‹ Histoire complète de BordeauxChapitre 147 sur 172 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Entrée Claudel ii Bt»i dt-aux. — Prot<>slalion de Lainé. — Élut de la ville. — Honneurs milituin ^ rendus au corps de Troplontr. — Clausel fait réparer le châteaii-Trompelle. — Raideur de Clausel vis-i-vis des Bordelais. — Sa ri^ut nr. — Le rui ivntré en France. — (■.iindiiitf adoucie de Cllausel. — Les fri-rcs F im lier de La Kéole. — Cunduitc de Claudel. — Son de)>;irt précipité et eiaude&tin de Bordeaux.

Le lendemain, 2 avril, on alla prévenir le général Clausel Livre viii. que Madame élait pai lie et que les autorités étaient prêtes à -~ recevoir ses ordres, li leur envoya les dépêches miDislérielles avec des officiers d'ordonnance pour le maintien de la Iran- • quillité. Bientôt après, une députation arriva pour lui donner l'assurance qu'il était reconnu en ville comme gouverneur de la 1 1* division militaire et pour s'entendre avec lui sur les mesures à prendre pour rentrée de ses troupes. Clause! répondit qu'il entrerait sans crainte, sans escorte ; il le fit et fut reçu sur le port par la garnison, ayant à sa téte le général Decaen, et au ijiilicu de toute la population et de douze nulle homiues de la garde nationale tous armés. Cependant, une sourde agitation r^aii dans la ville; la duchesse venait de partir ; un sentiment de pitié la suivait, Tamour la regrettait et Tespé* laticc soupirait après son retour.

Dans ces tristes conjonctures, il ne faut pas oublier Tun de nos plus célèbres compatriotes, Lainé. Président de la Cham* bre des députés, il dédaigna de fuir; deux fois proscrit, il ne fut pas intimidé. « Ce citoyen, dit Lamartine (tom. 111), qui » résumait en lui la violence faîte à la représentation na- » lionalc, sentit que sa lèlt' cle\uit répondre à la tyrannie de

Livre VIII. » la dignité de la patrie vaiDCoe. » Cest lui qui publia, dans i.bap^3. 1^ temps, cette protestation et la fit afficher partout en France :

« Au noiii (le la nation française et comme Président de la » Chambre de ses représentants « je déclare protester contre » tous décrets par lesquels l'oppresseur de la France prétend » prononcer la dissolution des Chambres. En conséquence, je » déclare que tous les propriétaires sont dispensés de payer » des cootributioDS aux agents de Napoléon Bonaparte et qae » toutes les familles doivent se garder de fournir, par voie de » conscription ou de recrutement quelconque, des hoiunie^ » pour sa force armée. Puisqu'on attente d'une manière si » outrageante aux droits et à la liberté des Français, il est de >) leur devoir de maintenir individuellement leurs droits. De- » puis longtemps dégages de tout serment envers Napoléon » Bonaparte et li^ par leurs vœux et leurs serments à la pa- » trie et au roi, ils se couvriraient d'opprobre aux yeux de^ » nations et de la postérité, s'ils n usaient pas des moyens qui » sont au pouvoir des individus. Chaque histoire, en conser- » vant une reconnaissance éternelle pour les hommes qui« » dans tous les [ja} ^ libres, ont refusé tout secours à la lyrao- » nie, couvre de son mépris les citoyens qui oublient assez » leur dignité d'hommes pour se soumettre à de méprisables h agents.. C'est dans la persuasion que les Français sont assez » convaincus de leurs droits pour m'inspirer un devoir sacré, » que je fais publier la présente protestation, qui, au nom des » honorables collègues que je préside et de la France qoHls » représentent, sera déposée dans des archives, à l'abri îles » atteintes du tyran, pour y avoir recours au besoin-

» Comme le duc d'Otrante, se disant ministre de la police^ » m'outrage assez pour me faire savoir que je peux rester en » sûreté à Bordeaux et vaquer aux travaux de ma profession, » je déclare que si son maître et ses agents ne me respectent » pas assez pour me faire mourir dans mon pays, je les roé- » prise trop poui recevoir leurs outrageants avis. Qu ils sa-

» cheni qu après avoir iu , le 20 mars, daos la salle des i ivrr vm. » séances, la proclamation du roi, an moment oii les soldats ^''''^'^ » de Bonaparte entraient dans Paris, je suis venu dans le pays » qui m'a députe, que j'y suis à mon poste, sous les ordres » de Madame la duchesse d'Angouléme, occupé à conserver

l'honneur et la liberté d*une partie de la France, en attenj» dant que le reste soit déliMc ilo la plus honteuse tyrannie » qui ait jamais menacé un grand peuple. Non , je ne serai Il jamais soumis à Napoléon Bonaparte, et celui qui a été ho- » noré de la qualité de chef des représentants de la France, » aspire à rbonoeur d'être en son pays la première victime » de Tennemi du roi, de la patrie et de la liberté (ce qui n'ar- » rivera pas), sll était réduit à Timpuissance de contribuer à » la défendre. »

Cette protestation était blâmée par les uns, appréciée, louée par les autresetadmiréede tous ; on y voyait un cœur froissé dans ses atVectious les plus intimes, union de dii^iiiu qui ( onvenait au président de la Chambre des députés, mais en ni(-me temps un acte intempestif, dangereux, et qui entraînait après loi la plus terrible responsabilité, sans pouvoir produire un effet désirable. Celte protestation, dit M. Villemain, resta, <;om<enint ânoQ sans écho, du moins sans puissance. Lainé ne crai- comemporatm,

11 ICtt,

gnait rien ; il se croyait dans son droit ; il avait conscience

de ses devoirs, et l'atlilude iiuhle (]u d avait prise ne contribua pas peu à affermir les royalistes dans leur attachement à la maison de Bourbon. Il partit pour la Hollande ; mais les cœurs des Bordelais répondaient au noble cœur de Lainé, quoique absent; il avait trouvé partout de lidèles échos et partout on avait juré un dévoûment inaltérable à la princesse ; on ne pouvait pas voir avec plaisir le général Clause! a sa place et chargé par Bonaparte de diriger la marche de ladmiaistration nouvelle. Le morne aspect de la ville contrastait avec Texaltation des troupes qui bénissaient et glorifiaient l étoile de Bonaparte et se promettaient le retour des

Part. ■. 31

Livre VIII. ëpouucs mémorables de Marengo et d'Austeriitz. Uoe coliisioa - ' élait à craindre; il fallait le tact, toute la prudence de Clan- ^' sel pour maioleoir dans nne juste harmonie ces éléments si divers, si hétérogènes, dont le plus léger choc ou contact pouvait produire une violeule explosion.

Témoin journalier de la désaffection des Bordelais, €laiisel craignait un soulèvement général ; rexaspéralion était à son comble et si forte, que les troupes de ligue ne paraissaieul pas sullisantes pour réprimer les élans du royalisme bordelais, on même pour contenir le peuple dans les limites nécessaires de la paix, de la souniissiuQ et du devoir. En eutrauleii ville, son premier soin Tut de faire inhumer, avec les honneurs militaires, le malheureux capitaine Troplong, assassiné b veille; c'étail, aux yeux de la raison, un acte de justice; Troplong était dans le cas de ceux qui meurent en activité de service. Aux yeux de la politique, c'était une avance faite à l'opinion royaliste, un acte qui semblait |)roclamer OsasA comme homme im|)artial, juste appréciateur de^ iiommesde cœur et de conscience, qui se dévouent à leur cause et qui accomplissent leurs devoirs.

Voyant que l'exaspération des Bordelais ne se calmail ji^N Clausel visita, en compagnie de M. Fauchet» arrivé le 4 avril, en qualité de préfet, les murs du Château-Trompette, et en fit réparer les brèches par des ouvrages en maçonnerie. Crsiguaut de laisser ses troupes dans les casernes de la ville, exposées à une attaque nocturne de la part de la populalioo antipathique de Bordeaux, il aurait voulu les loger dansceUc forteresse, où elles seraient à l al)ri d'un coup de main. On ne pouvait pas voir ces troupes ni les oÛiciers en ville; ils étaient l'objet de Tanimadversion publique, des sujets de raillerie et de sarcasme; on composa des chansons, des épinramines et des vaudevilles pour les vexer et les tourner eu ridicule; Clausel lui-même paraissait souvent sur les tréteaux populaiies et rien ne pouvait réconcilier les Bordelais, riches et pauvre^t

avec le régime bonapartiste. Le commerce, qui avait ropris uvi, viu. qaelque activité» était de Dooveaa paralysé ; rindustrie n'a- ^'' 'i^'^vait plos besoin d'ouvriers, les pauvres ne trouvaient plus d*ouvragc , et la misère se propageait tous les jours , de plus en plus* avec la rapidité d'une épidémie contagieuse La raideur inflexible de Clausel ne contribua pas peu à maintenir et à étendre cette eflervcs( once populaire; homme sévère, il ne transigeait pas avec le devoir ; il croyait intimider, il ne fit qu'eiaspérer et élargir la plaie. « Je ne pouvais et je n'a- BxpotéjiU' » vais eu, en effet, d'autres inlcnlions, dit-il, en faisant armer 3» les remparl.H en ruine de ce simulacre de citadelle, que de u ueutntant i contenir, en Tintimidant, cette partie du peuple tour à (^^sri, p!'Id^ » tour instrument et victime des factions. »

Clausel le disait , mais personne ne le croyait ; on était généralement persuadé que ces réparations étaient entreprises dans des vued hostiles aux Bordelais et comme un moyen de se venger de leur fidélité aux Bourbons. Les agents de (Clausel étaient plus impopulaires que lui-même ; leur imprudence, leur sévérité déplacée, leurs paroles acerbes et outrageantes sentaient trop la tyrannie pour ne pas froisser la naturelle bUdceptibilité des Bordelais. Ils voyaient des crimes oii il n'y avait que de légères fautes, des insultes dans les plaisanteries, des complots dans les réunions et des ennemis dans tous les coins de Bordeaux. Leurs rapports étaient gros d appréhensions et de récits mensongers; les désordres dont ils se plaignaient n'existaient que dans leur imagination, et le régime qu'ils inipatronisaient à Bordeaux devenait trop odieux pour ne pas soulever d'indignation tous les cœurs et tous les bras. Les commissaires de police, se trouvant en rapport immédiat avec le peuple, étaient devenus les objets de mille taquineries utlensantes; à chaque pas, ils entendaient les cris de : Vive le roil retentissant derrière les murs, dans l&s mansardes et dans les lieux impénétrables; les perroquets même étaient devenus royalistes et répétaient ce cri séditieux aux oreilles des pas-

sanls. Les leuimes de la halle, les poissardes» les marchandes ambulantes étaient devenues fanatiques de royalisme, et les rues toujours paisibles de Bordeaux ne retentissaient* en présence de ces agents siilballcrnes de l'autorité impériale, que de paroles bosliies au régime nouveau (1).

Clausel se vanle de sa modération envers les royalistes, « qui, pour ne pas leur élre nuisible, devait être cachée soœ » la forme d une apparente sévérité, » et prétend que soniodulgence envers eux était blâmée par les ministres. Ce langage convenait à la nouvelle position de Clausel ; le roi était alors arrivé à Paris et ce i^eiieial vuuiaiL rentrçr en t;iàce auprf«5 du souverain légitime et des royalistes. Les éloges qu'il se décerne à lui-même ii*ont pas , que nous sachions , été ratifiés par les Bordelais, quoiqu'il en dise ; le ministre lui onlonoa des mesures de rigueur contre les royalistes séditieux; celait le droit du pouvoir ; la tédiiim est toujours punissable. Mais nous a-t-on donné les noms des royalistes séditimœ f On savait bien que les Bordelais étaient royalistes ; mais ou a oublié de nous dire quand, comment ou par qiii la sédition avait été provoquée à Bordeaux. M. Clausel alla plus loin que le ministre lui-même, il s'était borné à |)rescrii'e des mesures contre les séditieux, c'est-à-dire c-onti e les Bordelais qui se révolteraient ou se soulèveraient contre le Pouvoir; le général se

(1) Vn jour le coiiiinissaire du qii.-irlicr, en pnssnnt au nirirrhe, eu tendit des ffDiines qui parlaioiit du roi et désimient sou retour, se pro»u'tt;ini mutuelicœeiiE qu'elles criei'îiient de tout<»s les forces de knirs pnumons : Mre le roi' cciamissaire s'approche et leur dit di- s.- taire, sinon qu'il les ft-rail empoigner. Toct étonnées , elles le regardent et lui disent : 0"*î'^*'"fs-nous dit , Monsieur? — Voa^ avez dit : Vive le roi/ Elles se rclounient en riant vers la foule, et s'écrient: line veut pas <|ue nous disions : Vive le roi ! I ne poissarde arrive et demande qiir e'est ; les autres répètent le mot : Vue ferai! et le cri sedilitux se renduvt-lkd'un (■(►indu marc ht" a l'autre. Kli bien! Monsieur, continuent-elles, mm, nous nediron* plus : Vive le roi! il ne faut plus dire : Vive le roi! Des centaines de in.irehamles répètent ce cri, toujours ailinu mt qu'elles ne le diraient plus, Inul en le rtpelant jusqu'à assourdir le maladroit commissaire, qui s'échappa, enfin, tout honteux, heureux de se dérober à la moquerie de ces comniéi-es.

mit à son aise et , se dounaot plus de liberté d'action contre ^^"^^ ^'^'i* les paisibles Bordelais, ordonna des mesures de répi'ession contre les délits ayant leurs causes dans les apinians palitiques. !l ne s'agit plus ici d une aédUion ou d'un soulèvenaent des citoyens ; il y est question seulement de délits grands ou petits dont les opinions politiques pouvaient être la cause génératrice, et c'était lui seul qui devait déterminer la nature des délits en proclamant la couleur de l'opinion ! Il dit que ces mesures étaient adoucies dans t exécution; il vaudrait mieux pouvoir dire qu'elles Tétaient dans leur principe , et aucun bordelais, que nous sachions , ne s est a|)er(,u de la douceur des mesures tant vantées du général Clausel , ni dans leur principe , ni dans leur exécution. Sur la fin de juin, il se munira plus bienveillant et plus adouci envers les Bordelais; on savait bien pourquoi. L'orage grondait dans le lointain, et la puissance de Napoléon touchait à son déclin ; il y avait un autre maître en perspective.

Sur ces entrefaites, il reçut de Paris des aigles qui devaient être données aux troupes, au Champ-de-Mai ; le jour était fixé pour leur en faire la remise. Mais, ayant appris conlidtnlielleiuent le désastre de Waterloo, arrivé le 15 juin (11, il retarda la cérémonie, et prit, ii l'avoue lui-même, les plus

(1) Au nom de Waterloo, arrôtons-nous, r;ir, mm mo Ip dit [{iron, nous mnrrhons dansilp Han?r des braves, sur l;i pons«:|^^Pl^lIll empire ! Nous sdiiiines surle loiiibrnii où gisent pt'k'-môle, les généreux onfjnls de la France et les débris du monde réuni, pmir !i s humilier dans ceUf> pl;nno liomiride.on l'.iifrle plann avec orgueil el, de ses sern s s;iiig!antes, déchira, dans sa chute, h- sol humecté du sang de la France et de celui de l'Europe uois contre le oioderne Alexandre :

Stop... for thy troad is on an empire's diist !

The grave of France, the dcadiy Waterloo !... In pride of place, there last the eaglc hew, There torn with Uoody tatou tlie reot plain, rierccd the «hafi of tnnded nations throngh....

(Childe Harold's, Vilgrunnge, canlo III, 17, cle.)

I j vr<> V III. grauds soins pour empécherque le bruitdes évéoomeots arrivés c.bap. 3. France, depuis le 1 8 juin, île pénétrât dans les casernes. On commença à comprendre la temporisation du eéiiéral; on licpag€ «3. manda à grands cris les aigles, et, pour ne pas être accosé de duplicité ou de trahison , il fut obligé de les remettre aai troupes. On apprit bientùl djirèsla nouvelle offînellede la rentrée du roi à Paris; ceu était fait de 1 Empire; mais les impérialistes, en générai, se soumirent et furent maiotenos eo place. Clausel resta à son poste, dit-il, pour maintenir la tranquillité à lk>ideaux et pour ne pas livrer à toutes sortes d'hommes, par nn départ précipité, la ville dont l'Empereur lavait chai^. Voilà, selon lui, les motifs honorables de sa condatte; d'aatrès prétendent qu'il agissait ainsi dans l'espérance d'obtenir, en temps et lieu, sa grâce et le pardon de sa défection. En comprimant, par la terreur, Télan royaliste de Bordeaux; en y maintenant le foyer du bonapartisme; en faisant mine de résister et de faire partager ses senimieuts par l'armée des Pyrénées, il s'imaginait que le roi lui ferait faire quelque proposition dont il pourrait tirer parti. Celte manière d'expliquer ses sentiments paraîtra naturelle, quand on aura vu sa conduite postérieure.

Le \% juillet, les journaux de Paris apportèrent la nouvelle

de l'iu rivée du roi dans la cnpilale: Bordeaux répondit à cet évënemeul par des cris de : Vive le roi! Des rassemblements se formèrent sur les places publiques; mats une seule cbo$e semblait offusquer les rei^ardsde la population, c'était ledrai:xamencr'h pcau tricolore ilottant encore sur le Grand-Théâtre. Sur un

u ZJcbAu^n ^^^^ donné à M. Boisson, adjudant de place, par le géoénil Pagot, on descendit le drapeau tricolore, qui fut à Tinslaot remplacé par le drapeau royaliste; on croyait apaiser, par cette sage mesure, l'impatience bien naturelle d'un peuple dévoué au roi. Clausel, informé de ce qui s'était passé, se

Mémarwl^bor- ]g j.j Comédie, qui était encombrée (le

â5 Juillet, ijiuude et fit mettre aux arrêts le courageux Buisson, qui faillit

cire traduit devant un conseil de guerre ; un bataillon du 66", sorti de la caserne de Saiot^Rapha^l, arriva bientôt après sur le lÎGQ avec ordre de disperser la foole; elle était compacte, cuiii'use, et peu docile aux injonctions des soldats; elle se retirait devant la force, sur on point, et se reformait sur un autre ; mais il n'y eut point d'agression de sa part. Les soldats, fiirit'ux de voir le drapeau hlaiu sur le théâtre, se précipitèrent sur les groupes inoQensifs, et, les dispersant à coups de de crosse et de baïonnette, firent feu, sans les sommations légales, sur ces curieux, dont le seul tort Cf)nsislail a ac pas se cacher en présence de cette ^Idatesqne furieuse, dirigée par Clausel, qui savait que Bonaparte avait été vaincu, et que le roi était rentré en France ! Un homme inoflfenâf tomba sous le plomb meurtrier de ces pauvres militaires! le tort ne leur en appartient pas; il ne peut flétrir que la mémoire de Clausel 1 Plusieurs individus furent blessés à coups de baïonnette et tons menaces de la mort. Voyant que les choses allaient avoir une mauvaise tournure et qu'il lui serait impossible de prendre une attitude en rapport avec ses prétentions de se faire pardonner ou acheter, Clausel convoqua les notables et fit preuve devant eux de la plus grande bienveillance, des meilleures intentions possibles; mais te lendemain il vit arriver chez lui des commissaires du roi, M. Alexandre de Saluées, M. le colonel, comte de Lastours, et le baron de Montaiembert, pour faire reconnaître l'autorité royale dans la ville. Clausel convint avec eux de toutes les mesures à prendre ; mais, sous le prétexte de ne pas |)n)voquer une trop liraiide secousse par une transition brusque d'un régime à un antns et, peut-ôtre, dans Tespérance de quelque vicissitude de la fortune, il ne fit enlever le drapeau tricolore que dans la nuit du 20, et la nuit suivante on mit à sa place tes couleurs du roi. Dans son entretien avec les commissaires, il parla beaucoup de sa prudence pendant son administration et demanda un délai de quelques jours pour descendre le drapeau tricolore ; on le

Livre viH, lui accorda, coiiuae nous venons de le dire; il voulait être le ' dernier en France à arborer le drapeau bianc ; ceiie répugnance n'était que voilée ; il croyait pouvoir la faire passer aux yeux du nouveau Gouvernement comme un acte de prudem en laveur des iiordeiais et se montrer lui-même digne, par sa sollicitude pour tous les intérêts, de la reconnaissance du roi. Il se trompait dans ses calculs; la famille royale ne Tavait cfae trop bien traité. Il avait été nommé chevalier de Saiul-Louid le juin 4814, grand-officier delà Légion-d'Uonneur le 23 août de la même année , comte le 31 décembre , et grandcroix de la Légion-d'Houncur le H février 1815. A tant de boulé, Clausel ne répondit que par sa détection, la violation de son serment de fidélité à son roi et par son oubli des devoirs de la reconnaissance. Le roi, par ordonnance du 24 juillet 4815, ordonna son arrestation et sa traduction devant un conseil de guerre. Avant de connaître cette décision, ClaQsel s*efibrça de mettre dans ses intérêts les conmiissaires du roi , surtout M. Alexandre de Saluées; il les engagea fortement à écrire à M^' le duc d'Angouléme, sous l'impression de la peinture qu*il leur avait faite de ses efforts pour maintenir la tianquillilé ; c'était une planche à la laveur de laquelle il croyait échapper à un complet naulrage. Ces Messieurs répondirent par lettre, le 19 juillet et le ^2, qu'ils attendaient le retour des députés qu'on avait envoyés à Paris et qu'ils n'avaient pas encore un rapport exact à faire sur la situation de la ville ; mais ces lettres ne renfermaient rien d*acerbe, rien de blessant ; c'était la froide réserve et les convenances respectueuses de la diplomatie.

Le 21 juillet, M. le commissaire du roi, Alexandre de Saluées, publia une proclamation où, annonçant aux Bordelais que la France toute entière était soumise au roi, il les invitait à arborer partout le drapeau blanc et ordonna que tous les fonctionnaires civils et administratif reprissent les postes qu ils occupaient avant les Cent^Jours.

Le 23, tous les gardes nationaux furent rappelés et allèrent relever lous les postes, excepté celui du château, où Clausel

commaodait, mais où il fut remplacé par l'honnête Boisson, qui avait descendu le drapeau tricolore du théâtre et que Clausel

avait menace de lau c traduire devant un conseil de guerre.

Dans ce temps, les frères Faucher, de La Réoie, représentaient le principe de la liberté ; mais la liberté, enchaînée au char de triomphe de Bonaparte, perdit les deux frères, qui traubierèrent leur dévoùmeol au nouveau Cyrus et se mirent à son service. Ces deux hommes avaient poussé le fanatisme de la liberté bien loin ; La Réole, comme tout le pays, craignait l'exallalion de leurs idées et se courbait sous leur férule dictatoriale. Bazas même redoutait leur fanatisme ; et leur visite, annoncée dans cette ville pendant les mauvais jours de 1815, a\ ait ?uffî pour faire naître une panique générale ; avec eux, on craignait de voir arriver la guillotine; on les regardait comme des terroristes déguisés, les amis de Robespierre ! on se trompait sur leur compte; ils étaient plus humains qu'on ne croyait, dignes dune meilleure réputation et surtout d'un moins malheureux sort. Nés à la même heure, de la même mère, dans la ville de La Réole, le 20 mars 1759, leur ressemblance était si parfaite, sous tous les rapports des traits, de la taille et du son de la voix, que leur mère même ne pouvait distinguer Tun de l'autre, dans leur jeunesse, qu'à la couleur de leurs vêlements. 11 leui iuiiviiu quelquefois, Am. Thicm, pour mettre à l'épreuve la sagacité maternelle , de changer ces indices révélateurs de leurs individualités respectives et ils s'amusaient des méprises et des étranges quiproquo de leurs parents, qui donnaient lieu à des scènes divertissantes. L'âge viril modiûa un peu cette ressemblance; mais elle resta toi»* jours singulièrement frappante.

Ces deux IVèi es jumeaux, Constantin et César, furent élevés ensemble ; ils tirent les mêmes études avec un égal suo-* cès, et, entrés ensemble au service, dans le même corps,

Livre VIII. passèieiil par les mômes grades, fuient nommés adjudanlsciupjs* géoéraax, pois généraux de brigade sur le même champ de bataille à l'année du Nord. Leur existence, lenr genre de vie, leurs plaisirs et leurs peines furent toujours les mêmes: ni le (langer, ai i'iuterèt, ni les passions, m les opinions politiques si divergentes de l'époque ne les séparèrent on moment dans le cours de leur vie ] on ne pouvait pas dire que l'un avait plus d'esprit, de courage, de talent que l'autre; c'étaient deux individualités tellement identifiées que chacune faisait deux et toutes les deux n'étaient qu'une ; c'était bien à eux que l'on pouvait appliquer les paroles dont Michel Montaigne se servit pour peindre l'amitié qui existait entre lui et ÉtieDoe de la Boëtie : « Leurs âmes, confondues par un mélange eo- » tier et universel, s'effaçaient l'une dans l'antre; on n'y » voyait qu'une âme et I on ne trouvait point le nœud qui les » avait liées....; leurs existeuces, leurs volontés n'avaient » rien d'individuel et restaient perdues dans lenrs fusions. » César et Constantin furent blessés à Fontenny : mais Consfanlin, moins atteint par la blessure, couvrit son frère de son corps, lui sauva la vie, pansa sa plaie, le conduisit et le soigna à Niort et ne retourna à l'armée que lorsque son frère fut en état d'y paraître à son colé. Eulbousiasleâ de la liberté, républicains de mœurs, de sentiments et de caractère, ces devx frères avaient embrassé le parti des Gîfondins; c'était, à leur avis, la portion la plus raisonnable de la Convention, la seule qui pût comprendre les vrais intérêts de la liberté et la nécessité de l'ordre. Accusés de fédéralisme, ils furent arrêtés etcondaFiinésà la peine de mort, par le Tribunal de Kocheforl. . ils entendirent la sentence avec un stoïcisme philosophique, et marchèrent au supplice avec une impassibilité et un calme vraiment héroïques; mais, parvenus au pied de l'échafaud, oa ordre arriva de surseoir à l exécution ; quelques mmutes de plus, c'eût été trop tard. Le procès fut révisé dans un temps plus calme, quand la passion ne s'arrogeait pas le droit de sas-

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seoir au Tribunal ou d'inspirer la sentence des juges, et un Livre viii.

nouvel anét rendit à la liberic les deux illustres jumeaux, qui, en i 789, avaient professé le plus grand respect pour Louis XVI (1). Ils rentrèrent au service; niais, voyant avec désesjKnr (lue le premier Consul allait loiuier l'Empire sur les ruines de la République , ils donoèrent leur démission et vécurent pendant quinze ans, à Bordeaux , des produits d'une petite maison de commerce qu'ils y établirent en société.

En 1815, G^r fut nommé représentant a la Chambre des députés; il refusa cet honneur, par le seul motif que son frère ne le partageait pas avec lui. Constantin, élu maire de La Héole , lui fil comprendre qu'il s'agissait, en acceptant, d'accomplir le devoir d'un bon citoyen , et le détermina à le remplir ; mais les armées alliées mirent bientôt fin à la puissance de lîonaparte, et César reviiiL auprès de Constantin, qui reçut de Clause! le commandement de La Héole. Les deux frères servaient avec joie une cause qu'ils avaient abandonnée autrefois, et La Réole était devenue un centre oîi convergeaient tous les mouvements de la vallée de la Garonne, depuis Bordeaux jusqu'à Marmande.

Leur arrivée à La Réole causa de grands désordres ; les

(1) On vîenl de publier a Agen di'i;\ h iiiv^ dos fHTcs Fniiphcr; elles sout adressées auxcooslituants. Voici eo quels tenues leurs auleur-s s'expriment sur Louis XVI :

<i Le roi veut tout li; bien que \ou.s désirez; et si cette nouvelle Constitulion fait » voire iiouheur, ee sera celle que son cœur voulait. Dites ii n<»s coruituyens que ja- >• mais meilleur roi ne fut plus digne de leur amour; dites-leur qn a la nouvelle dè5> I» désordres inouïs qui deeliirait'iU son cœur, il ne vit que les malheurs de ises su- » jets, et que, fermant les yeux sur un péril qu'il ne put jauiais craindre, il vint sans» » pompe, sans gardes, se jeter dans leurs bras, avec cet abandon touchant qui rend » sacré, pour eux, cet objet de leur amour; rcpétex-leur qu*il cherche sans cesse » avec cette tendre itqaiétBde de h MeDfafsnee le bien h hh«, les lorti h réparer; » qu'il a toiUours les yeoz onverts sur leurs hesoios et que jamais roi ne Justifia » inleui que lui ce cri des Français dans le malheur : ÀhîHlerHtê Me«if

> GoKSTAinrnrFAacnKa, G^SAuFAOcua.

> Versailles, le 29 juillet 1788. >

Livre viu. bons citoyeos forent menacés et poui'saivis par des farîeax,

* au service de ces deux hommes, et la ville était devenue, en

iOJM

Mémorial bùT' temps, le théâtre des plus honteuses orgies el des

tf^toii. n»43T, scènes les plus scandaleuses. On prodiguait des outrages aux supplément, images du roi ; on se livrait en ville, comme à la campagne, a des actes de coucuhm n , à des vexations de toute espèce ; des soldats armés, escortés par des hommesde la lie du peuple, se répandaient dans les environs pour exercer, avec impunité, des violences ( unli c les royalisles. Toute la France était au roi; La Réoie seule refusa de reconitaître son autorité; c'était un état flagrant de rébellion dont les Faucher seub étaient la cause.

Ils adressci ciU une proclamation aux La Kcoiaià, ordonnant une fédération générale ou association démocratique, et ils invitèrent à y prendre part tous les acquéreurs des biens iiah tionaux, tous ceux qui craignaient le retour des rentes seigneuriales, des dîmes et des autres droits féodaux ; c'était une pièce incendiaire, une provocation séditieuse à la révolte, un appel à toutes les passions; cette malheuieusc proclamaliou lie contribua pas peu à leur condamnation.

Informé de l'état des esprits dans la ville et dans les eovirons de La Réole, M. le ministre Gouvion de Sainl-Cyr écrivit le 16 juillet, à Claudel, la lettre suivante :

« J'ai l'honneur de vous prévenir que , d'après les disposi- » tiens prises et arrêtées par le roi, MM. les frères Faucher, » ex-généraux de brigatle provisoires, doivent cesser toute >» fonction militaire et rentrer dans la position oii ils étaient )> à répoque du SlO mai dernier.

» Je fais connaître à MM. Faucher qu'ils doivent rentrer » dans leurs foyers. »

Les frères Faucher ne tinrent pas compte de cette iiyoDCtîon de l'autorité compétente, et nous n'avons rien trouvé qui pùt nous convaincre que Clausel les avait engagés à rentrer ' dans le devoir; ils ne faisaient que suivre la ligne de conduite

de lear chef, Clausel, gouvemeor de la i division militaire; Livre viii. ils lui écrivirent même une lettre en date du 27 juillet, oii ils '*L *

nous donnent à comprendre que, jusques môme dans leur ... aveugle résistance, ils regardaient Clausel comme leur chef, deiw, o« 437. leur protecteur et leur ami. a Général , lui disent*ils, vous » commandez encore, et, jusfiii'au dernier moment, nous vous » rendrons compte de la situation des contrées que vous avez » confiées à notre commandement, etc., etc. » Us avouent que Xeœercice l('»gal de leurs fmctiom avait eeué depuis ta journée du 21 juillet, et cependant, le ils parlent encore à leur chef, à Clausel, de leur commandement qu'ils exerçaient bien illégalement! Ils se plaignirent de M. Deynaud, comme chef du dciatliement des volontaires lovaux; cétail à tort, car c elait M. Johnslon qui le commandait. Ils signalèrent aussi à Clausel M. de Menou, MM. Durand-Laubessa , Durand- Lavison, cousin de M. de Pirly, sous-préfet, qui, appuyé par M. Du Uamel , de Castels , était Tâme des tracasseries qu ils éprouvaient, disaient-ils.

Cet état de choses continuait encore le 23, au préjudice de la paix et contradictoirement aux ordres formels du gouvernement. Enfin, le sous-préfet de La Réole informa le commissaire du roi, M. Alexandre de Salaces, de la situation affreuse de la \ille et de l "arrt)luli^^sement de La Kéole, par suite des menées et des instigations des frères Faucher; il était temps d'y porter remède; M. de Salnces envoya une copie de la missive du sous-prefet au général Clausel, avec la lettre suivante, datée de Bordeaux le 23, à huit heures du malin :

« Général, j ai l'honneur de voos transmettre copie de la » lettre que je 1 ( (;ois du sous-préfet de La Réole.

» Si vous le jugez à propos, j'y enverrai un fort délache- » ment de volontaires royaux à cheval, qui y prêteront main- » forte, pour le rétablissement de l'ordre.

» Je vais m'occuper aujourd'hui, de concert avec le maré- 1» chal-de-camp, comte Maxime de Puységur, inspecteur des

Livre VIII. » gardes nalionales dans ce départemeDt, de la réorgaaisatioD

Cliiip. 3, 11- 1 .11 .

» des diles gardes nationales dans les campagnes, etc. » mit*

Clausel approuva tout; mais il consciUa l'eDVoi préalable de deux individus convenables dont le langage serait appuyé, an besoin, par des volontaires. M. de Saluées lui écrivit le sob mémo la lettre suivante :

« Général, M. Desfourniel, que j'ai désigné pour aller à La » Réole précéder le détachement de cavalerie que nous y » envoyons pour assurer le calme, aura i honneur de vous » demander de lui nommer i'oilicier que vous jugerez couve- » nable de lui adjoindre, mesure que je crois indispensable, 9 si vous n*en jugez pas autrement. »

Toutes ces mesures lurent exécutées; elles étaient sages et auraient dû produire un salutaire effet sur l'esprit des frères Faucher. Cétait tout le contraire. Leur influence dans le pays, le dévoûment réel ou Gctif des gardes nationales leur lireul croire à la possibilité de la résistance ; ils résolurent de défen* dre, pied à pied, le poste qui leur avait été confié, et finirent par se barricader daiis leur maison comme dans une citadelle. C elait une folie qu'ils expièrent plus tard par la luorL Traduits devant une commission militaire , plusieurs avocats de Bordeaux refusèrent de se charger de leur défense; l'un (Veux ne voulut pas même prendre couHiiuQication des pièces de ce procès; ils se défendirent eux-mêmes avec une admirable éloquence; chacun se fit l'avocat de l'autre. Ils furent condamnés à mort le 24 septembre, comme coupables d'avoir retenu un commandement militaire qui leur avait été retiré ; d'avoir commis un attentat dont le but était d'exciter la guerre civile et d'armer les citoyens les uns contre les autres. S étant pourvus en cassation devant le Conseil de révision, le barreau de Bordeaux se réunit et désigna quatre de ses membres pour prendre la défense de ces malheureux; c'étaient MM. Émérigon, Denuce, Gergerès et Albespy. Le Conseil de révision, présidé par M. de Po^ségur, maréchaUde-camp,

continua, le 26, le jugement de ravanl-veille et les condamna ' 'vr * viii. coigoiotemeot et soUdairement au& frais du procès. Ils écou- i^^' lèrenl l'arrêt de mort avec «ne îrapassibilité étonnante ; pas une larme ne vint mouiller leurs paupières, et le même courage, le même sang-froid, la même indépendance signalèrent lears derniers moments. Gesdeax frères jumeaaiL eurent une vie, une gloire et une destinée coamiuncs; la même mère, la même heure, la même ville les virent naître; la même cause produisit leur mort , la même sentence , le même Tribunal , les mêmes juges décidèrent de leur sort. Condaïunès à mort, la seule éiuuliou qu'ils raanifeslèreut fut de se serrer plus étroitement dans leurs bras entrelacés; ils marchèrent au supplice eu se donnant le bras, avec la même fermeté qu'ils avaient montrée à Roclieforl ; ils refusèreot de se laisser bander les yeux, et regardant pourainai dire la mort en face, ils furent frappes du plomb mortel, qui les atteignit au même endroit; la iiinrl ne sépara puinl ce (jiie la nature avait fait identique. Am. Thierry, Jamais peut-être le monde n'avait vu ni ne verra le phénomène d'une âme partagée , en quelque sorte , entre deux corps parfaitement semblables ; deux êtres humains, à qui il fut donné d'avoir la même ongiue, les mêmes traits, les mêmes goùla, les mêmes succès, les mêmes malheurs, en un mol, la même existence pîiysique et morale.

Que faisait Clausel peiuiaul tout ce temps? Il se prêtait aux mesures générales ordonnées par le commissaire du roi ; son lieutenant général même, le baron d*Ârmagnac, n'était pas initié dans ses secrets. M. le maréchal-de-camp Pagot écrivit, le i6 juillet, à M. le Lieutenant géoéral : « que M"'*" » la duchesse d'Ângoulême, pouvant arriver d'un moment à » l'autre à Bordeaux, il est indispensable de prendre des me- » sures pour garantir la sûreté de la pi iucesse pendant sa B marche dans le département, et pour lui faire rendre les X» honneurs dus à son rang.

» Je vous préviens, mon général, que, n'ayant pas eu con-

Livre viii. » naîssaoce des mouvements faits par les troupes, dans ïé^ ciuip^s. ^ tendue de mon commandement, j'ignore leur emplacemenl

» et leur situation, et que je ne peux rien tant', liaiis celte » importante circonstance, si vous navez la bonté de me )> fixer. »

Le baron d'Armagnac n'en savait rien, pas plus que M. PagoL ; il écrivit à Clause! , général en chef, et, après lui avoir fait connaître les désirs du maréchal et ses questions, il lui dit:

« Comme je n'en i»uis pas plus instruit que lui, je vous prie, » mon général , de me faire connaître vos intentions sur les » dispositions que vous croirez devoir prendre pour recevoir » la princesse, et de me faire fournir la situation et l'eiopla- » cernent des troupes. »

Comment expliquer cet incroyable désordre? Clausel absorbait les pouvoirs de ses subalternes ; son lieutenant général, son maréchal-de-camp ignoraient le mouvement des troupes et rien n'était fait pour recevoir la duchesse, qui» d'après an avis transmis par le préfet au maréchal-de-camp Pagot, devait arriver d'un instant a i autre dans nos murs.

N'était-ce pas au généra) en chef que le préfet aurait dû adresser cet avis? et s*il le fit, pourquoi s'écarter des formes hiérarchiques, pour en adresser une copie à M. l'agol, qui aurait dù la recevoir de Clausel,par renlreniise du baron d'Armagnac? Cest que la conduite équivoque de Clausel Inspirait aux autorités civiles, non seulement des doutes, mais des craintes réelles; on avait plus de confiance dans le maréchal-de^mp que dans le général en chef, et son inaction devant la ridicule échauflbarée des frères Faucher ne faisait que conliî Uior ces U»giliraes appréhensions. On \oil bien que le roi n'avait que trop de raisoo d'être mécontent de la conduite équivoque de Clause! dans ces moments si critiques , et que celui-ci, par ses mesures évasives et plus que douteuses, ne méritait que trop d'être traduit devant un Conseil de guerre.

Celle vérité j)aiaiLia plus évidente encore, si l'on veut bien Livra viii. peser la portée de la lettre que le commandant do 1 escadre '

de S. M. Britanoique, dans la Gironde, écrivit à Clausel, le 16 ;

on y remarque ces paroles : « D'après les circonstances où » nous nous trouvons, j ai résolu d'envoyer à Bordeaux le ca- » pitaiae Palmer, qui commande en second sons mes ordres, » afin qu'il fasse sentir à Votre Excellence, qu'en acceptant » la Gonsiilulion qui a rétabli le roi et en arborant le drapeau » blanc, il en résulterait les conséquences les plus heureuses » pour voire pays. En vous faisant cette proposition, je n'i- » gnorc ni le^s forces qui sont encore à votre disposition, ni les j» talents ntiilitaires qui vous distinguent; mais, après tout, gé- » néral, la puissance dépend des circonstances, et elles sont » assez graves pour que je me permette de vous les représen- » ter de )a manière la plus forte.

» J'ai à mon bord M. le comte de Lastours et M. le baron » de Montalembert, tous deux possédant la confiance du rot » et ayant les pouvoirs nécessaires de traiter avec vous ; réu- » nissons-nous donc pour une œuvre aussi désirable et faisons « de notre mieux pour consolider cette paix qui vient enfin » soulager le monde, etc., elc. »

Clause! répondit à M. Palmer, capitaine de la frégate Pactalus, mais d'une manière un peu évasive, ce qui donna lien à une autre lettre de PaUncr, en date du 18, où la vérité perce plus que jamais ; la voici :

a Général, j'ai eu l'honneur de recevoir votre lettre ce mâi> tin, et comme je suis fortement influencé par le désir de » préserver la tranquillité publique et surtout par celui de » vous voir à même de vous déclarer pour Louis XVlil, je » prends la liberté de vous représenter de nouveau combien » ce service iinjHjrlant de votre part soiait apprécié par Sa » Majesté Très-Chrétienne, et combien, au contraire, il perdrait » de son mérite, s*il n*a lieu qu'à une époque plus reculée.

» Je ne chercherais pas ainsi à vous convaincre sur un su-

i< Part. u. 33

Livre. VIII. » jet qui vous louche si essenliellemeiU, si je ne voyais pas Chapes. ^ ^^^^ j^^g léiai preseut des alïaires, vous pouvez adopter 1815. , QQiiQ conduite de la nianière la plus honorable, car tout le » pays semble se déclarer pour le roi ; et, par la lettre ci-joiotc, » vous apprendrez que le général ^iei lraud, commandant le » département de la Charente-inférieure, a suivi l'impulsion n générale el a arboré le drapeau blanc. Sous peu de jours, » une force considérable peut arriver ici, ce qui auf^uicnte- » rait considérablemeat toutes les difficultés el occasionnerait » une inutile effusion de sang. Cherchons donc à prévenir des » malheurs qui' nous serions les premiers à déplorer ; d ail- »> leurs, en négociant avec une force trop faible pour entrer n en compétition avec celle que vous commandez, votre cou- » duite n'en sera que plus marquante et plus généreuse, pnis- » qu'elle ne sera alors que le résultat de votre amour pour 1» votre pays et de votre désir pour le bonheur de vos conci- » loyens, etc., etc. »

On n'était pas sùr de la fidélité de Clauscl ; on le ménageait pour ne pas se créer des emijarras , el c'est dans ces senti' mentsque le comte de Goetlosquet, maréchal-de-camp, nommé commandant do département de la Charente-Inférieure et envoyé extraordinaire du roi dans les départements de l'Ouest, écrivit de La Rochelle, le 20 juillet, à Clausel, une lettre où nous remarquons avec quel soin on évitait de froisser la susceptibilité de ce général.

« Monseigneur le comte de Gouvion Saint-Cyr, inti-

» moment convaincu que c*est le manque de nouvelles cer- » laines qui suspend en ce njonicnt toute déclaration formelle, 1» m'a autorisé à vous envoyer un oûicier qui, jouissant de sa » conûance, puisse vous rendre compte, mon général, de ce

» que vous désirez connaître , etc. »

On ne manquait pus de nouvelles certaines ; mais le gouvernement royal se gardait bien de blesser des hommes qui, par leur soumission à leur souverain légitime, pouvaieoi

rentrer en grâce et se faire pardonner leur dc^fection. Le 25 Livre viii, juillet, Clausol publia uo ordre de jour, dans lequel a il lé- » moigna sa satisfaction aux autorités civiles et militaires des » 1 1" et 20* divisions militaires, qui, dans les momenis diffî- » elles, ont monlié lenergic qui pouvait seule mainteoir la » discipline, le bon ordre , la tranquillité publique , et faire » reconnaître Tautorité du roi avec la dignité convenable. » il excita les autorités à faire arrêter les militaires qui abandoDnatent leurs drapeaux et qui, par cette infraction aux lois, pouvaient affaiblir l'action de la force publique nécessaire au niaïutien de Tordre. C'était le dernier acte ollicicl de Clausel dans nos murs; il quitta Bordeaux le %H clandestinement, pour échapper à Tirritation des Bordelais dont il avait compriiné l'élan royaliste par un despotisme oriental. Après son départ, le lieutenant général d'Armagnac et le maréchal-decamp Pagot prirent possession du Château-Trompette, et, quelques jours plus tard, le commandement en fut confié au courageux Boisson.

— soo

ClIAPiïllK IV.

H. de TournoD, préfet. — De Donveaitx député» nommés. — Le 2i janTier, jeir d*ua deuil général. — Kobics paroles de M* Deséte ii cette oecasion. — Une dmvelle Uunicipslité k Bordeaux. — La démolition du CMleau-Trompcttc. — L» Quinconces. — Les Inins. — L*lilstoriqoe du pool de Bordeaux.

Livrt VIII. Napoléon partait pour l'exil sans avoir I espoir de jamais isû). lavoir les rives de la France. En effet, six ans pios tard il rendit son dernier soopir à Sainte-Hélène, sur un aride rocher, à dix-neuf cenUs lieues de la France, au milieu de la mer! Avant de paraître devant le Roi des rois, l'Arbitre éternel d€S grands et des petits, cet antre Alexandre qui avait fait sorgir du sein de la plus turbulente démocratie un trAne < i>tjinie un déii aux vieilles mouarcbiesde l'Europe, cet homme dont la tôte avait été ceinte de la triple auréole du guerrier, du législateur et de l'homme d'État; celle étonnante figure» qui avait favorise 1 essor national et imprimé à toutes ses créations un caractère de grandeur et* de magnificence inconnu depuis Louis XIV, cet homme exhala, avec son dernier soupir, ces lugubres et solennelles paroles, qui resseud)laienl à une malédiction contre ses geôliers, les Anglais : « Tétais venu, disaitn il , m'asseoir au foyer britannique ; je demandais une loyale » hospitnlitt" : contre tout ce qu'il y a de sacré sur la terre. » on me répondit par les fers. J'eusse reçu un autre accueil d'Alexandre, de l'empereur François, du roi de Prusse lui- » même; mais il appartenait à l'Angleterre de surprendre, » d entraîner les rois, et de donner au monde le spectacle » inouï de quatre grandes puissances s'achamant sur un seul » homme. Cest le ministère anglais qui a choisi ce rocher.

» oïl SLî consume en moins de trois ans la vie des Européens, LiweVilI»

n pour y achever la mieDoe par un assassinat. Le gouver- ^^P^^*

)» nemeni britannique m*a assassiné longaement, en détail ,

» avec préméditation , et finfâme Hudson-Lowe a été Texé-

» cuteur des hautes-œuvres. Ce gouv ernement finira, un jour,

» comme la superbe république de Venise ! Quant à moi ,

» mourant sur cet affreux rocher, je lègue ropprobre de ma

» mort à la Maison régnante d'Angleterre !! )> Quelques

années plus tard , la reine Victoria vint répandre, en présence de Napoléon ID, des larmes hypocrites sur la tombe du plus grand homme des temps anciens et modernes !

Napoléon enchaîné , que pouvaient iaue ses amis? Ils se retirèrent tristes 1 Glausel venait de quitter Bordeaux , et les Bourbons étaient arrivés pour cicatriser les plaies de la patrie. Il s'agissait de tout réorganiser, de reconstituer sur d autres bases l'édifice politique. La députation des Centp-Jours (i) n'ayant plus de mandat régulier, il fallait la remplacer par une autre plus en rapport avec les vœux de la population et les besoins du pouvoir légitime. M. de Tournon, qui avait servi Bonaparte en qualité de préfet du département du Tibre, venait d*étre installé préfet de la Gironde le 28 juillet ; le roi iegiiuuc ne répudiait pas les services des illustrations bonapartistes; il en rencontra plusieurs qui crurent pouvoir changer de couleurs sans changer de sentiments, et (|ui avaient appris à s'accommoder de tous les événements, de toutes les circonstances politiques auxquelles les bizarres péripéties de la France pourraient les mêler. Ijb nouveau préfet fit publier l'ordonnance royale pour la convocation des collèges éleclo-

(i) Les députés (les Cent-Jours étaient MM- A uljort, Canipaignac, conseiller de prcfeclure; Dufourc, général de brigade; Dufour-Labarthe, négociant; Durantcau, Faucher, sous préfet de La Rcule ; Carreau, Jay, bODime de leUres; Moutardier, a?orat, Perria.

Livre viii. raux ; celui de la Gironde s'oavrit le 2S août , sons la pré»cbap^ . dence du dac d*Angouléme (1).

La uouvelle année an iva avec la perspective d'une longue paix et d'un oubli complet des divisions intestines passées : l'oubli et Tunion semblaient former le vœu général , comme ils ('talent le besoin de l'époque. 11 y avait bien des dé^slres à réparer, bien des plaies à cicatriser, bien des forfaits à ex-pier! Le plus grand, c'était, sans contredit, celui du 21 janvier, le meurtre de 1 infortune Louis XVI ! La Chambre des députés se saisit avec empressement d'une motion à cet égard ; elle fut portée à la Chambre des pairs, le 9 janvier, et là, elle rencontra • une voix généreuse qui apprécia , avec une noble mais c^nlristante éloquence, cette proponiiinn 'xpialoîre d'un deuil général. Celte voix, c'était celle de Desèze, cet enfant de Bordeaux , l'immortel défenseur du roi-martyr ! Il avait « au péril de sa vie, disputé aux factieux la léle de sou souverain! Les passions populaires étaient plus fortes que la rai* son , insensées comme un délire : il ne réussit pas ; mais il fut le premier à proclamer le deuil de la France, et les nobles accents de ce généreux Bordelais doivent trouver leur place dans l'histoire de la ville du 42 mars :

« Messieurs, dit Desèze avec un accent de tristesse, ^ons ' » croyez jbien que moi , qui ai le cœur déchiré depuis tant )» d'années par le souvenir de l'inutilité même de mes efforts » daàs la cause sacrée; moi, dont la douleur sera étemelle, » je ne réclame pas la parole uniquement pour appuyer une » mesure d'expiation qui, hélas! n'a aucun besoin de secours » et qui, en elle-même, est si juste, si sage, si nécessaire. » si conforme au vœu national , si ardemment sollicitée depuis » longtemps par les vrais iruuçais, qu'il est bien impossible

<l) Les dépotés nommés te28 aoftt 1816 étaient MM. Dufurt, I)iissumirr-Fon< brune, négociant, Laioé, le comte de MarceUus, lemarqttisde Lur-Saliices, de Pontet, propriétaire.

» quelle renooalre ou qu'elle éprouve la moindre conlradic- ^^'i*

» lioa parmi vous. Mais puisque ce moment est entin arrive, —

D Messieurs, je ne veux pas le laisser passer sans saisir celte ^^^^*

» grande occasion de vous révéler, dans cette majestueuse

» enceinte, un fait dont fnoi seul , peut-être , j'ai connaissance

» et qui , en môme temps qu'il entre préciséuicnt dans cette

9 mesure dont l'objet surtout est de laver la nation française

» de la calomnieuse imputation d'avoir pris une part, au moins

» tacite, au crime alfrcux ([ui lui a coûté tant de sans* et de

^ larmes , est trop honorable pour elle pour rester ignoré plus

» longtemps.

» Je vais vous reporter, Messieurs, à une époque bien dé- » plorable ; mais il faut que vous ayez le courage d'y remontei » an instant avec moi.

» A cette époque si fatale pour la France , et je puis dire » aussi pour le monde, oîi quelques hommes si indignes de ce » nom et qui déshonoraient si honteusement la nature humaine, )» conçurent Fidée du pins atroce des parricides, ils conçu- » rent aussi l'execrablo projet d'y associer le peuple français. » Ils ne portaient pas, dans ce moment-la, le délire jusqu'à oser » prendre sur eux le forfait tout entier ; ils auraient voulu » que la France en partageât Tétemel opprobre avec eux. » Mais , malgré tous les maux qu'ils avaient déjà faits à celte » France, qu'ils avaient rendue leur victime, et à quelque » excès quMls eussent dépravé l'opinion, ils n'étaient pas sûrs )) que le peuple français consentit à se rendre coupable, par » son approbation, de complicité dans leur horrible attentat. » Ils avaient le désir de lui soumettre leur jugement; ils cher- » chaient à éloigner d'eux la terrible responsabilité de ce ju- » gement dans les siècles à venir ; ils auraient voulu qu il fût n ratifié par le corps même de la nation; mais ils n'osaient pas 9> s*ex poser à solliciter cette ratification , sans être certains d'à- » vance de révéncinent. lis cberciicront donc à s'en assurer : » ils envoyèrent dans la plupart des départemenls des com-

LivrvvuL n missaires expressément chargés de sonder, en secret, les » esprits et de découvrir qnel pourrait être le résultai des » recours qu on se permettrait de tenter. Dans d'autres depar- » tements , ils se contentèrent d'écrire ans autorités qa^ils » avaient créées et de leur demander aussi la même înstmc- » lion. Mais heureusement pour la France, Messieurs» toutes » les réponses furent les mêmes de toutes les parties de sa » vaste étendue, et les preuves les plus authentiques en ont » passé sous mes yeux. On leur déclara que s'ils avaient le- » pouvantable audace de juger leur roi et encore plus celle , «( de le condamner, et qu'on réunit partout les assemblées » primaires pour leur soumettre cette condamnation, elle ne » serait jamais ratiiiée. Alors , Messieurs , ne pensant plus à » corrompre la nation sur ce point , ils cherchèrent à se cor- » rompre en (iiielque sorte entre eux ; ils travaillèrent à réunir » daiis leur sein, en faveur de leur opinion, un nombre pré- » dominant de sui£rages, et ils y parvinrent. Ce fut le 15 jan- » vier qu'ils posèrent et agitèrent cette question fameuse : » Le jugement de la Convention nationale contre Louis sera- » t-il soumis à la ralilkalwn du peuple » Pendant que cette question s'agitait. Messieurs, on avait * » Tespérance que la nécessité de la ratification du peuple » pourrait être admise. Les délensem s du roi , du moins , » trompés par leur zèle« avaient eux-mêmes cette opinion; » le roi la partageait avec eux. Ce monarque infortuné me » chargea môme, alors , de faire un mémoire peudaul la nuit M et au moment oii Ton procédait à l'appel nominal sur cette 0 question, pour pouvoir l'adresser sur-le-champ aux assem- ' » hiées primaires, dès quelles seraient réunies. Je 6s ce mé-

» moire, Messieurs! Mais, le lendemain, le résultat de

» l'appel nominal fut connu et toute la France apprît que » deux cent quatre-vinsçt-trois voix seulement votaient en » faveur du droit qu'on était forcé de lui reconnaître, et que » quatre cent vingt-quatre avaient rejeté son inlorvention... .

» Ainsi se consomma contre la nation ce crime particulier Livre vin. n qui devait cx>iiduire au crime plus épouvantable encore d*iiiie ^^^j^^* » condamnation sans appel contre le plus juste , le plus ver- M tueux et le meilleur des rois que le ciel eût peut-élre jamais » montré à la terre. »

Nous ne résisterons pas ao plaisir que nous éprouvons et que tout cœur hoidolais éprouvera avec nous, en lisant les sublimes paroles que le même Desèze prononça , la même année , à la rentrée de la Cour de cassation, le jour même qu'on inaugura, dans la salle d'audience de la section civile, la statue de Louis XVIII. Nous ne citerons ici que la lin de ce discours, si substantiel , si éloquent et si approprié aux circonstances :

« Et nous-mêmes , Messieurs, dit-il ,.dans Texércice de nos » devoirs, quand nous voudrons nous encourager, nous for- » tifîer, agrandir encore nos pensées, porloos nos regards sur 9 cette image sacrée, élevée au-dessus de nos têtes; relra- » çons-nous Ions les bienfaits du prince quelle représente » d'une mautere si vive; rappelons- nous toutes ses vertus; » disons-nous à nous-mêmes : Le monarque est là ! il nous » r^arde, il nous examine, il nous juge, il lit au fond de » nos consciences : c'est donc à nous de faire qu'il ne puisse » jamais voir que les intentions les plus pures, comme il ne » verra jamais dans nos cœurs tout entiers que l'amour le » plus religieux et le plus profond. »

Par suite de lordonnance royale du 13 janvier, on installa, le 24 avril, une nouvelle Municipalité. (1) composée de roya-

(I) La Hanicipalilé était composée ainsi ({u'il suit : M. le vicomte de Gourgues, maire; MM. Anioux, Beaubens, Dutrouilh, Furtado, Lubrouc, Mondenard, ,

C'est i c«lte administration que la société de tuédecine crut devoir adresser de» plaintes renouvelées en I8I7 et les années suivantes, contre Texistenee d'un abattoirdans la rue du Mû, au centre de la ville. Après de longs débats et des ^fti.ies sérieuses, on finit par transférer, en 1832, l'abattoir du moyen-age dans un nouveau bâtiment qu'où fit construire derrière le Grand-Seminaii e, sur le plan et sous la direction de M. Durand, architecte. Ce nouvel aliflUoir occupe un cs|Kice de 15,2il mètres et a coûté plus de H00,000 fr.

I ivro MIL listes dislÎDguës, et le 25 septembre oo fit i'oaverture du Col- * 1^ électoral (<).

iSi». Dam cet intervalle, on s'occupait beaucoup et souvent du

Château-Tiompelte : les uns désiraient le conserver, les autres ne pouvaient pas se résigner à voir, au centre de la ville, une forteresse inutile pour la défense de la place, onéreuse I)our les iiuauces de la cité par les réparations qu elle exigeait, et un danger permanent pour la population si l'ennemi venait à 8*y établir. Comme beaucoup d'autres, M. Lainé, nommé préfet de la Guonde à la rentrée des Bourbons, comprit la nécessité de démolir ce vieux château, dont l'utilité paru problématique à Napoléon I*', à son passage à Bordeaux, en 4808. '

Convaincu que la démolition de ce fort contribuerait puissamment à la décoration de la ville , Napoléon , par un décret du 25 août 1808, ordonna qu'il fût dénioli et que le terrain et les matériaux fussent abandonnes à la ville sous des conditions qu'on regarda comme trop onéreuses : c'était d'acheter, avec le produit des ventes, l'hôtel Saige, pour servir de préfecture, de pourvoir aux grosses l eparalions de Saint-André et au logement de l'archevêque et du séminaire diocésain , et à la construction d'un Dépôt de mendicité. Le produit présumé des ventes était évalué à 4,800,000 fr. ; on ne crut f>as cette sonitiie sulBsanle pour les charges que le décret imposait à la ville.

Les choses en restèrent là jusqu'à la Restauration : M. Lainé se rendit l'écho du peuple bordelais et demanda, dans un rapport adressé à Louis XVIU, la démolition du Châleau- Trçmpette et la cession, à titre gratuit, du terrain et des matériaux à la ville. Le roi , par son unîoimaiice du 5 septembre, accorda à la ville raulorisation de vendre le terrain

(1) Les députés nommés pnr le Collège électoral de Bordeaux, le septenibrr , fdrcnt MM. Dussumîer-Fonbrunf , Lainé, de Marans, de MarecUns et de Pootel.

el les oiatériaux, pour payer les dettes qu'elle avait conlrac- ^^^^^

.1 . . - I 1- Cha|). t.

tees, el pourvoir au paiement dos premiers travaux , a la tor- — matioo des élablissemeots d'utilité publique, tels qu'uoe vaste place et des promenades publiques, etc. , etc. D'autres ordon» nances ont réglé le mode à suivre pour la vente des terrains du ChAteau-Trompette et les émissions des obligalions que la ville fut autorisée à faire pour une somme de 2,4jî9,000 fr. payable sur le produit de cette vente.

Le 20 décembre suivant, on commença à démolir le vieux cbàteau construit par Charles VII , pour contenir dans le devoir les turbulents Bordelais, et agrandi par Vauban, en 1670, au préjudice des propriétaires voisins, dont on (Ifinnlit les maisons, dans un périmètre de cent toises, pour former, d'après les arrêts du Conseil d'Ëtat du 24 novembre 4675 et du 21 mars 167G, tout autour une superbe esplanade, mais sous la condition que les pi opriëtaires seraient indemnisés intégralement par Tadministration municipale. Pour rembourser les particuliers expropriés, la Municipalité fut autorisée, par deux autres arrêts tlu 8 juin et du 25 septembre 1676, à augmenter les divers droits que la ville percevait. La Municipalité paya tout et indemnisa les réclamants; elle devint propriétaire de reraplaccmenL, mais elle n'acheta pas les matériaux du fort.

On comprit facilement qu'il fallait éclairer et moraliser le peuple; nos longues dissensions avaient détruit toutes les

croyances, et la religion seule était enfin reconnue , non seulement comme le ciment, mais la base même de l'ordre social. Le peuple, appelé aux pieds des autels par de pieux missionnaires, avant à leur tête un illustre et vénérable enfant de Bordeaux, M. de Rauzan, marqua son retour à la foi de Saint -Louis et de Louis XVI par les réparations éclatantes des désordres passés. Le 25 avril 1819, à la suite d'une procession superbe, on planta, derrière le chevet d6 Saint- André, une croix que tous, riches et pauvres, les hommes

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