‹ Histoire complète de BordeauxChapitre 40 sur 172 · Livre Ul · texte numérisé non relu

Livre Ul

Chap. s.

.1 inir> prouesses à Bonloaux! A peine ai iiv('*s, ils se remlcnt U»relll.

AUX allées de Tuiiruy j)uur resjiirer l'air fiais tin soii-; mais C**?***

eotoorés, dit Baudot, de quatre-vingts jeunes gens ciégam- |^

loeDl vêtus f tons armés de poignards et de cannes à lance, j^t^t

ibse voient accueillis avec des huées et exposés à de grands de Baudnt , dangers. Le coup mortel allait être frappé sur la place de la Comédie; mais la foule qui sortait du spictacle empêcha le niiiir (le st^ consommer; on les mil Waiis une voilure, qui les wixluisil à la municipalité.

Tout le riH'\[ de Baudot porte le caractère de la plus pi-o- Sainte-Luce-

foode oialice et d'une exaffjération absurde; un autri> écrivain Himoire

nie la vérité de ses assertions, et assure qu'au lieu d'être mal itordeaiix

pendant

reçus, ils y rencontrèrent un accueil plein d'^rds, mais àix-hMUm»u. froid ; il n'en pouvait être autrement , puisqu'on savait que

as deux représentants a%aient été envoyés pour tnettre les Bonh'faia av pas. Us ne st)rt«iient plus qu'accompagnes iVunc wiujw^me do grenadiers; et si on les gardait si soigneusement, cV'tait [tour les enqx^rher d(^ commimiquer avec la nctioii Franklin , où les doctrines des Jacobins trouvaient de fidèles interprètes et de bruyants échos. Quelques huées, quelques cris improbatirs, furent entendus; mais la masse des jeunes |?ens ne se laissa aller à aucune démonstration hostile : ils (l('tc<-tai«Mit les agents d'une Convention qui se mutilait elie-iuème et se prqKirait à punir leur cité pour avoir voulu hii rendre son indépendance; mais ils ne voulaient pas, par des actes inutiles, ag^ver la position de leurs concitoyens on s'attirer de nouveaux malheurs.

Après leur profession de foi publirpie à la municipalité, on les inteiTogea sur la nature et l'étendue de leur mission. «L'objet de nt>lrc mi.v^ion, rc|)«>ndircnt-i!s . (•>( du pain, la " paix et l exécution d(» la loi : nos tondions se partagent » entre le plaisir de répandre des consolations dans le sein »de l'homme de bien, et Tobligation de sévir contre les k ennemis de la patrie. — Êtes-vous chargés de rcxccution du

Livre I II. , dëcret contre la Gommiasion popnlairé? — Oui , nous le s duh

' » mes. » Cette réponse provoqua une explosion denramniresf

1793 mais le silence rétabli leur jïcriint d'ajouter « que la (k)n-

» vention pouvait user d'imlnlgence, mais qu'eux »'

De nouveaux c ris retentirent ù leurs oreilles: la réponse était une menace; c'était pour Bordeaux quelque chose d'équivalent à la mort I On arrêta qu'ils auraient une garde, et que l'entrée de leurs appartements è l'hôtel de la Providence ne serait accordée qu'aux généraux, aux officiers supérieurs et aux lioinrnos nmrquants du pays. Outre la c<)Ui|)agnie dos grenadiers, on organisa de suite une autre compagnie de cavalerie nationale , composée de tout ce qu'il y avait de dii^ tingué dans la ville, en tôte de laquelle Baudot distiiigua Dndon fils et le s^;nala à la Convention.

Après avoir levé la séance , la municipalité les fit entrer dans une amande salle à C(Vé, où on leur fit préparer un souper et des lits. Ils repoussèrent ces propositions el m^LSt^V rent pour qu'on les ramenât à leur hôtel • On accéda à leur désir; mais on crut devoir prendre les précautions nécessaires pour ne pas compromettre leur sûreté. Leur secrétaire, Peyrend- Dherval, fut trouvé errant au hasard dans les rues. On voyait avec peine qu'il s'exposait trop facilement parmi uu peuple antipathique à ses maîtres; on le mit par précaution en état d'arrestation. Les deux commissaires regardèrent cette prudente mesure comme un acte d'hostilité; on ne pouvait rien faire à Bordeaux qui ne fti^t interprété en mauvaise part. Le décret était rendu; on pouvait donc procéder avec une rigueur légale contre les Bordelais. Ce ne fut pas assez pour le féroce Baudot : il rei luM cliait des prétextes pour les trailt i selon si»s désiis et assouvir sa rage contre une ville qui u'eul d'autre tort que celui d'avoir voulu l'indépendance des repré^ sentants et l'afl'ranchissement de la Convention du joug àei Maratistes.

Cependant, le bruit se répaaiilil que les deux représeotanl!

.illaii'iit quitter Bordeaux , ne j)()u\ant plus v séjourner ni y Llvrclll. r( iii[)lir leur un -mou. On prévoyait avec raison (ju'ils saiiraiont bien un Jour s en venger sur celte [lopulaliou antipathique, et 17115 qo'il valait mieux se ran^r du côté de la force, et se sauver, que de persister dans une opposition infructueuse et se perdre avec la Commission populaire. Toutes les sections envoient des députés auprès d'eux ; mais aucune ne se fit tant distini^crpar son langage libre que la section Franklin, si renommée par sou patriotisme ardent et son atladit'iuent aux principes républicains. Trois Ibis la Société des Amis de la Liberlé elde r Egalité, ou des Rëcollets, essaya de réussir a les voir; nuis elle s'était trop montrée. Le jour même que Lavan- Gayon fot mis hors la loi, elle le nomma son président, et démontra clairement ce que les conventionnels pouvaient en attendre. A minuit, des députés de presque tontes les sections, el le conseil de la conumuie, viureut les supplier de retarder lenrdé|)arl: r'étnit en vain, leur résoiutiou élail prise. lisse flùrent en route à deux heures après minuit, escortés de la monicipalité et d'une compagnie de cavalerie : leur voiture aivait par dernière; mais quelques hardis Bordelais réussitent à eflacer avec leurs sabres le bonnet de la liberté peint sur les panneaux, et à couper quelques courroies; maïs elle tut bientôt remise en état de les |)orter à La lléule. Baudot prétend qu on avait ollert 2o louis d'or à chacun des postillons qui les conduisaient , pour faire renv ei ser la voiture au Iws da Pont-de-la-May, et que les postillons refus(>rent cette amorce du crime. Tout ceci n'est qu*une calomnie : il était bon, de sa part, de rendre justice à de vertueux postillons; mais il était impardonnable de chercher à noircir et à dîfiamer toute une population inolTensive,

Arrivés à Uéole, ils établissent des relations épislolaires avec Libournc, S^'^-Foy, Bazas et plusieurs autres petites villes du pays. Ils appellent auprès d'eux tous ceux qui n'étaient pas fédéralistes, et écrivent à la Convention que

tivrain. Bonieanx est tout anglais, et qu'on demandait aux passants.

Cbap. 8. pleine rue : Êfcfi-iwus Anglais? Ce uv fui qii une calomnie 1793 de plus ; jamais, depuis Charles VU, les Boixleiais n'ont désiré d'être Anglais !

Après leur départ, il y eut une sourde fermentation en ville. On n'osait pas directement fronder le sentiment général : la ville ne manquait pas d'anarchistes qui avaient gardé te silence jusqu'au 0 noût ; mais (k'j)ui.s lors, ils levèrent le iliaque et ne caclieient j)his leurs sympathies et leurs vœux. Les sections Franklin, L-J. Rousseau, Beaurepaire, Républicaine et quelques autres, se déclarèrent contre la municipalité et demandèrent avec instance l'exécution franche et littérale du décret du 6 août. La section Franklin alla plus loin encore; elle se riMidil, le 1 0 septeiiihic, à la municipalité, pour lui intimer i injonction d'exécuter le décret du (> aoùl, et ne lin donna pour tout délai que douze heures; faute de quoi, elle 8*en chargerait ellc^uiôme pour assurer le triomphe de la loi et se débarrasser des traîtres. Cette menace ne fut que la suite d'une exaltation momentanée; on en connaissait la cause. Elle ne fit que peu d'elTet ; mais une circonstance impré\ne donna aux factieux un surcroît d'audace (pii sei \it bien leurs dcîsseins. On se préparait à célébrer la féle de Marat (H septembre) : on devait porter en procession, par la ville, son buste couronné d'immortelles. Tous les admirateurs de ce nouveau dieu de la démagogie, coifl)^ du bonnet rouge, avec des calottes ronges, chevelure négligée comme celle de leur patron, crurent devoir jnoniener leur audace et Icui- ( ynisine dan< toule^îles rues. Dans un moment d'ivresse, et sous pi él^^ xlede tirer quelques salves d'artillerie, ils courent au Château-Trompette et s'emparent de quelques pièces de canon, qu'ils traînent au lieu de leurs réunions habituelles, le Grand-Séminaire ( plus tard hôtel de la Monnaie), oh logeaient d'onlinatre les commissaires de la Convention, et où se tenait le picmici ('.(imité «le surveillance. 1^ nuit suivante (du 11 au li sc^pleuibix*;.

un vol tir 200,000 piastres fut commis n l'IinU'l des .MiJinuiies; Livre m, (!i»s MjujH^ous pDiivaient raisoiiiiablcmeiil se foniior; mais qui oserait en parler? Les autorités môme no faisaient pas de dé- |^ marches pour en découvrir les auteurs. Cet argent était destiné à acheter des vivres pour la ville. On disait qu'il avait été enlevé pour soudoyer les instigateurs de troubles et pour affamer les Bordelais. Les anarchistes en rejetaient l mlieux «ur les ftkléralistes et les modères; mais la partie saine et paisible de la population n'était nullement dupe de ces excuses mtércssées.

Pendant ce temps, les deux commissaires de la Convention se tenaient tranquillement à Bordeaux; ils savaient tout ce qui se passait dans eotto ville, les ijénéreux etTorlsque le (>>iiiii.Ml apj)r()vi>K)nn(Miien( Uusut pour pievciiir la l'aniitie qu'annonçait déjà la disette des gxains et les achats considérables qu'il • avait faits dans les départements. Ayant ordre de réduire Bordeaox par la force ou la famine* ils écrivent aux autorités de CCS divers départements de s'opposer à l'exportation de ces grains, que l'on avait achetés pour les fédéralistes et les trai> ires de Bonleaiix.

ïxiurs coieligioonaires politiques n'étaient que trop fidèles à ces injonctions : les grains furent interceptis, et Bordeaux boBé sans ressources alimentaires. Les habitués de la Société FrmkHn profitaient de ces circonstances et déclaraient tout baat que tant que les deux commissaires se tiendraient à La Hw)le, jamais Bordeaux ne recevratl mi boisseau de farine •les départements voisins ni de l étran^er ; qu il était urgent de l<>s prier de revenir à Bordeaux, et que le peuple les accueillerait avec respect, soumission et reconnaissance. Les sections 9'enlendent et leur envoient des députés. Les femmes républicaines, qui avaient voulu marcher les premières avec les bataillons de la force armée défKirtementale, n'ont garde, en cette ocrasion , défaillir à leurs antécédents; elles envoient aux rcprcseataiits Baudot et Vsabcau une adresse farcie de lerau^

de

rRdt«Hie-Vil1«

Livre 111. servilement adutateui-s, les suppliant de reyenir à Bonleaux metti o un tonne aux hcsoiiw pressants de celte ville, el cx- J7II3 terminer les traîtres qni s\'lTor(.aient d'entraver U s intenlioDs bienveillantes de la Convention. Les reprcscntanls, enchanté! de voir enfin les Bordelais à leurs pieds, répondent quHl Icui était impossible de rentrer dans Bordeaux tant que les fédéralistes y commanderaient. Cétait dire aux anarchistes d'expulser les autorités coiistiluées. Les sections, connue nous le verrons bien, comprirent l'insinualion, el la section Franklin surtout s'empressa d'y ré[)ondre par des faits.

Le 28 août, les représentants répondirent aux citoyennes, amies de la liberté et de Tégalité, de Bordeaux, par la lettre suivante :

Archives « Quelle que soit votre sensibilité, Citoyennes, aux malheun^ M qui adlij^ent la p i iion mtéressiinte des habitants (k la sûk » de Bordeaux, elle ne peut pas être au-dessus de la nôtre. » Nous portons sur notre cœur un poids douloureux jusqu'à » ce que nous apprenions que le fléau [la famine) a cessé, d » nous n épations pour cela ni soins ni démarches. Si nos vues » bienfaisantes n'eussent pas été enchaînées dès le premier î) instant de notre arrivée, le [nniple, qu'on ne caloiiniie pas » auprès de nous, parce que cela est impossible, aurait déjà » ressenti les fruits heureux de notre mission.

» Vous paraissez ignorer, Citoyennes, la suite d*oulragos » dont nous avons été Tobjet, et la captivité honteuse dans » laquelle nous avons été retenus. Lorsque notre rapport » fidèle vous aura l'ait connaître ces circonstaiici s, vous n«' » Si're^t plus surprises qu'à tout prix nous ayons voulu (juitt t » une ville dans laquelle il nous était impossible d'opérer la » bien.

» Un projet aussi honorable à Thumanité, que celui de rend « »• Tabondance à un peuple opprimé et affiamé, ne s^abandoniM

» pas aiscMuent par di^ lionnnes vertueux. Nous persislois » donc dans notre entreprise, et nous osons es|jérer d'y ixhih

a sir ; mais nous prendrons des mesures pour que les plus » inforlunc's ri ( ()i\<M»l k s pK'iuioi's secours. Celle distribution I nous paraît dans ronlrc de la justice.

B Les expressions touchantes (h; votre lettre, le tendre » aUachement pour les infortunés qui y respire, nous font

• regretter davantage que nos geôliers ne nous aient pas 1 permis d'être témoins de la manière dont vous exercez la 8 bienfaisanrt». Kassiirez-vous, amies de l'humanité souffrante, » ce n'est point parmi les objets de votre atîection , ce n'est

* point parmi les indii2;ents, parmi le [R'uple, que se sont » Ux>uvés nos persécuteurs, nos ennemis, nos assiissins : ils B étaient tous couverts de la livrée de l'opulence. Ils n'avaient i pas besoin de nous, en eflet; noire présence devait leur » être à cbarge.

» Recevez les assurance» de notre attachement fralomel.

» .* BaODOT, ÂleX. YSABBAV. »

Abondance, bienfaisance, vertu, ce sont là de beaux motâ; mis qui ne se trouvaient à cette <'>poque, d'affreuse mémoire, qne sur les lèvres de ceux qui ne les connaissaient pas , sur les lèvres de nos représentants. Aussi la famine s*aGcrut dans des proportions eflrayanies, grâce aux soins de nosinenfaisants et vertueux conventionnels, qui défendaient de Iransjiorter on d'importer des ijrains à Bordeaux. Ils avaient un d(>nl)li« but en agissant de la sorte : d'abord, de se venger des hué«»s, des insultes, dont ils st^^ plaignaient d'avoir été les objets à leur arrivée; ensuite, de faire sentir le poids de leur courroux vindicatif aux autorités, qui n*avaicnt rien fait pour cmp6cber ces démonstrations; et, enfin, pour soulever contre les administrateurs dont ils se plaignaient, la |)opulacc affamée, qui ne manquait pas d'attribuer aux magistrats ses souUVances et SOS appréhensions.

ils iiouvèrent, en outre, un puissant et aclif auxiliaire dans le club National, qui venait de reprendre ses séances.

M>art. *. n

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