‹ Histoire complète de BordeauxChapitre 47 sur 172 · Livre III · texte numérisé non relu

Livre III

Clwp. 7.

("onduire !os aiiln's; pas un seul homme d Elat autour duquel les autres pusscul se grouper. Brillants orateurs, athlètes redoutables à la tribune, ils combattaient vaillammeat pour renverser, sans savoir, et môme sans se demander, ce qQ'il faudrait établir sur les ruines.

Rolland , ou plutôt sa femme, réaniasait chez elle , par Tinfluence de son génie, ces hommes de trempes si dîflérenles, de caractères si fiers , et cependant si dociles aux inspirations de sa sagacité; elle commandait, pour ainsi dire, et presque tous ces jîrands oralcui s approuvaient ses vues et ses rons<nls; Verguiaud seul s'affranchissait parfois de ce joug : ses aSi^ tiens étaient ailleurs; elle ne sut pas Tenchahier à son char.

Sorti du ministère, Rolland emporta les regrets des Girondins; sans lui, ils se croyaient faibles et môme impuissants. Ils allèrent jusqu'à entamer une correspondance secrète avec ' la cour, et promirent d'arrêter le mouvement qui emportait la monarchie, si l'on consentait à rappeler le ministre disc;rncié. Une lettre, siarnée Vergniaud, (> ladet et Gensonm-. lut remise à ce sujet à Boze, peintre du roi, qui devait ht remettre à Thierry, valet de chambre de ce prince. On peut conclure de cette correspondance, que le monarque les avait consultés. La lettre commence par ces mots : « Vous mm » demandez. Monsieur, quelle est notre opinion sur la si- » tuation actuelle de la France, etc., etc. » Vergniaud €t Gensonné avouèrent plus tard qu'ils avaient traité avec la cour pour un ministère de leur nuance poliliqiie. Cette ili marche n'avait rien d'inconstitutionnel alors, rien qu'on ne j'ut avouera la face de la nation; cependant leur franchise lut une faute , et leur lettre interprétée plus tard comme uo crime.

Rallotés sur la mer orageuse de la politique d'alors, erraot au hasard, sans direction, sans guide, républicains par goàl et par principes, monarchistes ou constitutionnels par crainte

de l'avenir, les Girondins s'aperçurent Iroj) tard de l'abîme

qu'ils avaient creusé et des périls qa'îls avaient créés pour Lim m.

eux-mêmes, pour la monarchie et pour le roi. L'orage éclata

enfin: et VergriiaiuK comme s'il sentait déjà des nnionls, ou 4793

ne sachant que faire pour sauver la vie du roi, crut pouvoir

désarmer les Jacobins, en faisant prononcer sa déchéance.

Hais qu'aurait-il gagné en montrant à la France asservie on

roi sans couronne? Cette magnifique ruine Q*eùt été qu'une

sonroe d'importuns souvenirs; les anarchistes n'en voulaient

pas; et toutes ces demi-mesures ne tendaient, en dernier lieu,

qii'ù amener la funeste catastrophe du 2 1 j-iiivicr! Les Giron-

duis s étaient placés sur la pente; il était ilillicile, ini|K)ssihle

à la fin, de ne pas aller plus loin. En effet, ils votèrent la

GmventioD, la république, et, enfin, la mort du roi. Ils firent

quelques efforts pour faire intervenir l'appel au peuple comme

dernière planche de salut pour le monarque découronné; mais

ee moyen rejeté, ils s'étaient trop avancés pour reculer. Ils

persistèrent dans leur vote; et ce fut un député de Bordeaux,

Vereriiiivid , qui. coiimic président de la Convention, prononça

la sentence de mort contre le roi-martyr.

Au moment d'articuler le fatal arrêt, Vergniaud paraissait en proie à de sérieuses préoccupations, oh se môUiient ses remords et ses craintes. « Citoyens, ditr-il, vous garderez, je

> l'espère, un profond silence : je vais proclamer le résultat

> du scrutin. Quand la justice a parlé, l'humanité doit avoir » son tour. » Alors, avec l'accent de la doiiU ui , il déclara que la j/t'ine prononcée contre Louis Capet est In mort! Ah ! Vergniaud, vous dites que la justice avait parlé ! Cependant oet arrêt a été révisé et cassé au tribunal de la postérité. Ce joor-là, il n'y avait ni humanité, ni justice; la passion avait usurpé leur place; et votre hmgue, dans ce moment d'aveugle Uk^eté, a démenti les nobles mouvements de votre cœur !

Aveugles ou imprévoyants, comme beaucoup de leurs collèînips, 1rs Girondins croyaient que décret cjui renversait le trône et le prince dans le sang, suflirait pour régénérer la

Livre 111. Trance, chanifcr les institutions, les inaMirs, les ustiges sccu- Clup.7. ijiircsdo la nation, t't leadiait les Français paisibles, vertueux 1703 heureux. l>a royauté qu'ils poursuivaient de leur haine,

c était celle de Louis XIV, donl la gloire avait sans doute resplendi sur la France et sur l'Europe; mais n'avait pu voiler ni faire oublier son éblouissant despotisme : c'étaient les dégoûtantes turpitudes de la régence; c'étaient le parc aux cerfe de Louis XV, les souveraim s insolences des Poiii[ a hmr, !a (iis^ipalion drs trésors du pays et Tasse rvissemenl des Français, amis do la liberté. Mais la royauté n'était pas là ; il n'y en avait que le nom et les abus. Si les Girondins avaient remonté plus haut, ils auraient vu, comme disait M"» de Staél, qu'en France la liberté était ancienne et le despotisme nouveau; ils auraient vu que, selon l'antique usage des Français, le roi s'appiiviiit sur le peuple, dont il tirait sa puissance, et que la loi ne se faisait qu'avec le coiicouis du peuple et la Constitution ou sanction du roi (concursupopuli et constilutione régis) ^ et, enfin, que le despotisme des rois modernes n'était que le résultat nécessaire du protestantisme, une concentration nécessaire des forces nationales dans la personne du monartpie, pour s'opposer plus efficacement à ces doctrines dissolvantes qui sapaient lautorité , divisaient le peuple en fractions eiHieniies. soulcvniciil les sujets contre leurs su|M»rienrs, faistiient de l'auloriU' un problème et de la ré,sistauce un devoir, et soufflaient partout la guerre au nom d'un Diea de paix!

Les Girondins auraient dù employer leurs beaux talents à replacer la royauté sur son antique* base. Mais non , ils s'adressèrent aux passions; et grâces aux Maratistes ou Jacobins, le ^ aisseau de l'État fut poussé, avec ses imprudents pilotes, contre les écueils, par les ménies vents qu ils avaient si imprudemment déchaînés. Leur r(Hc était beau : ils voulaient le règne de la vertu, de l'ordre, de la liberté et de la justice ; mais comment ces nobles passions des cœurs généreux

puvaieiit-cllo? naîtro el se conserver au niilicu des Marat, Llrrelll. lies Danton, Hube.spierre et l omorls Cluip.7.

Nous coBsacreroDs à ces malheureux Girondins, au moins 1705 vsk plus célèbres de ceux de notre ville, des notices particulières. Nous leur ouvrons une galerie spéciale, où nos leo~ teors pourroDi les voir, les examiner individuellement, et, pur conséquent, mieux les connaître. Noos commençons par Terigoiaud.

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