‹ Histoire complète de BordeauxChapitre 103 sur 172 · Livre V · texte numérisé non relu

Livre V

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abreuvés. Tiré de sa rêverie par ces cris de joie , I^acomljc , comme pour braver cette expansioa de la colère populaire , se traduiaftiit en témoignage d'aU^;resse , agita iui aussi sûd chapeau, comme tout le monde, et cria vive la république!

On assure quavaot de mourir, il demanda a parler à Ysabeau Ini-mèiiie , et lui avoua qu'au commencement il avait été de bonne foi. Nous n*en croyons rien; il n*avaît rien à dévoiler; tout avait été révélé; et le peu de chose qu'il aurail pu dire, c'était probablement contre Ysabeau lui-même, qoi, dans les beaux jours de la Commission militaire , l'appelait mon a/m, et proHtant de ses bassesses, participait à ses crimes. Ysabeau ne se serait pas soucié de s'aboucher avec Làcombe ; il ne demandait pas mieux que d*étre débarrassé d'un tt'inoiu si dangereux et si embarrassant jx>ur lui et ses colit^ues. Il savait d'ailleurs que, dans le cours du procès, il avait essayé plusieurs fois de prouver qu'il était moins coupable que les proconsuls; mais l'accusateur public rinterrompit, en lui disant : « Prends garde d'aggraver ta cause cd » faisant des dénonciations tendant à avilir la représeotatioii » nationale. i» Laoombe se tut, à la grande satisfaction d'Ysai)eau; mais avant de mourir, il jeta dans la foule ces paroles, qui restent attachées comme des stigmates à la mémoire des proconsuls et du juge : « Si vous avez des reproches à me » faire, vous me devez aussi de bien i^iaudes obligalioii.^. Si » j'avais suivi les ordres des représentants, j'aurais fait périr » le double des victimes, et beaucoup de ceux qui m*écoutent » n'existeraient plus. »

La force-armée i emuicuc dehors: le fatal tombereau atteodait, comme de coutume, à la porte ; mais cette fois^i ce ne fut plus des innocents jugés coupables qui durent y monter, mais le juge lui-même , se jugeant , se reconnaissant et m: condamnant comme ayant mérité la mortl II frémit à la vue de ce véhicule, recule et refuse d*y monter ; mais on loi foii observer que le peuple était furieux; qu'en allant à pied, la

^rde ne serait peut-être pas suftisantc pour empêcher ses twrev, nombreux ennemis de le mettre en lambeaux. ^*»p*

Au moment de sortir, M. l.cnssaballiic; fils l'attend au coin de la porte el lui llanque au pa^e deux soulUele vigoureux. '™* en s'écriant: «Scélérat! te souvient-il de mon père? i» Cétait la vengeance de l'affection filiale! Le monstre recule , le regarde et laisse échapper de sa poitrine soulevée de colère

ces mots significatifs : Ah! si Un peu plus loin, il

aperçoit M"*® Dnssaulx de Morises , couverte d'un voile noir ; elle recule d'etlVoi ; les larmes aux yeux et regardant le ciel , elle s'écrie : 0 mon Dieu ! que vous êtes juste; 6 mon mari ! le scélérat qui te condamna à mort va recevoir le juste cliàlinient de suu crime , et elle tombe évanuui(» entre les mains du jeune Tourangeau, le nommé Dupart, dont le père avait péri sur Téchafaud , et dont la pauvre mère mourut queUpies jours après de douleur et de désespoir. « Pauvre » femme, dit Oupart à M*"® Dussaulx, qui venait de recouvrer » l'usage de ses sens , pauvre femme ! vous êtes heureuse ! » vous vivez pour voir le jour de la \ei)uH3ance tardive du » ciel ! mais ma pauvre mère 1 Oh I qu elle serait heurcuâe> » d'être témoin du juste châtiment de ce monstre! »

Il faudrait des volumes pour raconter tout ce qui se passa ce jour-là à Bordeaux.

Pâle et consterné, et cependant s'efforçant^ par une fierté hypocrite , do braver du regard la foule furieuse , Lacombe veut marcher; mais on se presse, on se heurte : les lemmes, les vieillards, les enfants, le chargent de nouveau de malédictions; mille maios se lèvent pour le frapper ; ses vêtements sont déchirés, malgré les elforts de la forets-armée!

Alors il surmonte ses répugnances, et entre, avec une horreur qui se dépeint visiblement sur ses traits , dans ce sale tomber(»au qui avait déjà trans|iorté au lieu du supplice tant d'innocentes victimes. Le peuple accourt sur son passage, le chargeant de malédictions, avec tous les cris, tous les signes

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Livr. V. d'uoe fureur dilHcUc à décrire, et plus dilGcile à réprimer : tiijp. t, ^ voulait le mettre en morceaux; et sans les sages précau» 1794 lions qu'on avait prises, jamais Lacombe ne serait arrivé sain et sauf au lieu du supplice, où, par sa mort, il devait assouvir la vengeance d'un [XHiple trop longtemps tyrannisé. Toute la ville et toute la population des canipa^iies étaient là poar voir, pour la dernière fois, ce célèbre scélérat; tout le monde bénissait le ciel de cette éclatante, mais tardive vengeance : pas une seule àiae pour compatir à son malheur ; pas uue pour s'apitoyer sur ses humiliations ; pas une pour raccompagna d*un regret ou d'un bon souvenir! Les fenêtres, les balcons, les toits môme des maisons étaient garnis de curieux; et de tous les coins , de toutes les rues , partout, ce misérable agent de Robespierre entendait en passant des millions de voix le maudire , l'exécrer, laccabier de leurs malédictions. On se foulait dans les rues; on selTorçait d'écarter la garde pour l'arracher du tombereau et le mettre en pièces; enfin, on avait exprimé le vœu qu'on lixAt des pointes de clous dans la planche sur laquelle il devait s asseoir ; mille autres idées, mille combinaisons hostiles, mille projets de vengeance inspn rés p;ii la liaiiie, furent mis eti avant; mais ne pouvant pas les réaliser, on assounlit le malheureux d'un tonnerre continu d'imprécations jusqu'au pied de Téchafaud 1 11 s'y élança avec un enipresseinenl qui n'était que le dégoût de la vie et le désir d'échapper, par le dernier supplice , aux reproches mentes des Bordelais, aux malédictions des veuves et des orphelins, sous lesquelles il allait terminer une existence si justement abhorrée. Sa téte roula une minute après sur le pavé; le 44 août 4794, à cinq heures du soir, son sang coula sur le même instrument, dans le même trou, par les mains du même bourreau, comme pour effacer celui de ses victimes. Bordeaux semblait délivré d'un fardeau immense; on commença enfin à y respirer plus à l'aise.

Le cadavre était a peine descendu que le peuple feod le<

rangs de la garde et se permet des actes de férocité, qui ne Livre v. témoignaient que trop son horreur pour le monstre « et qui égalaient ceux qu'un avait exerces dans le temps sur le corps du maréchal d'Ancre.

On promena partout en ville la hideuse téte de Lacombe aa bout d'une pique , et on tratna dans les rues le corps inanimé, qu'on mutila de mille la<,x>iis barbares! Le maire, préveno à temps, accourut sur les lieux , et le peuple cessa à l'instant de se livrer à ces transports de colère , à ces vengeances gratuites et barbares, et qui n'avaieut plus de buL. C'était une scène de cannibales; mais Tordre et le calme se rétablirent bientôt à la voix des magistrats.

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