CHAPITRE PliEMlER
CommeneemêDt àa 1798. — Une nouTelle numieiptlité. — Faim, mifèK et tritte position dos Bordoltls.— Le canclère des Bordotais elungo, et, ayoc lui, les bmi» dos rues» les ploces» etc., etc. — Réonion des Amis de la Liberté» etc.— Rapports d*iiDe femme républicaine. — Son alloeuUon an drapeau tricolore. — Adresse de nos républicaines b la ConTontion. — Disette b Bordeaux.— Situation affreuse de latUlOtete.
1799 Nous voici arrivés à une époque funeste, à 1793 ! Le nom
seul nous elace le sang dans les veines; car c'est avec k;; irjffoir« liirnies dos Bordelais qu'on en devrait écrire les annales! def Erreur* et L'Âssemblée législative, dit Prudhomme, commença le octotomes 3 et 4, terminée le 27 septembre i 792. Dans cette jkm iode,
p. 109. il périt en France huit mille quarante-quatre individus, sans y comprendre ni les soldats qui sont morts dans les combats contre les ennemis de Vextérieur, ni des femmes qui furent aussi sacrifiées. Jl est désolaul d'avoir à constater ces déplorables suites de nos dissensions; mais quel pénible sentiment n'éprouvera-t-on pas en lisant les crimes, les forfaits qui ont ensanglanté les places publiques de toutes nos villes, et, cheï nous, la place Dauphine, pendant la terreur de 4793 I
Nous voudrions passer sous silence cette lamentable époque. Nous voudrions ensevelir dans l'oubli tous les crimes, excuser toutes les fautes, jeter un voile sur les lâchetés des
uns, les faiblesses des autres, les craintes de tous. Nous vou- i^iwi m. dnoQSDOos taire ; hélas 1 il n'est pas possible : nous, écrivons ^* rhîsloire, et c'est à son flambean que , dans nos recherches 4^93 de la vérité, nous allons éclairer nos pas, pendant que nous marchons dans la boue pétrie avec le sang des Bordelais I Avant de continuer notre récit, jetons un regardf sur l'étal Archives
. / . . . . , . . de
intérieur de notre ville. L'ancienne inuiucipalilé ne paraissait ruôtd-de-Villô pas à la hauteur des circonstances actuelles; on la remplaça note is. par une nouvelle.
La comaïune de Bordeaux avait demandé et obtenu des secours de l'Assenibiée nationale ; mais la Convention se sen** tant peu à son aise, les supprima subitement, et laissa les . Bordelais pourvoir à leurs besoins. Privée de cette ressource, la nouvelle municipalité se vit dans LelTrayante nécessité de opprimer l'indemnité qu'elle accordait aux boulangers; ceuxci ne pouvant pas faire de grands sacrifices tous les jours, et ne voulant pas eomproraettre leur fortune, menacèrent de ne plus âtire de pain. C'eût été désespérer le peuple et le pousser à tons les excès; car comment résister aux terribles exigences lie la lami I 1^ meilleure volonté du monde eut été paralysc^c chez eux, par les mille entraves que leur commerce rencontrait, par l'opposition constante ipie mettaient la plupart des aiijiiiuincs voisines au passage des grains et des iarines; cétaient des conflits de municipalité à municipalité, qui n'aboatissaient qu*à augmenter la détresse générale et à prouver qnp, si la fraternité est rarement pratiquée dans les temps onlmaires, elle nest plus qu'un mot, nous pouvons dire un aoft^MiM en temps de crise. Gomment, d'ailleurs, fonder des espérances sur la récolte ? La Gironde, complantée de vignobles, ne produit que peu de céréales, et ne saurait se suflire à elle-même; l'agriculture était d'ailleurs négligée, ou, pour mieux dire, abandonnée. La jeunesse, avide de nouveautés, surexcitée par l'amour de la gloire , et croyant voir revenir l'âge d'or, s'envolait gatment loin de ces campagnes qui ne
Livre m. pouvaient plus la noun ir. Lo pain dos camps était bon, et le GiMp. I, |^|.jjjgg2^j|^ p^^g léger que les instruments du laboa—
1705 ^S^' ^ jeunes gens qui restaient voyaient tout leur temps absorbé par une multitude de fêtes civiques, de cérémonies et d'usai^es j>ai'ticuiiers à la république ; ils quittaient rarement le fûsii pour la charrue, et comptaient bien déjà que si, dans le siècle d'égalité, la faim venait les étouffer dan^ ses rudes étreintes, le cbâteau serait tenu de nourrir la chaumière!
Ainsi, la raison humaine semblait avoir abdiqué, et les
hommes, ne la connaissant plus, s abandonnaient à toutes sortes de folies 1 Tous les esprits tendaient vers des innovations plus ou moins cxcentri(|ues ou puériles : ils n'avaient qu'un but, c^^lui de détruire. Ueconshuire, cetîul hop aristocratique. Amis de la sainte égalité, ils voulaient tous s'asseoir sur des ruines ! Des mots nouveaux furent donnés aux choses anciennes. Le collège de Guicnne, autrefois l'orgtieil de Bordeaux , était devenu le collège naliomL On lit frapper des médailles pour être distribuées aux élèves; sur Texerguc, on grava les ïnots : espoir de la patrie, et sur le champ : mœurs, vertus, laknU. Puis l'administration n'ayant pas de quoi sc^lder les professeurs, leur abandonna, avec une coupable insouciance, les revenus du collège. Dans l'une des séances du conseil-général, on proposa de détruire toutes les [K)rtes de \ ille, sans exception, comme entachées, sans doute, du péché d'origine féodale; mats leur haine pour le passé se borna, pour le moment, à faire disparaître les [K)rt(»s trop arislocrati(iues : celles dites Dauphine, Richelieu, S^-Germain, ainsi que les élisantes grilles de la Bourse, de la Douane et du Chapeau- Rouge. Un évéque remplaçait l archevéque; ils croyaient probablement rabaisser le dignitaire , en ôtant quelques lettres à son titre ! On n'était plus memieur; on s'appelait citoyen, fibre, (n)ii. L«i plujiai t ilrs rues et places avaient troqué leurs noms d'origine historique contre de nouveaux noms sans por-
lée, sans ^^ignitication ; ainsi : la place Ferdinand s'appelait Livre m. place dit Dt'fjartcment ; le nom de place Guillaume'Tell fut snbstilaé à celai de place Rohan; la petite place S^-Andrc de- |^ vint la pface de r Opinion; la grande place S*-André, celle de \à Monta (/ne ; la place S'-Projet, celle des Sans-Culolles; la place da Palais, celle de Brutus; la place Royale, celle de la Liberté ; la place des Capucins, celle des Droits de rHomme; la place SWulien, celle de la Convention; le Marché-Royal devînt le Marché de la Liberté; le quai du Chapeau-Rouge, quai Marat, etc., etc. Nous ne finirions pas si nous voulions enregistrer les incroyables incUiaiorpliuses qu on ht subir a nos rues, toutes plus ridicules les unes que les autres. Nous avons eo les rues de la Frugalité (rue Boulan), de la Lumière (rue S-Bruno), du Réveil (rue de la Chartreuse), ihi Couvent (rue des Natians^UlMres), de Ça-Tiendra (rue de la Chapelle-S^- Martin), de Haine aux Tyrans (xuedes Lauriers), f adore Œyalité ^ruc Monbazon), Vivre libre ou moi/nr (rue Neuve- S'-âeurin) , Plus de Rois (rue Pont-Long) , Ça-Ira ( rue Scgar), etc., etc.
î.a manie d'écrire était à la mode : tout le monde voulait rt^enter la république et transm(;ttre à la dermcre postei itt» ses immortelles élucubrations. Pas decabaretter, pas do barbier, pas de chétif jiedagogue, qui ne s'érigeât en Solon : hommes, femmes, tous [X'roraient, tous écrivaient , tous dén lamaient. On ne saurait se faire une idée de la quantité de brochures, de misérables pamphlets, d'écrits de toutes fiorles. (|ue la prc>>e a vomis dans ces crises révolutionnaires : les discours, les lettres, les circulaires, des Morîn, des Benjamin père, des Martin, des Dorbe, des Thounens, fourmillent dansles archives nimueipales de iiordeaux. Au lieu de publier ces violentes et ridicules productions des têtes exaltées, nous nous bornerons à reproduire quelques passages du procès-verbal de la Société des Amis de la liberté et de régalUe à Bordeaux, séante aux ci-devant Jacobins, le 13 janvier 1793; ils suffiront assez
Livre III. pour faiTC coimaltrc le style et les sentiments des aatear»; *' ^'^^ encore écrire Thistoire du tenifis. 1795 La séaiu'C s'ouvre sous la présidence de la citoyenne Dorbe
cadette. On annonce une députation des frères du club National cl des frères les Surveillants; elle est introduite, et le chef prononce un discours vraiment patriotique et fraternel. Enfin, la prdsidente, après avoir exprimé la satisfaction de l'assemblée, de voir réunis dans le même local tant de frèret etd'«////.s, donne, sur le banquet civique auquel elle avait assisté, les deuils suivants :
« Votre présidente et les citoyens et citoyennes, souscrip- » teurs au banquet, se sont rendus dans le lieu de vos séances * » A une heure, le consul des filats-Unis de TAmérique et les » musiciens se sont rendus; à deux heures, nous nous som- » mes dirigés vers le lieu préparé pour le banquet civique. » La citoyenno pri'sidenteet le consul des Étals-Unis ouvraient » la marche, puis les citoyennes et les citoyens souscripteurs : » nous marchions de deux en deux. Arrivés chez Battot » (restaurateur), les citoyennes et citoyens, nomm^ commisn sairesi ont placé les souscripteurs suivant la délibératioa » prise par la société, que les citoyennes seraient placées d'un » côté de la table et les citoyens de l'autre. On a ser\i la *» soupe au premier œu\) de clochette; le repas était frugal. » Je n'ai pas besoin de vous dire que nos cuillers et nos )» fourchettes étaient de bois; les marques d'union et de în- » temité ont embelli la fêle. »
Puis vient une vingtaine de toasts aux frères affiliés, à la victoire, à la paix, à l'union, i\ la Iratcrnité, etc.. etc. A la lin du re|)as, la pu >ult itt(* chanta un couplet patriotique de sa composition. Kn lisant ces paroles, on voit que si notre héroïne n'avait pas l'esprit d'un poète, elle avait la mâle vigueur et le cœur d'une Spartiate.
poésie pourrait être meilleure; mais les sentiments sont ceux d'une bonne ix'pubiicainc ! Elle ne brillait pas sur le
Pamuse; mais elle étail digne d'aller s'asseoir sur la Montagne 1 Voici ses paroles :
Kupublicains dignes df rî-tre, Armez-vous pour l;i liberté; Allez combattre les Imltres, \mh de la captivité, (his.) FmiK^ais, allez, marchez, victoire, Los lauriers sous vos pas sont semés, Et les traîtres exterminés Nous assurent paix et gloire.
Aux armes, citoyens ! formez tos baUinoos;
HardMx, marches, 40*1111 sang impur abreuve lias siflwns»
Après les frénétiques applaudissements des frères et amis, le consul des Ëlats^Unis fit un discours, à la fin duquel il annonça , c^omme un prophète en proie à ses hallucinations républicaïues, que le jour notait pas éloigné où les hommes seraient libres el heureux 1 Enfin, la présidente cl6t la séance par cette apostrophe , d*iHie poésie sauvage et d'un lyrisme révolutionnaire, au drapeau tricolore :
• 0 drapeau tricolore I reçois aujourd'hui l'honunage de ce » peuple nombreux; et vous, citoyennes et citoyens, répétez h avec moi ce cri de gloire et de boulieur : Vive le drapeau » de la république françadsel
» 0 drapeau tricolore ! sois, s*il se peut, sensible à mes » accents : frémis, agit(*-toi à la voix dt^ ces femmes, de ces » eniants , de ces guerriers, élevant vers le ciel leurs mains » et leurs hommages !
» Trophée immortel, je te salue. Je vous siilm . bannières » augustes, guides du courage, gage assuré de la \ ictoire ; je 1 vous salue au nom de toutes ces républicaines dont je suis » rorarane; je vous salue et je vous consacre dans ce temple » de la liberté, oit chaque jour les Bordelaises viennent brûler » un nouvel encens. »
Cette scène , dont le ridicule et le burlesque forment le