‹ Histoire complète de BordeauxChapitre 153 sur 172 · ISSU · texte numérisé non relu

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de se procurer quelques adoucissements particuliers. Un Comité, nommé dans une assemblée générale des souscripteurs, est chargé de Tadministration de la maison.

En 1854, on y lit construire une chapelle et des ouvroirs. Il s'y trouve environ quatre cents individus.

Mais l'événement le plus grave de cette époque, le plus affligeant pour le coeur de tous les amis de l'ordre et de la prospérité de la France, fut, sans contredit, [assassinat de l'infortuné duc de Berry, le dimanche ausoir, 43 février 4820, à la porte de l'Opéra, à Paris. Cette triste nouvelle jeta Bordeaux dans une morne stupeur; c'était une consternation générale 1 On voyait alors jusqu'oii pouvait se porter la malice des ennemis des Bourbons 1 on voulait frapper, à la racine, celte majestueuse tige séculaire ; on voulait tarir la source du sang de Saint-Louis et de Henri iV, en frappant celui qui semblait devoir perpétuer leur race. Le libéralime était alors le mot de ralliement de la démagogie ; c'était une idée libérale qui avait aiguisé le poignard de Louvel ! Le duc de Berry lut la première victime de ces misérables qui, tout en paraissant soumis aux princes légitimes, juraient une haine profonde aux Uoui bons et à tous les rois du monde. Le 13 février 1820, date funèbre! tâche indélébile 1 encore une de ces profondes et sanglantes souillures dont le mauvais génie de nos révolutions a marqué plus d'une page de notre histoire , plus d'une place de nos cités , plus d'un champ de notre sol fécondé par d'illustres martys 1

Sombre et cruel enseignement écrit en sanglants caractères, doiil la lurmidable éloquence retentit plus haut que toutes les voix humaines, et dont le langage pénètre toutes les âmes, émeut tous les cœurs, soulève toutes les consciences!

Laissons parler Châteaubriand :

« Déjà six de ses parents avaient péri. Pourquoi l égorger

» encore, le recliercher, lui innocent, lui si loin du tr6oe, Livr. viii.

9 vîngt-sept ans après la mort de Louis XVI? Ce cœur, tout

» percé du poignard, n'a pu trouver un seul murmure ; pas *****

B une parole amère n'est échappée à l'admirable prince.

» Époax, fils, père et frère, en proie à toutes les souifrances

• du corps, il ne cesse de demander la grftcede Vhomme qu'il

» n'appelle pas méiiic son assassin I »

Une pensée douloureuse, en effet, semblait dominer seule, entre toutes celles qui devaient assaillir les derniers instants (1 un prince, alors prcsf|ue le dernier rejeton d'une race illustre, héritier du plus beau royaume de la terre ; la maiu d'un Français indigne de ce nom l'avait frappé!

A cette certitude , si cruelle pour un prince profondément animé du m lUiment, national, ces trois mois émanés du cœur, paroles sublimes 1 répondirent : « Pardon pour l'homme 1 »

Telles furent les dernières paroles, la volonté suprême de ce noble prince. Sublime testament d un héros de race royale ! paroles si chrétiennes et si dignes du noble sang que déjà la mort glaçait dans ses veines.

Oui ne se sentirait ému de donleui- et pénétré d'admiration à la seule pensée, au souvenir môme d'un si pur héroïsme? Qui ne saurait comprendre ce qu'il y. a de véritablement beau? qui pourrait mesurer tout ce qu'il y a de religieusement magnanime dans celte humble soumission à la volonté de Dieu, dans ce détachement profond, entier, des humaines et royales grandeurs! Sublimes et chrétiennes vertus qui pouvaient seules donner au fds de tant de rois la force d'accepter, sans exprimer un regret, sans proférer une plainte, sans faire entendre un murmure, cette mort la plus cruelle de toutes celles que donne le poignard d'un assassin I

Mais le neveu de Louis XYI, devait-il, lui aussi, mourir victime de nos vieilles discordes? Hélas l oui ; et , comme le roi martyr, sa dernière pensée Ait une prière pour la France, son dernier soupir un pardon.

Part, i, S4

Livre vni. Avant de reodre le dernier soupir, le prince demanda cbap^u. instance, comme nous Tavons dît, le pardon de son

meurtrier, et dit, à son épouse éplorcc, de se ménager pour l'enfaot qu'elle portait dans son sein. La Révolution crut que la noble et antique lignée de Saint-Louis, de Louis XIY« ailait disparaître pour toujours dans la tombe ; mais le del dédéjoua ees infernales espérances et garda pour la France te duc de Bordeaux , auquel le ciel a réservé une si étonnante vicissitude de fortune I C'est Moitse sauvé des eaux; triste destinée ! Ne verra-t-il que de loin la terre proaiise? Confiante dans la Providence, la France se mit en prière, pour que le ciel nous accordât un héritier de Tillustre race de tant de rois ; les Bordelais ne restèrent pas en arrière de cet élan national ; ils cooiniencèrent, dans 1 église de Saint-Michel, une neuvaine à cette intention, et, lo jour même de cet archange (29 septembre], le ciel, touché des ferventes supplications de tant de Français journellement groupés aux piedsdcs autels, déjoua les projets des régicides, couronna les espérances de la France et lui donna cet enfant de miracle, auquel Bordeaux est lier d'avoir donné son nom. Il serait dillicile de décrire l'allégresse des Bordelais et des Français en général, à la naissance de ce nouveau rejeton de la race des Bourbons ; les journaux de l'époque s'en sont rendus les échos; les poêles même, Victor Hugo, alors célèbre f)ar la pureté de son royalisme , Lamartine, le père et parrain de Tavorton républicain de 4848, et plusieurs autres moins célèbres dans les fastes du Parnasse que dans les annales révolutionnaires de leur patrie, ont épanché, sur la France heareuse et reconnaissante envers Dieu , le trop-plein de lents admirables inspirations; c'étaient de inagnifujues couronnes tressées par les Muses et posées sur le berceau de reufant par ces voyants d'Orient , ces votes de nos jours , étoiles filantes, qui, a près avoir jeté une lueur brillante mais passagère, sont tondiées du ciel dans la fange de la démocratie. Nous don-

nons dans une note les nobles accents du j)lus magnifique ly- LiTrc Vlll. risiiio dont Viclor Uugo et Lamartine ont salué ia naissance ^'^^H^^' du duc de Bordeaux. ( Noie 26.) ^

Convaincues que îe ciel exaucerait les prières de la France et qu'il donnerait un héritier à la famille royale, si longtemps et si crueUeroent éprouvée, les dames de la halle de Bordeaux, toujours royalistes, toujours amies de la religion et des Bourbons, a\ aient conçu la pensée de faire confectionner un magniiique berœau pour l'enfant que des millions de voix pieuses demandaient au ciel. Les dons volontaires du dévoûmenl le plus pur les niii ent à même d'exécuter leur projet; trois d'entre elles, députées par les autres, se mirent en route pour Paris, le 40 septembre, et furent admises, lo 16 du même mois, à pr^nter leurs hommages et leur niagnilique berceau à la duchesse de Berry, qui leur fit un accueil bienveillant; elles furent ensuite présentées au roi par M. Desèze, pair de France et premier président de la Cour de cassation. I^uis XVIII les reçut avec bonté et leur ul rossa quelques paroles dans le patois bordelais. Ou frappa, à cette occasion, une médaille d'or, de grand module, portant d'un côlé le buste de la duchesse de Berry, et au revers, rinscri|)tion ijasconne : a La may dau noubet Henric-Dieu-Donnat, à

los de Bourdeou el les brabes bourdelèses qu'an powriat lou » hrez oun drom lùu hillei dau Beamez due de Bourdeou. »

On fit remettre des exemplaires de cette médaille aux personnes qui avaient contribué aux dépenses faites à l'occasion de ce berceau, et les trois représentantes des Dames de la halle de Bordeaux reçurent, chacune, ces médailhvs attachées à une chaîne d'or; elles étaient fières de cette décoration et la portaient dans les grandes solennités. On les appelait les dames du berceau (i).

(1) Les députés élus le 1 4 novembre 1S30 Airent MM. Béchade, négociant, Dobamel aloé, de Salures. — Le S du même mois, les arrondissements avaient élu

LUn VIII. Ici nous louclions à la fin tic notre travail ; nous sommes à la Chap^.». ypi||(» ^]^. j^3o ^]Q |a catastropîie de juillet, qui bouleversa «Kâ<K profoodément la France et arrêta loagtemps la marche ascensionnelle de sa prospérité. Noos ne croyons pas devoir parler des clubs clantlestitis de Bordeaux, ni des réunions anti-bonrbonniennes des libéraux, d'alors, ni des publications provocatrktes des joarnaux du temps; nous n*en sommes pas assez éloignés et il ne convient pas d'en évoquer les trislis souvenirs 1 Nous nous bornerons donc à enreguslrcr, dans ces dernières pages, les faits et les événements les plus remarquables qui puissent paraître offrir qnelque intérêt aux lecteurs, pendant les dernières années de la Restauration. 1833. Le 4 février 1 822, ou inaugura, dans une salle du Palai»-de- Justice, la statue de Montesquieu , dont le rot venait de faire présenta la ville. La Cour royale, qui avait siégé, ainsi que k Tribunal de première instance, dans lancien palais arcbiépis* copal (mairie), fut installée, le 20 janvier 1820, dans Fancien collège de Gnicnine, qu'on avait fait restaurer et approprier à sa nouvelle destinatiou. Eu 1808, Napoli nn songea un instant à faire construire, sur l'emplacement du Château-Trompette, un nouveau PalaisHle-Justice; mais les circonstances politiques du temps et les vicissitudes de sa fortune arrêtèrent l'exécution de ce projet, et l'emplacement où, d'après la proposiiionde M. Balguerie, on voulut, en 1849 et 1820, faire construire des docks, a reçu une autre destination. On jeta alors les yeux sur remplacement do iancicn chûteau ou Fort du Hâ, où l'on a édi6é un magnifique palais , dont le plan et la distributios intérieure ont été loués par les uns et sévèrement critiqués par les autres; ce palais a coûté près de deux mtiiious, y

HM. Dnssttinier, Lainé , de Mareellns, de Pontet, RaTei. — M. de Salnce», éktus^ ^ slonnalre, fut remplacé Si la Chambre des dépotés par M. le vleomte de Gowfws, élule9mars1SSI.

compris les dépenses accessoires, depuis qu on eu a fait i uuvcrlurc en 1S46 (1). [Note 27.)

Le 42 juillet 4822, on fit roavertare d'oa lazaret, sur la côte de Trompeloup, près de Pauillac, en présence de M. le coLiile de Breteuil , qui avait remplacé M. de Toarnou dans la préfecture de la Gironde, depuis le 4 février.

La guerre d'Espagne exigea, dans le Midi, la surveillance des hommes dévoués. î.e comte de Bois-Bertrand arriva à Bordeaux., en qualité de commissaire général de police extraordinaire, le 27 mars , et, dans le courant du même mois, on mit en aclivilLî ia nouvelle lii;ne télégraphique de Pains à Bciyonne. Le 0 avril suivant, on reçut à Bordeaux la duchesse d'Angoulème, qui y séjourna cinq mois ; pendant ce temps, elle fit quelques excursions dans les départements cîrconvoî-

Lim VIII.

Cbap. 5.

KOTE 27.

IftiS.

<!} Ce magnifique palais, avec ses dépendances, oceape une surHice de 7,S65nit- Lamotho , très, sur une façade de 145 mètres 67 centimètres de longueur, avec un péristyle C'^''''' de 40 mètres sur 6 iniîtrcs CO cfintinièlres de largeur, d'ordre dorique grec, en re- ''^''"vTjjJ)'^ ' traite sur deux motifs suillunts, décorés de quatre statues colossales, dues au ciseau dcMaggesi, ci n pn' sentant : à droite MaIesliêrbesctd*Aguesseau;àgauche, Montesquieu et riluspilal. Dans le vestibule de la Cour, on voit la statue de Montesquieu, exécutée par M. lU^g'i et inaugurée 1c i février 1822. La deuxième Chambre delà Cour est ornée des bustes de Molé, de Cujus, et des poitraits de Lamoignon, Dudon, Leberthon, Dupaty, Dooiat, Lainé. Dans la quatrième Chambre, se voient les bustes de Portalis, de Dumoulin, les portraits de Achille, de llarlay, Hcnrion de Pansey, Honiain Dcsèze, Râteau, Potbier, Ferrcre; il y manque ceux de Raves cl de Peyronuel.

Dans la première Chambre du Tribunal, on remarque les portraiU de Troucbet, Malleville, Proudhon, Tniillicr.

Dans la deuxième Ch.inihi c, s uit U s portraits de Lavie et de Brevets; et dau& la troisième Chamlnt', ceux di* d'Alliessard et de Ln Ruse.

Dans la biMioiticquc desavotaU, <n\ rciiianiiR' les bii.stcs de G. Brochon, Martignac |»t'»re. Marli^-nac lils, Lainé, Feircre, Duranti.iu, Sa^iet, Jean De.sèze.

Le "2 mars 18-20, le (diironneuient de la porte septentrionale de S^iint-Andre fut renveisi; i n pailio sous la voûte, au moment (](• la hénédiction du Sainl-Siicrfiinni. Ou( li|(it s personnes y ont été tuées, d'autre:» dan^^crcuscment blessées par la chute des pierres.

Le 2amit, «m inaii},4ii j la nouvelle éjili.se de Saint-Xic(das-dc-Craves. Le tclegraplie fui établi sur le cluctu r de .Saint-Michel; on l u démoli en 18ou; il a etc remplace par le télégraphe électrique.

Livre VIII. sins. Au mois de iiDV^Mnhrt», le (hic (VAiis^oiiU'^mc arri\a ilan^ Chapes. murs, après avoir contribué avec gloire à la restauraUoo

de Ferdinand, roi d'Espagne, aa grand désappoinlement des libéraux français, (jui avaient fait déployer le drapeau tricolore sur la froiitiei e, pour provoquer une tlérectioii panm les soldats du roi. Ces soldats restèrent fidèles à Louis XYIll. Ce prince mourut le 16 octobre 4824, x^grctté des ans, peu aimé des autres, estimé de tous comme habile politique, roi diplomate et homme d'esprit. M. d'Haussez était alors préfet de la Gironde depuis le 24 mai 1824, et le vicomte I>uhaiiiel, maire de Bordeaux depuis le 7 décembre de raimce précédente. Tous les corps constitués assistèrent , le 25 octobre, à une messe de requiem pour le repos de Sa Majesté.

I^s collèges électoraux forent convoqués pour le 26 févrior et le 8 mars. Les députés d'arrondissements étaient MM. Dussumier-Fontbrune, Duhamel, Gautier, négociant, de Gerès, sous-préfet do Lesparre. Le grand collège de Bordeaux élut MM. deCourirues, de PeyronaeL, avocat, comme membres de la Chambre des députés.

Le 15 novembre, on fit Touverture de l'Entrepôt réel dont isjs. nous allons parler plus bas, et, l'année suivante, on inaugura, le 27 juillet, la statue de Tourny, que le Conseil général avait votée en Thonneur de cet illustre intendant qui a laissé tant de précieux souvenirs à Bordeaux. On érigea ce monument cximmémoratif surla place Saint-Germain, où se trouvaU la porte de ce nom, entre quatre tours crénelées et surmontées d*one plate^forme avec des guérites; sur le socle de cette statue on lisait cette inscription, qu'on dégrada en 1830 :

LOUlS-FlUltÇO» AOBSRT DC TOURKT,

INTL.NDAM Ub LA PROVlNr.i-; Ub GI IEKNË, DliJ>lilS 1743 ICSQU^EN 1758,

LA POSTÉnU t. RECO.NAISSAME.

Sur le cùié opposé, se voit cette ioscriptioa :

CE MOKOMENT, VOTÉ PAR LE COfSSElL GÉNÉRAL DU DÉPARTEMENT DE LA GIRONDE, ÉTANT PRÉFET V. LE COMTE TOURNOK, A ÉTÉ INAVCORÉ LE S7 JUILLET 4825, ÉTANT PRÉm V. LE BARON D'HAUSSBZ.

Le 1 i juillet 1 82G mourut le vénérable archevêque M»»" d'Aviau , le modèle des prélats catholiques; il fut remplacé par M." de Cheverns, aucien évéque de Boston , aux États-Unis.

Le août, on fit l'ouverlure des bains publics, bâtis par une compagnie, et le SIS suivant, jour de Saint-Louis, on posa solennellement la première pierre d'un piédestal pour la statue de Louis XVI, sur la place des Quinconces, qui devait porter le nom de cet infortuné roi. On lit lïure cette statue au moyen d'une souscription ouverte depuis la fin de 48914; elle est encore à Paris; elle appartient aux Bordelais, quinecesbcut de la réclamer pour la place qu'elle était desuuée à orner.

On découvrit dans ce mois , en fouillant les ruines de l'an*

cienne salle de l lulendance , plusieurs cippes et pierres tuinulaires, avec des inscriptions latines, dont Tune, gravée sur le marbre et en assez bon état de conservation, reportait son

origÏDu au 2i juillet de l au ii4 de notre ère. Elle était ainsi connue :

TuteUsAug. , C, Octavius Vitalis, eœvoto pomitDD. ex, D, /).

dcdicavil 10 kaL JuL; luiiam U et Crispino Cols,

A la tutcle d'Auguste , (latus Octavius Vitalis érigea (ce monument) dans un lieu donné par un décret des décurions , et ie dédia le 10 des calendes de juillet; étant consuls

Julian pour la seconde fois et Crispinus.

On acbcva en 18:^7 de construire, sur uu plau nouveau, i^i'i-

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