CHAPITRE V
Le duc de Richelieu à Bordeaux. — Fait don à Tadministration des hospices d^s 50,000 fr. dont le GouTernement Tavait gratifié, comme récompense nationale de ses aenrices. — Nouvel Mpftal.— LesMenftiteurs de PhAirital de Saint-André. — NouTelles instftutioDS. — Caisse d'épargnes. — Bateaux à vapeur. — Dépétde meodieité. — Mort du due de Berry» — Le berceau des Dames de la litfie. - Naissance du duc de Bordeaux. ~ Vers de VIetor Uugo et de Lamartiae.— lèdaitte frappée à eette oecasioD. — La statue de Montesquieu inaugurée. — Prqd d*nn nouveau PalaiSHle-Justice. Ouverture d*un lazaret. — Le télégrsphe.- L*Entrep6t. -~ La statue de M. de Toumy. — Mort de Mc d*Avtau.— OavertsR des bains. — Statue de Louis XVI. —Découverte de quelques antiquités.— Lis jésuites remplacés il Bordeaux par le Petit-Séminaire.— Hiver très-froid.— Ré> volution de 1830.
Livre YUI. Au mois de février, ou vit arriver à Bordeaux ie duc de ^gYo. Richeliea ; c'était eo quelque sorte uu Bordelais de plus, car quelques écrivains croient qu'il y est né, quoique quelques antres prc'lendent qu'il naquit a Paris le 25 septembre 4767 (Ij. Sou père était duc de Fronsac, dans le Bordelais, et sou^ndpère était le maréchal de Richelieu « qui fat si longtemps gouverneur de la Guienne. Pour lui. Bordeaux était uu pays qu il afiCectionoait comme sa patrie ; partout il retrouvait des souvenirs de sa famille. Longtemps au service de la Russie, gonverneur civil et militaire d'Odessa, en 1803, estimé par tous les princes du continent, Richelieu rentra en France en 18U. avec le roi, et fut, après la défaite de Napoléon I*', en 481S, nommé président du Conseil par Louis XYIQ. Peu satisfit de
(1) Si nous en croyons Bernadan, d*aprè8 une médaille publiée par M. de PonHa* 1 in, Richelieu serait né k Bordeaux pendant que son grand-père était ^ouvencirl» Ouienne. Nous ne le croyons |Hts.
la marche des idées et du nouveau système qui roanail en Livre viii.
France, il donna sa démission et fut remplacé par M. Decazes,
qai, s*appttyant à droite et à gauche par une malheureose po-
litique de bascule, eut le talent de déplaire à tous les partis
et le malheur de nuire a la cause des Bourbons. La loyautéetla
noblessede Richelieu le firent regretter, autant que Télévation
de ses vues, son habileté administrative et son dévoûment à son
roi; il fut honoré de litres et de décorations; mais les deux
Chambres, s'associant aux pensées du roi, le gratifièrent, à titre
de récompense nationale, d'une rente de 50,000 fr.; c'était
le plus bel éloge qu'on pCil faire du duc de Richelieu. Se
trouvant alors à Bordeaux, le duc répondit à cette honorable
nouvelle, qu'on lut avait transmise de Paris : « Qu*il serait
» trop fier d'un témoignage de bienveillance donné par le roî,
» avec le concours des deux Chambres, pour le refuser; mais
» que, comme il s'agissait de lui décerner, aux frais de l'Ëtat,
» une récompense nationale, il ne pouvait se résoudre à voir
» ajouter, à cause de lui, quelt^ue chose aux charges qui
» pesaient sur*la nation. »
Ayant appris plus tard que la générosité des Chambres Ta- \'ait emporte sur son noble désintéressement, quoiqu'il n'eût que 12,000 fr. de rente, il fit don à l'administration civile de Bordeaux de ces 50,000 fr., sons la condition qu'on constiiiirait, dans un lieu moins insalubre, un autre hôpital à la place de l'ancien hospice de Vilal-Carle, qui menaçait ruine. Une ordonnance royale du 1 4 autorisa le maire et la commission des hospices à accepter cette donation ; mais le duc de Richelieu étant mort bientôt après (10 mai 1821), la ville ne retira de la générosité du donateur que la somme de 130,251 fr. 89 c. Cependant, héritière de la pension de Richelieu, elle résolut de la réaliser; elle en avait, longtemps avant 1819, conçu le projet, et Napoléon lui-même, en 1808, dans une réunion où il avait fait appeler le maire et les adjoints, leur fit sentir la nécessité de construire un nouvel hôpital plus en rapport avec
les besoins de la popalatîon el dans d'autres conditions de salubrité.
Il s'agissait alors de choisir le local. L'administration jota les yeux sur le terrain où s élevait la plate-forme de Sainte-£atftlie et où se rëunii^ient les frondeurs du temps de Condé, en 1(>51 ; on l'appelait \'Onnée, à cause des ormeaux qui trouvaient. Les travaux furent commt^accâ en 48^5 et, conduits avec une activité louable, furent entièrement achevés eo moins de quatre années.
La population annuelle moyenne de l'ancien hôpital, rue des Troi&'Conils, d'après un relevé général des comptes, depuis 1816 à 1827, a été de quatre cent quarante malades; dans l'hospice Richelieu, il y a sept cent cinquante lits; on |)eut, en cas de besoin pressant, y eo mettre d'autres ; il y a encore dix-huit chambres pour les malades payants.
Ce magnifique bâtiment, d'une forme quadrilatère, dont les côtés ont un développement de cent quarante-trois mètres sur cent vingv-quatre, est d'une architecture simple et grave; il se compose du rez^du-chaussée et d*un premier étage, que couronnent des courbes servant de séchoirs etse divise eo cinq corps-de-logis, s'étendant parallèlement du levant an couchant et coupés en deux parties égales par une grande ooor et quatre petites cours; on y a établi plusieurs préaux [>our la promenade ou les exercices des convalescents, et, sur les façades latérales, des galeries vitrées qui servent de ventilateurs. Cet hôpital est pourvu de toutes les usines nécessaires à un établissement semblable; elles se trouvent dans la partie méridionale du bâtiment. Dans une de œs usines, on admire la construction ingénieuse d*une machine à vapeur, qui sert à élever l'eau d'un grand puits et à la distribuer dans toutes les parties de l'édifice ; c'est aussi par elle qu'on met en mouvement un moulin à blé qui approvisionne de farine toutes les boulangeries des hôpitaux de Bordeau5[. Le puits peut fournir, par vingt-quatre heures, mille quatre cents barn-
— abaques d*eaa, dont un liers suffît aux besoins de ta maison; le Livre viii. restant, avec les eaux pluviales, est tcau en réserve pour scrvir on cas d'incendie,
Tous les travaux et le mobilier ont coûté, dit Bemadau, 1,907,326 fr. 88 c.
Le 5 novembre 1829, on commença à trausiërer les malades de Tancien hôpital de Saint-André dans le nouveau.
Sur le côté nord se trouve la façade principale de rbôpttal. Benudau, Au milieu, ea lace tlu Palais-de-Justice , se voit un porche décoré de quatre colonnes et d'autant de pilastres d'ordre dorique. Aux deux côtés sont les portes d*entrée de la maison. Près de l'une de ces portes, sous la première galerie qui borde la grande cour intérieure, on lit sur une plaque de marbre ces inscriptions historiques :
L'hôpital de Saint-André, fondé en 1390, par le véiurable Vital- Carie, prêtre et grand chantre de l'église miHropolitainc de Bordeaux, exista jusqu'en vi^-à-vifi la cathédrale, sur le bord méridional de la Devèze.
£n 4538, Nicolas Boyer, chevalier, vicomte de Poraiers, consacra à son agrandissement la migenre partie de sa fortune.
En 4849, le duc de Richelieu affecta à sa reconstruction , sur le terrain donné par la ville, la récompense nationale que lui décerna la loi
du 41 février.
La ville de Bordeaux pourvut au complément de la dispense .
I.a coHiuussion des hospices proposa la construction et la Ut exécuter, étant en fonction, de 1820 à 1829. MM. J.-V. Desfouruiel, viceprésident de la commission ; A'" Uavez, L. Fabre, P. Portai, A** Sarget, J.'-B. Loriagne, D. Béchade, Duprat, Â** Journu, administrateurs; J.-B. Pdauque, secrétaire; J. Peyre, directeur général» agent comptable;
Étant ministres de l'intérieur BIM. vicomte Lainé, comte Siméon, comte Gorbières, vicomte de Martignac ; préfets , MM. comte de Tour-
non, comte de Brcteiiil, baron d'IIaiissez; maires, MM. vicomte di; Gonrgucs, vicomte Duhamel; archevêques, MM«" d'Aviau du Bois-debaii/.ai. !e cardinal de Clieverus.
Ëu 18i6, la construction conunença sur le plan et sous la direction
Livre Viii. de M. Burguet, architecte, couronné au concours ; inspecteur des tra- Chap^S. Miiix, M. Hochet; entrepreneurs, MM. Gabaud et Lalanne; coa( urroiii> 1819. distingués par le jury du concours, MM. Marcbebens, Poitevin etHobert. En 4829, inauguration du monument.
La commission des hospices de 1843, interprète de la reconnaissance publique, a placé cette inscription.
On y voit d'autres ioscriptions comméiDorativeâ qui constatODt les noms des nouveaux bienfaiteurs; elles sont ainsi oon-
çues ;
Simon Monsarat, négociant à Bordeaux, a légué anx bospices une somme de 30,000 fr.
Jean Yemenilb, négociant à Bordeaux, a légué aux hospices une maison située rue des Faussets et une autre maison située rue des Argentiers.
Jean^Ântoine Gbaumel, négociant, a fait, aux hospices de Bordeaux, un legs de 43,000 fr.
Jean-Louis Letelhier, ancien négociant, a laissé ;\ l'hôpital Saint-^Vûdré, à l'hospice des Incurables et au Mont-de-Piété, l'universalité de ses biens.
Près de la (K>rte de la première salle du rez-de-chaussée, à gauche de la grande cour de rbôpital, on lit cette inscription :
« En 1842, cette saUe a été consacrée à la mémoire de If. Jacques- Antoine Yerdeilhan-Desfourniel, décédé en 4888, vice-président de la commission des hospices, en reconnaissance de ses constants efforts
pour l'édilication de ce monument; on rappelle la Siilk Denfountiel. »
^ La première salle du premier étage s'appelle la Salle Ma-
thieu; riascriplion suivante eu donne lu raison :
L'an 1840, M. J.-B, Mathieu, ancien notaire, officier de la Légiond'Honneur, premier adjoint à M. le Maire, voulant préserver les
m.ilacles et les Sœurs des courants d'air, iiarfois mortels, qui régnaient Livre VIII. dans les iiassuges latéraux des salles de celle maison, a consacré une Chap^S. somme de f 2,000 fr. à les l'aire couvrir et vitrer. 1810,
M. Mathieu ne se borna pas à cette générosité envers cette maison des pauvres; il fonda une autre rente annuelle et perpétuelle, pour fournir des secours aux convalescents en voie de complète guérison, qui, à leur sortie, seraient privés à*mU et det sMfftfiw iwmédiaiB iesuh^ Misianee ; la distribution de ces secours fut laissée à la consciencieuse discrétion de la supérieure des Sœurs de Saînt-Vincent-de-Paule qui desservent l'hospice.
Daos le préau qui sépare les deux premières salles de Thô-
i»iial, on a recueilli le tombeau de M. Boycr, l'un des plus grands bienfaiteurs de la maison; on y voit aussi les noms de quelques autres bienfaiteursde Tancien hôpital de Saint-André; mais on regrolle de no pas y rencontrer un tombeau ou quehpiu céaoLapbe en i'honneur de cet bomnie de bien , ce vrai ami des pauvres, qui fonda l'hôpital de Saint-André« 11 y avait,' dans cet ancien hospice , une salle réservée pour les militaires malades. Lorsqu'il s'agissait du second édifice , le Gouvernement fit bâtir, dans la banlieue, un hôpital militaire.
On trouvera le testament de Vital-Carie et d'autres détails inU?ressanls sur l'hôpital de Saint-Andre, dans notre Histoire ecclésiastique du diocèse de Bordeaux.
Nous ne devons pas passer sous silence les généreuses dispositions testamentaires de M. NathanielJonhston , négociant, en date du 7 juin 4838, qui légua aux pauvres de Bordeaux huit cent mille francs , et une autre somme pareille aux hôpitaux de la ville. On a pu attaquer son testament, mais on n'en détruira pas le s?ou\ciiir.
L'époque à laquelle nous sommes arrivés fut féconde en nobles institutions de toutes sortes. Grâce à M. Balguerîc et à quelques amis, on fonda, en 1819, la Banque de Bordeaux, établissement éminemment utile dans une ville de commerce comme la nôtre'; elle fut autorisée par une ordonnance royale du 23 novembre 1818, et ses bureaux furent ouverts le pre-
Livre VIII. niier juillet 4819. A côté de cet utile établissement etsous sa
Cbap^s. direction , on organisa une caisse d'épargnes el de prévoyance ; ****** la Bauque rendait de grands services au commerce. La caisse d'épai^nes est une institution toute philanthropique ou plutôt charitable : on y reçoit les épargnes des pauvres et oo les fait valoir dans l'intérêt de ceux qui désirent les faire fructifier. Parmi les fondateurs et protecteurs de cette bonne œuvre, se trouvent les noms les plus honorables de notre cité , à côté de ceux de Madame la duchesse d'Angouléme, de M. le duc de Richelieu, de M. le baron d Haussez, ancien préfet de la Gironde et plus tard ministre de Charles X. C'est un devoir pour rhislorien de transmettre à la postérité reconnaissante les noms des londateurs de la caisse dï'pargncs : au moyen de cette excellente institution , les classes peu aisées apprennent, par de sages économies, à améliorer leor position et à
NOTE 2o. s'assurer un meilleur avenir.
Grâce à l'esprit d'association , les Bordelais possédaient déjà un grand nombre d'institutions importantes; des Compagnies se formèrent pour toutes les entreprises , et , tout en contribuant au bien-être matei iel des habitaïUs, elles imprimèrent un très-grand mouvement aux arts et à la marche progressive des idées industrielles. Une Compagnie se forma pour rétablissement des bateaux à vapeur sur la Garonne , jusqu'à Langon (1); le premier bateau,appelé la Garo/me, fut lancé le 3 août
^ 1848 ; il réalisa des bénéBces énormes que le Hetiri IV vint
partager Tannée suivante. En 1821, on lança le Français; en 1822, YEslafeUe, et en 1823, le Sully et la Confiance vinreut lutter de vitesse avec les anciens et demander une part des bénéfices, qui allaient en augmentant, en facilitant de plus en plus le trajet de Bordeaux à 1 mi^on et vice-versâ. En 1826, les Uéolais réunirent un certain nombre d'actionnaires et
(1) En 1818, l'Académie des sciences et belles-lettres de Bordeaux décerna one médaille d'or M. Ghurch, qui établit le premier Inteaa ii vapeur sur la Garoooe.
firent taire deux autres bateaux a vnpeur, le Rrolais cl le Livre vm. Lot-ei'Garomie. Celte coucurrence , qui avait provoqué une ^^fj** baisse dans le prix des places, fat maintenue jusqu en 1827. Alors eut lieu la fusion des deux Compagnies, sous le nom de la Compagnie Bordelaise, Mais en 1828, il se forma une société dite des Deuœ^Rives, composée de propriétaires des deux rives de la Garonne. Gomme la Garonne avait cessé en pour cause de vétusté, et le Français en 1829 pour la môme raison , cette nouvelle société, qui n'avait d'abord que le Jeune-Henri, formé d'une coque neuve et de la machine du .Henri IV, augmenta son matériel en 1829, \m- la construction de V Union; mais, (|uclque temps après, sa chaudière lit explosion ; le Jeune-Henri fut forcé d'interrompre son service. La Compagnie Bordelahe resta seule, sans rivale, jusqu'en
Depuis iora, ces entreprises ont éprouvé des sorts divers et d'étranges vicissitudes dont l'historique n'entre pas dans le
caclie de notre travail.
A cette époque ( 1820), la mendicité était considérée comme i890. la lèpre des sociétés modernes : plusieurs habitants de Bordeaux résolurent de l'éteindre dans cette ville, et de faire un appel à la charité publique pour avoir les ressources nécessaires à la réalisation de leur philanthropique projet, et dont la conception était due à Napoléon. Le résultat de cette démarche dépassa leurs espérances : on dressa une lisle de souscription dont le minimum devait être de seize francs; et le produit de cette liste, à la téte de laquelle se mit M. le baron (rilaussez, préftH, sullit pour tau e face aux dépenses de celte nouvelle création. Depuis le 1**"^ juin 1827, le DepoL de mendicité, dans la rue Terre-Nègre, est en pleine activité et subsiste par les ressources de la charité publique ; il renferme plus de trois cents lits , et l'on y reçoit tous les malheureux qui n'ont ni asile , ni moyens de subsistance. On les occupe à des travaux manuels, en conformité avec leurs goûts et leurs
Livre vfii. aocieDiies babiiodes ou professions; on leur donne une partie chaM- provenant de leurs travaux , pour les mettre à même