‹ Histoire complète de BordeauxChapitre 148 sur 172 · Livre VIII · texte numérisé non relu

Livre VIII

Llup. 4.

sans places et les foncUoonaires publics, ambitioonaieni r honneur de porter chacun à leur tour : c'était une cérémonie

imposante; Btudeaiix u avait rien vu de semblable. Nous en parlerons dans notre Histoire ecclésiastique de Bordeauœ* En 4834, on enleva cetle croix. Mais, comnie tout est actloo et réaction dans cette vie, une lroiij)(' de comédieas» avec un rcperLoire infAme, vint remplacer» du temps de la tontepuissance de M. Decazes, les pieux missionnaires de la Foi et délniîre leurs œuvres !

Dans ce temps, des mécontents, ayant à leur tète Raudon, ancien douanier, couvaient dans les ténèbres les idées libérales; c'était la démocratie renaissante. La conspiration avait de noiiilireuses ramifications à la capitale coiiiiiio en pi o\ ince ; elle fut découverte. Randon et cinq de ses coaccusés furent condamnés par la Cour d'assises de la Gironde, le %% mai 1 8 17« à la mort , et les autres à diverses peines. iHis. Reconnue maîtresse du terrain du Château-Trompette, l'administration le fit niveler peu à peu, et, au mois de janvier 1818 , elle fit planter les allées latérales qui bordent les deux côtés de la place des Quinconcés, sur une longueur de deux cent quatre-vingts mètres et sur une largeur de quatrevingts; ces allées sont éclairées, la nuit, par seize candélabres de bronze. La terrasse paraissait nue; il fallait quelque construction qui pùt en diversitier l'aspect et rompre agréablement une trop monotone uniformité. On y fit ériger, en 1829, deux colonnes rosti aies , d'une forme gracieuse , de vingt mètres d élévation et surmontées de statues représentant le commerce et la navigation , œuvres de M. Maocean , sur an plan fourni par M. Poitevin, architecte, et de quatre réverbères qui servent de phares pour éclairer le port. Ces colonnes portent, sculptées sur leurs flancs, des proues de navires antiques, avec quelques autres sortes d'ornementations.

Aux extrémités des allées latérales de cette magnifique place, on fit construire, en 1826, deux beaux établissement^

Janvier.

de baios qui réunissent toutes les counuodilés dé^ii ablos et i '^'*^' ^'lii* servent de décoration a celte portion du quai. Ces bains devalent remplacer deux autres établissements semblables, qui « d après une délibération des juraU», du 20 août 17G3, Avaient été construits sons les noms de Baint du Chapeau-Jiqi4ge et Bains Orientauao. Un peu plus au nord, et comme pour relier désormais à la ville ce grand (junrlicr des Chartrons, qui en était, pour ainsi dire, séparé connue une ville distincte, on construisit, en V Entrepôt du Commerce, vaste et singulier édifice, dont la forme extérieure, sans a;r<Ace, sans ornenienlis architecturaux, n'a rien qui frappe le regard de Tobseryateur; celle lourde masse de pierres ne s'harmonise nullement avec les belles constructions qui Tencadrent de tous côtés. Elle ne suffît pas aux besoins du eoninieree.

C'est au commencement de cette année qu'on résolut de bâter la construclion du Pont, dont on négligeait les travaux cl qui ne s'élevait qu'avec une désolante lenteur. Depuis plus d'un siècle, on désirait unir, par un pont, les deux rives de la Garonne ; mais la nature alluviale du sol , la rapidité du courant, la profondeur et la largeur de la rivière, mille cir- ( unstanccs, mille considérations semblaient s'opposer à la réalisation du vœu des Bordelais.

Vers Tan 1 775, Tintendant de la province s'occupait beaucoup de la construction d'un pont pour relier les deux rives de la Garonne. On lui proposa plusieurs projets, entre autres celui d'établir des bateaux reliés les uns aux autres et fixés paf des piles en charpente. L'intendant Dupré de Sainl-Maur avait adopté cette idée, émise et défendue par un sieur Chevalier, avocat au Parlement ; mais les directeurs du commerce de Guienne s'y opposèrent énergiquement , comme devant nuire au commerce , à l'agriculture et à la grande navigation.

Le corps de ville désirait établir un pont sur bateaux liés entre eux par. des chaînes et tenus aux extrémités par des ancres.

Livre VIII. L'admiaistratioD des ponts-et-cbanssées insistait, en 1776,

1 * «iiir la construction d'un pont en pierre, et prétendait, d'après

les idées de M. Valfranibert» ingéuieur, que si le Gouvernement voulait acheter les terrains avoisinants sur le pied de leur valeur actuelle, il trouverait, en les revendant, dans l'augmentation que prendrait la valeur de ces terraios, par suite de la construction d'un pont, de quoi se dédommager bien amplement de la dépense, qui pourrait aller à vingt millions, tout compris, acquisition du icn ain et construction du pout. M. de Toumy y avait bien réfléchi ; mais mai ap- ^ puyé , presque jamais encouragé et souvent contrarié par tes jurats et le Parlement, il reculadevant ce travail gigantesque que les circoustauces d'alors paraissaient rendre iuipossilile.

Un jour, on proposa au maréchal de Richelieu d'attacher son nom à la construction d*un pont sur la Garonne : « Tous » aurez, lui disait-on, la gloire d'en poser la première pierre. » — « Taimerais mieux, répondit-il, en voir poser la dernière. • Cependant quelque difficile que f&t l'entreprise, elle ne parut point inexécutable. En 1772, M. de Trudaine, intendant général des finances, avait conçu le f)rojel d'établir des pouls en pierre sur la Garonne et la Dordogne, et faciliter ainsi les communications entre Bordeaux et Libonme. M. de Yoglie, ingénieur, fut chargé d'en faire les études; mais son rapport grossissait les difficultés de manière à les faire paraître insurmontables. On renonça au projet de M. de Trudaine.

Les arts ont iiiarché, et la science hydraulique avait lait de si grands progrès que la consli nctioo d'un pont sur la Garonne ne paraissait plus offrir une difficulté sérieuse. Plusieurs projets furent mis en avant : on proposa , de nouveau , de faire un pout de bateaux ou en charpente; mais on fil valoir, avec raison, le danger d'un incendie et des débâcles, et iesenn barras de la navigation fluviatile et maritime. En 4782, M. Dupré de Saint-Maur songea encore à établir un pont devant Bordeaux; mais se voyant mal secondé , il abandonna

son projet d6ni les Bordelais D*appréciaicnt pas les avantages, i^i^re viii.

Napoléon l*^ à son passage à Bordeaux, en 1808, comprit la nécessité d'y avoir ud pont; son génie , qui savait triompher des obstacles et qui trouvait que le mot impanible n'était pas ^ français, ordonna, par son décret du "25 aviil 1808, la ronstructiûo d'Un pont sur la Garonne, à Bordeaux. M. Tannai, ingénieur ordinaire, fut chargé de faire le sondage du lit de la Garonne et de reconnaître le lieu le plus sûr et le pins convenable pour asseoir les piles du pont. Après avoir somlé le terrain devant la place Royale et vis-à-vis la cale de la Manufacture, on reconnut que le lien le plus convenable était celui où le Pont est acluollcinenl établi. C'était en ligne direcle avec la porte Bourgogne, dont la Municipalité essaya de changer le nom en l'appelant VÂre Napoléon, Du haut du Pont, Tœil devait embrasser la magniûque et uniforme façade que termine la Bourse, ces longs quais si animés, si pleins de vie, cette forêt de mâts qui flotte sur la Garonne, et, du côté opposé, les coteaux verdoyants de Lonnont, Cenon et Bouillac , rideau ondulé et immense de verdure, de vignes, de bois et diversifié agréablement par des villas coquettement assises sur les flancs ou la croupe de ces monts« vis-à-vis le magnifique por/ de la Lune, qui se déploie en arc à leurs pieds. Cette perspective magnifique, ces scènes agrestes, sont partagées en deux par l'avenue de Paris , qui , partant du Pont en ligne direcle, sur une lon2;ueur de près de quatre kilomètres, à travers les plaines iertiies de Queyries, vous conduit, par une pente douce, sur le plateau qui domine la yille et la délicieuse vallée de la Garonne, et d'oti se présentent à vos regards le plus magnifique panorama que i un puisse trouver en France, Bordeaux, ses quais si pleins d'animation, son fleuve, ses vaisseaux, son admirable Pont, que l'art a jeté sur la Garonne, ses m onuments , ses églises gothiques avec leurs majesLueux clochers, leurs légères et élégantes flèches, cl le tableau enchanteur de ses délicieux alentours.

Livre viu. D'après les ordres de NapoléoQ , dont la volonté inflexilite cbap^ 4. ^^.^ ^1^^ 1^ 1^. f Tance , le Pont fol commencé en 1810;

il devait ôtre en bois, porle par deux culéos en maçonnerie et par cioquaale-deux. palées en charpente ; il devait avoir cinq cent trente mètres de longueur, et une seule travée mobile devait ouvrir le passage aux embarcations mâiées ; c'eût été assez pour les besoins de la guerre, mais ce n était pas assez pour le génie des arts. Le devis portait une dépense de deux millions de francs.

Ce projet avait, aux yeux des ingénieurs, le grave inconvénient de n'être que quelque chose de provisoire. M. de Vanvilliers succéda, en 4811, à M. Didret, et ne demanda pas mieux que de faii e quelque chose de définitif. M. Deschamps, inspecteur divisionnaire, adopta ses idées à cet égard, et. dans le but de modifier le projet originaire, présenta à M. Molé, directeur général des ponls-et-chaussécs , un nouveau plan, d'après lequel le tablier devait se reposer sur vingt massifs en pierre, comprenant dix-neuf voûtes ou cintres en charpente. M. Molé adopta ce nouveau plan , et Tannée suivante, M. Gary, préfet, [)osa, avec le cérémonial accoutumé, en piocnii iles autorités et des ingénieurs , la première pierre de la seconde pile, le 6r décembre 1812 (1). Mais l'impôt frappé sur la ville par le décret du 30 jaavier 18 12 lut détourné de sa destination, et les travaux ne furent continués que ieuteineol; lU furent presque suspendus.

A la rentrée du roi, en 1814, on ne voyait que les deux culées et six piles (trois de chaque côté de la rivière) élevées au niveau des eaux basses. Louis XVUI ordonna l'achèvement de l'entreprise; elle marcha lentement encore à cause de Tâat obéré des finances; mais il fut arrêté , en 1 815, que les arche? seraient construites en fer. Comme les travaux laogoissaieni faute de fonds, M. Balguerie, voulant réaliser le vœu des

(1) La première pile avait été fondée l'année précédente.

Bordelais, se rendit à Paris auprès de M. Laiué, enfant de Livre viiu Bordeaux , alors ministre de rintérieur« 11 loi exposa les dîffi- ^hap^ 4. colt^ de Tenlreprise, sollicita la création d'une compagnie d'actionnaires qui s'engagerait à achever le Pont, au moyen d*un capital de deux millions et demi, réalisable par une émission de deux mille cinq cents actions, de mille francs chacune. M. lîa^uerie, pour rassurer le ministre sur le résultat de i'entreprise, signa, en son nom personnel, l'engagement de fournir cette somme : il comptait sur le concours de ses concitoyens, les négociants de Bordeaux J . Le Gouvernornent , par une loi du 12 avril 1818, accepta l'oUrc faite par MM. Balguerie, Sarget et C*.

Le minisire s'empressa de donner suite à cette affaire : les statuts et la soumission furent approuvés le 17 novembre 1817, et, grâce aux actionnaires , le pont de Bordeaux , qualiBé de projet extravagant , allait bientôt après devenir une réalité.

Comme les voûtes en charpente cxii^iM aitnit des réparations continuelles, on décida, le 17 mars 1819, que le pout serait construit tout entier en pierres de taille , entrelacées de briques fabriquées avec la vase de la Garonne. Celte proposition fut adoptée par M. Becquey ; mais il fut décidé qu'avant de commencer les arches, on soumettrait chaque pile à Tépreuve d'un chargement de près de quatre millions de kilogrammes.

L'épreuve réussit au-delà de toutes les espérances, et les travaux furent continués avec ardeur et constance, et, grâce

au dévoûment des aclionnaiies, au f^énie de M. Becquey, à l'intelligente inspection de M. Deschamps, à l'activité de M. le

(1) Le Goiivern(Miicnt lit a la ennipn?nie d(»s actionnaires la concession du pî-ape du pont pemlanl (juali f-vinglnlix-ncuf ans, a JaU j du premier janvier 1822. Le produit CD devait tenir lieu du remboursement du capital. Le peaj^e rapp(»rla en 1Bλ4.

Piétons F. 217,008 35 c.

Voitures, chevaux, aie. 466,346 00

i' Part. B. 33

LiTre VIIL préfet, de Tournon, on parvint à jeter sur la Garonne ce macimM* gniOquc joug que ses eaux impélueuses s étaieol toujours re- ***** fusées à perler.

La dernière pierre des autres arches fat posée par le préfet lejour de Saint-Louis (25 avril 1821). Le 29 du umh^ do septembre, anniversaire de ia naissance du duc de fiordeaox , le public fat admis à passer à pied sur le pont provisoire qai avait servi à la construction du pont en pierre , et le 30 décembre , la Compagnie fut mise en possession du péage ; mais ia maçonnerie étant encore fraîche, on refusa , pendant quatre mois, de laisser passer de lourdes charges, et enfin, le 1'''' mai 1822, il lut livré au public. Sou tablier était alors cutierement achevé et consolidé.

On voit avec qoelle admirable activité, avec qaelle louable habileté on poussa et acheva cette conception grandiose qui a été appelée avec raison le monument du siècle. Pour ea perpétuer le souvenir, on fit frapper ane médaille en ar^l, de forme octoij;une, ;iyaiil sur une face le buste du roi , avec Texergue; Ludovico Decimo OclavoMege; au revers se voyait la puissance créatrice du Goavemement , symbolisée par un Hercule et le génie du Commerce , se prêtant on mntnel appui, avec cette devise : Aller ah altero. Cette médaille fut exécutée par Andrieux , célèbre graveur, originaire de Bordeaux.

On assure que la dépense tolaie de ce magnifique poiu r elevait a plus de six millions et demi de francs.

Le pont est composé de dix-sept arches en maçonnerie de pierres de la il le et de briques, reposuil sur seize piles et ûeu\ culées eu pierre. Les sept autres du milieu ont les mêmes dimensions : elles ont chacune vingt-six mètres quarante-neuf centimètres de diamètre; les antres sont de dimensions graduellement décroissantes. L'ouverture de la première et de ia dernière arche n'est que de vingt mètres quatre-vingts centimètres. Les piles ont quatre mètres vingt centimètres d*épai$-

seur et sont cooroauées d'un cordon et d'un chaperon. Elics ^ivin mil se raocordenl avec la douelle des voûtes « au moyen d*un ^^^^jj' voussoir qui donne plus de grâce et de légèreté à l'ensemble du monument, et uoe plus grande facilité à 1 écoulement des eaux et aa passage des corps flottants. Dans l'élévation géométrale , ces vonssoîrs en pierre sont extra-dossés sur le dessin d'un archivolte. La pierre cl la brique sont disposées, sous la voûte, de manière à simuler des caissons d'architecture. Sur le tympan, entre les arches, on sculpta le chiffre royal, entouré d'une couioiino de chêne; on l'ôta en 1830, comme si, en dégradant les monuments, on pouvait imposer silence à l'histoire! Au-dessus de ces ornements, règne nne corniche à médaillons d'un style noble , gracieux et sévère.

A chaque extrémité du pont se voient deux pavillons à portiques et colonnes d'ordre dorique. Le parapet a un mètre cinq centimètres de hauteur, du côté de la chaussée; ta largeur de chaque troUoir est de deux mètres oinijuaiilo centimètres ; celle de la chaussée est de neuf mètres quatre-vingtsix centimètres, et la largeur totale du pont est de quatorze mètres (inatrc-vingt-six centimètres.

Une pente très-légère , partant de la cinquième arche de chaque côté, facilite le raccordement de la chaussée avec les places sur les denx rives et favorise l'écoulement des eaux. La chaussée ne repose pas immédiatement sur les voûtes des arches; cette masse, en apparence si lourde, est allégée par une multitude de galeries intérieures, semblables à des clot- Ires proioni^és, qui coniinaiiiqtient entre elles d'nn bout du pont à l'autre. Par le moyen de ces galeries intérieures, qui forment l'intervalle entre les deux voûtes, on pent explorer réial des arches , réparer leé dégradations commises, prévenir des accidents , démolir et reconstruue des parties des voûtes superposées, et cela sans interrompre la circulation des voitures. Il existe même, sous les trottoirs, unelongne galerie continue, par laipielle on songeait, dans le temps, à faire arriver et

Page 1