CHAPITRE VI
La rentoe de* «mm aux aam-euiliottes. — Hanram Mntra li dcspaUtue itot pi^
ronsuls. — Délibération de U munit i|i:iHlé. — Les prisons pleines de prèveau.— I.cs rcprwntants étalent »n Iuxl" l'iïrené. — I.pnr (alilo liien sfnif. — Ladivtif. rependant, à bordeaux. — La raminc. — La cuiiduite des rcprésontanUsdai)sr«i triatea circMsIaitees. — PiortraiU d« TalKen H de tes eallègues.— Des défl«acii« tenn partout. ~ La dèphNrable conditiatt des Bordelalt. <- La coauaiaaiot ariK* taire. — Laconibc et ses collègues. — Leur manière de procéder. — Uo neaTcaa comité de suneiliancc établi. — Sa dissolution. — L'arrêté d«a proconsnls.— Oa réo{]|(anise une nouvelle commibsioa, etc., etc.
Livre IV. Cet arrftté, digne de Néron ou d*Altala, plongea Bordeaox — dans la oonsIcmaUoa : il fut accueilli avec une morne siu^Kur et ex^té avec toute la racilitc (ju'inspire lu crainte à aoc population (pii venait (Vapprcndre que le silence était un devoir, et le plus léger iiiuiinure un crime. On voyait Ml'ii le sort malliiHirenx que les proconsuls résor\aient jM)ur le pays (pi'ilscalniuiiiau nt |>our avoir ledroit de le piller. ï,es eilouus ]¥>rlent leurs armes au Chàteau-Trompetle , et la peine de mort est prononcée contre quiconque en gardait ou en recelait; elles sont remises aux sans-culottes, seuls dignes, disaiton, d'avoir des armes pour la défense de la liberté! Les JacoI)ins sont mis en place* et tous ces nouveaux, fonctionnaires, aifublés de leurs lK)nnets rouges, promènent en triomphe le buste de Marat, ce dieu des Jacobins. En présence de ces scènes scandaleuses, de ces processions d'anthropopluges, quelques âmes généreuses osent proférer quelques paroles d'étonnement, quelques faibles murmures; omis ils sont btfo* tAl comprimés par lesdélations et les menaces. Youlantétoullbr les nobles sentiments des Bordelais, la section révolutionnaire, dans sa séance du 30 vendémiaire an U (21 octobre 1793},
• n'iinil. t'i s(' (1(''< laranl « [iroloiiiit mont imlififnéo «les propos t infâuKS soiit propagés sui- li's iiK'suics rigoureuses
• que nos représentants emploient poui pui jj^cr la cité de tous
• les mal veillants, punir tous les traîtres, écraser, enfin, tous
• les enneiiitô do la liberté cl de l'égalité » a unanimement j délibéré :
M De livrer au j^laivc des lois tous ceux qui oseraient » se permettre (]uelque signe d'improbation des moyens que » Icii représeotantâ da peuple emploieut dans riutérét du salut » public. »
Otte délibéralion, 8^;iiéc Mnrf?aroQ, président, J.-D. Lys Ifilset Lelellier, secrétaires, devait être, par l'art. 2, commuliquée aux représentants du peuple, au général Brune et aux vingt-sept sœlions; c'était interdire la liberté do la parole, proscrire le geste, exiger le silence du totnbcmt et l'abi utis- ^cnl d'un peuple ami de la liberté l Les déuoncialioQS se feol, des arrestations nombreuses dans toutes les classes jettent un voile de deuil sur la ville entière. Les patriotes les plos purs, les hommes les moins offensifs, les n^ociants les fins généreux pour les pauvres, tout oe que Bordeaux ren* fennait de grand, de noble, de riche, d'indépendant, do relipeux, est précipité dans les maisons d'arrêt, qu'on est oUigé d'agrandir et démultiplier pour recevoir les infortunées ridimes, et en peu de jours plus de deux mille prisonniers, Antâxcents sont prêtres, se trouvent entassés dans les vastes ilépdts du Fort dn Hfl, du Pnlais Brutus, du Département, de laNaisoiir-Gommane, dans les séminaires et les couvents des Gannélites et des Orphelines. Manquant de tout, même de Béoeassire, ils étaient livrés à des subalternes soudoyés, qui lestrutaient comme de vils animaux. La mis^, le chagrin, la maladie, les mauvais traitements, en ravissent plusieurs au ferassasBin de la commission militaire; et loin de plaindre ces hommes, victimes des haines politiques, les lacobins s'éfliaienl avec un rire sardonique , en regardant ces prisons
Livre IV. iiialsaincs : Bah ! ce sont nos ménageries; nous y renfermons ciwp. 6. ^^^^ h(Hes !
i-,j3 En présence de ces scènes de misère, d'humiliations immé-
ritées, de chagrin et de désespoir, on voyait les proconsuls et leurs stîides entourés de tout ce qui peut flatter les sens et contenter les passions. Ils prêchaient l'égalité, et ils étalaient insolemment le fastt! le plus révoltant : les Bordelais n'avaient fMis de pain , et la table de ces atroces et prét(»ndus amis de l'égalité était servie à profusion et chargw de mets les plus <lélicats, de vins les plus exquis. Tout était mis en riKjiiisition |X)ur leurs repas: les meiUeurs jMiissons, les viandes les plus recherchées, les produits des Iles et des pays étrangers, étaient réservés pour exciter l'appétit et flatter la sensualité de ces nouveaux Lucullus. Un jour, le citoyen Villers venait d'acheier au marché un superbe turbot; il rencontra un membre d'un comité révolutionnaire, qui l'arrête, et lui dit : « Citoyen, je » t'onlonnc de me remettre ce poisson; je le mets en rt*qui- » sition pour les représentants du peuple ! »
Les représentants avaient promis, nous l'avons vu , de se faire suivre à Bordeaux d'abondantes provisions de grains; c'était promettre l'irapssible. Il y avait une étonnante rareté de céréales; la confiance était, d'ailleurs, anéantie, le commerce nul, l'agriculture abandonnée aux environs de Bordeaux, et le peu de grains qu'on pouvait recueillir était destiné à la nourriture de l'armée révolutionnaire, des proconsuls et de leurs jxirtisans. Le reste de la population recevait journellement une demi-livre de pain par chaque individu. Et , l)on Dieu ! quel pain ! Un conîiK)sé de son et de fèves ! le son môme était repassé jusqu'à ce qu'il n'en restAt que 15 livres par quintal ! et ce pain même manquait parfois à l'alimentation du peuple. Alors on faisait , à l'occasion , une distribution de riz ou de marrons ! Malheur à celui qiù . par un reste d'aisance, avait jilus de facilité que d'autres à s<' \mciirer un morceau de porc frais, une volaille, des œufs, du
lard, ou une poignée de farine de seigle ou de maïs ! Si le î. vrc îv. secret le plus profond n'envelo[){Kiil ses mystérieux achats, il éuit en butio aux déDonciaiioos, puis aux poursuites, comme 1795 égmste, aristocnile ou accapareur 1 U avait tout lieu de maudire ensuite le triste prîvîl^, le malencontreux bonheur que m siègent, son adresse ou sa bonne fortune lui avaient procuré! Ce ne fut pus seulement le pain qui manquait, mais le bois, mais le travail, maisTaumône, mais la charité publique, qu'on ne connaissait plus. Le vin même était rare, parce qu'on ne travaillait plus, on ne taillait plus la vigne, et le peu de cette liqueur qu'on récoltait dans le pays, était enijM)rté par les naviffs des nations neutres, qui venaient apjx^ ter (]os objets iiiu're nécessité. Cep<3ndant, ptir uikniiih'ic dcrisidii [)our iCi Njuiïra liées morales et pliysiques des Btudelnis, et par mir basse flatterie pour les tyranneaux convenli iik Is, la niniu npalité d'alors disait (pio Tallien et Ysaàeau étaient sam cesse occupes de notre bonheur !
Hélas l au moment m^me où l'on disait et répétait celle flagornerie mensongère, le malheureux Genin, ci-devant vicaire de S'-Seurin, demandait comme une grâce aux représentants d'être jeté en prison, afin de pouvoir manger même du pain noir ! Ds t'cceupaieiU de notre bonheur! Non; ces sin» goliers bienfaiteurs du peuple bordelais disputaient, avec le foesoyeur Baritaut, nn tarif de 3 liv. par corps de chaque anppliciéque celai-d aurait à enterrer I Gomme ils comptaient anr la continuité des supplices, et le renouvellement quotidien de la besogne, ils auraient voulu qu'il fftt moins exigeant pour aoa salaire t Ils commandaient au gardeniotesde la commune de livrer aux flammes tous les titres féo<laux , avec ordre de réser>cr seulement les parchemins pour en faire des pargousses. C'est ainsi qu'ont disparu des documents mijxu tanls, ([ue l'histoire el les familles ont éi^alement raison de regretter. Ils faisiient faire un nouveau rerensemcut des émigrdsct de ceux qui se trouvaient hors de la loi ; ou bieu, se doonanl un écla-
IJvn» IV.
Priidhoiunic.
Hinloirc dfn Erreur», t U'., t'ic, («line .').
lanl tlémenli à eux-m^iiios, il faisaient saisir la maison de Cazaux, à Bègles, |)arcc qu'elle |)ortail des armoiries, et ordonnaient de conserver, pour servir de modèles aux artistes, les beaux portraits des Capet^s, qui se trouvaient dans l'une des salles de la Mairie. Séance du 23 frimaire an 11 [13 décembre 1793).
Le prétexte était spécieux ; il servait à voiler la cupidité des proconsuls, qui désiraient se les approprier plus lanl î El qui étaient donc les chefs de ces hauts faits révolutionnaires? Tallien, jeune homme de vingt-tpiatre ans, né dans l'obscurité, stins talents, sans exfK'rience, siins mœurs. Attaché d'alxml à un marquis, puis copiste du député Brostaret sous l'Assoiiiblée constituante, et, en dernier lieu, employé au Moniteur, à raison de 800 liv. jKir an, il débuta dans la révolution, en 1791, par le journal des Sans-CuJolIcs ou Y Ami dos Citoyens, soudoyé par les Jacobins ! Après lui vient Ysal>eau , moine défroqué, S|>artiate dans son laniçage, sensuel dans sti conduite, cruel envers ses ennemis, dissimulé, et changeant selon les circonstances ses |mroles et ses actions. Puis vient Chaudron-Rousseau , acteur obscur, honmie de sang , nourri dans son inhumanité jmr la lecture dos philosophes, et assez pervers pour étouffer tous les nobles sentiments des cœurs honnêtes. Baudot, moine défroqué, sans mœurs, sans sentimenis, sans humanité, était le digne conunensal de ces honmK*s Iwrbares; c'était un caractère féroce, impitoyable, sanguinaire. Marat, pour établir sii chère république, ne demandait que deux, cent raille tôtes d'aristocrates. « Ah ! disait Baudot » pendant sa mission dans le Haut et le Bas-Rhin, fussent-ils » un million, détruisons-les entièrement ! »
A cette réunion de vrais cannibales, la Convention adjoignit, comme secrétaire et conuiie espion, l'infAme Peyren-d'llerval, d'ext'crable mémoire! Pour le bien connaître, figua'zvous un monstre à figure humaine : ses props sont affreux . SCS mouvements convulsifs, sa mine épouvantable, sa wm
liégoùlanlo de saleté et (Vindéocnce, sa bouche haletante, sa ^-^^ la langue noire et desséchée , ses yeux hagards, sa prunelle nniknle, sa démarche inégale, ses siestes nerveux et préci- ^-j^ pités; espion du Comité de Salut public, à Paris, il suivait les dttnarchesdes proconsuls, et répandait partout oti il paraissait redroi et la terreur. Telle était la crainte qu'il inspirait aax Bordelais, qu'en le voyant entrer dans un salon, une femme enceinte, qui s'y trouva, avorta à l'instant même I
Voilà les hommes qui s'occupaient, disaient h^s municipaux , de mire bonheur ! Voila les niisérahIcMî auxquels la fortune , les maisoiLs , la faniille et la vie des Bonlelais, étaient abau- (lonot'es! A im sii;iial dauné, des nuées de dénonciatcui>i surliLssaiciit de toutes |)arts : rien n'et^iit si facile que de tnuivcT un«ni('t d'arcusîition, Tin citoyen eoupable, suspoct ou suspei'tc liV'îii u)i -uspect ! (-elui qui jM)ssédait quelque chose, ne fùt- I (|ti un peu de s;iui: noble dans les veines, était un aristotrale; celui qui vivait en dehors des événements et ne se mêlait à aucune intrija^e, passait pour un modéré; et le moi/fraii/tiin«, comme la chai^ d'aristocratie, cncournit la peine capitale I Tout membre des anciennes administrations devait Mre un fédéraliste, tout prêtre un conspirateur, le n^ociant an acrapareur, un égottle ou un agioteur, et toutes ces suppoaitions, ro6me sans preuves, entraînaient la peine de mort! .
Jamais peuple ne fut si avili, si tyrannisé, si foulé par des dttpolcs, comme les Bordelais I On annuki les vieilles cartes de civisme : il on fiillait de nouvelles; et pour s'en procurer, il était indispensable d'avoir des preuves de civisme. riches devaient payer les frais des troupes , et les sommes nifshs devaient ^Ire versées dans les mains <les a^ïents compétents, dans les \ aij^i-<iualre heures, sous jieine d'extkution militaire.
L'esprit public était coinplètehKMit anéauti : on aurait dû se !<Milover jM)ur seeou(M- le fardeau de celle intolérable tyraïuiie. <)n se tut ; c'était se courljer poor se charf^er de plus iiesiuiles
i- IHirt. A. 39
Livre IV. chaînes et subir de nouvelles vexations. Pour avoir une ap- Miap. 0. papcnœ (le raison de leur côté, et donner à leurs aclioas ol y leurs projets lionncides une ombre de légalité, les repnWntanti> instituent une cour martiale , ou commission militaire, chargée de juger les personnes accusées de quelque acte, on parole, ou même de sentiments inciviques.
Ce tribunal de sang fut installé le 23 octobre; il était composé de Lacorabe, président, Rcy, Parmenlier, Margueric, Morel, Barsiîc, et Giffey, greflier : le premier était un ho\îlanger, le second un coraé<lien, les trois autres d'obscurs artisans et marchands, et un jeune commis-courtier. V(»ilà la composition de cet exécrable tribunal ; voilà les juges et ii"*! bourreaux des Bordelais jKîndant tout le règne de la terreur ! On ne |)ouvait |X)int faire appel de leur jugement ; et en sortant de la salle, les condamnés, c'est-à-dire l'élite de Bordeaux, étaient portés sur un tond>ereau sur la place Dauphinc, oîi se trouvait la guillotine en permanence.
Mais de toutes ces ignobles ligures, celle de Lacond)e était, sans contredit, la plus otlieuse. Homme grossier, .singuiiiaire, ses mœurs dépravées le firent chasseur de Toulouse, son pays natal; il vint se réfugier à Bordeaux. L'exaltation de ses opinions politiques le rendit digne de l'amitié de Tallien, qai % trouva en lui un excellent auxiliaire dans .ses œuvres lionii-
cides. Ce.s hommes, qui n'avaient jamais |M)rté ni épée, ni fusil , qui ignoraient les nsjiges du barreau , et les noblcs'cl subUmes fonctions de juges, se mirent à juger niilitaircmont «les le moment de leur installation. Les têtes tombaient tons les jours par les ordres de Lacombe ; et à voir à l'œuvre (X sanglant aréo[>agc, on aurait dit que l'enfer avait vomi de son sein des «Inies damnées, |X)ur qui le vice était une source fie mérites et la vertu un crime. Ce tribunal infernal semblait avoir passé un cx)mpromis avec le bourreau pour ne jws hn donner de relâche ! Tous les jours, à dix heures du matin. I^icombe et ses assesseurs déjeunaient en costume au secrô-
tariat: ils sp 1oiiai*>nt prêts à faire leur besogne. Là. \v pr»'- Livre iv. ûàeni écrivail les noms de ceux qii on devait juger; ses sl)ires ^ allaient cherelicr les virtimes, qu'on entiïssail dans des cachots 1793 bumidfê, en attendant l'ouverture de la sc'anee. Quatre gendarmes, obéissant à ses ordres, amenaient devant lui les indhridus désignés; le secrétaire lisait le décret du 27 mars, qai a fait raiaaelier tant de sang en France. Il était ainsi conçu : « la Convention nationale, sur la proposition d'un I membre, déclare la ferme résolution de ne foire ni paix, • ni trêve aux aristocrates, aux ennemis de la révolution ; » elle décrète qu'ils sont hors de la loi. »
Lacombe faisait, pour la forme, décliner les noms, prénoms et les professions des victimes; très^uvent, il commençait {nr CCS mots : Tuesvn aristocrate, un modéré, un égtftxte, m accapareur . etc. , etc. Si l'accusé se défendait bien, si on applaudissiiit à .son éloquence, s'il parais.sait conquérir les «ypipathies de la foule, l'infâme président lui i clii ait l.i parole, f-* lui (iisjiil : « Tais-t4ii, le tribunal est li\é sur ton compte;
.*v.H'(ls-loi I » Alors ses collèanos se groupant autour de liu jKjur la forme, l.^combc prononçait \v juirt iuont en ces termes: « La commission militaire, séante à Bordeaux...,
> convaincue que tu es un aristocrate, ou un ennemi de la
> révolution, ou un modéré, ou de la clas.sc des suspects, le
> condamne à la peine de mort, et ordonne que lo présent » jugement sera, snr->le-champ, exécuté sur la place de la » Révolution (place Dauphine).
Le bourreau, qui se tenait dans le cabinet de Lacombe, s'emparait de suite de la malheureuse victime; et après lui aviMr fiiit sa fatale toilette, la faisait sortir par une petite porte, d'oii on la conduisait, sur un tombereau, au Heu du supplice, à travers une nuée de misérables en haillons, de femmes, de filles ivres, et criant comme des furieux : Mort aux aristo-
Ysalieau était beureux; il s'exprime ainsi à ce sujet:
Lirrp IV. « Nous nous occupons à anéantir les ftkU'ralistos (à les smiV- ' " » loliner). Encore (juelques jours, et nous aurons déniasqui' ^75,5 » \es liypocrilcs, saisi les traîtres et détrùné les fécléralisl(N. „ . » I.avau-tlavon a été «uillotiné aux acclamations d'un peunif r^o o(t<iiiri>. » inuuensc, qui a applaudi à cet acte de justice nationale. »
Mais on n'allait |>iis assez vite : il y avait tant à faire ! Od créa, le H brumaire (1" novembre 1793), un Comité de surveillance |)Our dénoncer les victimes et dresser les charges; mais cc! comité voulut marcher avec une certaine régularité. Les proconsuls, mé<-ontents, remplacèrent, le i frimaire (22 novembre), ces trop scrupuleux membres, par d'autres, moins attachés aux vaines formes légales et dévoués à la Iwnne caiL»<e î On voulait avoir des honunes complaisiints, assez dépravés |K)ur servir de niachines à uieurtre! Peyren-d'Herval, dont nous avons déjà jmrlé, en fut nommé président ; s<s associés, î.éard, Marcel, etc., etc., furent dignes de lui. Alors recommencèrent j)lus vivement (pie jamais les dénonciations, les visites domiciliaires, les tracasseries de toute sorte. On traîna dans les pri.^^ons <le simples caujpagnards, dont le s'iil crime consistait à réciter le chapelet , à faire la prière habituelle, à respecter le dimanche, à travailler le jour de la «hVade, à cacher un prêtre, une religieuse, un noble ou un homme riche, à faire une œuvre de charité, ou à déclarer . qu'ils croyaient en Dieu ! Le crime était légalisé, divinise', el l'innocence un opprobre et un .sujet de condanmation. Osaiton se plaindre, se montrer triste, sensible à la mort de quelque parent, de quelque ami ? alois la guillotine, par les ordres de Lacond)e ou de Peyren-d'Herval, effaçait avec le sang les larmes (pi'on répandait sur les cercueils des morts ! Kt une foule abrutie de mi.'*«''rable5, coiffés du bonnet louge, courait partout, insultant à la tristesse des familles et applaudi.s.<anl à ces horreurs inouïes, cjui firent <lc la (iironde un va-^^te cimetière et ensanglantèrent la France p<'ndant deux ans, sous le régime le plus monstrueux, le plus exécrable dont il soil
parié dans les lâstes de rhumanilé, et att récit doMiuelles nous l'Wrc iv, frémtssoiis même aujourd'hui , après un laps do soixante an- ^ nées! Jamais nous ne passons sur la place Dauphine ams |^ éprouver une profonde et dooloureuse émotion an souvenir
Jes boucheries, prétendues légales, que Lacombc y faisait comiiu ltrt'; et nos cheveux se dressent d'époux anlc et d'horreur quauU nous pensons que dans le trou rrcux' au pied de la ïuillotinf^, !os chions venaient s'abreuver du sang des plus nobles cillants de lJ<jrdeau\ !...
Le nouveau Cuuiilé de sui \i'illance allait trop vite et trop loin : un cri de désespoir échappe des poitrines des citoyens opprinus , et retentit jusqu'aux oreiUes des représentants, lis s'a.sseniblent, et craignant une réaction inspirrt^ pr le désespoir, ils prononcent, [m un arrêté formel, la dissolution du nouveau Comité révolutionnaire. Cet arrêté, en date du 16 pluviôse an II (4 février 4794), est ainsi conçu :
« Les Représentants du peuple, en séance à Bordeaux» elc,
» Considérant que de toutes parts il s*est éte%'é des récla- I mations contre les mesures arbitraires {riscs i>ar (|uelques ■ membres de ce Comité, relativement à la police des pri-*
» soiis;
» Après avoir oxamiru-, as or la plus scrupuleuse attention, toiUos les pioccs et dcnoiu iations qui lui ont été remises )» par j)lu-i( iirs Imjijs citoyens; » Api es av oir consulté TopiDion publique, etc., » ArrtHcnt ce qui suit :
» Article premier. — Le Comité révolutionnaire de surveil-
> lance, établi à Bordeaux par arrêté du % frimaire (22 no- » vembre 1793), est destitué.
» Art. 2. — Les membres composant ce Comité, les ad-
> joints, agents, employés, commis et trésorier, se rendront » sar-le-champ en état d'arrestation dans une maison qui * sera indiquée à cet efiet.
Livre IV. n Art. 3. — Lcs scolli's soront (lo suite apiwsôs sur Um (.iidp. 0. ^ j^^^ papiers, registres et cartons de ce Comité. I7y- » Art. 4. — II seia nomme une commission composée de
» trois membres, savoir : les citoyens Anlony, juge-(le-paix » (le La Réolc ; Dutasta, agent national près la commune » (le Bordeaux; Jay jeune, agent national près le district de » Bordeaux, lesquels seront chargés d'entendre, sans dcscm- » jiarer, tant les citoyens qui auraient des faits à dé|X)ser re- » lativemcnt aux opérations de ce Comité, que ceux qui le » comjMisiiient et (jui sont mis en état d'arrestiUion par le pré- » sent arrêté, afin de mettre les représentants du peuple à » m<>mc de distinguer promptement l'inDoccnt du coupable. » et de rendre justice à tous.
» Art. 5. — Il sera, dans les vingt-quatre heures, prowlé » à la recomposition cl réorganisation <lc ce comité ; et pco- » danl cet intervalle, la municipalité de Bonleaux sera en M permanence et remplira les fonctions attribuées au Comité M de surveillance, etc., etc., etc. »
Tout cela n'était que du bruit; c'était un leurre qu'on jelail à la crt"dulité publique. On aimait les changement^! : res|)érance, la dernière consolation des malheureux, était i(i une illusion. On changeait les hommes; mais le système |)olilique était toujours le même.
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