‹ Histoire complète de BordeauxChapitre 34 sur 172 · Livre 111. les mesures qa'on avait prises, on croyait avoir assurp · texte numérisé non relu

Livre 111. les mesures qa'on avait prises, on croyait avoir assurp

^ la tranqiûUité de la ville et du pays, et avoir neutralisé lis

8 Mars.

Areiiives

de

efforts desinaiveillants par le concours de toutes les volonféi.

On se trompait: on coriipriniait le moeontcnteaicnt p(jj)ulaii« ; mais cela en rendit r('\|)l(>siou plus viuiente et plus £;énéral«'. la Mairie. Le lendemain, 8 mars, vers neuf heures du matin, un grenadier du poste de la porte de la Convention (S^-Julien), \iat prévenir la municipalité qu'il s'était formé hors de la ville un rassemblement tumultueux de femmes, marchant en colonnes, en tête desquelles il y en avait une qui battait le tambour, eoiiiiiR' pour appeler leurs amies; que cet atlioupemcnf î^c portait .sur la place des Droits de l'Homme (place des (.apncins). On dirigea aussitôt sur ce point le commandant de la garde nationale, à la téle de vingt grenadiers, et ayant auprès de lui le citoyen Baour, officier municipal. Parvenus auprès de cette singulière arm^, ils haranguèrent les deux ou trois cents femmes qui la coiujiosaient. Ils s ellbrcèrent de leur persuader de se retirer; et, après un ennuyeux écliaiige île demandes et de réponses, elles parurent cuiin disposées à le faire, lorsqu'elles virent arriver d'autres groupes plus ou moin»

nombreux, qui semblaient r('|X)usser toulr proposition d'ac- LlTrellI. commodément ou de retraite. Le cumniaiidaut, vu la faiblesse " Bimiâ*îquc de son escorte, jug^a prudent de se retirer en bon ordre pour chercher dn renfort : mais arrivé sur la place de la Maisou-Commune, ii trouva uuu iuuie minicnse, et animée, selon les apparences, des dispositions les plus hostiles.

Les hommes essayèrent de passer tranquillement ; mais ils forent assaillis de coups tic pierres, et plusieurs d'entre eux forent ^ièvcment blessés. Us réussirent cependant à pénétrer dans la Maison-Commune, dont ils fermèrent les portes; mais la popnlace se vengea de cette retraite sur les vitres, qui lurent eotièremeni brisées. Le tumulte augmenta, les vociférations devinrent plus furieuses; on s'en prit aux portes, qu'on voulait ( uloncer, et tout faisait craindre qu'elles cédassent aux coups de ces forcenés, lorsqu'un renfort arriva fort à propos poor dissiper raitroupement et dégager les assiégés. A son ani\(''(\ loflliciei (jui comniaiulait ce renfort se vit assailli de pierres, de projectiles de toutes sortes. Il ordonna à la foule de se retirer; et voyant enfin que ses sommations et les voies de douceur ne produisaient d'antre v[\v{ que d'enhardir ces anarchistes, il lit tirer sur la iouie uu seul coup de fusil, qui abattit une femme ! Le reste prit la fîiite dans toutes les directions, et le calme se rétablit.

Mais le mécontentement populaire ne sétcignit pas. L'agitation de la rue était toujours menaçante , et d'autant plus expressive , que les besoins allaient toujours en augmentant. Trois cargaiHjuï^ de hh* venaient encore d'être prises pai les Anglais; la Vendée s'était soulevée, et la Ck)nvention avait fait mettre Tembargo sur presque tous les vaisseaux étrangers dans nos ports. A BoKÎeaux, on retint plusieurs nuMies des villes anséaliques. Dans ces pénibles conjonctures, la Convention envoya dans nos murs on commissabe, le citoyen Mazade, pour y organiser deux bataillons et dirii;(M" sur La Rochelle, ic plus tôt possible, un fort détachement de cavalerie, alin d'en î* Part. A. 18

finir avec les Ycndéens. D'autres levées suivirent bientôt cellelà, et malgré les privations de toutes sortes dont ils eurent à gémir, leur caractère belliqueux ne se démentit pas. La jeunesse s^empressa de voler aux frontières; la garde municipale cllc-iiitMiK' , (jui, par la nature de ses devoirs, était chari,'ée de veiller à la sûreté des personn(\s et dv> propriétés, voulut cHre organisée en gendarmerie nationale. 11 se présenta aussi quatre cents préposés des douanes, demandant à grands cris d*aUer combattre dans la Vendée, afin, disaient-ils, d'effacer de Topinion publique les idées de veœaiion firumeièn dont ils gémissaient davoir été les tristes suppôts. Partout c'était un entbonsiasine dont on ne saurait se faire une idée, une fièvre délirante, un mélange d'héroïsme et de férocité, de iierté et de bassesse, d'abné^^ation et de folles exigences, de scepticisme et de crédulité. C'était quelque chose teliement extravagant que Tesprit public de Tcpoque , qu*il serait aussi impossible de fanalyscr que d'enchatner les éléments. La population de Bordeaux, ordinairement si paisible et si duua', changea, pour ainsi dire, de nature. Faire une révolution et s'y acharner comme les Parisiens, c'était subir une influence étrangère, renoncer aux douces habitudes de leur état social, donner un démenti aux traditions domestiques, et cesser, en quelque sorte, d*étre Bordelais. Aussi, nous ne nous étonnons pas de rencontriM". après la pression des terroristes, tant de fâcheuses disparati's entre les hommes de et ceux de

4793. La peur, la crainte de l'exil, de la persécution, de la misère, de la mort, les exigences éternellement renaissantes des Jacobins, le désir de transmettre ses propriétés à ses enfants, ont étouffé chez un grand nombre les nobles sentiments de leurs ancôtres, et laissé des souvenirs que l'histoire évoque, au grand chaa:rin de leurs descendants. Nous admettons

^'olontiers des excuses; mais nous devons enregistrer lc> faits.

La Chambre de commerce de Bordeaux possédait alors une

soitc de portraits de nos rois et princes, et de plusieurs personnages de distinction, peints par Rigaud et antres célébrités artistîqties de Tépoque. Cette précieuse collection lui venait, soit coumie don dos personnages eux-iiièajes, soit eomme legs da financier jBeaujon; on la gardait avec soin. Mais 1793 arrive : il fallait se montrer à la hauteur des circonstances, se faire Jacobin par force, et oublier et effacer les souvenirs, que la gratitude envers les donateurs devait raviver toujours. Nous allons voir en quels termes les citoyens composant le tribunal de conimeree de Boideaux eu écrivirent au conseilgéttcral de la commune :

« GlTOTENS MaGISTMATS,

» La France républicaine a dû, comme à Rome, faire dis- scptemtire.

> paraître tous les signes de la royauté; et c'est dans cet » esprit que le tribunal de commerce a substitué dans son » enceinte les emblèmes de la liberté à tout ce qui pouvait

> rappeler les souvenirs de la féodalité et de la servitude. De

» môme, les portraits de rois, de reines et de ci-clevant prin- note u. » ces, fiu^ent relégués, par nos prédécesseurs, dans la pous- » sière d'un galetas de la Bourse, comme le leur prescrivait » alors la loi. Mais ces (portraits existent; et à peine en avons- » nous eu connaissance, que, d'une main révolutionnaire, nous

> allions en faire justice. Nous n'aurions pas été arrêtés par » lesr^rets des artistes, qui répugneraient à la destruction 1» de ces ou\Tages, qu ils sa\ent être, pour Ja plupart, des

> morceaux finis; mais on nous a fait observer que ce n'est » pas à nous qu'il appartient d'en disposer, vu que, provenant » <'n ijrande partie d'un legs du financier Beaujon, en faveur » de la ci-devant Chambre de Commerce, qui est supprimée, » ce doit être aujourd'hui une propriété nationale.

» Vous reconnaîtrez tout ce que peut et doit notre zèle f dans la dénonciation que nous nous em[)ressous de vous

> faire de ces portraits. Nous vous prions de l'accueillir et

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