‹ Histoire complète de BordeauxChapitre 155 sur 172 · L:i n.inquc de Bordeaux · texte numérisé non relu

L:i n.inquc de Bordeaux

Manufacture des Ubtes.

insista auprès de la Chambre de commerce, et, par une ordonnance du âl6 juin 1822, oq fit un empnint de 800,000 fr. pour rétablissement projeté , dont la construction et le plan furent confiés à l'habileté de M. l'ingénieur Deschaiiips. Ce premier emprunt fut insuffisant; on en fit un autre de quatre cent mille francs, en vertu d*nne ordonnance royale du 13 juillet 1825. Le bAtiracnt, quoique vaste, fut juiié insuflisant; un autre emprunt de 300,000 ir. fut autorisé par ordonnaDce du 24 mai 1847, et un second bâtiment fut construit derrière le premier, sous la direction de M. Burguet , architecte.

Le bâtiment de la rue Esprit-des-Lois, où se trouve la Banque de Bordeaux depuis son établissement en 1818, date du dernier quartier du XVflI* siècle (1775), et fut bâti par M. Latour-Féfïèi o, sur le plan et sous la direction de M. Tarchitecte Lhote. C'est dans ce local que se trouvait la Caisse d'épargnes jusqu*en 1848 , époque à laquelle ta Banque de Bordeaux fut réunie à celle de Paris. L'hôtel appartenait, en dernier lieu, à M. de Lacolonilla, qui le céda à la Banque.

En 1849, Sur les instantes sollicitations du Conseil du comptoir de Bordeaux , la Banque de France 8*occupa de la construction d'un nouvel hôtel dont la distribution intérieure serait plus commode et plus en rapport avec sa destination. Dans la même rue , presque en face, on acheta un emplacement bien spacieux; M. Crétin , arcliitecle de la Banque de Paris, fut envoyé pour dresser le plan et le projet d un bâtiment à ériger, dans les conditions désirées. Les travaux furent commencés et exécutés sous Tintelligente direction et l'active surveillance de M. Duphot , architecte du comptoir de Bordeaux.

En 1824, on appropria à la Manufacture des tabacs un

grand bâtiment, près de Beîleville, appartenant à M. SchuMer, qui le vendit au Gouvernement. On y Ot construire des magasins et des ateliers immenses, oii l'on voit travailler plus de cinq cents ouvriers des deux sexes.

Outre la prison départementale du Fort du Hâ , iL y a deux Livre viti. autres lieux de détention : le Pénitencier Saint- Jean et le l*euilencier Sainle-Pliiiomèiie. Ce sont des maisons de correc-

Les

lion et en même temps de bienfaisance. Le premier a pris péDitcncien. naissance en 1836 , grâce au zèle de M. Tabbé Dupuch , qui ,

à la suite d'un naufrage do pèclicuis sur la côte d'Arcachon, recueillit les orphelins et pourvoi à leur subsistance , tout en leur donnant une éducation chrétienne.

Dans une maison de correction, sim' rue Lalautle, se trouvent cent cinquante enfants condaniués par les tribunaux. On les exerce aux professions auxquelles ils montrent quelque aptitude et certaines dispositions. En 4841, on annexa au Pénitencier un établissement agricole à Villeuave-d'Ornon, où Ton voit « outre les pauvres orphelins, cent jeunes détenus qui reçoivent des instructions pratiques relatives à l'agriculture et à l'horticullnro.

On reçoit le;> jeunes orphelines et les jeunes filles détenues dans le Pénitencier Sainte-Philomène. Cette maison fut fondée d abord dans la rue Mercière, par M. Lalanne, négociant; elle a été transférée à Caudéran. On y peut recevoir une centaine de filles.

En 1841 , on acheta, au nom de TÉtat, pour en faire un hô- Hôpital miin

pilai militaire, rancicnnc blanchisserie Saint-Nicolas, fondée en 1834 par MM. Cluzel et Guibert, et construite sur un plan dressé par M. Durand, architecte.

Le Collège de la Madeleine, construit par les jésuites, sur Caserne les Fossés, devint l'hôtel de la Mairie en 1808, et une caserne ^ en 1835.

De tout temps , les Bordelais tenaient à la réputation de leurs vins; la qualité valait mieux pour eux que la quantité, et aucun soin n'était négligé, aucune précaution oubliée pour leur conserver la haute opinion que Von en avait conçue tant

a l'étranger qu'en France. C'est en partie dans celte vue qu'on défendait jadis de commencer les vendanges avant que s* Part. 1. 33

Digitizea by <jOO^it:

la Jurade se fût assurée de la maturité du raîÛD et n'en eût proclamé le ban an son de la grosse cloche. Cette défense fut

renouvelée en 1700, avec une pénalité plus forte, et tout contrevenant était condamné à une amende considérable, quelquefois à mille livres.

Malgré cette sollicitude pour la qualité du vin , les jurab se voyaient, la plupart du ltiii|is, dans 1 impossibilité d'eo empêcher la falsification. Le mal consistait, selon les uns, dans le mode de vinification ; selon d'autres, dans le coupage ûq mélange des vins étrangers au sol et d'un goût très-diiïérent, sans cette saveur, ce parfum qu'on appelle bauquet dans le pays. Les Anglais furent les premiers à s'en plaindre, et le roi défendit d'en acheter avant le niois de déeembre. Cette iije?iirc' portait trop de préjudice au commerce de Bordeaux [mm ne pas exciter des réclamations : on assura que la préteodoe falsification ou mélange des vins de Bordeaux n'était qa*iine calomnie mise en circulation pour nuire au cuaniierce françaLs Tout cela ne fit pas taire les plaintes; les Anglais ne venaieot que rarement demander des vins au commerce de Bordeaui; mais les Français, par représailles, n'allaient plus qu'âpres Pâques acheter, en Angleterre, de la morue et du poissoc salé; ils ne faisaient plus leurs provisions d'étofies de drap qu'après la Saint-Jean. Celte vengeance commerciale naisiit trop aux intérêts des deux nations poui* durer longlemp». Les affaires reprirent bientôt après leur cours habituel.

On achetait alors les vins du Languedoc et de plosieus autres contrées méridionales, pour la place de Bordeaux. Ce commerce était contraire aux statuts de la ville et nuisible h ses intérêts. Les jurats y voyaient un abus, qu'il était nécessaire d'extir|>er; sur leurs remontrances, le Parlement readil un arrêt qui remit en vigueur un ancien statut, quidéfemlait aux bourgeois de Bordeaux d'acheter des vins du Haut-Fajfs ou des lieux étrangers au diocèse de Bordeaux , avaat le 1*'' décembre. Cette mesure paï ut préjudiciable au coiiinicr«: .

qualre-vingl-dix-iicuf n(''i;ociaiibsc réunirent pour ob\ irr nux. Livre viii. graves inconvéniculs qui pourraient en résulter, et su pplièrcnt ^'^'Jli^®" Ja Chambre de commerce de se pourvoir au Conseil d'Ëtat pour faire casser cel arrêt du Parlement.

Êtonocs, indiguës même de celte résistance , ies jurais, poussés peut-^tre par quelques membres du Parlement aussi irrités qu'eux , prirent une délibération secrète, par laquelle les qualre-viui<l-dix-neuf opposants otai ont déclarés indignes et incapables d'être admis, parmi les bourgeois, de commander aux milices de la ville , de remplir aucune charge municipale, ou môme d'ôtre convoqués aux assemblées politiques, de proiiter d'aucune d&s grâces que la Jurade était en droit d'accorder; il fut convenu et ordonné, en outre, que, pour la moindre faute, ces qnatre-viniiçt-dix-neuf négociants seraient traités avec tonte la rigueur possible. Pour perpétuer le souvenir de cette lutte fâcheuse , on dressa une liste des opposants, pour être communiquée, en secret, à tous les nouveaux jurais ! ! 1

Chose étrange ! cette haineuse et inqualifiable deiibératioo otiienne fui strictement observée, dans tous les points, pendant onze années consécutives, et jamais le secret juré ne fut violé !

Cepeud^t la liberté du commerce occupait tous les esprits et Ton ne pouvait pas comprendre cette singulière législation qui , pour écarter toute concurrence en faveur des vins du Bordelais» défendait de faire descendre les vins du Languedoc à iiordeaux avant la Saint-Martin, et de les vendre avant le 1^ décembre. C'était favoriser une partie de la France aux dépens d'une autre, et soometlre les vins du Haut-Pays à diverses formalités, telles que celles de visite, de transbordement, d'entrepôt, etc., etc. L'édit du mois d'avnl 1779 leva tous les obstacles et autorisa la libre circulation des vins et des céréales. Grâces à Louis XVI, les entraves créées par des intérêts de localité cessèrent pour faire place au bien général, et la liberté, qui avait été Texception, est devenue le droit

monumentale , luoi. Ul.

IJvt.^ Mil.

Chap. U.

Les vivres trj^scbers.

Registres scerels.

commun. Cet edil fut enregistré au Parlement de Boixleaux. le S septembre suivant.

Dans ce temps, le prix des bestiaux et des denrées de tonte sorte étant très-élcvé , les bouchers et les boulangers demandèi'cnt à élever le (aux de la viande et du pain. D'après qd arrêt du Parlement, en 1720, les jnrats portèrent le prix du bœuf a qualui/.c suus, le mouton à quinze, le \ruu n (li\->ept sous la livre carnassière, et les boulangers furent autorisés à prélever, par boisseau de blé, quaranle-quati^ sous an lien dr trente-six.

On commença alors à bAlir, sur les quais , des magasins à blé ; mais Texportation de grains était défendue; il fallait avoir lautorisation des jnrats. Il était enjoint aux négociants qni envoyaient des grains en l'>pagne, de rapporter la moitié do prix eu argent monnayé ou en lingots.

Pour éviter les inconvénients des accaparements , il était défendu aux Ijuulaniicrs (]*achet( i , par eux-mêmes ou par l'inlermédiau'u d'un tiers, les farines importées à Bordeaux, sous peine de conflseation et de cinq cents livres d'ameode. On faisait tout ce qu'on pouvait pour empêcher ou pour extirper les abus ; cependant , il en existait de bien fâcheux ol d'une nature tellement nuisible au commerce , qq^ ron fot obligé de convoquer une assemblée de notables, afin de prévenir le retour de pareils désordres. On y fit les rcglemeou suivants : ^

« Les courtiers feront désormais, en personne, le fret des » navires , dont ils tiendront un registre exact et signé do » fréteur; s'il n'y a de frêle qu'une partie du navire, il en » sera affiché un avis, afin que l'autre partie puisse l'être, ei le prix de ce second fret ne pourra être plus élevé que œloi du premier.

» Quant aux bourgeois, ils auront le privilège de fréter » pour leur propre compte, sans avoir recours au ministère

» des courtiers.

» 11 est expressément défendu d aller, sous aucun prétexte, tlvr« vm. » au devant des navires qui eotreat en rade , soit pour Irailer ^^'"'îîif* » avec ottx de frets, soit pour acheter leur chargement.

» Lorsqu'un navire aura reçu son chargement , le œurlier » ou le bourgeois qui l'aura c(Yectuë en donnera lui-môme » quittance et sera tenu de déposer, au bureau du roi , un » état général du chargement signé par le mattre du navire. »

Ou a lait, en février 1857, une découverte très-importante sous le rapport de la science numismatique , au Noviciat des Frères des écoles chrétiennes, à Talence. £n creusant un trou au jardin, pour en extraire du sable, on a trouvé, à soixantedix centimètres de profondeur, un nombre de pièces romaines en bronze, de moyen et petit module, à l'effigie des derniers ein[)ereur$ romains. Il est impossible de déterminer à quelle époque ces médailles furent déposées dans cet endroit; celait probablement du temps de l'invasion des Barbares, comme le fait observer le journal la Guienne , à qui nous empruntons «otk âs. CCS détails.

ï.e projet qu'où a con<;ii depuis quelque temps de convertir Janiin-PuWic. le Jardin-Public en Jardin-des-Plantcs et qu'on a réalisé aujourd'hui , nous fournît une occasion de donner Thistorique de ce local, ne iùt-ce que pour retracer d'aucieus et agréables souvenirs.

Le quartier oîi se trouve le Jardin-Public était complètement isolé de la ville, avant l'arrivée d(î M. de l'oumv: on n'y voyait que quelques petites praii les, des pièces de terre en culture et quelques rangées de vigne; on appelait ce lieu hs pradets et il faisait partie du quartier où , en temps de guerre, ou faisait entrer la nuit les troupeaux qui paissaient dans les environs. Par suite d'une demande faite par les jurais, le Conseil d'État, par son arrôt du 23 avril 4746, autorisa la création d'un janim j>ublic de 10 à li arpents dans ce lieu; mais, d'après l'arrêt, on ne pouvait employer à ce jardin que 80,000 liv., ainsi perçues : 65,000 liv. prises sur

Livre VIII. le produit de la vente des emptacements, et 25,000 lîv. prises Chap^d. économies. Cet arrêt portail ia date du 15 janvier I74T,

mais il ne fut enregistré au Parlement que le 28 du même

mois.

Jusqu'alors, les (iiuu lrons formaient un vaste bourg, une vitic distincte de celle de Bordeaux. Toumy œnçut le projet de les rapprocher, de les unir même, par le moyen d'un jardia public et de ses promenades ombreuses. Les 55,000 liv. provenant de la vente des emplacements situés tout autour, turent destinées à rétablissement d'une fontaine, mais cette soouDe ne parut pas suffisante. M. de Toumy leur donna une aalre destination, celle de la formation du jardin. Le peuple qoi n'avait pas de bonne eau se mit ù crier contre Tintendant; les jurats, contrariés par lui, s'en rendirent les échos; riches et pauvres se mirent à murmurer tout haut; mille obstacles se présentaient, mille réclamations s'élevèrent de tous côtés, tout semblait concourir, avec la mauvaise volonté de l'Administration inhabile, à empêcher la réalisation desgrandes conceptioos ' du génie. Homme juste, impartial et consciencieux, Tourny écouta les plaintes des uns, les réclamations des autres et apprécia bien les besoins de tous. Si on lui donnait de bonoes raisons, il s'empressait de leur faire droit; niais il repoussait les sottes remoulrances de l'inhabiielé, de la jalousie, et de la mauvaise foi, et, agissant comme un médiateur juste et impartial, comme un arbitre conciencieux, il rendait justice à qui de droit, et protégeait les vrais intérêts de la ville contre les absurdes prétentions et les sottes exigences d*une imprévoyante ; ignorance. Convaincu de l'excellence de son projet et du bieo (jui devait en résulter un jour, au lieu de douze arpi iits. il en j prit trente et au lieu de 80,000 liv. il en dépensa 300JOO, pour le complet achèvement de son entreprise grandiose, sekw le plan et sous la direction de M. Portier aîné, habile architecte.

Les jurats y épuisèrent leurs ressources cl présentèreol de nouvelles requêtes, de plus sévères remontrances; mais l'ba-

bile inteDdant n'y répondit qae par de nouveaux travaux. Livre viti.

Les jurais auraient voulu examiner rulilité et l'opportunité ^'^'Ç;;,**

de tant de mesures onéreuses ; M. de ïourny, écartant tous ces bavardages administratifs, agissait pendant que les autres parlaient. « Son activité, sa hardiesse et son énergie, dit un écrivain, sufiisaient a tout, surmontaient tous les obstacles et laissaient dans la stupeur des magistrats ( le Parlement ) jaloux de lenvê privilèges, qui s*ëclipsaient devant le génie, tout étonnés qu'on osait faire le bien à Bordeaux et aux Bordelais^ malgré eux et leurs jurais. » ^

Loin de s'arrêter devant ces mesquines tracasseries, M. de Tourny ne détournait pas un instant son rei^anl du but qu il voulait atteindre; il savait qu'il avait derrière lui des détrac- * leurs haineux et jaloux, et devant lui une aveugle opposition qui s*efforçait, dans les ténèbres, de lui susciter des embarras et de lui créer des diibcultés ; il voyait à côté de lui quelques sympathies rares, timides et discrètes; mais, pour lui, la seule, la meilleure réponse, c'était le cœur qui désirait le bien et la volonté qui l'exécutait. Le projet était tout pliilanlliropiquc, comme ii parait par le texte de i'arrôt du 23 août 1746, où il est dit que : « Il ne manque à cette ville de Bordeaux que » d'avoir un jardin où les habitants de l'un et l'autre sexe, » puissent, dans les beaux jours, jouir du plaisir de la prott monade; qu'en même temps qu'un pareil jardin contri- » huerait en général à entretenir la santé des dits habitants, » ot à détourner beaucoup d'entre eux d'autres amusements » moins innocents, il deviendrait, dans de certaines heures, » le reftde2-vau« naturel des négociants, et leur faciliterait ï» des opérations de commerce au profit du bien public. »

Cette pensée était certainement bonne; mais c'était, ce nous semble, une idée bien singulière que celle de faire de ce jardin une Bourse en plein air où des n^ocianls pussent parler sucre, café, vins et trois-six ! c'eût été, sous le point de vue commercial , quelque chose qui ressemblerait au jardin

TJvrc Vni.

Cbap. ({.

d'Academus, où Platon et ses disciples philosophaient, en se promenant dans des allées ombreuses et an milieu de fleurs.

La suite ne repondit pas à la pensée créatrice de l'intendaut; mais le jardin fut fait ; c'était tout ce qu'il voulait. 11 fit ouvrir plusieurs rues qui aboutissaient et convergeaient tontes vers ce point, ordonna la plantation de belles allées darbres et la construction de trois péristyles pour abriter, au besoin, les promeneurs et dont l'on les mettait en vue des exercices d'un manège qu'il avait fait construire pour l'instruction gratuite de Jeunes gens auxquels le service de la cavalerie pourrait offrir quelques attraits. Cet établissement, qu'on appelait d'abord V Académie royale étéquitatùm, fut dirigé d'ahur d par le célèbre Bourgelet et plus lard [>ar un écaycr distingué, M. Merlet^ sur le fronton de ce péristyle , on admire un superbe bas^relief, représentant le char du soleil* que Bordeaux doit au ciseau du célèbre Franceii ; mais ces trois péristyles ne sont plus ouverts au public auquel Touray les avait destinés.

ÂnnaUi Ce grand jardin a servi pour toutes les réunions populaires ^'^P^W^' de Bordeaux» pour toutes les réjouissances oliicielies, où le peuple oublie un instant ses peines et ses misères, pour s'étourdir un moment dans l'ivresse des plaisirs. Au mois de mai 178i, on y fit partir un aiéostal , mais celte espérance eut une issue déplorable. Le i6 juillet suivant, MM. Darbelet. Chalifour et Desgranges eurent le courage, il faudrait peutêtre dire la témérité, de tenter une nouvelle expérience aréosLatique ; le ballon, qui avait 13 mètres de diamètre, les emporta dans la commune de Pugnac, près de Bourg, où ils effectuèrent leur descente, sans accident, sans danger. Cest dans ce jardin que l'on vit se réunir, le 20 juillet I7<S9, [)1il> de 30,000 citoyens, qui, électrises par les harangueurs du jour, Fonfrède et cùMon , délibérèrent de former dans noire cité une gaide nalioiiale, à l'instar de celle de Paris. On reconnaissait alors comme aujourd hui les talents et les

mérites de Xouroy mais, quelque puissante que fût sa vo- i^'^''^^ ^ loDié, il se vil souvent contraint de céder aux circonstances, ^^''j^^* Il aurait vonln donner a ce jardin plus de iLi^ularité synictrique; mais il ue pouvait pas tout faire; il le décora do son mieux, y établit des berceaux de verdure et y créa des ombrages délicieux ; il y mit un jardinier soigneux, des sentinelles aux portes, et publia des ordonnances rigoureuses contre les dégradations et leurs auteurs; mais, quelques années plus tard, cette louable sévérité de Tautorité dégénéra en concessions, qui, à leur tour, engendrèrent des désordres et de regrettables empiètcmenls et liàtèrcat la ruine de ce lieu de plaisance. Cest dans ce jardin que, par un baptême républicain, on appelait le Champ de Mars, que les Bordelais, terroriliés par nos proconsuls, s'assemblaient tous les ans, célébraient Tanniversaire de la prise de la Bastille, le 10 août 1792, la chute de Robespierre et tontes les fêtes nationales; c'est là qu'on élabliL les autels de la patrie, que les serments civiques furent prononcés et les banquets célébrés; c'est là qu*on inaugura, dans le pays, au milieu des fleurs odoriférantes, cette sanglante révolution qui, saluée en naissant de cris de joie populaires, a fini par dévorer des fortunes et se vautrer dans le sang de l'élite des Bordelais. Les fleurs et les arbustes étaient devenus inutiles; tout était à la guerre ; les péristyles tombaient en ruine, les charmilles coupées, de gros arbres sciés; les allées d^radées, le magniflque parterre du centre détruit, etc., etc. Tontes ces belles choses paraissaient trop aristocratiques; les réj)ublicains ne se plaisaient (juc dans les ruines, et ce jardin garda son, nom de Champ de Mara jusqu'à la Restauration, en 4814. Singulière condition que celle de ce jardin de plaisance, créé comme lieu-d^amusemenU innocents et agréables : il a été profané par des hommes do sang, les terroristes de 1793 1 Lieu de paisibles réjouissances, il devint un Champ de Mars et garda longtemps ce nom ; il a subi toutes les vicissiludcs de la politique, tous les égaie-

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Limviif. ments de la raison populaire, tous les caprices des révolu- Cbap^d. tionnaires et des dupcurs du peuple! On y voyait, dans le temps, des vignes, des prés, des pièces de terre eo culture, des maisoDoettes; plas tard« c*est là qu'allaient promener leur oisiveté les courtisans de Richelieu, les favoris de la fortune; là déclamaient en plein air les fougueux tribuns de 1793, les vils orateurs de nos carrefours, les disciples de Marat, les amis de Lacombe, les adorateurs de la déesse Raison! Là paradaient les éblouissantes légions de Na])oléon I*^ et jHii ennemis, les détracteurs de sa gloire, les Anglais, avec l'anti* catholique et Tanti-français Wellington ; là, on voyait an temple élevé à Terpsichore ; un peu plus tard , dans des jours plus sereins, la pieuse duchesse d'AngouIémc, dans tout son bonheur, et, quelques jours après, dans la tristesse et le désespoir ! recevant un jour les vœux empressés de ses ennemis déguisés ou de ses amis indécis, qui abandonnèrent, avec la fortune, cette femme forte, Théroïne de la douleur, l'orpheline du Temple; cette femme au cœur d*homme, dont le regard foudroyait les ingrats qui déshonoraient la ville du \% mars, qu'elle aimait et qu'elle ne quitta qua regret 1 U encore courait le peuple égaré, en 1830 et même en 1848, .pour célébrer l'inauguration de la seconde République, la naissance de cet avorton, qui vint au monde dans un berceau de fleurs, pour être, bientôt après, étouffé sans regrets dans les prisons ou affamé dans l'exil !

Depuis 4850, on parlait d y établir le Jardin-des-Plantes. Ce serait une excellente idée et une métamorphose agréable; avec le temps et le concours de nos savants. Bordeaux n'aurait rien à envier au Jardin-des-Planles de Paris.

Aujourd'hui, les Quimomes sont le Tendez-vom des promeneurs, des convalescents et des enfants surtout, qui s'y livrent, sans contrainte, sans contrôle, à leurs joyeux ébats; on y accourt pour voir les revues militaires el pour adiiiirer les évolutions de nos i-^iments; on y construit parfois un

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palais de rîndustrie et des arts, et c*est là encore qu*OD monte, Livre viii.

pour nos deux gi andc.^ loires, les Ijarraques des marchands, ^^^'P^^' les tréteaux des acrobates, des salUmbanques, des comédiens et des histrions ambulants I Que nous sommes loin de Louis XIV, de Vauban et de leur Chûteau-Trorapette !

Le Jardin-Public csi devenu aujourd'hui un jardin de plantes, et cette désirable et agréable transformation s'est effectuée avec un succès merveilleux. On y a admis le public cette année (1858), et les Bordelais y trouvent non seulement une promenade délicieuse et instructive , mais aussi les produits infiniment diversifiés de climats divers , des arbustes et des piaules exotiques , les fleurs, les véi;6laux des régions tropicales et des pays étrangers, et, au milieu de ce jardin, qui est déjà l'un des plus beaux ornements de la cité, on a construit une magnifique serre , dont les proportions grandioses ii'ôlcnt rien à l élégance; c'est un palais de cristal, avec ses él^nts pavillons aux bouts et son dôme construit au milieu sur des proportions imposantes, qui s'harmonisent à merveille iivec les autres parties de cette gracieuse conslruclion. On admire déjà dans les pavillons quelques arbustes verts de pays étrangers.

Le seul défaut qu'on peut trouver dans cette construction, c'est qu'elle coupe en deux le jardin , déjà trop petit, et détruit la perspective d'un c6lé du jardin à l'autre.

Au milieu de cette création de Undustrie humaine, oh l'art a souvent simulé la nature , une rivière artiliciclle du j)lus gracieux eilet, qu'on pourrait appeler la Nouvelle Bivona (1),

(I) La Dh0M ou la Source ûet IHeitx, du temps des Romains, était considérée commo on bienfait dtt ciel, et de Ui vient son nom. Ses eaux, dit Ausone, étaient introduites en ville par des voies mystérieuses et souterraines, et, de leur vaste bassin ou réservoir général do marbre blanc situé derrière Saint-André . b otk Ton a bftU leclocber Pey-Berland, eUes s*écoaUiient par plusieurs canaux dans dos directions différentes de la populeuse cité. (Voir notre dissertation sur ce sujet. Hiitoire de Bwrdewx, tome I, pages 68 et 63S.)

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Livre VI If. serpcDte entre des bords ornés de verdare ou de fleurs déli- ' cieusement colorées, qui semblent pencher leurs calices vers

les limpides eaux de ceUc nouvelle Aiethase, pour bu mirer dans leur cristal ou se rafraîchir dans l'air qu'elles humectent en passant.

Caïutl latéral il Nous ne croyons pas devoir oublier dans noire travail le

la Garonne. i , / • ^ • ... , .

canal latéral a la Garonne; travail gigantesque, cesl le complément de la pensée de Riqneti; il peut, dans nos contrées, être justement considéré comme le monument du XIX* siècle. L'extrait suivant, que nous empruntons à uu rapport de M. le préfet de la Gironde, en 4855, renferme tout ce qui pourra intéresser nos lecteurs :

« Le développement du canal latéial à la Garonne est de ^09 kilomètres, y compris un embranchement de 1 1 kilomètres sur Montaoban, et la prise d*eau navigable d*A$en, dont la loniïueur est de .'i kilomètres.

» La pente totale de la ligne principale, qui est de 128 mètres 07 centimètres, est rachetée par 53 écluses.

» Un décret du ^4 aoftt 188^ a concédé à la même compagnie les cheuiins de fer du Midi et le canal latéral à la Garonne. Aux termes du cahier des charges, les portions terminées du canal doivent être remises à la compagnie au fur et à mesure di» leur achèvement, el la totalité au 1'*' avril 18ÎS6, au plus tard,

» La durée de la concession est fixée à quatre-vingtHlixneuf ans, à dater du 24 août 1858, en sorte que TËtat rentrera en jouissance de cette voie navigable au 24 août 1957.

» Déjà la compagnie a reçu livraison, le 7 juin 1853, de la partie comprise depuis la Baïse jusqu'à la limite du départcnient de Lol-el~(iaronne.

» Dans ce département, en effet, le canal est complètement terminé et ouvert à la navigation , mais avec un tirant d*eau réduit dans les biefs du Mas el de Meilhan.

» Dans le courant de l'année, ou a terminé les travaux, ci

on a procédé a la mise en eau de la nonvelle voie avec toutes Livre vni. les précautions qu'exige on canal encore frais. On s^est aussi appliqué à irancher les iillratious partout où elles pouvaient exposer les digues à quelque danger de rupture*

» Dans le département de la Gironde, on a achevé les travaux déjà fort avancés de Bassanne , Caslillon et Castcts; on a aussi exécuté les ëtancbements, la plaulaliou des digues, Tompierrement des chemins de halage, et procédé a la mise en eau. Tous ees travaux seraient aujourd'hui terminés, si la crue extraordinaire du mois de juin dernier n'y avait causé quelques d^radations. Lo dommage a été évalué à 30,000 fr*, et Tadministration s*est empressée de fournir cette somme. Aussi la réparation des avaries touche-t-elle, uujourd iuii, à son terme.

» Le 9 octobredernier, quoique les ouvrages ne fussent pas

encore complètement achevés, les ingénieiii s ont pu ouvrir la navigation, à titre provisoire et avec un tirant d'eau réduit dans quelques biefs à 4 mètre, sur toute la ligne non livrée d la compagnie concessionnaire, entre la Baïse et Castets, et sur un développement de 58 kilomètres. Alors, pour la première fois, les bateaux ont circulé librement dans toute l'étendoe du canal et de seâ embranchements. Ce premier essai a duré deux mois. Pendant ces deux mois, l.i masse de marchandises transportées par le canal, entie la Baïse et Castets,

a été de 26,028 tonneaux à la descente,

et de 13,807 — à la remonte.

Total. . . . 39,835 tonneaux.

» En décembre 4854, cette portbndu canal a été fermée au

public pour que les ingénieurs pussent jiarachovor les ouvrai^es dans le voisinage de Tembouchure. Eniiu elle a été ouverte le 30 avril dernier, mais toujours à titre provisoire et avec un tirant d*eau de 4 mètre.

» On augmente successivement cette hauteur avec toutes

nouvelles»

Livre viii. les précailUons que la prudence exige, et les ingénieurs es[)erenl qu'avant peu le mouillage normal de % mètres ^0 centimètres sera atteint sur toute la partie non encore livrée à la

compagnie.

Le canal aura coûté 61,460,000 fr.» dont on aura dépensé 4»956,009 fr. 67 c. dans le départemenl de la Gironde. » Fontaines LHntroduction et la distribution en ville des eaux provenant des sources du Taillan sont encore une des plus grandes merveilles de l'époque. Les vœux de Bordeaux sont enfin satisfaits, et l'administration qui a mené à bonne fin cette utile et gigantesque entreprise, a de grands droits à la reconnaissance de la génération actuelle et de ia postérité.

Le 45 août 1857, la population, heureuse et enchantée, vit jaillir Tean tant désirée des fontaines monumentales des allées de.Touruy et la belle gerbe du bassin de l'hémicycle des Quinconces.

Ce bassin a près de 400 mètres de circonférence, et seulement 50 centimètres de profondeur, à p.ii Lu du niveau du sol. 11 est entouré d'une muraille en béton formant talus, qui saillit de 60 centimètres au-dessus de ce même niveau. Le fond est couvert d'une bonne couche de béton. Les eaux de la gerbe s'élèvent à peu près à la hauteur de 10 mètres et fournissent, dit^n, 460 pouces fontainiers, soit 34 litres par seconde.

Après la messe du 15 août 1857, le cardinal-archevêque se rendit processionnellement de la primatiale à l'hémicycle des Quinconces, pour bénir les eaux provenant des sources du Taillai!. La place était raagnifiqucnient ornée de niAts vénitiens ornés d'écussons , entourés de drapeaux, doritlammes de toutes couleurs. M. le Maire , dans un discours bieo écrit, fit l'historique des projets faits pour mtroduire des eanx a Bordeaux. Le cardinal-archevêque parla long- temps sur le même sujet, qu'il envisagea sous un point de vue religieux. Les eaux du Taillan , dont on se sert aujourd'hui à Bor-

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