Livre V . Depuis la chute de Robespierre et l'arrestation de Lacombe
les Bordelaib ue savaient quelle direction suivre ; aux hommes ^ '^^ sages et craintifs l'avenir paraissait gros d'orages et de dangers plus grands encore peut-être que ceux du passé. Les Jacobins se voyant désappintés/ soupiraient après le moment de recommencer ToBuvre de la Terreur et l'anéantissement des nobles, des riches et des sommités sociales. Désolés du départ de Garnier cl de la luodestie d'Vsabcau, ils (Uk-lamaieot contre ce dernier et s'efforçaient de lui rendre le séjour de Bordeaux insup()ortable. Ysabeau n*était pas sans crainte : il sortait peu, savait tout et se plaignait de l'ingratitude du public; il aurait voulu, disait-il, qu'on rendit justice à la pureté de ses intentions et à sa persévérante soUidlude pour la paix et le bonheur de Bordeaux. Voyant qu'il était profomk'ment affecté de tout ce qu'on disait de lui, on crut n avoir rien de- mieux à faire que de le fatiguer par des calomnies, des propos malveillants , des taquineries blessantes : on lui attribuait des projets dont il n'avait jamais eu l'idée ; on donnait une interprétation malveillante à ses actions indifférentes;
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ou lui supposait des intentions iiiauvaii>es el répréhensiblcs; tivi'c v. eafin, on froissa tellement sa sensibilité, qu'il se vit un mo- ^ ment sur le point d'aller s'établir à La Réole; mais on lui fit j-qi comprendre qu'il aurait tort d'abandonner les intérêts de la grande majorité des Boràelais, pour les manœuvres malveillantes de quelques intrigants inconnus. H se décida résoluiiit'ut d'aller au club National et d'y exposer, par ses démentis, les pitoyables ressources et les moyens méprisables dont ses ennemis se servaient pour lui nuire.
Un des sujets de plainte du parti dtMnai;(ji;ique ou terroriste, était la contradiction qui existait entre les arrêtés de Jollien et de Gamier et ceux d'Ysabeau; mais le temps n'était plus le même : une autre ligne |)olitique »Hait, depuis la mort de Robespierre, inaugurée au sein de la Convention ; et une mesure bonne sous le triumvirat terroriste n'était plus de convenance ni de saison quand ces formidables triumvirs n'existaient plus. Ysabeau fit i éloge de Garnier ; mais il osa dire que ce fier Montagnard n'avait pas étudié les Bordelais; qu'il s'était entouré d'intrigants et d'hommes de sang, qui auraient fini à iiordeaux et à l^aris, comme leurs devanciers en Grèce et à Rome , par détruire tous les éléments de l'ordre social , bouleverser la république sans motifs raisonnables et sans d'utiles résultats, et anéantir les mstitutions qu'ils croyaient sauver, en poussant la liberté jusqu'à Tanarchie. Ysabeau connaissait mieux que Garnier et Jullien Bordeaux et les Bordelais; li devait suivre une autre marche. Du temps de liobe^ pierre, il aurait agi comme Gamier; mais alors tout était changé; il devait changer avec les circonstances, car les principes n'étaient rien à ses yeux. Garnier recevait dos ordres du Comité de Salut public; celui-ci les recevait lui-même d un tyran de bas étage qui n'existait plus, et sous le joug de qui la Convention nationale tremblait comme un esclave sous un despote; mais alors la France venait de faire justice de ses oppresseurs : la Justice remplaçait la terreur; la loi ne per-
raeiiait plus d'arrêter uq individu sur un sEmple soupçon ; il faliaitdes preuvesoudes présoiuptions tellement fortesqu*eUes
puî;>ent é{|uiYaloir à l'évidence, pour ravir la liberté au dernier des citoyens. Les législateurs d'alors poursuivaient loujours les ennemis de la répul){ique ; mais ils airo^^t mieux laisser en liberté des mU iganls que de risquer de mettre uo seul patriote innocent dans les fers; d'ailleurs, si l'intrigue levait la tête, il était là pour Tabattre!
La mort de Lacoinijc était un coup porté à la puissance des Jacobins de Bordeaux; c'était la fin du r^;ne de la Ter> reur, continué dans notre cité depuis le 23 octobre n93 josqu'au 31 juillet 1794, et qui enleva à Bordeaux l'elitc de si^-n enfants, plus de trois cents innocentes victimes,et près de sept millions et demi d'argent, par le moyen des amendes judiciai> res, sans parler des confiscations des propriétés!
Ysabeau [X)ursuivil sa carrière, et s'ellorça, j)ar une adiûinistration plus douce et moms abusive, de se faire pardonner les immenses torts dont lui et son complice Tallien avaient l iiorrible responsabilit4^ Garnier avait suspendu la Commissiou militaire; Ysabeau l'abolit; et le jour même de la mort de bicombe (14 août), il prit un arrêté |>our faire dis|»araîlre la guillotine, qui était restée en permaueuce depuis taut de mois, comme une menace de tous les instants contre les malheureux Itordelais.
« 11 voulait, dit-il dans sou arrêté, soustraire à la vue île? » citoyens Tinsti^ument du supplice, qui, par sa pcrmaneace. 9 semble les menacer tous; tandis que sous un régime jusle 1» et II (1 main , il n e>t destiue qu'à frapper les couspiraleurs, » les traîtres et les concussionnaires. »
D*aprè8 cet ordre, la guillotine fut enlevée par rexécateor des hautes œuvres et mise daus un eudioit convenable, sous sa responsabilité, avec injonction de la retirer après les supplices des coupables.
Il abolit aussi le Comité sectionnaire des Irois, établi [m
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Garnier le 23 juillet 1794 , et prévint les Bordelais, par m l'ivre v.
3CCou(i arrêté de la invme date que le précédent, que désor-
mais ils devaient s'adresser aux tribunaux et aux autorités 1794
oooBiitiiées pour obtenir justice, afin, dit Ysabeau, « que j'aie
» plus de temps pour saiisCaire à mes devoirs, à mon cœur
» el à ma mission, en rendant à la liberté et à leurs familles
» cette foule de malheureuses victimes de Toppression , de
» ravarice et dv, la lyr;innie; laissez-mui, ajoute-t-il , celui
» d'assurci* vos subsistances, dont je me suis occupé sans re-
» lâche, lors même que mes pouvoirs avaient cessé dans ce
» (li'pai Lemcnl. »
Toutes ces mesures lurent vivemeul applaudies et accueillies avec reconnaissance par le peuple : Ysabeau devenait populaire, et s efforçait toujours, par sa laborieuse activité , de conquérir le respect et les sympathies du peuple. Par lo môme arrêté, du SI9 du même mois, il dispensa les Bordelais, comme nous l'avons vu, de se rendre devant ia Commission des Trois, établie dans chaque section, pour obtenir des passeports ou des laisser passer. Cette mesure de Garnier était bonne, révolotionnairement parlant, lorsqu'on avait à craindre les cons}iirnteurs et leurs espions; elle était sage pour un temps, mais elle était devenne vexatoire et difiicile dans l'exécution. Ysabean fit bien de l'abolir.
Tout était à faire : on avait jeté par terre l editice social et il s'agissait de le reconstruire. Ysabeau, malgré les nombreux obstacles, y concourut avec un zèle louable; c'était pour lui, tout à la fois, un devoir, une réparation des fautes passées et un acte politique. Bans les mauvais jours, il avait aidé à démolir; aujourd'hui, il représentait encore le pouvoir, et devait eâacer autant que possible son passé; c était d'ailleui's de la bonne politique et une ressource de popularité.
Le progrès dans le bien était constant : an milieu de ces louables mesures, les frères et amis de iiordeaux reçoivent , le 18 août, une lettre de Garnier, adressée au club National.
Livre V, On lit en public cette pièce toute démagogique : et à ces ^^^^ iameux Montagnard : « Je poursuivrai les intriyanls 17M 1» et les fripons à Paris , comme j'ai fait à BardeaucD , » les ultra-démocrates se mirent à battre des mains et à trépigner avec tant de violence dans les U ibuues, que le plalbiid tomba, et on craignait que les tribunes ne croulassent tout à fait. C'était la critique voilée de Tadministration d'Ysabeau, qu'on trouvait trop lâche ; on voulait le blesser et aigrir son esprit contre son prédécesseur, mais on désirait au moins L'entrainer dans la voie de la violence , recommencer les dénonciations , les arrestations et les meurtres du bon temps de Rolx'spienre et de Lacombe I On se trompait d'bomme et de date : Ysabeau avait été terroriste; aujourd'hui, c'est autre chose. La Convention s'était adoucie, et Ysabeau avec elle; il avait, comme complice de Taliien, mis la terreur à l'ordre du jour; il avait excité la colère de la Convention contre les Bordelais, et pour* suivi avec aiiiarnement leurs pnHrcs, leurs nobles, leurs négociants, les religieuses, toute l'élite de la population ; il avait signalé Dudon au bourreau, et déclaré aux Conventionnels, à Paris , que la guillotine et de forti s aiiuMides épureraient le commerce; il avait pris part à toutes les horreurs qu'on avait commises à Bordeaux; mais homme sans conscience, sans foi, sans délicatesse, sans pi iucipcs, cuuime tous les démagogues, il se montra homme des circonstances , changeant selon le temps et prosterné devait tous les pouvoirs. Le club National, qui , certes , n'était pas renonuné pour la délicatesse de ses principes ni jxiur k modération de ses membres, elait tellemeni indigné de tout ce que les proconsuls et leurs agents avaient fait à Bordeaux , qu'il ne put s (^mpôcher de dire et même d'imprimer que cette ville avail elé la proie d'um nuée de valeurs!
Entré dans la voie des réparations. Ysabeau trouvait beaucoup à faire : les comeslibles étaient rares, le pain très-cher, la misère profonde et générale !
H V avait même aux environs de Bordeaux des coniimincs Livre 1
Chap.
OÙ ii n'y avait pas de paio du tout. Ysabeau y pourvut par son arrêté do 14 fractidor (28 aoftt), et obligea les communes 17^4
bien a|>[jros isioniiées de foui air des secours aux autres, dans le oouraat des quatre décades suivantes.
Cette sage prévoyance et cette sollicitude d'Ysabeau lui fireiil des amis. Bordeaux devient plus tranquille : les querelles s apaisent ; on ne tail plus uu cruel jeu de la calomuiu; oi tel qui n*avail donné d'autres preuves de son patriotisme que ses vilaines et méchantes dénonciations, n'ose plus se vanter de ses abominables prouesses, ni faire un crime à sc^n voisin de ce qu'il n'était pas un infâme délateur comme luimême.
Ils étaient déjà loin ces jours ou ik)rdeaux fut mis en coupe r^lée, 011 la tonte-puissance de Tallien et d'Ysabeau avaient fait de notre cité un désert et un amas de ruines! A l'exception de Paris , de Lvon et de Nantes , Bordeaux fut la ville la plus maltraitée en France : des bandits se succédaient dans la haute administration; ils eurent tous le secret de grossir leurs forluîtes, {)our prou\ er, sans doute, que leur patriotisme était à la hauteur de leur délicatesse! Beaux jours pour ces misérables, qui donnaient le nom de sainte à la guillotine, ce docile agent de leur cupidité et de leurs projets anti-sot iaux.
Le 18 août, on présenta un état des dons que Bordeaux avait envoyés en argent ou en assignats. On donna d'abord 2,134,680 liv. ; plus, 12,542 sabres en éf)ées, 23,000 fusils, 150,000 liv. pesant de fer, 13,000 liv. pesant de plomb, 209 madriers de chêne pour la marine, 500 chemises pour les soldats ( I). Nous ne parlons pas des amendes; la liste des ju-
(I) Voici une pièce horrible ^ui 0 été trouvée dans les irchives de le Mairie de Bordeaux. Elle est une des innombrables preuves de tout le sang que firent verser pormi nous, comme dans toute la France, ces monstres, dont nos Montagnards socialistes osent aujourdlini glorifier la mémoire. Pîous la donnons textuellement et dans son orthographe It ftiut quelle soit reproduite dans toute sa crudité :
Livre V. gemeots prononcés par Laoombe les donne ; nous ne parlons ^^^^ pas des conûscalions des biens des condamnés, qui valaient 1794 plusieurs millions; nous ne parlons pas des exactions de Lacombe , de Peyren-d*Herva1 , de tous ces misérables , autant (le sangsues d'une populalioû tcrroritiée » etc. Ou demauda à l'agent national de Bordeaux un compte exact; il garda longtemps le silence; mais obligé enfin de répondre, il déclara que ses registres étaient déchii*és et que les pièces compromettantes avaient disparu l Eélasi que de vois, que de concussions, que de crimes ensevelis pour toujours dans le passé (le notre liistoire! Le désordre était parLuuL, vX tellemcût re-
compte de lao que jé fourni pir ordre du citoyen Bert aispeeteor que fourni tm la place Natioiiiie pour laver Ui gUlotine an nonAre de trente tarriqves dcfillr ï 3 fr. pièce ci 00 fr. >
Plurs }k voir a chete une liarriqiie qu'il me coûta 13 fir. ci 13 •
Totail l^it 73 fr. 1
Pour la<|uit ne sicbant sipe Pour Stnt Jcak Picakol alaè.
Vu liuri pour la somme de si»i\;mto douze livres.
A Bordeaux le 5 vundenniair*' di* ia .'>'*. Clochard, architecte.
Pour compta du districq a été ordonné par la commission militaire.
Vit bon pour le calcul, montant à soixante-douze livres,
Bordeaux, le 21 vendémiaire l'an S" (li octobre 1784). SAixt-Miar».
Vn, le présent compte, pour fourniture d'eau ftdtepar le citoyen Pigand peurlnir la guillotine sur ta ptace Nationale, et le rapport des commissaires de la munlciplilé, qui, vérification préotaMement fkite de tadite fourniture, attestent qu'elle a été eonfecdonnée et que le prix en est porté k sa Juste valeur; le bureau municipal di h Commune de Bordeaux a réglé et arrêté définitivement le montant dndit oraipte ï ta somme de soixante^louze livres, et déctare que cette somme est due audit citoyeD Figarol, dénommé audit compte; mais comme la commune n'a aucuns fonds aifii' cables à cet objet de dépen?:^, qui, d'ailleurs, n'est pasdenature k tomber k sa clni|(, il a été arrêté, l'agent national entendu, que le compte sera envoyé au district, qui demeure invité li le transcrire d'une ordonnance de paiement sur la caisse aieclie au service des dépenses de c^e espèce; si mieux n'aime, cette administration supérieure, faire fournir à la municipalité les fonds nécessaires pour faire face à c«t objet, il Rordcnux, dans la Maison-^Commune, le dix-huit pluvIAse, troisième aoaèe dti ta république française, une et indivisible.
Signé : N., maire.
voltant, tellement accablant pour Thumanité, qu'à la distance Livre y.
de soixîinle et quelques années, il nous semble impossible, C**P'*» incroyable oiéme, que les cœurs généreux des jBordelais aient 1794 pa en supporter le poids ! Ces faits sont vrais , malheureusement trop vrais ; et cependant tout en les racontant d'après des documents originaux, uous-méme uous avons de la peine à en croire la réalité!
C'est Ysabeaw laî-m^mc qui établit la commission chargée de recueillir tous les renseignements relatifs aux dilapidations commises par les fonctionnaires publics, aux déclarations des citoyens, relatife aux dons particuliers, aux ornements d'églises, aux vases sacrés et autres uljjets précieux enlevés et déposés chez Bertrand , maire de Bordeaux , etc. Ces mesures furent aussi vivement apf)laudîes, mais n'aboutirent à aucun eliet satisfaisant pour l'opinion publique.
Ysabeau visitait souvent les prisons, et pénétrait généreusement dans ces noirs réduits ch la vertu gémissait en silence à côté du vice et de l'impiété. A son retour à Bordeaux, il trouva dans les prisons 2,400 individus; bientôt après, il n'y en eut que 1,593; le 47 aoftt, il n*y en resta que 4,450; et le il du môme mois, que 1,187. Pauvres mallieureux, de tout âge, des deux sexes, de toute condition, que Laoombe n'avait pas eu le temps d'envoyer à Téchafaud , et qui, entassés les uns sur les autres, sales, dévorés de vermine, |)érissaient misérablement , mouraient tous les jours de douleur et de besoins!
An Fort-du-HA, se trouvaient encore <*(mi( sept prcMres , reste de près des six cents dont on avait déporté les uns , gaillolinë les autres, et dont quelques-uns, cacbës longtemps dans les bois et les cavernes, tombèrent enfin entre les mains des iuuicrs des représentants, qui les avaient jetés dans ces cachots en attendant la justice de Laoombe! Encouragés par les procédés réparatein s d Ysiibeaii, ees détenus rédigèrent ensemble l'adresse suivante, qu'ils envoyèrent à la municipalité:
ï ivre V. « ClTOYBNS,
» Depuis six mois, nous souffrons sans nous plaindre; * 1794 * aujourd'luii nos maux sont trop i^rauds pour que nous gar- » dions un sîleuce qui ne pourrait qu'entraîner notre mine. » S'il existe encore à notre ^rd quelque sentiment d*huina- » nitc, nous devons être écouté; la rigucui de notre situation )» inspirera la compassion à tout ce qu il y a d'âmes sensibles. » En vous la foisant connattret Citoyens, nous devons espérer » (lu soulagement.
n Ce nest pas seulement 1 épidémie, c'est la mort, et de » toutes les morts la plus effrayante, qui nous menace , qui » nous frappe ; elle ne respecte ni le tempérament ni Tâge. » Dans l'espace d'une décade , nous avons vu périr douze de » nos confrères, dont deux ont expiré dans nos bras, sans » remède, sans secours. L'étroite réclusion à laquelle m\\< » sommes réduits, nous en interdit la voie : nous soiuuies » forcés de vivre parmi les morts et les mourants, de manger. » de dormir à leurs côtés, et vous n'ignorez pas que c'est qd » supplice inouï chez des peuples civilisés , et que ce ne fut » que pour le plus affi^ux des crimes que Tantiquité l 'im- » gina. L'épidémie accroît ses ravages, la mort augmente tons » les jours le nombre de ses victimes. Plus de quatrc-vingU » morts et cent cinquante malades attestent cette vérité!
» Au nom de cette humanité si chère à de vrais répnbli- » cains, sccourez-uous. Citoyens : chaque jour voit se dévc- % lopper ce poison avec une célérité et une fureur sans égaie. » Si vous différez d'un seul jour à nous secourir, nombre » de victimes auront à vous reprocher leui deslrucliou ou mi' » existence cent (bis pire que la mort. L'eau, l'air, l'habita- » don, tout y est corrompu, tout est poison; nos murs même » sont imj)regnés de miasmes pesliienliels. Nous ne craijamoDS » pas de le dire , Gtoyens , jamais le plus vil scélérat ne fut » traité avec autant de rigueur. Vous nous aviez assurés qw » vous viendriez à notre secours? Qu'une habitation plusî^pa-
M cieuse, plus s;iino, plus aéive, atteste au p(.'Uj)Ie entier que » l'humanité sera toujours lapanage de ceux on qui il a placé » sa confiance. »
Celte supplique fut bien faite pour émouvoir tous les cœurs et attendrir les âmes tes moins sensibles. La manîcipalité chargea deux officiers de santé tic visiter avec soin tontes les maisons de réclusion, el de constater daa^^ un rapport otHciel le nombre des prêtres réfractaires, sexagénaires ou infirmes, ainsi qne ceux que la loi condamnait à la déportation. On touchait au moment ou un bAtimenl allait partir pour (.ayenue, et Ripaille, commissaire de la marine, en pressait le départ. Le rapport officiel fut enfin présenté , et Ton décida que les hernies, dont se plaignaient un grand nombre de détenus, ne seraient pas considérées comme une cause assez grande pour empêcher leur déportation ; que les sexagénaires et les infirmes seraient transférés dans la maison des ci-devant Caiherlnettes , et que les prêtres détenus, au nombre de deux cent qaatre-vingt^un, dans le ct-devant Petit-Séminaire, qui manquaient conipleteinenl de paille , auraient une ration de dix livres de paille chacun pour se coucher !
Cet état de choses, qui demandait des remèdes , que cette inhumaine et homicide iuuiuc![)alité refusait, n échappa pas à Tœil d'Ysabeau; il entreprit la visite des prisons lui-même, comme nous l'avons dit plus haut; et en parlant de cette louable entreprise, il dit : « Je no ma tie pour co travail qu'à » moinnéme; j'interroge chaque prisonnier à son tour, et » Finfortuné peut à loisir épancher ses douleurs dans mon » sein. Toutes les pièces, pour ou contre les prévenus, sont » notées dans un registre; ceux contre lesquels il n'existe ni » preuves ni fortes présomptions, sont élargis à l'instant, et » bientôt les maisons d'arrôt no renfermeront plus que les » ennemis déclares du peuple. Si , faute de motifs légitimes 9 pour autoriser leur détention , je mets en liberté quelques