Livre 111. Chap
Livre Tiî. caraclorc saillant , se passait huit jours avant le mort de chap. 1. ^^^^ ^^^^ ^ prince que ses bourreaux appelaient le ty~ im ^^^^ postérité, moins passionnée, salue déjà du
nom de restaurateur de la liberté en France , j'allais presque dire de martyr de la foi*
L*arrét qui condamna l'infortuné Louis XVI à la peine de mort, fut prononce a la majorité de 3GG voix sur 1%\ votants, au lieu de 750 qu'ils devaient être, suivant la composition de la Convention. Onze représentants étaient absents sans congés; ils furent censurés au procès-verbal : si pl absents piucommission, quatre ne voulant pas voter ; dix étaient malades, et un mort.
Voici la nature du vote : un pour la mort, en résersant au peuple à conmiuer la peine; vingtr-trois pour la mort, en demandant qu'on examinât s*it serait convenable d'accélérer ou de retarder l'oxéculioD; huit pour la mort , ot sursis jusqu'à l'exclusion de la race entière des Bourbons ; deux pour les fers; deux pour la mort, avec sursis jusqu'à la paix, ou exécution dans les vingt-quatre lieures , dans le cas ou une des puissances étrangères envahirait le territoire français; trois cent dix-neuf pour la détention jusqu'à la paix ; trois cent soixante-six pour la mort sans restriction.
L'arrôt prononcé, M. Deseze, de Boixleaux, se lève, et lit un écrit de Louis XVI, ainsi conçu : « Je dois à mon honneur, » je dois à ma famille, de ne point souscrire à un justement » qui m inculpe d'un crime que ma conscience ne me reprociie » point. Je déclare donc que j'interjette appel à la nation elle- » même du ju£!;omcnt de ses représentants, n
Desèze appuie cet appel , et dit : « Citoyens , ne donnez » pas à la France, et au monde, le spectacle douloureux d'un » arrêt de mort prononcé à la msyorité de cinq personnes. » \à\ Cohs ention rejeta le sursis et l'appel au peuple. Sur la question du sursis, 340 votants sur 090 se prononcèrent pour le sursis, et 380 pour Xeœécutim prompte.
Le mi (iemanda tix>is jours pour se préparer à paraître de- Livre m. vaot la Biajesté Divine; les barbares rejetèrent cette demande, et ajoutèrent : « La nation française , aussi grande dans sa 1793 1 bienfaisance que rigoureuse dans la justice, prendra soin de » sa famille et lui fera un sort convenable. » Ce sort convenable, nous le (-(miKii^sfuis : la iiiort de la reine, la < aplivit(5 sans exemple et la mort du jeune prinee, les infortunes de la dochesee d'Angouléme, nous ont fait connaître la mesure de llnuDanité des conventionnels et des républicains!
Nous verrons plus bas la part qu'avaient prise nos Girondins à ce déplorable arrêt.
U nouvelle de la mort <hi roi jeta la eonstomation parmi les personnes bien |K'nsantes à Bordeaux , et rej)aiidil la joie pamii tes ultra-démocrates : chez les uns, c'était \p désrsjwir; chez les antres, le triomphe de la démocratie, la république, enfin, assise sur sa base définitive.
Le supplice de ce prinee infortuné exalta à Textréme Hrntabiiité de nos r(''pul>lu aines; elles wri virent à la (lonvcntion nationale une aiiress<^' que nous croyons devoir reprcwlnire , ^ non comme document historique d'une grande importance, du moins comme tableau des mœurs et échantillon de l'éloqoence de nos républicaines :
«t A LA CONVENTION KATIONALB.
> Bunleaiu, 7 février 1703, il* de la république.
» REPaÉSENTA>iTS PU PEUPLE FRANÇAIS,
» Trop lâche pour résister à la volonté nationale, le traître ArrhJus > Capet ourdissait dans Tobscurîté la trame fatale dont il vou-
^ lait nous enlacer. Trahissant tour à tour les amis de la » patrie et les itansfugesdc (j)bleiitz, il appela. fK)ur combler » le déficit, cette nation généreuse qu'il venait de ruiner sans * podenr. Bientôt , craignant qu'elle ne reprît un pouvoir » Qsnrpé par des siècles de tyrannie , il veut dissoudre une
de
rUùtel-de-Villc
Livre lU. souveraineté supérieure à la sienne; il environne de baïon- » nettes menaçantes les représentants de vingt-quatre millions 1 793 » d'hommes : iear fermeté n'en est point ébranlée. Tranquilles » an poste qui leur avait été assigné, ils attendirent la mort » en ne souscrivant point à Tesclavage. Mais le despote avait » trop compté sur l'aveugle obci^Hiiicc des soldats éclairés par » l'amour de leur pays; ce n'étaient plus des êtres passifs, » mais autant de citoyens prêts à défendre leurs frères, leurs » concitoyens. Le vœu public s'était prononcé. N'espérant plus » reprendre ouvertement un pouvoir arbitraire et un sceptre 1» odienx , couvert du sang des vainqueurs de la Bastille , il » accc{)te le j>ouvoir léi^al que lui confèrent les députés de la » nation; il promet de la rendre heureuse en faisant exécuter » les lois faites par elle; mais en secret, soudoyant ses ennemis » avec ce même or qu'il tenait de sa magnificence, prot^eant » des prêtres factieux qui semaient dans l'intérieur le trouble » et la discorde , il payait au dehors les émigrés rebelles : » une garde licenciée , mais toujours à ses ordres , les a trop » bien exécutés le 10 août. Était-ce |X)ur leur indiquer de » nouvelles victimes, qu'abandonnant ses complices sangui- » naires, il esquive le combat ordonné par lui-môme et porte » dans le sanctuaire des lois une téte coupable? Il croyait, » sans doute, les vonr bientôt paraître dégoûtants du sang des » Français, porter leurs mains, exercées aux forfaits, sur les » pères de la patrie; étciudie avec leur vie la liberté, l'éga- » lité, tons le«« fruits de la révolutii>n ! semblables à ces honle> » barbares qui plongèrent les sénateurs romains , vieillards » désarmés, sans défense, dans la nuit du tombeau! car qael » crime peut coûter à celui qui tourne les armes contre sa » patrie? à celui qui ordonne le carnage de ses sujets? Et la » déchéanciî eût assez puni tant de forfaits ! Et la réclusion ou » le bannissement eût assez puni celui qui lit verser taDttJr » sang! celui dont les haines perfides nous ont entourés d'eo- » nemis! Nonll! sa tête devait tomber. Représentants, vous
» avez rempli le vœu de la république; \uu» avez été justes, » et la lyraimie n est plus.
» Signé : Ahias, présidenle; Papon, vice-prémiente ;
» Béchadb-Tuounens, sccre/atre; Souauc, » s<m-secrétaire, »
A ce désn!(li(» , qui avait passé des esprits dans les faits, et qui régnait , non-^ulement à Bordeaux , mais sur toute rétendae de la France^ il faut joindre les dangers du dehors et les |)réocciipalions d'une guerre générale avec presque toute lEurope. Le peu de commerce que les négociants pratiquaient se trouva forcément interrompu : Tindustrie foi anéantie et l agricu Hure abandonnée. Les subsistances étaient rares; elles mantiuercnt alors presque conipietcmcnt , comme pour accroitre le mécontentement, le désespoir du peuple et les embarras de radministretion. Vingt-trois carji^isons de blé , achetées par le gouvernement, avaient été [)rises ou retenues en mer par les Anglais ; c'était une déplorable fatalité qui pesait comme un remords sur la nation régicide ! On souflrait (ie> tortures morales et physiques : on mourail de faim ! Pour prolonger une misérable existence , il fallait imaginer une nouvelle composition de pain, qui offrit à la fois une économie de la iiuitière première et un aliment sain et assez nutritif. Après plusieurs essais, on s en tint au mélange suivant :
1 Boisseau froment,
1/2 Boisseau baillarge,
4/4 Boisseau fèves,
4/4 Boisseau blé d'Espagne.
Triste ressource , nourriture insuffisante ! Et , cependant , heureux encore ceux qui pouvaient en avoir! Dans quelques localités, on faisait bouillir la paille avec du lait; dans d'autres, on mélangeait avec du son le chiendent et d'autres herl)es; dans certaines campagnes, on se disputait les racines des plantes légominenses : partout la désolation, la lutte entre
Livro Ul.
Ghap. 1.
Ltvrciii. la vie et la mort! Quoique la iiiiniicipalitc eût cessé pendant chap. 1. temps de payer rindemnité qu on accordait aux boulangers , 1793 elle se vit forcée d'y recourir encore, et même d'emprunter pour cet ohjet une soiuiue de 1)00,000 iV.
Ces emprunts successifs et onéreux ruinaient les ressources de la ville, sans faire disparaître la cause du mal ; car les habitants de la cauipague , harcelés j>ar les impitoyables besoins de la r^nni , trouvaient à s'approvisionner à Bordeaux à un prix moindre que dans leurs localités; ils y affluaient de toutes parts, et enlevaient de chez les boulangers le fiain qui devait servir à la nourriture des habitants de lu ville seulement. Un y voyait accourir de quatre , six et sept lieues de distance , des vieillards qui ne tenaient que par un fil à la vie , des femmes nourrices ou courbées sous le poids des années, amaigries, exténuées et succombant quelquefois en route sous les dures étreintes de la faim. On souffrait de voir de jeunes gens énervés, de jeunes lilles à joues iiàves, au teinl pâle blafard, à l'œil morne, sans feu, sans mouvement, qui venaient demander un.morceau de pain, pour disputer encore que!(|ues jours leur miséral)le vie à la mort! On nmltipliait les entraves, les difficultés dans l'obtention de quelques miettes de pain : c'étaient des cartes, des certificats des maires des communes oi!i résidaient les nécessiteux; niais la faim surmontait tous ces obstacles ; et comment , d'ailleurs , l'empêcher d aller crier misère à toutes les portes! On les renvoyait avec un pain de cinq ou six livres; mais qu'est-ce qu'une si misérable pitance pour une famille affamée? et il arrivait quelquefois que le commissionnaire avait tout dévoré avant d'arriver à son domicile, oh une famille l'attendait avec une impatience qui croissait en raison de son désappointement, et qu'elle ne soulageait que par des larmes !
Le cœur navré de ce spectacle déchirant, les administrateurs ne savent que l'aire. Ils qutent, ils eiiipruntenl, ils foui appel à tous les nobles sentiments; mais les besoins se rcnou-
vellent et se multiplient, et les ressources tarissent ou ne Livre ui. >uliiiieQl plus. La municipalité fait appel à la pai lu; eciairée des sections, et réclame leur concours pour mettre un terme 1795 à des scènes si déplorables; elle leur fait comprendre que ^q^^ ^. le sacrifice annuel de 1,300,000 tr. qu'elle s était imposé jQsqae-là pour frais d'indemnité, avait absorbé toutes ses ressources, ainsi que le produit de la vente de quelquc&-unes (le ses pn>[)i iétés; que cette indemnité dangereuse, imf)olitique et insuffisante, ne pouvait se continuer; qu'il iailait r^er le prix du pain sur le prix du froment, et laisser à la liberté des transactions le soin d'en moflifier le cours; mais que la suppression do l'indemnité accoitléc aux boulangers devant entraîner l'augmentation du prix actuel du pain, ce rhaniicMuent ne pouvait s'elîectuer probablement sans occa— aiOQiier peut-être quelque trouble, et qu'il était important, par conséquent, que les sections ne désemparassent pas et s'efforçassent d'éclairer le peuple sur sa position et sur la nécessite d une pareille mesure.
La conduite de iamunidpabté, dans cette circonstance, était digne d*éloges. C'était agir avec un esprit de prévoyance, de diaoemement et de sagesse. Elle publia des j)roclamations pour prévenir le peuple de l'état des choses et des remèdes qu'on y ap|xirtait. Les sections aussi prévinrent le [)euple, par des avis, de l augmeutatiou qui devait avoir lieu, et tout faisait e^iérer que cet incident se passerait, si non sans muriDiires, an moins sans trop d'effervescence. Il n'en fut pas
aiusi.