Livre ni
Chap. i.
Livre III. » d'en faire registre , m témoignage des vrais sentiments Cbap. 5. républicains, membres du tribunal de commerce,
1 » Signé : JocBvo^AvBBrr, président; Gbamhont,
» Crozillac. »
Ainsi, ia faiblebsc d'une part, la crainte de tous les maux possibles sous le règne de la terreur, la loi même faite et exécutée par tes Jacobins, dominaient entièrement des hommes souvent honora bits, et les rendaient, malgré eux, complices des turpitudes, des lâchetés et des monstruosités de ces temps néfastes. On n*était pas à soi ; la liberté n*était qu'un mot. Lu courant irrésistible entraînait presque tous ie^ hommes, même les représentants que la Gironde «ivait chaînés de défendre tous les intérêts de Tordre social à la Convention.
Les députés de Bordeaux étaient alors presque tous des hommes très-remarquables; mais parmi eux se distinguaient, en pr^ière ligne, Vergniaud, Guadet, Gensonné, Boyer-FonficMlc, draniîeneuve, Ducos, etc., etc. C'étaient presque tous des avocats, de grands talents oratoires, des esprits ambitieux du pouvoir, désireux de renverser, sans prévoir, sans se demander combien il leur en coùtciait pour reconstruire, voulant abaisser le pouvoir royal, et même s'en passer au besoin, pour y substituer un gouvernement républicain, fondé sur ia liberté, ré4j:alité, et tous les autres sentiments les plus généreux de l'esprit humain; un système gouvcrnenieutal oîi tous les hommes allaient être heureux sous le seul, le doux empire de la loi : la France allait être V Eldorado de ces imaginations brillantes, qui se berçaient de rêves dor que le ^tcmps a prouvés trop irréalisables.
Entraînés dans le tourbillon des aflaires plus loin qu'ils na\ aient voulu, les Girondins se virent jetés dans tous les excès de la démagogie.
Us rencontrèrent sur leur route les Jacobins, amis de Marat, les turbulenb pai u^ans de la démocratie brutale du plu:i
fixand nombre. La lutte fut >aiiglanle, et la victoire long- Livre MI. temps incertaine. Autour des Girondins se groupèrent près- ^^^* ^' qne tous les hommes distingués par leurs lumières, leurs 1795 viTtus (1 une honoraljle vie. Autour de leurs adversnires, on ne voyait que des misérables, sans mœurs, sans fortune, sans considération; mais hardis, ingouvernables, désireux de niveler la s<jtiété, ne rêvant que légalité absolue et le rèi;ne de la lie du peuple, lanarchie en action. C'était la lutte parlementaire la plus opiniâtre, la plus célèbre, dont il soit parlé dans les annales de la France ou du monde.
Jeones, sans expérience, mais visant au beau idéal eu fait de systèmes politiques, nos représentants ne voyaient que la Constitution de 1794. Le jour oîi elle fut înaui;urée avait été à leurs yeux le plus beau qui eût jamais lui sur la France. Le mouvement des idées était précipité; il fallait le modérer et s*en rendre maître. Ils l'accélérèrent, au contraire, et prouvèrent qu'au lieu d'être des hommes d'État, ils n étaient que des tribuns, des agitateurs incertains et imprévoyants. Ils Toalaient du nouveau, mais sans connaissance des hommes, des circonstances et de leur siècle; ils ne prévoyaient pas les dangers de l'inconnu où ils se précipitaient si élourdimcnt. Leurs brillants talents électrisaient la Convention et le peuple, lis devinrent le noyau d*un grand f)a! li, qui prit le nom de Gironde, ou Girondins. Rousseau était leur idole; le Contrat foàal, leur symbole. Nourris dans les idées du XVni* siècle, la religion n'avait pas pour eux de frein: leur murale, sans biise, sans sanction, tantôt ferme, eonime celle des Stoïciens, tantôt vague, comme une spéculation philosophique, toujours terrestre et humaine , se modifiait sur les circonstances. Ils erraient au hasard dans le labyrinthe de la politique, et fixaient constamment leurs regards et leurs méditations sur la liberté de la Grèce et de Rome. Ils admiraient les vertus des grands hommes de ces rc'publiqties, et ne rêvaient que la magnanimité de Brutus, la gloire de Démosthènes, la fierté
Livre m. d àiuo de Catoa, les exploits de Léouidas, les trophées de Liu^i. ^[[^^f^Q^ 0^^^ Plutftrqoe et Tacite étaient leurs
1793 lectures habituelles; mais abusés par h»urs brillantes illusions, nourris dans la lutte de la parole, enlles de leurs succès éphémères à la tribune, ils employèrent leur admirable éloquence à saper les fondements d'un trône qui était Toeuvre de quatorze siècles. Hardis, présomptueux et liers de leurs précoces talents et de l'admiration des ennemis de ia royauté, ils se précipitèrent dans les assemblées politiques, et nommés représentants, ils se crurent appelés a régenter le monde. Longtemps tout-puissanis à la Convention, ils poursuivirent avec une vertueuse indignation les auteurs des abominables meurtres de septembre; mais ils rencontrèrent de la part des Montagnards une résistance désespérante. D'accusateurs qu'ils étaient, ils devinrent bientôt accusés, et débordés par les exigences d'un peuple difficile à gouverner et facile à égarer, ils se montrèrent timides, et se mirent à le courtiser par de lâches concessions en faveur des Maratistes. Les mêmes armes qu'ils avaient employées pour traîner Louis XVI à récliataiid. servirent à les conduire a leur tour à la mort. L'expiation suivit de près la faute; ils couraient en avant dans la voie du désordre, sans s'apercevoir que la lia ressenibioi ait aux moyens, sans se doutcM* que la justice de Dieu les poursuiviiit sans cesse. Ils avaient demandé qu*on punit les crimes de septembre, qui déshonoraient et perdaient la liberlé; les Montagnards les accusèrent de modérantisme , crime nouveau, qui devait alimenter leur insatiable guilloline! Dans le jugement de Louis XVI, ils auraient voulu l'apjyel au peuple : on les fit passer pour royalistes ; c'était encore un crime mortel. Se voyant enfin engagés dans l'impasse de la mort, ils en appelèrent à Bordeaux et aux départements; c'était encore un nouveau crime. Con était trop : la Gironde était déjà vaincue et aux pieds de ia Montagne triomphante l La mort attendait les imprudents Girondins !
Après rabolition de la royauté, les Girondins se réunirent ID. chez M™*^ Rolland pour célébrer l'aYéneincnt de la république : ^ Fonfirède entrevoyait le glorieux avenir de la France et de l'hu- 1703 manité; Guadet se promettait le repos si déâré après tant de ÊOigues; Vergniaud, imprévoyant, iûsouciaut pour sou passé, tranquille, indifférent même pour son avenir, calme et sérieux ooomie un matelot arrivé après Vorage au port, veut boire à la république. M"*® Rolland lui dit de mettre daus son \ erre quelques feuilles d*un bouquet de roses et d'immortelles qu'elle venait de détacher de son sein. Vergniaud lui tend le verre; puis, se tournant vers Barbaroux, il lui dil : « Au lieu » de roses, mon cher ami, ce sont des branches de cyprès I que nous aurions dû prendre. En buvant à une république » dont le berceau trempe dans l(»san^ île septembre, (|ui >ail
• si nous ne buvons pas à notre mort? N'importe; ce vin i serait mon sang, que je le boirais encore à la liberté et à » l'offaUtc : Vive la république! » Tous réj)()n(lirent * Vive la r^ublique! Vergniaud ne se trompait pas daus ses pressentiments : la royauté était par terre; et sur les débris du trône renversé dans le sang et In boue, s'était assise sa eh^^e république, qui demanda bientôt après sa téle ! « Lors(pie les B Girondins, dit Benjamin Constant, voulurent la république,
• une foule de citoyens vertueux leur criaient : L'anarchie » vous suit; elle vous seconde , elle vous dévorera. Ce fut eu i vain; l'enthousiasme de l'entreprise les aveuglait. Us ne > virent pas les monstres qui formaient leur arrière -garde. » Ils londèrent la république, et lu leroce ^lontague la ren- » versa sur ses fondateurs. »
Cela était vrai : les Girondins eurent des torts; mais ils avaient, quant à leurs vues politiques, des sentiments trop généreux pour pouvoir subsister longtemps avec les disciples de Harat et ses infâmes associés. On ameuta les clubs et la populace de Paris contre les Girondins et les hommes d'ordre. On se mit à dire qu'eux seuls étaient les seuls obstacles à la
Livre m. prospérité publique ; on leur reprocha des torts avérés; on c.iMp.$. j^^^j^ siip|)osa d'autres plusgraves; (miiii, ou (Jiuaiiisa conlre cax rinsurreclion des faoboorgSt ic 1 U mars; mais leur uoble constance, lear imposante fermeté, et des circonstances indépendantes de leur volonté, firent avorter cette odieuse entreprise. Les Montagnards ne se tinrent pas pour battus : ils ourdirent une nouvelle conspiration, sous les yeux même du gouvernement, ou, pour (Mre plus exact, ce ne fut plus une conspiration secrète, c'étaient des attaques publiques, des pétitions motivées, et présentées, le 44 mars 1793, par une députalîon de volontaires de la section Poissonnière de Paris, dirii^ec par un orateur clul)isle. Deslieux, un eseroi* mal famé, le même qui avait fondé le bruyant cltA National de Bordeaux ; ils demandaient à la barre un décret d^accusation contre Vergniaud, Guadet et Gensonné.
Vergniaud retrouva ce jour-là sa mâle éloquence; il demanda l'arrestation de Dcsficux, comme membre du comité d'insurrection et agent des désordi es qui souillaient la capitale, il fut vivement applaudi. Cependant, les Girondins perdaient déjà la confiance du peuple parisien : les Jacobins les chargeaient de forfaits imaginaires; mais les Bordelais les connaissaient trop bien pour se laisser égarer par la calomnie.
Les malheureux Girondins voyaient le danger imminent : ils en lurent ellVavés. Il n*v avait plus de liberté ni de sùrelé à la Convention ; h^s députés même étaient à la merci de la populace; tout était en désordre. Us crurent devoir en instruire les départements et les intéresser à leur sort : ils le fu enl; mais c était trop tard. Le mai était irréparable, et Bordeaux ne pouvait rien faire pour ses infortunés enfants. Il aurait fallu agir, et l'on ne savait que parler.
Alarmes de ces tristes nouvelles, et des cris de détresse de leurs députés, les Bordelais se réunissent et délibèrent sur rélat des affaires. Ils opinent qu'il est urgent d'envoyer one adresse à la Convention contre les fatales dissensions et ani-
mmtés qui exislent entre ses membres. lis se croyaient le IH*
droit de reclaaier : celail en partie leurs députes qui étaient
opprimés; c'était encore la liberté des votes, l'inviolabilité des itqq représentants, qn*ils demandaient. Ils comptaient que les sacriiices qu'ils avaient fail> pour la [ialrie donneraient un certain poids à leur réclamation. Ils avaient fourni un escadron de cavalerie avec plusieurs pièces de canon , un grand nombre (le volontaires tirés de la garde iialioiiaie ; plus, cinq cents iMunmes des districts de Bourg et de Liboume ; plus, six mille matelots pour la marine. Le 49 mars, les six bataillons des volontaires de la Gironde oiivon èreiU à Paris, avec une adresse ardente de patriotisme, tlt fr., montant d une collecte faite entre eux. Le club des RécolleU se distingua aussi par ses sacrifices. Il était composé de plus de trois mille iiiembres, tous patriotes, dont Fonfrcde lit l'éloge à la Convention, en ces termes : « ils ne demandent qn*une Constitution pour faire 1 Uiirc les ambitieux, et du fer contre l'ennemi. »
Ces immenses sacrifices, dans lesquels ne sont pas compris les dons patriotiques des particuliers, furent faits dans un moment de détresse générale , an milieu des grands embarras financiers de la ville, et malgré la iaiiu, avec son triste cortège de misère, et les justes appréhensions d'up avenir malheureux. Tout cela méritait des éganls et faisait croire naturellement quon ferait droit a leurs légitimes réclamations.
Bordeaux, dit Prudhomme, ne pouvait se persuader que autokegéné- Ptuis fût le réceptacle de tout ce que la France renfermait de J^'^'^ vil et de gangrène; que les Jacobins et la faction de Marat pussent réussir à faire triompher l'anarchie, même sous l'immeose influence et la puissante pression des d'Orléans et de Robespierre ; enfin, il paraissait incroyable que la députation «le Paris fût composée de scélérats. La majorité de la Convention voulait secouer le joug, et les députés bordelais faisalent entendre à leurs coinniettants qu'il ne serait pa> (hilicile (le réduire au silence ccb brigands, cette poignée de scélérats
Livre lil. et d'assiissins, qui, soit dans la Convention, soit dans les clubs, Cluip. S. fgjg^QQ^ voulaient détruire la société, pour s asseoir
sur ses raines. Tout émus du sort qui attendait leurs représentants, 1( s r>ni (lclais envoient pétitions sur pétitions à la municipalité, pour stimuler son zèle. On n'y proposait rien moins que de former, avec les autres villes et départements, une fédération , aiin de composer une force départementale suûisanlc pour protéger la Convontion contre les attaques des Maratistes, et lui assurer la liberté des votes et la sûreté des repr^entants. Un arrêté mémo du conseil-général prescrivit la formation d'un corps de cinqcent^ hommes; niais cet arrêté, signé Pierre Sers, Duranthon, Wormeselle, Grangeneuve, Tarleyron, Jay, Tranchère et quelques autres, ne put recevoir son exécution. Ces diverses mesures et combinaisons, inspirées par les plus nobles sentiments, servirent plus tard, comme cause ou prétexte d'accusation, pour faire tomber bii des têtes î
Les sections se constituèrent en permanence et nommèrent des commissaires pour s'occuper des subsistances, qui étaient
très-chères. Telle fut l'origine du Comité des Subsistances, qui rendit, pendant près de trois ans, tant de services a la population bordelaise. Grâces à sa philanthropique sollicitude, chaque habitant avait par j(Hii uiu lis le et demie de pain ; sans lui , cette ressource si minime aurait manqué dans Talfreuse disette qui Tenait dans \o pays. Outre cette mesure salutaire, les .sections firent rodiscr une adresse relati\e aux circons-
tances dont la France gémissait , et qui était ainsi conçue : sxai. K Législateurs, les républicains bordelais viennent vous i»riuiiu»iume, » tenir un langage ferme et libre; soyez attentifs. L'amour B^^^^Jf^ » de la vérité est la première vertu d'un peuple qui se rétome s. » génère.
» I^s députés de la Gironde sont devenus les représentants » de la nation entière : toute la république voit en eux ses » délé^és ; et quels que soient les sentiments généreux qnlls
„ iopircnt, i! est inipo-vsihlo q«e nous n'(.»proiivions piis pour LIttcIII. » eux des scnliiiH'nU plus intiaiL's. iis tieuiiciil leurs jMjuvoirs » des babitaotâ de la Gironde, tous garants de leurs vertus et I de leurs talents. Notre silence à Végièrà de ces députés, I qui Alt jusqu'alors celui de la prudence, serait, dans cette
> ocmrrence, celui de la lâcheté. Nous déclarons à la Cou-
* vention qu ils n'ont [> is ( essé de mériter notre estime.
» Depuis longtemps, l'anarchie est à l'ordre du jour : on I veut l'anarchie, pour usurper les places et voler; on veut
> fanarchie, pour essayer si , avec Taudaœ du crime, on ne » pourrait pas s'emparer d'un pouvoir r^julateur. Enfin, c'est » en dénonçant ceux qui veulent le règne des lois, en neu- 1» Iralisiiit les aulorit*''*^ constituées, qu'on conduit le j>euple ù » l'anarchie, on le }M)rUiiu au pillace cl au nieui lrc.
» La représentation nationale n'est plus libre ; la rivalité 1 dfis pouvoirs de la municipalité de Paris, son mépris pour 1 les décrets, les discussions scandaleuses que letir lecture » excite dans ses séances, et où Ton finit par se déclarer en » révolution , exigeant des millions et refusant d'en rendre " compte, i(>u[ ( l ia prouve qu'elle n'csi pas libre. Ce défaut » de liberté tient encore à celle laiblesse de la Convention, » qui souffre une foule de factieux a sa porte, qui, sous ses » yeux, vomit contre le plus grand nomhre de ses représcn-
> taatsles plus grands outrages, les menacent, et s*entourent » d'one horde de massacreurs , et désignent hautement les » législateurs qu'on a pi-oserits. L'impunité des scènes scanda- « leuses qui se renouvellent à chaque instant dans sou sein; » l'arrogance de ces tribunes tumultueuses qui déshonorent » ksdenx partis par leurs hurlements contre les uns et leurs » applaudissements à l'égard des autres; de prétendues sec-
* tions qui viennent avec audace leur intimer leurs ordres » et les menacer d'une insurrection; enfin, le trionq)lie d un » homme accusé par la nation, et dont la présence scandaleuse » ilispei^ra les législateurs; des hommes flétris, des femmes
» ivres et dissolues, se rangeai autour de lui dans le sanc- » tuairo des lois, et la couronne civique recouvre sur son front » une souillure ineflaçable; telles sont encore les preuves de V Fasservissement dans lequel gémit la mtgorité de la Gon- » vention. Elle perd nécessairement sa force : son autorité loi » (''chappe, le gouvernement se dissout et lanarchie rom- » menée. T/infâme tactique des crimes tut toujours de dmjut r » d'odieuses qualiHcations aux vertus qui les fout rougir. Si » c*est être Girondin que de partager les vues et les décbi- » ranles sollicitudes de la majorité de la Convention, nous » nous honorons tous d*étre Girondins; nous le serons jus(]u an » tombeau, etc. , etc. »
J.e lendemain (9 nmi), ^Vapr^s des nouvelles plus affligeantes, les sections ajoutèrent à leur adresse cet énergique supplément :
« Législateurs, quel horrible cri vient retentir jusqu'aux » extrémités de la république ! Ttois cents représentants du
» peuple voués aux proscriptions, vingt-deux à la hache liber- » ticide des cenlumvirs !
M Législateurs, lorsque nous choisîmes nosdéputc>s, nous » les mfmes sous la sauvegarde des lois, de la vertu et de tout » ce qu*îl y a de plus sacré sur la terre. Nous crûmes les en- » voyer parmi des hommes, et ils sont en ce moment sous le » j)oignard des assassins... Que disons-nous, hélas ! peatréti^
)) ils ne soDt plus Si ce crime ntroce se consnTnme, fn'*-
» missez, frémissez, de l'excès de notre indignation et de notn' » désespoir. Si la soif du sang nous a ravi nos frères, nos » représentants, Thorreur du crime dirigera notre vengeance, » et les cannibales qui auront violé toutes les lois de la jus- I» tioe et de Thumanité, ne périront que sous nos coups !
» Convention nationale, Parisiens, jadis si ûers et si grands. » sauvez les di putivs du |>euple, sauvez- vous d(* la guerre ci- » vilel..... Oui, nous organisons sur-le-champ notre garde » nationale; nous nous élançons sur Paris, si un décret vea-
I ceur ne nous arrête, et nous jurons de sauver nos Ircrcs ou Livre m.
I de porir sur leur tombeau. . ...» ^
Le môme jour, cette énergique adresse fut portée au con- 1795
seil de la commune, d'où on Renvoya, revêtue de la signature
du maire « le citoyen Saige, au conseil-général du district, de^Zmra-
qui, en tcinoiixiiai^e <le son approbation, déclara que ce docu- t^na
..... du conseil du
iMiil rontenail Irs sentiments que lui vispirmetît so)i mnimr àîMïti.
pour les lois, son attachcmenl inébranlable à la cause de la
liberté et de Végalité: enfin, son dévoûment au maintien de
f unité de la république, qui ne peut exister sans ^ unité et
fmiégriié de la représentation nationale.
L'adresse, revêtue de la signature de Lemoine fils, président du district, fut approuvée par le conscil^néral du déj>arl(MiuMit , pnVidé par P. Sers. Ce conseil s'exprima ainsi dans sii délib<'rati()n :
« Considérant que les vives alarmes et Tindignalion des des séanrrs du » habitants de Bordeaux ne sont que trop justement excitées cwwcii-gènérti i par les cris forcenés d'une faction scélérate qui provoque dèrartemiint. » chaque jour, contre les représentants de la nation, de non- • Telles injures et de nouveaux excès, qui appelle contre une » grandi' partie d'entre vu\ \c des assassins, oi dont los » efÎPts tendent ëvidemmeal à laire tomber la rcprcM tUatiuii > nationale dans l'avilissement, pour la dissoudre ensuite avec » violence et frapper ainsi la république au cœur ;
1 Considérant que la trop longue indulgence de la Goni vention nationale, et le silence moins excusable encore des » départements, n'ont fait que porter à son comble l'audace des » vils suppôts des tyrans, et qu'il est temps enfin que tous les » bons citoyens se prononcent, et (\nun cri menaçant et ter- » rible de la France enlièie jette l'épouvante dans l'Âme des » cons|)irateurs;
» Considérant que la Convention nationale ne verra , dans » l'expression ardente des sentiments de la ville de Bordeaux, i qu'une preuve de son attachement pour les représentants
1» de la naLion; convaincus que nos frères de Paris ne se » méprendront pas snr ceux auxquels ces menaces s*adrcs- » sent , et que les vrais républicains de cette grande cité n'y y trouveront qa*an encouragement pour s'opposer avec une » nouvelle énergie aux violences libertiddes des scélérats son- » doyés par nos ennemis. »
Cet admirable langage était fait pour impressionner vivement la Convention et effrayer les ennemis des lois et de l'ordre; il n'en fat rien.
MM. Duvigneau et Leris furent désignés pour porter Fadresse à Paris; ils se mirent en roule le 9 mai; et arrivés à Paris le 12, à onze heures du soir, ils employèrent le lendemain à voir leurs amis, à eUidier l'esprit public et à connaître en général la situation des aûaires. Le 14, ils se présentèrciU à la barre de la Convention , accompagnés des citoyens Perrons et Duffiour, que les Bordelais avaient précédemment députés. Leur admission n'éprouva pas le moindre obstacle : la présence des députés de Bordeaux parut, au contraire, inspirer un intérêt général. Avant de lire l adrcsse (jue nous avon> donnée plus haut , nos députés crurent devoir y préparer la Convention par l'allocution suivante :
« Législateurs, organes des cent vingt mille citoyens de Bor- » deaux et de tous les corps administratifs de cette cité, nous » nous présentons pour transmettre à la Convention national<^ » les \ i\ L> alarmes que vient d'éprouver cette giande pu liim » du peuple français.
» Législateurs, les regards des Bordelais sont constamment n attachés sur vous ; vous occupez toute notre âme ; nous nous » enivrons de vos triomphes; vos dangers nous plongent dans » les plus douloureuses agitations... Vos dangers!... combien » ne se sont-ils pas multipliés dans un court intervalle ! la » république entière les a fait retentir. Des libelles, à clijKHie » instant plus atroces, plus sanguinaires, vous dévouent à 1 iu- » famie ou à la mort. Il y a peu de jours qu'une conspiration
) jiiii I kjiu [iient formée s'avançait aussi publiquement vers » îsOQ e.\tk;ution : les victimes étaient comptées, les fwignards I les plus acérés brillaient sur la tôle des législateui-s. Dans » le même temps, une correspoixlaiice criminelle infectait les t départements; elle appelait de tontes ports les coateaux » qui devaient voos égorger, et vos décrels nous ont appris » qu'à Finstant même od vous vous occupiez de punir ces » horribles complots , ces voûtes avaient retenti d'applaudis- •k seuients barbares , comm(» à la jouissance anticipée d'un » massacre. Bientôt après, l'audacieuse calomnie, abusant de
• la bonne foi qu'elle égare et du patriotisme qu'elle perver- ■ lit, s*érigp en autorité et vient vous proscrire devant vous- » mêmes. Tout récemment, les mêmes conspirateurs menacent » avec plus de violence : ils annoncent , ils préparent une » force armée qui doit venir exiger ici que trois cents d'entre .> Vi n- soient cluisses, el que vinct-deux autres soient iînmolés » à leur fureur!.... A ces nouvelles, Bordeaux est frap{)é de
* consternation ; mais aussitôt tous les citoyens se lèvent a la » fois : ilss'îndignent, accourent, se précipitent simnltanânent
dans leurs sections... La représentation populaire est mena^ > cée... Les Bordelais se pressent autour d'elle, l'environnent » de leur énergie et de leur lidélité. Dans queUjues heures, ' ils rédigent, adoptent et communiquent aux eurps admi- » nistratifs , une adresse à la Conventiou nationale , et nous » ordonne de vous faire entendre ces paroles.
Alors Duvigneau lut Tadresse d'une voix vibrante; elle était aérère, bien pensée, digne d*bommes vertueux et libres. La lecture en fut terminée au bruit des plus vifs applaudissements. Après quoi, nos députés continuèrent ainsi :
« Voilà, Législateurs, les pénibles sent iuienls auxquels ont » été en proie les fidèles Bordelais; voilà les traits qui carac- » térisent tous les citoyens de la Gironde, de ce département » qui a donné vingt-cinq mille défenseurs à la patrie; qui , » dans ce moment , à l'exemple de l'Hérault , fait encore do
Livre m. » nouvelles levées; où le pauvre mange le pain très-cher et ' » souffre en homme libre; et, cependant, ces courageux répu-
1793 » hlicains ont été calomniés : des scélérats qui se nourrissent » de mensonges, comme les vautours se nourrissent de cada- » vrcs, ont eu l'audace de dire que Bordeaux était en conln»- » ré\oluli()n ouverte, parce que nous suivons fidèlement une M révolution où les lois accompagnent sans cesse la liberté; » parce que nous ne voulons pas d'une révolution (jui împri— » nierait constamment à la république des mouvements con- » vulsionnaires et désorganistileurs ; parce que, sous le titre » de révolution , nous ne voulons |)as d'un ordre de choses » où l'effronterie supplée au courage, la violence au pouvoir, » l'amour-proprc en délire au talent , et les convulsions de » l'esprit au génie; parce que, sous le titre de révolution, » nous ne voulons jjas lutter audacieusement avec la Conven- » tion, parce qu'elle est à nos yeux l'arche nationale, et que » nos mains sécheront plutôt que d'y porter une atteinte siicri- » lége; parce que, soas le titre de révolution, nous ne voulons- » pas do cette licence effrontée , qui provoque chaque jour » l'avilissement du Corps législatif, la désorganisation du gou- » vernement , et que nous voulons tous \ï6r'u' avant le règne » des brigands et des assiissins.
» Oui , Législateurs, tels sont les Bordelais ; et recevez ici » leur profession de foi solennelle. Ils ont juré, et nous jurons » en présence de tous les départements, en face de l'univers, » fidélité inviolable à la république , une et indivisible.
» Ils ont juré, et nous jurons que les armées de la répul)li(fue » se grossiront sans cesse de nos soldats; que nos fortunes » s'épuiseront jx)ur consommer la révolution ; et que notre » génération actuelle est prête à s'anéantir pour assurer la » liberté et l'égalité des générations futures.
^> Les Bordelais vous en conjurent, enfin, Législateurs, au » nom de celte patrie qui vous honora du titre de Français » et d'iionuues libres ; au nom de la paix de vos conscienn"^
t et de Tenfer de vos rciDords , doimez une Constitution à la ''«vre ui.
, ... - Cbap. S*
> république française. »
Admis à la séance, les députés bordelais se félicitèrent de 4793
cet honneur, ainsi que des applaudissements vifs et souvent
répétés qu'on avait prodigués en l'honneur de l'ardeur et du
patriotisme bordelais , de la pensée et de la loyauté de leurs
senliments révolulionnairos. Tnc fliscussion très-vive s'ouvrit <nr l'adresse. Lo.gondre, cdiihiu' nous le dirons j)1us bas, lança quelques traits de sa malveillance contre la Gironde : nos doutés s'avancent vers la barre ; mais les huissiers les arrêtait et les préviennent qu'il faut que la parole leur soit accordée. Le président la leur accorde, et Guadet s'empresse de la prendre: après quoi, les trois quarts de l'Assemblée se lèvent simuli«iui iijt'iit |)our adopl^T son projet de décret, et nos députés renoncent à la parole, d'après le consoil de FonIVède, jiûur ne pas ranimer sans motif, sans utilité, des débats trop irritants.
â« Part. A.
CliÂPlTUË 111.
Réponse du président à l'adresse des Bordelais. — Approbation donnée par la Convention. — Arriv.T (li^ P^K^'nel et Carreau à Uurdcinix. — Lfiir prnciunuiiion. — Effervescence parmi les bordelais. — Comilé de surveillance. — Persecutiun. — Inquisition etiMi»MHpliODdes susiiceU.— Lettre de In manicipalitè an ainiatre, sur la disette et Cimine de Bordeaux. — Une autre lettre à M. Fonflrède.-* Ripome.
Livre iiL Cette admirable adresse, oik Famour de la patrie et de la ^ libetié éclatait en accents ^ mâles, si généreux et si nobles,
fit une impression pi fifondi' sur la Convention. Fonfmle prcsidaiL ce jour-là : il TVjH)n(iil aux députés en ces termes :
« Si la liste de proscription , proclanick; insoleninjcnt à la » barre de la Convention nationale , a dù alarmer les ooura- » geux habitants des rives de la Gironde, le mépris profond )» dans lequel les bons citoyens ont plongé les proscripieurs, » an sein même de la ville qui les renferme, a déjà vengé la » république à cet éeard. Allez dont', (Citoyens, allez rassurer » vos compatriotes : dites leur que Paris renl'ernie encore un . » grand nombre de bons citoyens qui veillent sur le ramas » des vils scélérats que Pitt soudoie , et qui sont résolus à » périr, s'il est nécessaire, en défendant la représentation » nationale. Depuis quatre ans , Bordelais , vous combattez » partout pour la liberté ; les satellites des rois et les rebelles » savent déjà ce que ix'ut votre courage. Vous n'avez pas en \ » vaiii \ u \)('v'\r 1rs intrépides eni'anls de voire immortelle cité. . » Si de nouvelles conspirations étaient ourdies contre les ton- '. » dateurs de la république , si de nouveaux tyrans voulaient n élever leur pouvoir sur ses débris , vous vous saisiriez à n votre tour de l'initiative de Tinsurrection, et la France indi- » gnéo imiterait votre exemple. La Convention applaudit au
— iUl —
1 courage que vous (\les prôts à di'(»loycr pour défendre vos L'vro
> représentants; elle vous invite aux honneurs de la séance. » L'adresse avait excité des murmures : Tapologie et le lan-
cage officiels du président provoquent une rage inexprimable; les Montagnards éclatent en injures contre les Girondins et l< s Bordelais : ils crient, ils gesticuleni, ils trépignent, ( ommo tles lorcenés en désespoir; et ne {K)uvant plus contenir sa colère, Legendrc s'écrie : « Qui donc a signé cela? Quelques » citoyens égarés ou soudoyés par des intrigues. Ce n'est » point là le vœu du département. » Guadet, indigné, s'élance à ta Uibune et lui réplique avec fermeté : « Je ne monte pas s à la tribune pour défendre les pétitionnaires : les Bordelais « iittiit pas besoin délie (lérciidus par des paroles; c'est par » (les faits qu'ils répondent aux calonuiialeurs et qu'ils prou-
vint qu'ils savent défendre et défendront la liberté. » Ici, U Planche l'interrompt , et dit : « Ce n'est pas Guadet qui » SBovera la chose publique. » Quoi I répliqua Guadet , vous voudriez donc « que , pour connaître les sentiments de nos » compatriotes, ils vinssent tous k la barre ! Eh bien ! si tels » sont les dangers de la Convention . et ([ue celle dernière 1» (lériiarche soit nécessaire, ils y vien« Iront tous. »
Malgré ces tumultes, la Convention rendit hommage au civisme de nos braves BordeUis, en termes honorables et flatteurs : « La Convention nationale décrète l'impression ,
> l'envoi dans les départements, et l'afiiche dans Paris, de » l'adresse des citoyens de Bordeaux réunis dans leurs sec- » lions, et la réponse de son président; elle a apjilauiii ati » courage des habitants do la Gironde, ainsi qu'au respect et • à la fidélité qu'ils témoignent pour la représentation nalio- » nale. »
Les Bordelais croyaient bonnement que tout allait rentrer <lans l'ordre : la Convention avait dignement répondu et semblait tout entière penser comme eux ; mais la Montagne se moquait dc*s raenaccs des Girondins; et le maire de Paris,
Livre 111. Padie , i)()Ui' (oui iii r On l idiciilc les pntrinti(|UPs r»''<<»l niions ClisiD 3
des Bordelais, écrivit iroiHtjnciiiciU a la municipalité de Bor- 1793 (loâux , « que si les sections bordelaises se décidaient à foire » ie voyage de Paris, comme elles l'avaient projeté, les see- ]» tions parisiennes ne négligeraient nen pour les bien lecen voir. »
I.a i^'uiiulc , la première préoccupation île iom les esprits, était, ('«'jM'iulanl, In inierre et les daniiers qui pourraient résulter do la coalition des rois. Comme IJordeaux paraissait hostile et inquiet, on y envoya Paganel et Carreau pour
90 Han. remonter Tosprit public et comprimer ces élans de la popolation. A leur arrivée, ils publièrent une proclamation où nous trouvons le passage suivant, qui montrait assez clairement le but qu'ils voulaient atteindre , et tout ce que les Bordelais pouvaient espérer (h; st^niblables hôtes :
32 Mars. « Convention nationale , disaient-ils , pressée par les » circonstances , a investi ses commissaires d'un grand pou- » voir. Que les bons citoyens se rassui-ent, et que les mauvais » soient glacés d^cffiroi; leur châtiment donnera la paix et la » tranquillité aux hommes do bien. Nous l'exercerons, ce » redoutable |)ouvoir, avec une religieuse impartialité contre » tous les j)erN (M s, qui, se repaissant de l'esfKMr d'entraîner la » république à sa ruine, égarent la bonne foi du peuple, agi- » tent les espi'ils faibles par des terreurs fanatiques, détour- » nent les citoyens de leurs devoirs envers la patrie par de » perfides insinuations , et sèment dans les villes et les cam- » i>agnes tous les levains de discorde.
» Les perfides vivent au milieu de vous; ayez le courage » de les faire coiinnître aux commissiiires de la Couveution >t nationale , et vous aurez bien mérité de la patrie. Ils N » traduiront, au nom de la loi, devant ie tribunal cxtraordi- » naire que leurs crimes, toujoui-s impunis, l'ont forcée d'éla- » blir, etc. »
Cette proclamation devint comme un réactif, qui, remuant
la masse de la iM)r)nlat!on , tit montor la lie à la surface, LKrrellI.
Cbap.3.
(lecliaîna les mauvaises (>assi m , vX mil au îçrand jour Umi te
(jii'il y avait d'impur dans les diverses sections de la ville. 1795 Celle de l'Égalité demanda à grands cris qu'on mit en état d'arrestation tons les ci-devant nobles, sans exception, les privilégiés, les suspects, mot vague , qui servait leurs vues, toutes les personnes ayant des sentiments aristocratiques ou iiitachées d'iniMMsine, tous les pères, mères, é|)(>ii\, t'|M>uses, frères, sœurs, enfants, oncles, tantes, neveux et nièces des émigrés , tous ceux , enfin , qui oseraient s'élever contre les principes de T^lité , de la liberté , de la souveraineté du ))('uple, et qui seraient désignés par l'opinion publique, ainsi que toute pc»rsonne qui , dans la quinzaine , ne se serait pas munied'unc carte de civiMiif. Quant aux ecclésia-^lifiuosiusermentcs ou assermentés, on proftosa , s'ils étaient dénoncés comme suspects par six citoyens, de les incarcérer au Fortda-Hâ et dans le couvent des Grandes-Carmélites!
le 26 mars, Paganel et Garrcau écrivirent à la Convention, qoe l'excédant du contingent poiu* le département serait con- M<lérable ; qu'ils avaifMil dolilin'' le |)ayeur-£rénérnl , coiiime Mispecl; que le coiuiiierce était frapjie de sl(*rilile, 1 industrit; presque nulle; que le prix des subsistances était tellement élevé, que les pauvres souffraient rtkîllemcnt; et que les maisons riches autrefois ne pouvant pins faire de sacrifices, ils se voyaient obligés de demander à la Convention des secours en aident pour la malheureuse populaliou.
Cette lettre fut lue à la tribune; c'était pour iKts (h'piilt's uoe bonne occasion de plaider la cause de leurs compatriotes, OQDune nous le verrons plus bas; mais les deux représentants 0; ea continuaient pasmoins à vexer et à tyranniser lesBordelais.
On frémit en songeant à cette atroce persécution, qui rendait presque tous les Bordelais suspects , et faisait de chaque maison une prison, et de la ville une solitude! Le croira-t-on ? •es pruposilions furent adoptées I
Livre m. On (Hablit (Mi>uiK' un coniito do surveillance clans chaque Cbap.3. gcction; il était composé de six citoyens, et recevait toutes les 1703 dénonciations faites dans les sections. Ce comité correspondait avec les représentants, qui, plus sages que les dénondateiirst avaient Tair d*agir, mais, au fond, modéraient Içur ardeur homicide et réprimaient leurs excès.
Chaque [)r(t|)i iijtaire l'ut tenu d'allichci-, à rexlérieur de sa maison, les noms , prénoms, surnoms, lieu de naissance, âge et profession, de tous les individus qui s'y trouvaient ÏOf/és. Le club National proposa ensuite de mettre une impositioii extraordinaire sur le superflu des riches, et de fixer la consommation de chaque personne à une livre et demie de psm par jour!
Jamais peuple n a été si loulé ! jamais pays n'a été tyraunisé de la sorte ! et jamais le trop célèbre Denys n'a traité les Syracusains avec cette exécrable barbarie, cet inconcevable mépris de tous les droits, de toutes les lois, de tous les nobles sentiments de l'humanité , que nos misérables tyranneaux ont mise» usage à Bordeaux en 1793 ! Et, hélas î nous n'en voyons que le commence inent ! Mais, dès ce moment, la terreur cUiil organisée : les dénonciateurs et les bourreaux flairaient déjà le sang de leurs victimes I Les nobles, les riches, la fortanc comme la vertu, avaient fui le sol brftlant de la patrie et pris le chemin de l'exil : ceux qui étaient restés par force se vi' rent condamm's à la solitude, ou, |)ar un acte d'hyiK>criae. obligés de |)assi*r |K)ur ce qu ils n étaient pas, de hurler avir les loups, de contrefaire les sans-culoUes , ou de porter leur téte sous le niveau républicain qu'on allait établir en permanence sur la place Dauphine I
Les prêtres avaient fui: ceux qui, jusqu'ici, avaient compté sur de meilleurs jours, auraient voulu les suivre; on les en empêche. Ils restent (Idhc ]m\v force, se déguisent, se cachent: lesgrottes, les vallées solitaires, entendent seules leurs plaintes cl leurs gémissements. Us se travestissent en marchands, col-
portears, ooimii»-voyageui-s, en ouvriers, et échappent ainsi à Livre m.
l'œil (les ari^us ri'pnhlicains. Ceux qu'on déoouvre sont traînés en prison, condaïuut's au cachot ou jcto.^ au lond de la cale, dans des pontons malsains, dans le port de Blaye, où ils sont eotassés les uns sur les autres, sans air, s<ins lumière, respirant une atmosphère infecte, et sans penuissioD, la plupart du temps, de monter sur le pont pour voir le soleil, respirer l'air de la patrie ou se reconnaître, enfin, sous des habits sales et une barbe qui couvrait leur figure et leur poitrine ! Quelquesuns de ces véûci uljies vétérans du sacerdoce v rendirent le dernier soupir, et les gardions eurent souvent la barbarie de laisser les cadavres en putréfaction au milieu des survivants, pour les accoutumer probablement à l'idée et à la vue de la iDort I On dirait que c'était pour eux que saint Paul écrivait, Béèr, xi,37. dans sa vue prophétique de l'avenir, ces lignes : « Les autres » ont souffert les moqueries et les fouets, les chaînes et les » prisoii> : ils ont ctc lapidés; ils ont été sciés; ils ont été
* éprouvés en toutes manières; ils sont morts par le traiicliant t de répée ; ils étaient vagabonds , couverts de peaux de 1 brebis et de chèvres; ils étaient abandonnés, affliges, per-
* sécntés, eux dont le monde n'était pas digne; ils ont passé
* leur vie errant dans les déserts et les montagnes, dans les » antres et les cavernes de la terre. »
Celait un crime que de frarder chez soi une iniai^e bénie, un chapelet ou un emblème religieux. On huieltait en public, avec un cynisme dii;ne do Néi-on et de Caligula, les personnes da sexe qui allaient dans les oratoires cachés entendre la messe des prêtres proscrits; on jetait en prison ceux qui ne voulaient pas célébrer la décade, ou dixième jour, et travailler le dimanche; on obligeait les dames, quoique infirmes ou accablées do leurs annexes, d'aller faire quelque travail manuel le dimanche, ramasser des cailloux p(mr les routes, lransjH)rter de la terre dans des paniers, ou se livrer, avec de jeanes filles, à des occupations pénibles ou humiliantes; elles
Livre ifi. marchaient presque toajoars aux ordres de quelque misérable ou de quelque mégère éhontée qui en avait reçu des bien- 1703 fàlis. Les églises étaient devenues des niaji;asins , des ateliers (le siil|x>tre, ou les rendez-vous des clubistes; la chaire était œnvertie en tribune, et la sainte table était la barre oii l'on citait les suspects !
Gomme on le voit, l'état moral de Bordeaux était alaroce ; rétat physique ne l'était pas moins : la misère était à son comble; et ce (jui [Kiraîssait plus désespérant à cette population m 1 lin m (Mise, c'éJait la triste pers|)ective de la prolongation (le s<'s >()ii!lran( ('s, un Iriîsle avenir sans espérance.
Qu on ouvre le registre de correspondancf^ du corps municipal; qu'on parcoure ce répertoire fidèle des malheurs des temps; qu'y trouve-t-on à chaque page? La crainte, les besoins, les douleurs, écrites, pour ainsi dire, avec les larmes des pauvres, des demandes continnelles de secours, l'annonce de la famine, les horreurs du (U's<^spoir ! Écoutons les accents de douleur (|ur la mnnicijmlité s'ofTorça, le mars, de faire aiTÎver aux oreilles des agents supérieurs :
« Citoyen ministre, après avoir épuisé toutes les ressources » du patriotisme le plus pur, de l'amour le plus ardent pour » la république et des efforts les plus constants pour le main- » tien de la tranquillité de cette ville , la municipalité de » Bordeaux, sonteiuK* des corps administratifs supérieurs, se » voit dans Turizente nécessité de réclamer les phis prompts » secours; elle dei lare qa il lui est impossible de pourvoir à M la subsistance de cette grande cité, et des parties adjacentes, » au-delà de vingt-cinq ou trente jours.... Ainsi, la popula- )» tion est exposée aux horreurs de la famine dans vingt-cinq » jours d'ici, si le Pouvoir exécutif, appuyé par la Convenu » tion nationale, ne s'empresse de venir très-promptement à » son secours. Oui, les liahitants de liiuiîeaux s(mt près de » mom ir de taim, ïnuie de subsistance pi cinière.
» i..a déclaration de guerre contre presque toutes les puù^
» sancos de rEuro|>c, les pertes énormes (jne vient d'éprouver Lï^rc III.
9 le commerce, et la sospension générale de toutes les affaires,
» par l'impossibilité d'exécuter toute espèce d'exportation, ne
• laissent pas Tespoir de trouver les moindres ressources, même ■ parmi les citoyens qui ont démontré le plus de zèle.
> L'épuisement est général en moyens pécuniaires , et la » pénurie des sub*îistances est sur le point nmiblcr la " mesure de nos maux, si la nation ne vient au secours de i notre immense cite, en lui prêtant une somme de deux I millions
> Il n'est pas de spectacle plus déchirant pour des admi-
> sistrateurs humains et sensibles , que de voir chaque jour » devnnt eux les ofticiers itamit ipaux des campaffnes (jui » n<;usen\ li oiinent, réclamant, les larmes aux yeux, quelques » boisseaux de blé, assurant que les habitants de leur terri- » loire languissent depuis plusieurs jours dans le dcnùment 1 et la faim , et déclarant que, s'ils n'obtiennent quelques se- « cours, ils n'osent plus retourner dans les campagnes d*oh ils i viennent. »
Vnii i une autre leltro de la munin|ialité à M- Fonfréde: c'est UQ nouveau trait qu il faut ^jouter à notre affligeant tableau; elle est du 41 mai 4793 :
«t Ac aTOTEN BoYvn-FoKntBDB ,
» Il n'est que trop vrai que le projet barbare de faire la
» n'volution des propriétés st» réalise. Le niaxirmmi des prix
* dessrains est une véritable loi aiiiaire. dont les maux vont
> ('trc incalculables. Dès que les fruités de ta terre sont frappés
• de ser\itude, la terre elle-même va être livrée au plus i grand libertinage. D'abord, adieu les villes; car comment
> existeront-elles? S'il ne vient pas de grains au milieu de » leurs rues, refluera-t^n à la campagne? Mais qui fera cul-^ » ti\cr, l()rs(ju(' la valeur dt^^ productions s< r,i .lU-dcssoiis du
* pri\ de la journée de travail / On ne travaillera donc plus
Livre lit. » que pour sa subsistance particulière ; et comme chaque cbap. 3. ^ propriétaire aura plus de terre qu'il ne lui en faut, l'excé- 1705 * ''^^''"'^ 1""'^ P'^'' '^^ preniicr ocrupant, i\u'i le cctlcra bieiilùl n au plus lui l. Tout est perdu : il n'y a plus de liberté où il » n'y a plus de propriété.
» Nous avons épuisé tous les moyens imaginables pour » procurer à notre cité les subsistances qui lui sont néces- » saires. Nos concitoyens sont réduits depuis quelque temps » à se nom i il dv pain de inoture, et encore a'csi-il [las assez » abondant pour éviter ics accidents que sa rlistribulion oa-a- » sionue chaque jour aux portrs des boulangers. »
Ces extraits de la correspondance de nos députés suffisent assez pour nous montrer à nu l'état pitoyable de Bordeaux au commencement de 1793.
Nos députés le savaient bien aussi par leur correspondance particulière; mais la lettre de Pocranel et de Carreau dévoila toute rétendue du mal; c'était une bonne occasion d'appuyer les demandes des Bordelais. Fonfrède s'en empara avec empressement; et ayant fait de la demande des deux commissaires une motion formelle , il représenta le commerce de la Gironde comme entièrement paralysé, et fit comprendre à ses coUèiiîues que le défaut des cou \ oi-, les périls de la naN iuafinii en temps de i^uerre, l'insurrection de la Vendée, l'audace de< corsaires, l'embarp^o mis sur les bâtiments étrangers, avaient tari les sources de la prospérité de Bordeaux, et détruit toutes les relations conuncrciales avec le Nord. Il insista avec énergie sur les inquiétudes de ses compatriotes, qui n'avaient dans leurs niuis ilc provision?? (fue pour quinze jours; et, puisque les particuliers riches s elaieiU dépouillés de leur dernier écu pour la république, et que la caisse municipale était épuisée, il demandait que la république accordât deux millions à la ville de Bordeaux.
Après quelques débats sur ce sujet , un membre demanda de quel droit Ducos, Fonfrède et Geasonué avaient autorisé.
par leurs signatures de représentants, quelques négociants UTrelll.
d'aller acheter (ht hit' <iaiis le Nord. Fonfrède, révolté de cette
iodécente apostrophe, repondit avec âcrté : « Je prie l'As^ i^^s
» semblée de coatenir son indignatioii, comme je commande
I pour un moment à la mienne. Tai dit que les citoyens de
» Bordeaux , malgré leur position précaire sous le rapport
» des subsistances , étaient constamment venus au secours
B do l'administration , et , puisqu'on nie force à le dire , j'y
i ai coopéré depuis la révolution \yiniv au moins 40,000 fr.
i Divers agents ont été envoyés à Dunkerque pour y faire des
> achats; ils étaient porteurs des délibérations des corps ad-
> ministratifs, qui attestaient leur mission ; ils nous ont priés, i au moment ou la circulation des subsistances éprouvait des
* difficultés, do les recommander aux corps administratifs de
> Dunkerque. Nous l'avons faïf , mes collègues et luoi. Je commence à concevoir w s\stènie de diffamation suivi par
B (les hoiiuues sans courage, mais non sans audace ; sans ta— i lentes, ninis non sans ambition; sans vertu, mais non sans » popularité, et qui emploient tous leurs efforts à ravir la leur
> aux meilleurs citoyens. Mais ils se flattent d'un vain espoir. » bterrogez mes concitoyens, ils vous diront quelle a été la » pureté (le ma vie. Soumettez notre accusateur, Duhem, à la » ui^me épreuve ; priii moi, je l'abandonne au mépris qu'in-
* spirent ses lâches imputations et ses atroces calonmies. » Cette énergiqtie j-éplique fut accueillie (lar des bravos répétés. Le secours de deux millions fut voté par la Convention, sauf a en faire le prélèvement sur les contributions arriérées de 1792. M. BoyeivFonfrède annonça cette bonne nouvelle à la municipalité de Bordeaux, dans sa lettre du 9 avril, qu'il termine ainsi :
« Les Bourbons et les d'Orléans partent aujourd'hui
» pour Marseille. On voulait nous faire ce détestable présent; » nous nous y sommes opposés, et nous avons voté ostensi-
> blement contre. Notre ville est si heureuse, si paisible, si
Uv» III. » patriote, que nous nous serions crus coupables rie courir les Cbap^S. risques de la Iroubler, ou du inoins de lVni|M)i^i)nner, en iTWj » lui envoyant drs princes. Nous sommes vnûn parvemn. . < » grâces à ia trahison d'Égalité fils, à porter le coup mortel à
» cette race infâme, etc., etc. »
Pendant ce temps , la ville de Bordeaux était sii^tièroj ment agitée. Le conseil-général venait de voter une adresse
à la Convention nationale, et les sections se réunirent cl delibérèrent qu'il l'allail leur adhésion entière etsolennelU' a l.i démarche qu'il avait faite, comme on peut le voir par l'extrail suivant des registres du conseil-général de la commune de Bordeaux, en date du H avril 1793. G*est M. Saîge, maire* qui, au nom des sections de la ville , s'exprima ainsi devant le conseil du département et les commissaires de la Convention :
« ClTOVK.NS AdMIMSTRATELRS,
» LorBque, par une surveillance aussi active cpie salutaire, » vous arrêtez les nianceuvres des agitateurs et des scélérats » qui voudraient établir Tanarchie et le despotisme sur les
» ruines de noti c république et de notre liberté, les ciloyene » pourraient-ils ilenicurcr spectateurs trauquilli î^ des s\iù *> » de votre administration? Non, Citoyens Administrateurs, le » bonheur qu'elle leur procure vou^ est payé par la plus » tendre et la plus vive reconnaissance ; ils sont portés vers » vous par l'impulsion puissante de ce sentiment qu'il leur est » bien (lou\ de manifester.
» Oui, Citoyens Admimsli ;Ueurs, vous avez rendu à la chose » publique le service ie plus signalé; et tout éloge est au- » dessous du zèle qui a conduit vos démarches dans la décou- 1» verte d'une trame qui tient au plan de désorganisation et » de ruine de la république et de notre liberté*
» Les tyrans, les traîtres, les anarchistes, sont occupés sans » cesse des moyens de nous rendre victimes de leurs horri-
s blcs complots ; voiLS avez dwlai c une guerre ouverte à ces Livre ni.
• monstres; vous venez de prouver que ce o'esi pas en vain
> que vous avez entrepris cette guerre ; vous venez de sauver » cette cité, et si tous les départements de la république ont » le bonheur d'avoir des administrateurs animés du zèle et « de la sagesse dont vous venez de donner tine prc^uve Mit- »• lanle, la république est sauv«»e : elle ne doit piis c laiiulre j» ni les tyrans, ni les traîtres, m les anareliistes.
9 Gr.lces vous soient rendues, Citoyens Administrateurs;
> tous les bons citoyens, les républicains, les amis des lois, I de la liberté, de l'égalité, le diront avec nous; grâces vous V soient rendues pour avoir déjoué les perfides complots de » DOS ennemis, de les avoir dévoilés à nos représentants, à la
• nation enlière. Tous les Français vous Wîniront et envieront it le iKjnheur d'avoir des administrateurs doués de votre sa- » gesse.
* Nos représentants, à qui vous venez de découvrir un des i fils de la trame criminelle qui retarde le bonheur qui nous
• est préparé par la liberté que nous avons conquise, devront i dire encore que vous avez bien mérité de la patrie ; et la
» France entière, qui saura que vous avez an-été la source » des maux incalculables qu'on lui préparait, vous comptera » au nombre de ses bienfaiteurs.
» Ce n'est pas assez, Citoyens Administrateurs, pour la com- » mune de Bordeaux, de louer votre conduite, de vous en » remercier, de vous dire combien elle s'en félicite ; elle vous » offire aussi les assurances de tout son zèle à concourir à » vos >^ies pour la défense de la liberté et de l'égalité, de ' ^oii ;irdeur à seconder vos diMuarclies bienfaisantes j)our » aiamtenir la pureté des principes républicains, à combattre
> contre les tyrans, les traîtres et les anarchistes; elle sera » toujours digne de votre administration paternelle, qui fait
• son bonheur, comme vous êtes dignes de son amour, juste » rÀnropense de vos travaux. »
Livre m. ],e citoyen Cholet, (jui j)n'*si(laii on ce moment l'adminis- Chap.3. iration, ayanl répondu à ce discours de la manière la plus 1793 affectueuse et du ton le plus fraternel, la députation sortit du département au bruit des applaudissements de tous les citoyens, et se porta dans le môme ordre qu'elle était partie de la Maison-CtNnmune, au logis des citoyens commissaires nationaux.
Le citoyen Garreau vint an devant d Vile pour racnieiliir; il annonça que le citoyen Paganel, son c«llc»îîue, était absent; et lorsque tous les membres de la députation et le grand nombre de citoyens qui s'étaient joints à elle furent introduits dans la salle oii le citoyen Garreau les invita à entrer, le maire lui adressa le discours qui suit :
« GrroTBNS Lbgislatbums,
» Une cité célèbre, depuis le cofuniencement de la révolu- » tion, par les sacrifices qu'elle a faits pour la conqu(^tc de la » liberté et de régalité, dont les soldats patriotes ont les pre- » mîers montré leur courage dans la campagne de Moissac, » pour combattre les ennemis de notre régénération; qui » compte dans nos années onze bataillons, dont trois, cntière- » nient levés dans son sein, sii^ualeat leur courai^c dans les » caiupaiïn(N d'Andaye et de la Vendée, et les autres, pins » qu'à moitié formés par ses citoyens, établissent la célébiité M du nom de la Gironde ; une cité qui, au glorieux témoignage j» d'avoir bien mérité de la patrie , joint l'avantage précieux » d'avoir maintenu dans son sein la pureté des principes ré- » volutionnaires avec Famour de l'ordre et des lois, celte cité » vient de donner une nouv elle preuve de son amour pour la » république, de sa haine contre les tyrans, les traîtres et les » anarchistes.
» Ce n'est pas en vain, Citoyens Législateurs, que la Gon- » vention vous a députés dans notre département pour y étan blir des mesures que les lois ne dictaient pas encore contre
» les ennemis qiii travnillcnt sans cosse à arrêter le bonheur » dont la révolution doit nous faire jouir. Nos administrateurs
> ont employé avec le plus heureux succès les moyens que 1705 I votre sagesse a mis dans leurs mains pour découvrir les
» l races des complots formés par les ennemis de notre liberté, i par les monstres qui ne ressent de s'ap;itt'i iUitoui- de nos » represi." niants, pour essayer de nous priver des fruits de » leurs sollicitudes paternelles.
» Ils allaient semer parmi nous le germe do leurs systèmes » sanguinaires ; ils voulaient étendre jusque dans notre cité I tes fils de leurs trames anarchistes et liberticides. Mais nos i sî^es administrateurs ont arrêté leurs complots , en nous » préservant des rmuix tlnni nous étions menacés; ils ont fait
> connaître à nos illustr(^s n^préstnUanls, et à la France en- » tière, combien il est instant de se réunir pour fonucr une » défense invincible et pour éviter les coups que I on i)répare 1 dans les ténèbres contre notre liberté et notre égalité.
» Les sections et le conseil-général de notre commune se » sont félicités des mesures salutaires qui ont été prises par î- les corps adnimisli atifs; ils ont applaudi aux adresses qui
* ont été envoyées h la Coum iilKtn, et ont <lélilxVé de venir » vous supplier de les appuyer, ))ar la plus forte recomman- » dation, auprès de nos représentants, vos collègues.
» Dites-leur, Citoyens Commissaires, que, toujours fidèles à i leurs serments, les Bordelais ne cesseront de défendre la » liberté et Tégalité, de combattre jusqu'à la dernière goutte » de leur sang pour la république, une et indivisible; qu'ils
* ont juré une guerre éternelle aux tyrans, aux traîtres, aux » anarchistes, à ces agitateurs infâmes, dont les manœuvres t criminelles tendent à sacrifier à leur int^rôl ou à leur am- » bition le repos do la république, à troubler l'union si né- » cessaire pour notre bonheur.
> Dites-leur que les Bordelais seront toujours le plus fort
* rempart des lois, d<f la liberté, de l'égalité ; que s'ils pou-
Livre III. » vaionl craindre les eiiiuMiiis du dehors, à leur voix, nous Chap.3. formerons des bataillons invincibles, qui mettront liorbde 1195 ^ tou^ attaque le territoire de la république ; mais que si les » ennemis du dedans travaillaient à détruire la répubIi<{Qe, à » rétablir quelque pouvoir contraire à la liberté et à r^Uto, » qui font notre bonheur, nous leur demandons de réunir tous • )) les moyens (|ue leur autorité p(Hil leur lournir pour éloi-
» gner de nous les niallieurs que ce» scélérat NoudrtiiCDt » accumuler sur nos tôles ; que nous les supplions de donner » l'attention la plus sérieuse à la dénonciation qui vient de » leur être faite par nos administrateurs, de suivre la trame » dont leur adresse leur a donné le fil, et de poursuivre, avec » la sévérité de législateurs républicains , les auteurs de ces » infâmes machinations ourdies \\ar la cupidité et la perfidie.
» Dites-leur, enfin, que si jamais les lois, l'autorité de nos » représentants, les principes républicains, la liberté, l'éga- » lité, pouvaient ôtre méconnus ou attaqués, la Gironde leur » en fournira toujours les plus ardents défenseurs. »
» Fait à Bordeaux, en la chambre du conseil de la Maison- Commune, les jours, mois et an que dessus.
» Saiqb, maire; Bassbtebrb, aecréiaire-gregier.
» NoUk. Les commissaires des sections n'ayant pas tous remis n leurs noms au secrétariat de la Maison-^mmune, il a été
» im[K)ssible d'en faire ici le rapport. »
réponse du ciiou ii tiarreau a été parfaitement digne «lu caractère auguste dont il est revêtu ; les stMitiments qu'il y a manifestés pour la commune, l'assurance qu'il a donnée de son empressement à appuyer auprès de la Convention nationale, et sa demande actuelle, et toutes celles qu'elle aurait occasion de feîre , ont excité dans l'Assemblée entière les témoignages les plus n l it uits de sa reconnaisstince et de sa satisfacliun. ÏJà dcputation étant ensuite rentrée en la Maison- Commune,
les commissaires députés ont manifesté le désir d'avoir une Livre m. copie des discours prononcés par le maire ; et il a été arrêté : ^''^ ^' t Ouï, et ce, requérant le procureur de la commune , que de » font ce dessus il serait fait à l'instant procès-verbal , jjour » tHre inséré aux regisiros du conscil-L'énér}»! , imprimé et
* envoyé aux vinel-huil s4'('(i()Ms et ;iu\ HicR'h's jjofuilaires.)) A cette époque, la position des Girondins était devenue
assez délicate ; ils pouvaient (*ntrovoir, dans un avenir peu éloigné, les dangers auxquels l'impitoyable acharnement de la Montagne allait les exposer. M. Fonfrède ue cache point, dans la même lettre dont nous venons de lire un extrait, tes accablantes tribulations et les attaques vidii-nles qu'avait à >up|)orter une partie considérublc de la Convention de la part des Jacobins :
« fai reçu, diHl, par un courrier extraordinaire, votre i lettre du 5 de ce mois, l'y ai retrouvé, avec une bien douce i satisfoction, les expressions de votre estime et de votre » amitié; elles consolent un peu mon cœur des attaques de
t la calomnie et de la iiiéihanceté, qui sont naturalisés dans > ce pays. »
Vcrgniaud aussi é|)anclic sa douleur dans une lettre aux Bordelais. Vergniaud, dont l'âme toujours calme au sein des tempêtes, plus grande que ses malheurs, inaccessible aux ttailsde sa mauvaise fortune, s'exprime ainsi, avec une seleiœ mélancolie, sur sa position à Paris: «Dans les cîrcon- 1 stances difficiles où je rae trouve, c'est un besoin pur mon » cœur de s'ouvrir à vous. Quelques I in unes, qui se van- 9 taient d'avoir fait seuls le 10 août, crurent avoir le droit » (le se conduire comme s'ils avaient conquis la France et » Paris. Je ne voulus pas m'abaisser devant ces ridicules des-
* potes - on m'appela aristocrate. Je prévis que si l'existence » de la commune révolutionnaire se prolongeait, le mouve- » ment révolutionnaire se prolongerait et entraînerait les plus 1» horribles désordres: on m'appela aristocrate, et \om con-
i« Part. A. 20
Livre III. » naissez les <''V(''!i(Mnonts déplorables du 2 septembre. Les Giup. 3. ^ dépouilles des émigrés et des églises étaient en proie voljl 1795 * scandaleuses rapines. Je les dénonçai : on m*appeia » aristocrate. Le 47 septembre, on commença de renouveler » les massacres. J'eus le bonheur de faire rendre un décrel » qui plaçait la \ io des (It'lciuis hhis la ivsjMjnsabilité de l'Ai- » semblée: on m'appela aristocrate, etc., etc., etc. »
C'est avec ces mélancoliques accents que Yergniaud nous peint le triste tableau de la situation générale des affaires è Paris, et sa position personnelle. Les couleurs sont noires; mais dans les ombres dont il assombrit sa peinture , il élalc le désespoir, le décourageiiKMil et la profonde tristesse de soq âme à la vue anticipée des maux de sa patrie !^
« Je vous écris rarement, dit-il , en finissant; pardonnczn moi. Ma tête est souvent remplie de pensées pénibles, et » mon cœur de sentiments douloureux. A peine me reste-t-îl » quelquefois assez de force morale pour remplir mes devoirs. » Votre pensée est ma ronsolatiou. l^trans;er. vous \o savoz, » à toute espèce d aiidjition, n ayant ni les prétentions de la n fortune, ni celle de la gloire, je ne forme pour moi qu'un » seul désir, c'est de pouvoir un jour, avec vous, jouir dans 9 la retraite du triomphe de la patrie et de la liberté. »
n écrivit à la Société des Amii de la Liberté» les 4 et 5 mai, les deux lettres suivantes, <jue nous avons cru devoir conserver :
« Paris, 4 mai 17l>3, sous le couteau.
» Frères et Amis (1),
N Vous avez été instruits de l'horrible persécution faite » contre nous, et vous nous avez abandonnés. Vous ne nous
(1) I n miscrablo, ooinmé Dcsfieiix, viiti, a la tèt«> des Jacobins de la section Pui^ «Minière, réetuner, le il mars <703,li h barre de h CooTention, an dicretrMilrf GensoDDé, Ver|nbud et Giiadet. Ccst ce scélérat qui avait fondé le clttb Kalional de Bordeanx.
» avt'z siui» lius auprès de r.VssciiihlfM' nationah' |)ai' aiK uue Livre lll.
• démarche ; vous a'avez mémo cberclic à soutenir notre cou-
• rage individuel par aucun témoignage de bienveillance. 1795 » Cependant la fureur de nos ennemis s'accroît; la proscription
i et l'assassinai circnlent contre nous, et Ton s*appréte pour
• iller à la barre nationale demander nos têtes. (Jnel est donc I notri' i riiiK', citou'iis? r cst d'avoir lait enleniln' la \ni\ de » I huiuaiiiléau milieu dci» horreurs qui nous ont si souvent cu- » vironnës; c'est d'avoir voulu conserver vos propriétés et vous » garantir de lu tyrannie de Marat, ou des hommes dont il
• n'est que le mannequin. Faites que nos concitoyens nous t retirent des pouvoirs dont il est impossible de faire usage » !^n> des siiJ[nes éclatants de leur confiance. Nous ne crai- » iimns pas la mort; luais il est cruel, alors qu'un se sacrilio,
> de ne pas emporter au tombeau la certitude qu on laisse au t moins quelques regrets à ceux pour lesquels on s'immole.
^ )» YBlGIUAlTn. )»
; ■ Paris, i«> .iuui I70R.
» FnÈnBS ET Amis,
» Je vous écrÎTis hier, le cœur flétri, non par des dangers
• qoe je brave, mais par votre silence. Quelques heures après
> le départ de ma lettre, j'ai reçu la vôtre. Des hirmes do joie
• ontocNilé de mes yeux. J'attends mes ennemis, et je sais
> >ùr encore de les faire pâlir. On dit que c'est aujourd'hui » ou demain qu'ils doivent venir demander de s'abreuver du
^ de la représentation nationale. Je doute qu'ils l'osent, quHque la terreur ait livré les sections à une poignée de scélérats. On s'y est cependant battu avant-hier; et on ne tentera pas une démarche dans laquelle on craindra d'éprouver delà résistance. En tout cas, nous coniptons sur le courage 'le Fonfrede, qui etàt président, et vou> jxiuv c/. ( onipter sur
Wvre m. » Tenez-voQs prêts. Si Ton m'y force, je vous appelle de la Cliap.3. iribuno |)Oiir venir nous tléfomlrc, s'il t>n est U'iii|)S. et vciiijc r w la liberié en exlciminanl Ii's tyrnns. Si nous dc sommes » plus, Bonleaux peut sauver la rc'publique.
» Eh quoi 1 n aurons-nous travaillé depuis quatre ans, tant » fait de sacrifices, supporté tant d'iniquités , la France n'aiira- » trelle versé tant de sang, que pour devenir la proie deqnel- » ques brip;ands, pour courber le front vers la plus tortoease » tyrannie qui ait jamais opprimé aucun j>euple?
» llornnu's (le la iiironde, levez-vous! la (ionveulion n'a été » faible que parce qu'elle a été abandonnée. Soutenez-la contre » tous les furieux qui la menacent. Frappez de terreur nos » Ifarius; et je vous préviens que rien n'égale leur lâcheté, » si ce n'est leur scélératesse. Alors la Convention sera vrai- » ment digne du peuple français. Des lois sages seront snb- » slituées à des lois de sana; , et les douceurs de la liberté nous » consoleront dcii calamités l'anarchie.
» Hommes de la Gironde, il n'y a pas un moment à fieriiri'. T» Si vous développez une grande énergie, vous forcerez à la » paix des hommes qui provoquent la guerre civile. Yotie » exemple généreux sera suivi, et enfin la vertu triomphera. » Si vous demeurez dans Tapathie, tendez vos bras; les fers ^ » sont préparés et le crime règne. I » Je vous salue fraternellement.
)• VEaGNIAUD. »
Ce ne fut pas seulement aux traits de la calomnie et de la malveillance de quelques députés que les Girondins se vireni exposés. Le danger était plus grand, et les représentants euxmêmes en avaient le triste pressentiment * ils transmettaieot leurs plaintes à Henleaux: elles y trouNercnt de l'ik-ho. La lettre suivante de la municipalité le prouve. Mais que pouvaient les Bordelais contre la haine homicide et les élemollos déclamations des Montagnards, appuyés sur la populace da
Baris? Des menaces impuissantes; héias! on n'en faisait que i^>'>(^ mtrop; elles ne servaient qu'à irriter davantage les Maratistes. ^' n aurait fallu des faits à la place des paroles vaniteuses et lYg^
inefficaces. « Chers concitoyens , h ur écrivit <lans ce temps i notre municipalité, cunihicMi votre lettre nous a pénétré de
* douleur ! Combien les complots liberlicidcs des scélérats
> qui veulent tout désorganiser, pour nous replonger dans s Tesclavage, ont affligé les bons citoyens 1 Se seraient-ils 1 déjà souillés du plus atrooe des forfaits^? Cette idée fait fré- I mir; maîseqiérons que la masse imposante des bons citoyens » que PaiTS renferme encore, aura formé le rempart qui ga- » rantira la Convention contre les attaques de cette horde » (1 assassins.
» Bordeaux s'est enfm levé, et s'est levé tout entier : une
> adresse forte, énergique, et exprimant toute l'indignation I dont nos âmes sont pénétrées, a été rédigée ce matin, par la I réunion des sections et d'après Tananimité de leurs vœux. » Elle peut, et pourra vous convaincre, que plus les Bordelais » ont été confiants dans la l(»\autc des Parisiens, plus aussi » Ip? craintes que les membres dévoués à la proscription leur
* inspirent , et les i isqucs qu ils courent, excitent leur solli- » citude et les déterminent à déployer la vigueur que les » circonstances commandent. Nous sommes bien assurés de » l'énergie que le président, notre ancien collègue, aura mise
* dans sa réponse à cette députation armée , instruments des K scélérats qui ne désirent (juc l'anan hii'. 11 aui a, sans doute, » exprimé les sentiments d'une nation entière, (]ui mmU la » liberté, et qui ne saurait être maitris(*e par une poignée de
> factieux. Qu'il nous tarde, chers Concitoyens, d'apprendre
* Teifet de notre adresse , et combien nous désirons que les
* défenaeursde la liberté n'aient pas succombé sous les efforts » du crime.
» Ce sentiment, (juc tous nos concitoyens partagent pour » tous les lucuibres qui ne désirent que le règne de la loi ,
Livre III. n nousaflëcte plus particnlièrement pour vous, et nous devons Chap.3. ^ vous on témoiifner rassiuanco par une suito de l'aniitif 1 1 1705 " inU'ièl que nma inspire la situation affreuse oii vous
» vous trouvez. »
Les Bordelais étaient fiers : ils attendaient de leur adresse des effets prodigieux; mais il n était guère facile d'effrayer les ^ Montagnards de vaines menaces; et les passions, au 15 mai.
étaient trop violenniiont aiïitoes pour se calmer à la voix d'um' vilk' située à I !>0 lieues de l-<iris. î/adresse , au lieu d'inliuiider et d'arrêter les mikhauls, ou de calmer les passions, ne fit que les irriter davantage, et hâter l'explosion de la haine des Maratistes.
Fonfrède avait annoncé la marche des forces armées de Bordeaux sur Paris. Cette opinion s*accrédita dans la Convention, et les journées des 15, IG et 17 mai se passÎTeul {lans une aiîitation dllVicile à décrire. Au milieu de ce tumulte, Guadet monta à la tribune : le silence s'établit enfin comme un témoignage de respect; et alors, maître de luinnéme et presque de ses auditeurs, il laissa tomber avec gravité et une iuiiimiation contenue, ces paroles prophétiques, qui [irédirent la destiné*; des piu tis *
« Lorsqu en A^i^lelel l^' une majorité fîénéieuse voulut n*- >t sister à une minorité factieuse , cette minorité cria à To)»- » pression, et parvint, par ce moyen, à opprimer la majorité » elle-mômo; elle appela à elle les patriotes par eascellcnce, » C'est ainsi que se qualifiait une multitude égarée, à laquelle » (»n promettait le pillap;e et le partage des terres. Cet appel » aux pail lotes par excellence, contre les prétendues oppn»*- » sioDS de la majorité, amena l'attentat connu sous le nom de » purgation du parlement , attentat dont Pride, qui de bon- » cher était devenu colonel , fiit l'auteur et chef. Cent ànr » quante membres furent chassés du parlement, et la minorilé, » composée de cinquante ou soixante m^bres, resta mat- M tresse de l'État,
t Qu'en arriva-t-il ? Ces palrioles pîir oxccllencc, insli u- liTrelU. » Uioub par excolU'iKM' de Cromwel , et auxquels il lit taire 3.
> folies sur folies, l'ut eut chasses à leur tour: leurs propres » crimes servirent de prétexte à rusurpateur. » Ici, Goadet se toornaDt vers la Montagne, et montrant le boucher, Legendre, Danton, Lacroix et tons les antres Montagnards, accusés de mauvaises mœurs et de dilapidation , ajoute : « Cromwel » entra un jour au parlement ; et s'adressant à ces membres i qui seuls, à les entendre, étaient capables de sauver la pa-
• trie, il les en cbassa, en disant à l'un : iues un voleur; à » l'aotre : tue$un ivrogne; à celui-ci : tu es gorgé des deniers
> jNf&/tct; à celui-là : tu es un coureur de filles et de mauvais
> Ueuœ. Fuyez donc, dit-il, fuyez tous, et cédez la place aux
* lioinmes de bien. Ils la cédèrent bien, et Cromwel la prit. » Celte allusion était bien comprise ; c'était à la fois une apo-
lotae et une censure amère. L'Assemblée en fut vivement Inppée; elle resta silencieuse.