approbation préalable du Conseil administratif.
Livre XIV. On arrêta tous les artistes, et, après un interrogatoire sévère ^^1. ' devant le féroce Laconibe , ils furent renvoyés , à rexceplion de, la directrice qui resta en prison, et du caissier qui fut condamné à l'amende. La directrice. M"*® Diatroselly, fut condamnée, le 2 juin 4794, à être détenue jusqu'à la paix, comme nous 1 avons dit ci-<lessus.
Robespierre tomba enfin et avec lui Lacombe et ses in— fâmes séides à Bordeaux ; la terreur disparaissait peu à peu ; une réaction assez vive se fit sentir en 1795 et 1796 : les anarchistes furent hués, conspués et même chassés de toutes les réunions; les terroristes, notoirement connus comme tels, furent jetés en prison; d'autres furent massacrés par les parents de leurs malheureuses victimes. Parmentier, ex-comédien du théâtre Mayeur et membre de la commission militaire présidée par Lacombe , fut poignardé en sortant du théâtre , presque sous les yeux de l'autorité, sans qu'elle pût empêcher le meurtre ni découvrir le meurtrier.
La réaction était sensible ; mais les royalistes étaient encore timides et n'osaient pas pousser la hardiesse trop loin, pour ne pas compromettre leur cause. Les autorités voyaient le progrès de ces sentiments anti-républicains, et, croyant pouvoir arrêter leur développement, défendirent à la citoyenne Dorfeuille , qui tenait le café dans l'intérieur du théâtre , de donner du punch aux spectateurs, parce que, dit un des considérants de cet arrêté du 26 frimaire an III (1 6 décembre 1 794), le punch exalte les têtes de la jeunesse et l'excite au désordre. Mais cette défense se bornait à l'intérieur de la salle ; les jeunes gens en buvaient au dehors , en dépit des autorités , et le désordre continuait toujours. L'année suivante, le chauffoir ou foyer du Grand-Théâtre était devenu une espèce de bourse où l'on vendait des objets d'or et d'argent, un lieu d'agiotage et de commerce. On s'y réunissait tous les soirs pour se livrer à un trafic des plus scandaleux. Enfin, le bureau central prit un arrêté, le 16 brumaire an IV (7 novembre 1795), en
THôtel-de-Ville
vertu duquel la citoyenne Dorfeuille était obligée de tenir le Livre xiv.
chauffoir fermé provisoirement , afin d'y empêcher la vente -1 '
des matières d*or et d'argent, qui ne devait se faire qu'à la
Bourse, et de mettre fin au brigandage scandaleuœ de ces Archives de
hommes avides^ de ces vampires qui s'engraissent aux dépens
f autrui et fondent leur horrible existence sur les malheurs
jpiblics.
L'impunité servait d'aliment à la réaction et le succès encoarageait les mécontents ; les jeunes gens se montraient partout frondeurs et ennemis des terroristes; leur hardiesse était poussée trop loin et trop vite peut-être pour le succès et le triomphe de leur cause. Pendant les mois de juillet et d'août, ces scènes se renouvelaient avec plus ou moins d'aigreur et d'animosité : les acteurs s'entendaient avec la jeunesse , qui leur procurait de bonnes soirées et des recettes abondantes ; mais le représentant Besson fut enfin obligé d'intervenir, et, par un arrêté sévère, défendit , sous des peines très-graves, quoD chantât ou qu'on récitât des pièces quelconques qui nelaient pas portées sur le répertoire approuvé.
Cette mesure tendait à imposer silence à tous les partis : personne n'en était content; la même hostilité subsistait toujours et n'attendait qu'une occasion favorable pour se manifester de nouveau. Les dames mtoe se mirent de la partie ; elles sympathisaient, au théâtre et partout , avec les jeunes royalistes; c'était une contre-révolution en herbe : on rêvait la Restauration.
Au commencement de l'année 1796, le théâtre Molière devint la scène d'un désordre affreux : les jeunes gens s'opposèrent à ce qu'on chantât le Ça ira, la Marseillaise ou des kymnes, républicaines; on brisa les lampes; on se battit dans les ténèbres , et des chaises, des tabourets , toutes sortes de projectiles furent employés par les combattants pour s'assurer le triomphe. L'autorité intervint encore , mais sans fruit : le désordre était dans les esprits et se traduisait toujours, selon
Livre XIV. les circoostaoces , eo scènes de violence. Dans un arrêté du -1 ' 33 janvier 1796, le commissaire du directoire exécutif fil un tableau affreux du théâtre de Bordeaux : « Les loges, dil-it, » sont devenues des arènes de gladiateurs; les cbauffoirs, des » foyers d'agiotage ; nos épouses, nos mères, nos filles, n'osent » plus se montrer sur les bancs où l'impudeur la plus immorale » négocie publiquement leur prostitution et leur déshonneur.»
Ces plaintes de l'autorité étaient fondées, mais comment les faire cesser ?
Des mesures répressives, des menaces, des arrêtés foudroyants étaient insuflSsants ; de nouveaux excès se renoavêlaient comme des épidémies périodiques et jetaient la désolation dans les familles et dans la société. Au mois de mars Archives de 1796, les mêmes scènes se reproduisirent encore : « Le rHôieî-de-viiic ,> désordre recommence, dit le procureur de la commune,
» la licence est au dernier degré ; les mai*chés de l'agiotage » et de la prostitution , les vociférations , la tenue la plus in- » décente, des provocations à des idées de révolte et de ven- » geance : voilà, en abrégé, le tableau scandaleux que pré* » sentent les théâtres de cette commune ! »
Il est présumable que ce tableau est trop chai^ ; le commissaire du gouvernement épanche son indignation en termes trop blessants pour une population paisible comme celle de Bordeaux. 11 veut qu'on punisse les jeunes royalistes des fautes et des torts qu'on leur impute; ils étaient ardents et zélés pour leur cause ; mais ces jeunes gens appartenaient , en général , aux premières familles du pays; leur éducation et leur position sociale ne nous permettent pas de croire que le commissaire ait été juste et impartial à leur égard. Nos passions politiques ont un langage que la raison n'inspire pas toujours, et envisagent , à travers le prisme de la haine , les torts presque insensibles de ceux qui s'opposent à nos vœux ou qui contrarient nos projets.
Une surveillance plus exacte des lieux publics fil avorter
bien des [M*ojets des royalistes et des républicains : les adver- L^^re xiv. sai]*es étaient en présence et cherchaient l'occasion de se blesser ^L. ' oQ de se vexer mutaellement pendant toute Tannée 1 797; cette occasion se présenta encore en janvier 1798 et ralluma la torche de la discorde qu'on avait cru presque éteinte.
Le 18 nivôse an YI (7 janvier 1798) arriva à Bordeaux le général Lannes, venant de Marseille. Sa réputation de républicain rigoureux et ardent lui avait créé des ennemis, et sa conduite envers les Marseillais indisposa, contre lui, même les fêprils pacifiques et inoffensifs. On répandit le bruit qu'il avait résolu de passer par Bordeaux pour y mettre à la raison les jeunes gens turbulents de cette ville. A son arrivée, il se montra sévère , inabordable ; il voulait qu'on comprit sa présence à Bordeaux comme une menace et que son regard pût le dispenser de se servir de son sabre; c'était assez pour la jeunesse de Bordeaux ; elle résolut de lui faire sentir toute l'étendue de ses illusions.
Le lendemain au soir le général, accompagné de ses aidesde-camp, se rendit aux allées de Tourny ; les promeneurs se retirèrent avec respect pour lui faire place ; mais les jeunes gens se réunirent , et, bras dessus, bras dessons, occupèrent on grand espace de l'allée, et, àleur tour, forcèrent le général et ses officiers , par leur démarche, à se retirer devant une opposition trop évidente pour n'avoir pas été arrêtée d'avance.
Le même soir, une réunion hostile se forma encore sous le péristyle du Grand-Théâtre; le général arriva avec sa suite; les jeunes gens se pressèrent autour de lui , le serrèrent d'une manière peu respectueuse ; il les invita à s'éloigner, ce qu'ils firent ; mais , en montant l'escalier, les officiers de sa suite furent poussés , entourés et heurtés de nouveau ; on leur nuircha sur les éperons et on cria : à bas! Le général occupa Une loge près de celle où se trouvait Florentin Thibaut, capitaine d'un vaisseau corsaire , homme de cœur et chaud Bordelais. Les officiers se plaignirent tout haut des taquineries
Chap. i.
Livre XIV. dont ils avaient été l'objet ; Thibaut s*écria : silence! ou à la porlel on Tapostropha; il répondit, et des amis, postésdans un coin , s'écrièrent : ce C'est donc là le brigand qui , dans sa » proclamation à Marseille, disait que le jour de son arrivée » les honnêtes gens auraient vécu ! » D'autres propos , non moins insultants, s'échappèrent des bouches des jeunes gens, au nombre desquels se trouvaient Olanier, Gestas et quelques hommes de tête et de cœur. Â un signal donné , les. tabourets , des morceaux de bois et d'autres projectiles volèrent à la face des officiers indignés. Le jeune Peyronnet, qui devait plus tard jouer un rôle dans les fastes de la monarchie , se trouvait au parterre; il accourut au secours de ses amis ; un officier le saisit à la poitrine, mais le jeune homme lui arracha les épaulettes , et, les lui jetant à la face , lui donna son nom et sa demeure, et demanda une rencontre pour le lendemain. La confusion fut à son comble ; des membres du directoire qui se trouvaient là envoyèrent chercher la force armée et firent escorter le général à son hôtel. On arrêta quelques jeu ues gens ; on voulut les faire juger par un conseil de guerre , puis les fusiller; mais le général, invité le lendemain par l'administration à se rendre dans son sein, déclara qu'il avait reconnu quelques-uns de ces jeunes turbulents, mais il refusa de les nommer et s'opposa à toute mesure sévère , ne voulant pas que son passage à Bordeaux y laissât de fâcheux souvenirs , déclarant qu'il abandonnait les coupables à leur propre repentir et au mépris public. Le tribunal de police correctionnelle , saisi de cette affaire , condamna , le 2 août, quatre des prévenus à huit jours de détention; Thibaut, à 50 1. d'amende, et trois autres, Peyronnet, Brun, Duclos, à 12 liv. chacun.
Après la veuve Dorfeuille , la direction des théâtres passa dans les mains de Suzanne Latapy et de la citoyenne Maignol ; le citoyen Lajanberthie leur céda tous ses droits, le 23 mai 1796, moyennant 23,500 fr.
Les désordres continuèrent toujours sous les nouveaux di-
recteurs ; mais Latapie ne put pas , à ia fin de la première ^^"^^^ ^iv. année , remplir , envers les acteurs , tous ses engagements ; ''-l ' elle leur devait 56,397 fr. On chargea alors le citoyen Planthier de faire la recette tous les soirs et de payer les acteurs. On fit un emprunt de 10,000 fr., remboursable sur les recettes; on prit d*autres mesures très-sages; mais, à la suite d'un rapport sur l'indécence où se trouvait la salle et les dégradations qu'on s'y était permises, on condamna Latapie à faire les réparations nécessaires et on lui ôta la direction ; la jouissance de la salle fut retirée à Lajaubertbie , comme étant complice des dégradations dont on se plaignait.
Le 3 décembre 1800, le préfet, M. Dubois , passa un bail à ferme de la salle du Grand-Théâtre, pour quatorze ans, à la compagnie Tanays, moyennant le prix annuel de 30,000 fr. Cette compagnie n'eut pas de succès; la foule se rendait de préférence au théâtre Bojolais , au bout des allées de Tourny. Eà 1802 , Robineau de Beaumanoir eut la direction des théâtres; il n'y fut pas heureux.
Vers la fin du XVIIl» siècle (en 1798), le directeur Bojolais, célèbre favori des Bordelais, obtint, des citoyens Beaupoil et Duchesne , adjudicataires des emplacements du Château-Trompette , un local ayant façade sur les allées de Tourny , où il établit un théâtre des Pantagoniens. Cette salle devint célèbre par le jeu régulier, j'allais dire presque intelligent, de certaines figures automates, dont ce même Bojolais était le créateur. Le prix d'entrée était à la portée des petites bourses : c'était 10 sous. Les enfants y allaient en foule ; les mères et les bonnes les y conduisaient , et la recette était toujours abondante.
Ce petit théâtre devint la proie des flammes, le 12 mars
1802, après une année d'existence: il avait été ouvert le 12 avril 1801. Bojolais ne se découragea pas; il obtint, en
1803, l'autorisation de reconstruire son théâtre, mais il ne fut entièrement achevé qu'en 1804 , et, depuis cette époque , il
LiTre XIV.
Chap. i.
Théâtre Blondin.
Théâtre de l*Union.
Théâtre du Lycée.
Théâtre de la Porte Dauphine.
Théâtre- Français ou des Variétés.
prit le nom de Théâtre de la Gaité; c'était là , en effet, que se retrouvait la gaité bordelaise , tout ce qui caractérise ce peuple spirituel. Ce théâtre fut ouvert au public le 25 floréal an XII (15 mai 1804). Le nombre des théâtres était réduit à deux ; la Gaité fut fermée ; cependant on l'ouvrit en 1816 , et il devint la proie des flammes en 1819.
En 1791 , il y avait, sur les allées de Tourny , une autre salle, dite le Théâtre Blondin; une troupe italienne s'y établit pendant quelque temps.
On ouvrit, le 10 juin 1795, sur les allées de Tourny, le théâtre de Y Union. C'était une baraque en planches, préparée pour des saltimbanques. Ce théâtre ne subsista qu'environ un an.
Le théâtre du Lycée était situé près du jardin de l'Intendance et en faisait pour ainsi dire partie. On avait ainsi appelé cette salle, parce qu'on voulait y établir un lycée artistique ou académie des arts , qui pût servir de lieu de réunion aux amateurs des beaux-arts. Ce projet n'eut pas de suite et le Lycée devint un théâtre en 1799 ; il fut incendié en 1803.
Le sieur Gaétan Camagne , peintre en décors, fut autorisé, par les jurats , le 7 mai 1756 , à faire construire, à ses frais , une salle de spectacle sur le terrain de l'ancienne Corderie , près de la porte Dauphine , entre le mur de la ville et celui de l'enclos des Récollets. Les sommes dépensées pour cette construction, dont l'architecte Bonfin fut chargé, devaient être remboursées , capital et intérêts , au sieur Camagne. Cet édifice, qui prit le nom de Théâtre de la porte Dauphine, servit jusqu'à la construction du Grand-Théâtre ; il fut démoli en 1799, et, sur le derrière de l'emplacement qu'il occupait, fut construit, sous la direction de l'architecte Dufart, le Théâtre-Français ou les Variétés , et ouvert au public le 29 novembre 1800. Cette salle resta fermée pendant quelques années , mais elle fut rouverte en novembre 1815 , et, depuis l'incendie du Théâtre de la Gaité , elle sert de théâtre secon-
(laire ; elle est très-fréquentée et on y fait dç très^bonnes Livre xiv.
.. Cbap. i,
recettes. !
Après la révolution de juillet (en 1834), on établit de Thé&tre pelils théâtres à Tivoly , à La Bastide, à Saiût-Genès et à la ^* ^ banlieue, barrière de Brienne; on y jouait le vaudeville; mais ils se trouvèrent dans l'impossibilité de se soutenir ; les recettes ne couvraient pas les frais.
Le goût des Bordelais pour les représentations scéniques, comédie était très-développé , et même , au commencement du XVIII* bourgeoise, siècle , on y jouait la comédie bourgeoise ; les beaux salons étaient convertis en théâtres , et des cavaliers bien élevés , jeoDes et instruits, occupaient la scène avec six ou sept jeunes cljoliesdames etdemoiselles de la ville. On fit un choix con ve- Lamothe, nable dans le répertoire ; on désigna des personnages pour les Théâtres
j.-, de Bardeaux.
différents rôles; on nomma M. l'Intendant et M*"^ la comtesse de Bellade , directeur et directrice; M. le Grand-Prévôt était trésorier; MM. le marquis de Sallegourde et de Lansac étaient nommés inspecteurs du théâtre; MM. le comte de Rolly , le comte de Pontac, de Tourny fils, de Razins, le chevalier de Bouran, fuVent chaînés de maintenir l'ordre dans la salle et de faire les honneurs aux personnes invitées. Tout y était organisé avec convenance et décence ; c'était la noblesse descendue aux plaisirs populaires et cherchant ses distractions dans les ébats scéniques, renfermés dans les limites du décornm et de la morale.
Cette nouvelle troupe de nos artistes bordelais demanda et obtint des jurats la salle de la mairie ; tout y fut préparé d'une manière élégante et convenable pour cette aimable société. Les jurats élevèrent quelques difiicultés , mais l'intendant intervint et les aplanit. On joua, pour la première fois, le Philosophe marié et la Pupille, avec beaucoup de succès; c'était Qn tonnerre étourdissant que les applaudissements des invités, à la vue des grâces , de la désinvolture et de la façon noble et élevée dont jouait cette charmante troupe. Les acteurs de
Livre XIV. la première pièce étaient MM. le marquis de Saliegourde, de -1 * Lansac , le chevalier de Booran , le chevalier de Tourny , M. Pick , la comtesse de Rolly, M"® Molinet, M"« de Laborde, le graod-prévôt. Les acteurs de la seconde pièce étaient M"°* de Lansac, M™ de Laborde, M. de Laborde, M. de Razins, M. Pick.
On comptait, dans Bordeaux, plusieurs autres petites sociétés semblables, qui avaient leurs salons et leurs amusements scéniques; il en est sorti de grands talents qui ont honoré la scène française ; parmi les autres , Ligier et Lafon.
La fortune des théâtres de Bordeaux a subi diverses vicissitudes; la Révolution, loin d'améliorer leur sort, arrêta, comme elle fit pour mille autres choses , le développement de leur prospérité. Par un arrêt des consuls , en date du 22 décembre 1803, la jouissance provisoire des théâtres fut concédée aux hospices , en compensation d'une vingtaine de mille francs de revenus dont ces hospices avaient été dépossédés en vertu de la loi du 11 juillet 1794 ; ces revenus, dit l'auteur d'une notice sur les théâtres, n'étaient,^ en 4798, que de 18,970 fr. La jouissance provisoire n'était qu'un titre passager et précaire; l'administration des hospices voulait et demandait quelque chose de stable et qui pût répondre aux besoins toujours renaissants de ces asiles de l'infirmité et de la misère*; une loi du 28 février 1804 leur en accorda la propriété.
C'était beaucoup; d'après le bail fait le 26 octobre 1801 avec la compagnie Tanays, le prix annuel était 30,000 fr.; mais cette compagnie fit de mauvaises affaires et le bail fut résilié. On aflerma les trois théâtres à un nouveau directeur, le sieur Prat, au même prix , pour cinq ans , à dater du 21 avril 1804. Mais on comprit bientôt après qu'il était peu convenable de subordonner l'existence des hospices à celle des théâtres et de lier ainsi des établissements de nature dif-
réreDle. Napoléon P^ à son passage à Bordeaux, mil fin à œt éiat de choses, et, par son décret du 2 février 1808, décida que « la salle du Grand-Théâtre de Bordeaux sera « désormais possédée par la ville, à titre de bail emphythéo- B tique, et administrée comme les autres propriétés munici- B pales. La durée de ce bail sera de quatre-vingt-dix-neuf B ans, à compter du 1^ mars suivant.
L'acte devait être passé entre l'administration des hospices et le maire, moyennant une redevance annuelle de 28,000 fr. quitte d'impositions et payables par semestre. Ce bail ne fut passé queo 1824 , pour un espace de temps qui était limité à quatre-vingt-trois ans.
On trouvera dans les actes de l'Académie des sciences, etc. , etc., de Bordeaux, année 1Bi9, d'autres renseignements intéressants fournis par M. E. Desgranges. Son Mémoire est aussi consciencieux que complet. Nous ne nous sommes occupés ni du personnel des théâtres ni de leur gestion et de leurs innombrables embarras , que d'une manière bien imparfaite et en passant. M. E. Desgranges continue son travail jusqu'à DOS jours et entre dans tous les détails des difierentes questions qui se rattachent à nos théâtres.
Nous avons vu poser , dans les premiers jours de janvier 1855, les deux magnifiques candélabres qui se trouvent (levant la façade du Grand-Théâtre. Les colonnes qui supportent les lanternes sont admirables de grâce et d'élégance , et, à les examiner de près, on ne cesse de les admirer comme chef-d'œuvre d'ornementation. Sur le devant et sur le derrière , on voit les armes de la ville au-dessus desquelles l'artiste a placé quatre génies déroulant et contemplant , pour ainsi dire, avec admiration, des cartouches oîi sont gravés les noms de Corneille, Molière, Racine et Lully,
Ces candélabres ont en tout à peu près sept mètres d'élévation, savoir : la base, 60 centimètres; la colonne , 5 mètres , et le réverbère , 1 mètre 40 centimètres. Le bouquet