Livre V
Chap. 8.
Livre V. » individus qui peuvent paraître suspects, ce n'est (jii'en proctiup. H. ^^^^ ^ j^^^ égard les plus sages, les plus sûres précautions. 1704 ' assaré des membres composant
» la Commission militaire, bien que je n'aie rien trouvé qui » puisse faire soupçomier leur couduile ; ils n ont été élargis 1» qu*à la charge par eux de se représenter à la première » sommation, sous peine d*étre mis hors de la loi. »
Tout cela parut prudent; les iiordelais applaudireiil eucore à la sagesse dn représentant. 11 ne se bornait pas là : il étendait sa sollicitude aux plaines marécageuses qui se trouvent sur la rive droite de la Garonne, depuis Uassciis jusqu'au Becd'Ambès, et sur celles qui s'étendent du Bec^'Ambès jusqu'à Saint-Pardon, sur la rive ii;auehe de la Dordogne. Il voulaîi rendre ces lorrt's à l'agricullnK', aJiu de leur iuire pro<luin' des grains Y etc.^ et écarter, avec de nouveaux produits, la fâcheuse perspective d'une disette périodique qui semblait se re nouveler tous les ans. Pour arriver a ce louUat, il [iril, le 1 1 fructidor an II (28 août), un arrêté tendant à dessécher ces marais et à utiliser une vaste et précieuse étendue de a' sol d'alluMon, (jui, par sa nature aquatique, sa |)ositioii topographique et la négligence des propriétaires , était resté inculte et négligé » au lieu d'être une source inépuisable do richesses , .si des agionoines intelligents et industrieux en étaient les maîtres , ou si les propriétaires riverains se doonaient la peine d'entretenir leurs écluses , les digues et jalles qui servaieiU à déverser les eaux dans les rivirres. Pour prévenir le retour des abus et obvier aux uiconvénients qui résulteraient de la négligence ou de Tég^ïsme des propriétaires, il ordonna qu'on récurât à certaines époques les aquethics, fossés, jalles ou couches, qui, par leur en,^ori,'einent , pourraient empêcher l'écoulement des eaux de l'intérieur. Si ces propriétaires refusaient de se conformer à son arrêté, ils devaient, à compter du HO venlùse suivant, être responsables envers les propriétaires de l'intérieur de tous les d^âts que
(KHirraîent causer le manque d^éooulement et le défisut des Livra v.
l'eparatioiis présentes.
Toutes ces mesures étaient dignes d'éloges et couronnées 1701 d'un succès complet. On se conforma à Tarrété , et une im*
raeude éLeadue de terre fui arraehée a uue désiulaute stérilité, causée par la stagnation des eaux.
Voyant qn*Ysabeau désirait sincèrement le bien du pays et la reiuiralioa dos fautes passées, on crut qu'il voudrait aussi tranquilliser les familles persécutées et leur rendre leurs biens injustement confisqués. On avait condamné à des peines infamantes une multitude de personnes respectables et innocentes : réhabiliter leur mémoire était un acte de justice et de politique aussi. On adressa à Ysabeau plusieurs demandes à ce su jet ; Ysabeau les acrneillif avec banlr , et lit droit à plusieurs de ces familles , iMitre autres à celle de Marcellus. Nonuner cette Camille, qui brilla longtemps par ses vertus au - Parlement de Bordeaux, c'est rappeler aux Bordelais tout eo que la bieuiaisance , la probitc , la noblesse et le dévoùmcnl aux principes monarchiques et surtout religieux, ont de plus sublime, de plus touchant et de plus sincèrement fidèle. Il fallait, en eiïet, que les vertus des Marcellus lussent bien établies dans Topinion publique, puisque Ysabeau luinoiôme en a entrepris FélcMi^e. Nos lecteurs ne se plaindront pas de trouver daoâ nos pages cette pièce tout entière; elle ne {>eut être suspecte dans ki bouche d'un pan^;yriste comme Ysabeau.
Voici Tarrété de réhabilitation des Marcellus, pris en séance a ik)rdeaux, le 14 fructidor an II (31 août 17^4), qui casses annule le jugement de la Commission militaire, en date du 3 thermidor, sur plusieurs membres de cette famille, désignés Ci-Hpri*s :
« La famille de Martin-Mareellus, frappée par un jugement » de la Commission militaire, en date du S thermidor, est un
» des exemples les plus effrayants de l'excès d'infortune qui » peut accabler l'innocence.
Livre V. » Il résulte des pièces produites dans rinstniction ei mises ' » sous nos yeux, que la famille de Martin-Marcellus partageait 1791 » depuis longues années son domicile entre la couiiuuiic
» PoQtr-Libre , district de Iol Kcole, et celle de MarceUus, » district de Marmande; qu'elle était dans cette dernière com- » mune, lors([ue les cinq individus qui la couiposiiienl lareni » mis en état d arrestation œmine ex-nobles, par suite de la » mesure générale ordonnée par la loi du 47 septembre 4793 » (vieux style) ;
» Que notre collègue , Monesuer, de la Lozère » prononça » leur mise en liberté' le 18 ventôse (8 mars 4794), d'après » les preuves nombreuses du civisme constant et souteno de » cette famille, et le vœu du Comité de Surveillance de Mar- » mande et de l'administration du district;
» Que cette famille , obéissant la première à un arrêté du » môme représentant du peuple , en date du 30 floréal an H » ( 49 mai 4794), qui ordonnait la réclusion de tous les ex- » nobles, même de ceux précédenunent mis par lui en liberté, » so rendit dans la maison de détention (à Marmande), et » prtxiuisit de là les nouveaux tableaux, civiques exigés par )» l'arrftté; que le Comité ne crut pas devoir statuer, avant » d'en avoir référé au représentant du peuple, Monesticr, dont » les pouvoirs turent retirés au moment où il allait prononcer:
» Que cette circonstance , prolongeant la détention de la » famille de Martîn-Marcellus, les communes de Pont-Libi^ » et de Mai'celius réclamèrent sa liberté coiiinie un bienfait )» public; que les municipalités, les comités de surveillance » et les sociétés populaires de ces deux communes, ainsi » des communes de Meilhan, do Marmande, etc., etc., etc.. )» enfin, que neuf autorités constituées exprimèrent le même » vœu et proclamèrent les actes de bienfaisance et de verlii » dont se composait l'existence entière de cette famille. On M la voit, dès longtemps avant la révolution, verser la plus » grande partie de son revenu dans le sein de Vindigenœ; on
» vdi son chef tombant, au mois de mars 4789 (vienx slyU»), tivro v. A àiius les t oups ci un ennemi du peuple, victime de son amour **' » pour des droits qae nous n'avions pas encore reconquis. Les » uns citent les jeunes volontaires de levrs communes, rece- M vant de celle famille des secours pécuniaires et des encuu- » ragements, afin do marcher sur les frontières, et montrent » le patrimoine de ces généreux républicains , cultivé à ses jù irais et par ses soins; les autres disent : Nos pauvres ont » tous été secourus par elle : les aliments , les remèdes , les » vêtements , tout a été fourni avec abondance ; et dans la )) répartition qu'elle en faisait» les parents des défenseurs de » la patrie étaient traités avec le plus de générosité. Pont- » Libre et Marcellus crient qu'elle a donné de ses propres w fonds la tolalilé de la somme que la Cunvenlion avait dé- » crétée devoir être distribuée aux parents des défenseurs de » la patrie dans les communes respectives. Les administra- » tiens ont charité leurs reiiisInN de ses dons i n t lieinises, en M draps de lit, en vieux iin^e, (mi foin, en barriques et en i> argent; elle a toujours entendu la première la voix de la M fiatrie, (jui sollicilail le paiement des contributions; et au » lien de les restreindre dans les limites de la loi, elle les a » étendues plus d*une fois au delà do ses bornes. Ceux-ci vous » appellent dans leur temjile de la Raison réparé , end)elli à » ses frais; ceux-là vous parlent de comestibles de toutes » sortes que les concitoyens ont constamment et gratuitement »• trouvés chez elle, et de la prévoyance qu'elle a eue, snrtont » dans les années diselleuses , de faire planter une i^rande V quantité de It^mes et de végétaux, pour les distribuer. Un 9 grand nombre la bénît comme une espèce de providence, rt qui les consolait dans leurs cliai^rins, qui les sonia^eail dans » leur misère , qui leur offrait toujours bienfaits et amitié ; » enfin, ils proclamaient que Tamour et l'estime publique .sont » le résultat et la récompense d'une aussi rare conduite. » La Commission militaire n'écouta point ce discours si im-
î* Pan. c. »
Livre V. » portant de la voix de la justice et de la reconoatssance, (.hap.8. ^ g'élançant de commanes, de districts et de départements f-Q4 » différents ; iiuiis elle accueillit des accusations vagues qu elle » avait provoquées par ses agents et sa correspondance dans » une société populaire et ardente, et que cette ardeur égara. » Le crime de l'intention éclata dans le choix de la commune » où loti demande ces prétendus reoseignemcnts. La famille » de Martin n y a jamais eu, non seulement de domicile, mais | » pas même de propriétés; et ces dénonciations, qui n'étaient » que des doutes, ont été failes iégèrcment et u'avaienl pour » garant que celui qui les faisait; mais quand elles auraient I » été prouvées jusqu'à l'évidence, elles n'auraient nen mo- » tivé.
» Âussi, le rédacteur du jugement sur la famille de Martin i » n'a-t-il pas même cherché à justifier les horribles dispo-
» sitions qui la iuudroyent. Il a enveloppé de Martin mère » (avec huit autres accusés), pour la frapper de mort dans le » même considérant qui les atteint. Il su[)pose et il dit que » Pélagie de Martin, fille de la précédente, n'a divorcé depuis » près d'un an <f avec son mari émigré , que parce qu'à celle » époque elle ii espérait plus le voir recenir triomphant, Marie » de Mai Lui iiU, ile;é de dix-huit ans, et Aglaé de Martin, âgée » de quatorze ans, ont , sans doute , dit-il encore , parlagé » r aristocratie de leur famille, et il prononce la détentim » jusqu'à la paix.
» Nous, représentant du peuple, délégué dans lesdépar- » tements du Beo-d'Ambès et de Lot-«t-Garonne , en séance » a Bordeaux ,
» Gousulérant que la puissance dont nous souimcs revêtus » n'a de bornes que celles du bien à faire et du mal à ré » parer;
» Considérant que le premier de nos devoirs est d'arracher T» l'innocence à l'oppression, et de réparer une injustice m- | » sitôt qu'elle nous est connue ;
» Consi(lriii!it (ju'il n'est d'immuable que la vérité, d'inat- Livre v. i taquable que la justice ; ^
x Gonvainca qae la Commission établie à Bordeaux a porté 1794 » un jiiiroincnt inique sur la famille de Marlin-Marcellus;
» Egaleinonl convuiDCU que si le législateur ne peut rapn peler à la vie le citoyen ^rgé avec le glaive de la loi , il » doit, on déclarant le crime ou Terreur du jugement, effacer » l'opprobre qui couvre sa mémoire, et le replacer dans le » domaine de l'estime publique;
» Sentant profondément cette vérité de morale politique, B que tout ce qui est bon appartient essentiellement à la » république, arrêtons :
» Que le jugement de la Commission militaire établie à » Uordeaux, sur la fainillc de Martin-Marcellus, en date du » 3 thermidor, est et demeure cassé et annulé dans tous ses » eflets;
» Qu'en conséquence, Marie do Martin-Marcellus, âgoo de » dix-huit ans; Pélagie de Marlin-Marcellus, âgée de viogtr- » quatre ans, femme divorcée de Descorailles, émigré; Aglaé » do Martin-Marcellus, ai;ée de quatorze ans, frères et sœurs ; » et Sopiue de Piis, âgée de quinze ans, femme de Marie de » Martin-Marcellus, seront rendus sur-le-champ à la liberté » et à la plénitude des droits qui appartiennent aux citoyens » de la république , en, par eux, se conformant à la loi du » il germinal an II;
» Qu'ils rentreront dans tous les biens qui auraient pu leur » être enlevés par suite du jugement du 3 tliernudor, et que » la notification du présent arrêté, aux corps administratifs » ou antres autorités constituées, suffira pour lever tous les '> obstacles, à la charge par eux de payer les frais de s(»ques- » tration et accessoires.
» Signé : C.-Alex. Ysabbau.
» Valette , » secrétaire de la CJmnmission nationale. 9
Livre V. Bordeaux devenait tous les jours de plus en plus tnm- Chap.8. q^ji[(3 . l'ordre renaissait péniblement, mais on entrevoyait, 1704 dans un prochain avenir, des jours plus beaux, une perspective plus agréable. Ysabeau était i'honune du moment : selon les uns, il allait trop vite, et selon les autres, trop lentement; on ne faisait pas la part des circonstances où il se trouvait, ni des obstacles qu'il eut à surmonter. Gamier avait exalté Tcsprit public : il avait encouragé les réunions populaires, le? discussions des clubs, les lètes repubiicaïues et anniversaires solennels des diverses époques du développement de la liberté en France. La fête de la prise des Tuileries avait éleclrisé ta foule; au ujonient où il fut rappelé à Paris, il en prépaïaii une autre, qu'on devait célébrer le 40 fructidor (%1 août), en réjouissance de Tunion de la république française avec les États-Unis de rAmurique. Toutes ces fôtcs réchauffaient le> esprits et fournissaient un nouvel aliment aux principes républicains. Ysabeau présidait à cette dernière féte ; nous en NOTE 24. renvoyons la de.«5cnption à la note 24.