Livre V. Citoyens, assez de faits vous ont convaincus, et les dénis
Ciiap. % ^ Lacombe nébranleront pas votre opioiou ; mais il sera » forcé de renonoer à celte défense artificieuse. Le Comité de » Sarveillanoe Ta entendu; il Ta confiroiité avec Rey et Biaiat^ » qui déjà avaieut donné leurs déclarations et leurs réponses. A Rey et Bizat, eo présence da comté, lui ont soutenu la » vérité de tous les faits qu'ils ont articulés, et aucun de eeox » qui ont été témoins de ces débats, oîi Lacombe a déployé 9 tout l'art du mensonge et de l'hypocrisie, n'a douté qu'il fût » coupable.
» Quels sont les résultats de ces faits ? » Lacombe se conduisait, à l'époque heureuse de la révo- » lution, comme plusieurs autres, dont la corruption était en » quelque ?orte l'élément. Rappelez-vous, Citoyens, l'escro- » querie de six ou sept tonneaux de vin , et comment il fol 9 tancé à cet égard, en 1790 , par le municipal ( Martigiiac) » qui faisait la police. Lacombe avait déjà parlé avec véhc- » mance de liberté , de vertu , de régénération des mœui^; | » mais il partait une langue étrangère à son cœur : îlsedisiit » à la hauteur de la liberté, et il rampait dans la fange de la j » corruption 1 ' » Cet esprit qui l'inspirait ne l'abandonna pas lorsqu'U fut | » piomu aux fonctions de président de la C.ommission mili- » taire. Voyez ses crimes; ils sont tous imprégnés de son » penchant à la plus infâme cupid^ ; c'est cette cupidité qui, » presque toujours , met toutes ses passions en mouvement ; ^ » qui lui dicte les plus horribles marchés; qui lui fait peser i
au poids de l'or l'existence des citoyens! C'est elle qui loi a » fait mettre dans la même balance l'aristocrate et le patriote; , » qui lui persuada de sauver l'ennemi de la révolution, pourvu » qu'il lui donnât le prix qu'il exigeait , et de faire laqguir > dans les angoisses de la terreur le patriote qui ne poufait » pas payer ou qui rougissait d'acheter les preuves de sou » innocence et de son patriotisme.
» Nous savons qu'en général ceux qui ont été condamnés Livre v. 1 à la peine de mort Tavaienl bien méritée; ils étalent arislo- ^'
» cratrs ou ils avaient participé à des mesures liberticides ; 1791
» mais Lacombe , en entrant en marché avec eux y en cher-
i chant à les sauver moyennant une telle somme, partieipaît
» évidemment au crime de contre-révolulion (fue ces indi-
» vidus avaient dans le cœur. Peu lui importait que la liberté
« fàt anéantie, pourvu qu'il flisa fortune.
» Mais une chose qui fait frémir l'humanité , c'est de voir » Lacombe entrer en marché avec les ennemis de la rëvoi hilion , les condamner à mort et garder leur ai^tl Quel » calcul! quel sang>froîd horrible!
» Observez , Citoyens , que les circonstances révolution- » nairea oà nous sommes exigent des fonetionnaires publics i une conduite vraiment révolutionnaire ; observez surtout » que Lacombe était président d'une (loiiuaission militaire , » établie principalement pour diriger et hâter la marche de la » révolution. Le crime de prévaricateur est donc aujourd'hui )» un crime contre-révolutionnaire , et il doit subir la peine » que la loi prononce contre les ennemis déclarés de la répu- » blique.
» Citoyens, depuis quelque temps, l'opinion publique com- A mençait ù s élever contre Lacombe ; Ysabeau, le représen- » tant , était sur le point de proooocer son arrestatioa au » moment oh ses pouvoirs furent retirés par le Comité de » Salut public Lacombe tremblait lui-même, et voilà pour- » quoi, d'un côté, ii faisait dire au représentant Ysabeau qu'il > y aurait du danger pour lui à rester plus longtemps à Bor- * » deaux, et, de l'autre, il faisait remettre à divers ixirticuliei*» » les sommes et les bijoux, qu'il en avait reçus.
> Le représentant Gamier (de Saintes) ne tarda pas à le » toutiaîu c ; le bruit do ses prévarications par\int jus([u a « lui. Lacombe fut arrête
» Citoyens , vous avez frémi au récit de tant de crimes ;
» vous vous êtes demandés à vous-méii¥3& coouueni il éuùi » arrivé que cel homme eût été dÉoiâ pour exercer les foac- » tiens d une judicatare révolutionnaire.
» C'est à vos malheurs , à vos erreurs , à ce lédéraiiiuie » crîmiBel auquel Bordeaux fUt entraîné , que voos avez dû » ce fléau. Les représentants du peuple envoyés pour rendre » cette grande cité au principe du l'unité et de i'iadivi^iiuiiic » de la république , ne purent voir partout que des hommes » que le fédéralisme avait entachés. Lacombe profita adron » tement do cette circonstance ; les hommes généreux wni 9 sans défiance : les représentants furent titompés, et Lacombe » fut choisi. Aux vues justes et bienfaisantes des reptéses- » tants , se succédèrent les vues iniques et coutre-i*évolu- » tionnaires de Laoombe. Malheureusement , k terreur qu'il » inspira étouffa longtemps le cri des citoyens; mais la vérité » est parvenue justiu aux re[H eî?eulautsdu peuple : la justice » et l'humanité tnomphèrent, et la république et les citoyeos » seront vengés.
» Je requiers, attendu les faits résultant des pièces du » procès et de Taccusé, que Jean-Baptiste Lacombe, ci-devani » instituteur et ex -président de la Commission militaire , » s(^ante à Bordeaux, soit condamné à la peine do mort, con- » formément à la loi du %1 mars 4793 ; qu'en conséquence, » il soit livré sur-le-ohamp à l'exécuteur des jugements cri- » minels et conduit sur la phico Nationale, à lefTet d'y subir » la peine; qu'en outre, ses btens soient déclarés oimfiâquésaa » profit de la république , et que le jugement qui interrien- » dra soit imprimé, publié et aÛiché pirtout oii besoin sera.
» Signé : Dbbbt.
» La Commission militaire, après avoir entendu raccn»-
» tem public, la lecture du procès, la réponse de l'acrnsé; » les juges ayant émis hautement leurs opinions, le présideoi » a prononcé le jugement de la manière suivante :
» La Couiiaission militaire , convaincue que Jean-Baptiste » Lacombe, ci-devant insUtiiteiir, cx-prësideat de ranciemie » G)iiiiDissioD militaire , s'est renda coupable d'exaetîon , de » ioiitus.^iûn, de prévarication, de la plii^ odieuse c()rru[)tion » des mœurs et do l'esprit public, le déclare traître à la pa- » trie, ennemi do peuple; en eonséquenoe, le oondaume à » la peine de mort, conformément à la loi du 27 mars 1793
> (vieux style), dont la teneur suit :
» La ComtetUim naUonale, sur la proposition d'un membre» » déclare la ferme résolution de ne faire ni paix ni trèfe aux » aristocrates et à tous les ennemis de la révolution; elle » décrète qu'ils sont hors de la loi.
« Article fiemier de larrôté ci«^essu9 rappelé.
» 11 sera établi à bordeaux une nouvelle Commission mili- » taire, chargée spécialement et uniqueaient de juger les » délits attribués au ci-devant président du tribunal, et établi » sous ce nom, et à ses couipUces;
» Ordonne <iae le présent jugement sera à l'instant exécuté 1 sur la place Nationale, imprimé et aflkhé partout où besoin » sera, et déclare tous les biens dudit Lacombe acquis et con- » fisqués au profit de la république.
» Fait ^ Bordeaux, eu Jagemciit, le 27 thermidor an 11 de to république, une et
> IndiviftiMe.
» Signé : Lataste, président; Frigière, Seguev,
» AzBVEDO, Clochard, membres; » SicAao, secrétaire-greffier, »
Lacmnbe écouta, dans un morne silence, son arrêt de mort ;
mais l'immense fouie, au dedans et au dehors, éclata en signes d'allégresâe. Des cris de joie s'élevèrent de toutes parts : on agitait les chapeaux et les mouchoirs en agne de reconnaissance envers les juges pour cette sentence , qui vengeait les Bordelais de toutes les infamies dont ce scélérat les avait