‹ Histoire complète de BordeauxChapitre 63 sur 172 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Toat est cliani^e, luémc les noms du dcparleaicnt, des semaines, des Jours, dos Mit, «te.— LcnMdie Bertrand. — Son portnlt*-^ conduite.— La correspondance des reprisaDianlft.— Lettre d'Ysabeav et de TaUiim.— Us «iiTolefttdescit«y*iis

k Paris pour y ôlro cxi rtiti-s. — Lptipt» d'Y^^ah'au annunçunt la mort r]c M. Ssiige. — Les èlnfres de la cornnii''Siun c — Ce que dit Daudut à la tribune. —

H}pocril« et uiactaiavelique uiaui»ut'tude des reprèscotaots et de Lacumbe. — Rente des armes. — Amendes. — llert de BertheiMMi. — NeoYelle miinicipeUti. —Elle se vote des indcmaités. — Licunlie et la guillotine kLIbonme.— Lettre dTsabcau et Tallien k la GeaventiMi, etc.

Lcgouvernomenl révolutionnaire élail déjà orgauix' «M Urne- Livre iv. lionnail au gré de nos tyranniquos réforniat<Mirs ; niais pour que tous pussent pens(M cl ai^ir de concert, et ave-c entente, les représentants réorganisc'rent, le G novembre, les ditrérents Oûrp, constitués du dt'partement de lu Gironde, dont ils clian- . {(ote 18. gèreat le nom en celui de Bec-^Ambès, en baiao des Giroii' dins.

Onoe créa point de tribunal civil : les jugesrdc-paix furent diargés de juger, en dernier ressort, les procès que les toutpuissants représentants leur renvoyaient par des arr6lés spéciaux pris au besoin. Le calendrier gr^orien étant aboli, en vertu des décrets des 6 et 5SS octobre, on lui substitua alors, pour être employée de rigueur dans tous les actes publics, l'ère républicaine, qui a subsisté jusqu'au 10 nivdsean XIV inclusivement : le lendemain de- ce jour reprit le nom du 1* janvier 1806. Mais, »\ proprement parler, le calendrier républicain datait du samedi ii septembre 1792. Chaque mois se composait de trente jours, ))artairés en trois dermU m (li/.aiiies de jours, qu'on substitua a tjuc nous appelons la m maine, ou espace de sept jours. Ces joui s s appelaient

Li\ri;IV. iniiiiitlt , (hiiidi, linlt, ij tinrtifli , qunttidi, sf-rtidi, sf»/)/iWt, or- Clnp. 7. (iili^ iiomdi , décadi. Foui' éviler loulc inéf^ulariU*, v[ [K»ur tîus arriver au iiomliro do 'Muî cl (jiiol(|uos minutes de lamiéi' (irdinaire, on ajoutait à la tin de ('ha({ue année cinq ou six jours complémentaires. Les noms des mois étaient toos nouv eaux , des composés barbares, tirés du latin, do grec et du français, et adoucis |K)ur nos oreilles par des terminais» euphoniques. Ainsi, vendémiaire, qui commença le 22 septembre 1792, signifiait la saison des vendanges (vinâemiœ); bruinaire (22 octobre), la saison des brouillaitis (brumaj; fri" maire commençait le 2f noTcmbre, signifiait le temps des/Wfiia/s;ntud»e commençait le 21 décembre 1792, c était le temps des neiges /"nix !; phividsc (£0 janvier 1793), le mois des pluies (phivia); ventûte commençait le 19 février 179d, c'était le temps des vents (venim); (jerminat (21 mars), le temps de la végétation fffennen); /loréal (20 avril), la Siiison d«» fleurs (flores}; prairàil ^20 mai , le temps de s'occuj»er des prairies: messidor (\(* 19 juin^, le tciiijjsdes moissons 6/; ^'.w/.s ' ; ihrrundor ( 19 juillet I793j, le Ifiiips des rlnilrurs, du p'vc tlicnnos' ; /■/•j/rZ/V/or, coiuincnçaiit le 18 août, était la saison des fruit* (fructas).

Toul était «loue chauiré autour fie nous : les noms <l<'s places, des mois, des jours, des communes, du département, de presque toutes Les rues. Les hommes, les choses, les institutions, les mœurs et l(>s us;)g(>s, le langage même, nélaient plus ce qu'ils avaient été; c était un nouveau monde, et, coimne disaient les Romains, des hommes nouveaux ! Le nom de Bordeaux sulimstait cependant encore ; il paraissait trop aristocratique : il s'agissait nn instant de lui donner, par un nouvein haptdme républicain, le nom plébéien et démocratique commune Franklin, en reconnaissance des services rendus à la républi(|ue par le club Franklin, de Bordeaux, services que rbtstoire a eu le tort de nous laisser ignorer !

Mais l'acquisition la plus importante que tirent Tallien el

amtortt, c'iHaU, sans contredit, le inaîre Bertrand et Lacombc. i'<> >'<' • Le maire était horloge do son métier, escroc reconnu, homme y% méprisable. Dès le lendemain de sa nomination, cet am- i7f,3 bttienx hypocrite, qui proscrivait le lox(\ prt^chait rëfçalité et p^di,„B,a,ç^

riiorreurdcs <lislinclions, s'empara do la voilure et même du ttmcH. kh Ikt (lu citoyen Saigo, son prcHlécosseur. 11 s'iHablil à la Mais4»n-<"animuno ; ri jetant son costiimo de sans-culotte, ro Urt'londu SpaitiiUc ailicha le luxe des rouis, la nior«ue d'un M'iiinrur du NV' îiièt le et Tinsolence d'un f>arvoTUi! Leslrésors •le» < L'Iises et des familles riches cl iiis^i»s, tous U»s fruits des brigandages des sîins-K'uloltcs , étaient portés chez le citoyen maire. Comme horloger, ses connaissances étaient utiles; Tallien en faisait gi and cas ; et grâces à leur liaison et à leur connivence , on n'a jamais su ce que sont devenus les vases sacres et I énorme quantité d*argentcrie enlevée dans nos tem- |iles chrétiens de Bordeaux et du département. Un mystère impénétrable enveloppe cette partie de la carrière oflicielte de ces honnêtes républicains j

Ce misérable, décoré de Técharpe municipale du maire de Bordeaux, avait les plus abominables antécédents : né à .Avignon, il fut traduit pour ses forfaits dans les prisons du tribunal mmtnci ; mais remis en liberté, il se mit à parcourir la France €n qualité de marchand d'orviétan, opérateur, alchimiste, hoik^er, se tai-siiii passer |>our un naufraiié, plaiimant •l'avciir été volé plusieurs lois, et fais;uit partout des du|K\s de î<*s artifices. A lîi'idcauv , il était lf),L:r >in le chemin du Sablonat : ardent dcjuapi^^ue, il dominait dans les sections, se faisait admirer des p;uivres en criant contre les richesses et le luxe, et à force de déchunations furibondes, devint un |K?r- ><)nnatfc mai*quant parmi le peuple. Les représentants se félicilt'nl d'avoir trouvé un instrument convenable [)our leurs pmjcls; il fut nonmié chef de la municipalité, et maintenn comme tel dans l'administration du 6 novembre 1793. Par la nature de sa place, il était le maître de disposer à son gré.

Livre IV. et piosque sans contrôle, des deniers et des (»l)jets nalionaux les plus prériciix , connue des choses à lui apparteiwntes : il 1703 gardait si peu de pudeur dans ses spoliations, qu'il ne prenait pas la moindre peine de cacher sa conduite ^nouûnieuse, ni de donner un air de légalité aux moyens qu'il employait, li fai- Isait enlever et porter chez iui, sans témoin, sans procès-verbal, sans inventaire, les vases sacrés des églises, l'argent des maisons nobles, les épargnes des classes moyennes, les objets les plus précieux des citoyens condamnés, et faisait couler la nuit, en lingots, Vargenterie aussi honteusement volée. Sensuel et glorieux, rien n'égalait la somptuosité de sa table; il s'était approprié Téquipage de M. Saige, et son luxe était une insulte à la misère générale. Arrêté après la chute de Robespierre, il Ait jvi^é et condamné à douxe ans de fers! U fil appel; mais arrêté encore, il fut condamné, dans le d^iarteiiier.t des Landes, à vingt années de fers ! ' Voilà l'un des coryphées des Jiu obins de Hordoaux, le docile et Oflicnx agent de nos tyranm(|ues proconsuls! Nou« parlerons de Laeonihe plus bas, de œ misérable qui laisail un objet de s|Kk'ula(ion du droit de vie et de mort qu'il avait sur les détenus, au moyen d'une somme plus ou moins forte, mais dont le taux montait souvent à 400,000, 500,000 et même à un million de francs! Plusieurs citoyens ont évité une mort cortaine, dont la cause fut leur fortune !

Dans les Jugements, Lacond)e et ses vils assesseurs appli' quaient un quart de la somme à la construction d'un ho6(Hce« à des établissements d*uHliié publique, et le reste pour les sans-culottes de Bordeaux, ou pour les besoins de la république ! Dieu sait quels sont les établissements d'utilité publique et les hospices qu'ils ont érigés, et quels sont les sans-culoUes qui ont participé à ces sommes, prix du sang des ciioyeos de Bordeaux I

Les hommes dont Tallicn ot consorts firent choix pour abattre les têtes de^ Bordelais et confisquer leui-s fortunes.

t'Uiionl, sans conlmlil, plus i;raiul fléau dont le ciel pùt Livre iv. IMTinellrc à l'enfer rie cluAtier le pays; ils s'acquittèrent tous, ''''^* avec une horrible fulélité, de leur mission infernale. Mais pour ^vj».-, runnaître un peu mieux toute l'étendue des malheurs de Bordeaux, et combien les monstres qui l'opprimaient se faisîiienl lin jeu de ses désastres, suivons un |khi la correspondance de D<>s représentants.

Le 21 juillet 1793, on écrivit de Bordeaux qu'il fallait conilamner à la peine de mort tous les aristocrates. Le 9 octobre, Tallicn se plaignit dans une lettre que les lois révolutionnaires ndaient p;is exécutées avec assez <le rapidité; il lui fallait bcoinbe et la {guillotine ! Nous nous ()ccu[)ons, écrit Ysal)eau, loîipluviAsc (12 février 179i), à anéantir le girondinismc ; iincore quelques jours, et nous aurons dénias(jué les hypocri- Icîi, saisi les traîtres et détrôné les fé<léralislcs ! Le 2t octobre, Taliien et Ysabeau apprennent à leurs correspondants que la [mnilinn des coupables commence, et ne finira que lorsque les chefs de la conspiration auront subi la peine de mort ; mais citons leur langajçe :

« rjfoyens, nos collègues, notre présence à Bordeaux com- MonUenr, » mence à y produite les heureux effets (pie la ré|)ubli(pie » avait droit d'en attendre. La punition des coupables acom- » nioncé, et ne finira (pie lorscpie les chefs de la c()ns[)iration « auront subi la |)einedue au plus grand des crimes. Le traître " Luau-Gayon, premier auteur de la contre-révolution à » Toulon, a été guillotiné hier, aux acclamations d'un |xnq)le » immense , qui a applaudi à cet acte de justice nationale. » Hier, nous avons fait arrêter Biroteau et (linîy-Dupré : le

• premier ayant i»té mis hors de la loi par votre décret du » 12 juiliel dernier, sera exécuté aujourd'hui; nous envoyons » le second au tribunal révolutionnaire de Paris. Cet honnne

• a été nnlacteur du Patriote français , ann et confident in-

• lime (le Brissol, et qui, après av(»ir été au Calvados, s'est » rendu ici sous un faux nom el avec les autres conjurés. Le

Soanrc (lu U brumaire.

» lIuI) National, coni[)OSt> do patriotes difînos d'avoir iHé jw- » séciités \m\r la cause du peuple, sera installé ce soir dans la » stdU; nia^nifupie du club des Muscadins et des riches, que » nous avons supprimé. Le désîirnienicnt continue avec le plu> » grand succès et noiLs produira de quoi armer trois nouveaux » bataillons, qui vont pjirlir |K)ur la frontière de TEspaiine, » et les sans-culottes, nos frères, qui vont s'incorporer dans » l'arnuK; révolutionnaire. Quelques Muscadins (jeunes jrons » royalistes) ont mieux aimé briser leurs armes et les jour à » la rivière {|ue de les apporter au dépôt. Nous aurons soin de » corriijer ce dépit enfantin. Citoyens, nos collègues, l'esprii » public se forme à Bordeaux : les méchants sont conleniis. Le » jMniple s'instruit, s'éclaire, et iK'nil chaque jour l'heureft^e ») révolution qui l'a arraché à ses tyrans et aux malheurs de » la fçuerre civile.

» Salut et fraternité.

» YSABEAU, TaLLIEX. »

Sur la fin d'octobre, nos impitoyables représent.nnls envoyèrent à Paris huit citoyens, |K)ur y être jugés : c'étaient DudoniM're, ancien procureur-général, Lemoine fils. pnVi- <lent du district de Bordeaux , Lemel , membre de l'ancienno nnmicipalité, l'abbé Aulies, de I.ormel, ini|)rimeur, Lacouibc- Kiguereau, Février, et un écrivain courageux, tiirey-I)upn'- Mais (pieUjues jours plus lard, Uaudot denianda qu'on lesrenvoycAt |)<)ur être guillotinés à Bordeaux. Robespierre nconla (pie |K)ur quehjues-uns, et |M)ur ne pas rester élraufieraux n>alheurs de liordeaux, fit périr les autres à Paris.

Le M brumaire ri novembie 1703), Ysabeau informe sf* amis de Paris du sort du malheureux maire de Boixloaiix. l'iiiilhomiiip. M. Saige, honmie riche de 10 millions. Le lendemain, il écril loiuc ."j. plusieurs liaîtres avaient jwyé de leurs tètes leurs inîiliucs

conq)lots; qu(> la ('ommission militaire, pré'sidée par I^couibo. a|j;it dans les meilleurs princijK's, et (pi'il est néccssiiiro que

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