‹ Histoire complète de BordeauxChapitre 7 sur 172 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Nouvelle muniripalité. — Conimiîisaires pour organiser le nouveau département de la (iirondt'. — Serment des municipaux et de la garde nationale. — Te Deum. — Les affaires de Montauban. — Expéditinn des bordelais pour paciûcr cette ville. — 8<in ref'»ttr. — Débats de l'Assemblée n;iliun;ile :i celte occasion. — VellfMtès de guerre des Montalbanais. — Création du département de la Gironde. — Les clubs. — Troubles à Bonle-Mix h l'occasion de quelques excès commis par des suidais de la garnison. — La municipalité y intervint. — Les prisonniers conduitâ eo trioa»pbe dans la ville. — Les clubs, etc., etc.

Livre I. L'ancien ordre de choses ayant été renversé , on essaya y d'établir nu autre r^ime sur d'autres bases, avec une noi»- ^ velle législation; il s'agissait de créer des instituticms en rapport avec les nouvelles idées, et de coordonner toutes les parties du nouvel édifice social, afin de former un tout complet, un corps compacte et homogène. La municipalité était le seul corps jxjpulaire alors existant; il avait jusqu'ici résisté au mouvement de 4789, et même à l'animad version que le peuple avait conçue pour les membres encore en exercice, à cause de leur obstination à rester en place d'après les ordres du miuistôro. ot contre les libertés et privilèges de la ville. C'étaient MM. Duhamel, lieutenant de maire; Villotte, Leydet et Acquard, jurats; ce dernier faisait les fonctions de clerc de la ville; el M. de Lamontagne, procureur-syndic de la ville.

En exécution des décrets de l'Assemblée nationale, ces jurats divisèrent le territoire de la ville et des faubourgs en vingt-huit sections, et fixèrent an 8 février Fouverture des assemblées primaires. Par lettres-patientes du 46 mars 4790, le roi nomma MM. de Fumel, Sers et Desaubinaux, commissaires, pour procéder à rétablissement du département de la Gironde et des districts ou subdivisions territoriales, confor-

mément aux décrets de TAssemblée. Le 3 mars, on termina Livre i. les opérations électorales par le déponillement des scrutins

dans les diverses sectiuns; le nombre des votants était de trois |^

mille sept cent soixante-quatre individus pour une popula-

tkm de plus de cent mille âmes. La nouvelle municipalité

était composée d'un maire» de vingt officiers iiuinicipaux, KOTEi.

d im procureur de la commune , d'un substitut du procureur

et de quarante-deux notables. Cette nouvelle municipalité

fit installée le 2 avril 4790.

La nouvelle muiiaipalité reiiiplaça donc l'ancienne jurade, seul monument encore debout à Boitleaux au milieu de tant de mines. Installés le 2 avril, les membres se rendirent le lendemain à la chapelle du collège, et y prêtèrent le serment voulu par la loi; et le cinquième jour du même uiois, la garde nationale alla remplir la même formalité au Jardin-Public, qui, dès lors, prit le nom de Champ de Mars. Sous une tente élégante, dressée sur la toiTasse, on avait élevé un autel aut/)ur duqueL se tenaient ie clergé et 1 elat-major de la garde nationale; en face de cet autel, vers le milieu du jardin, était un long mât peint aux trois couleurs, au haut duquel flottait un pavillon tricolore avec celte inscription : La Nation, le Roi, la Loi; à droite et à gauche, étaient des fauteuils pour le maire, les officiers municipaux , le procureur de la commune et son substitut, et derrière eux, des chaises disposées en hémicycle pour MM. les Notables.

A. l'heure convenue , M. labbé Aubert célébra une messe basse : aprt^ quoi , le général remit au maire la formule du scrmcni piescrite par le décret de l'Assemblée nationale, du 7 janvier 4790, sanctionnée par le roi le 46 mars suivant, et conçue en ces termes :

« Nous jurons d'être fidèles à la nation, à la loi et au roi, de Archives ji maintenir de tout notre pouvoir, sur la réquisition des corps ^ » administratifs et municipaux, la C!onstitution du royaume, » et de prêter pareillement, sur les mêmes réquisitions, main-

Diyilizeo by GoOglc

Livre I. » forte à i'exécuticm des ordonnances de justice et à celle des ciup. i. ^ «j^rets de TAssemblée nationale , acceptés et sanctionné 4790 ^ P'^i ! » Tous les régiments de la garde, qui se txjmposait de treize mille six cents hommes, prêtèrent le serment; après quoi, on entonna le Te Deum, qui Ait chanté avec un enthousiasme difficile à décrire. Tous les visages étaient rayonnants de joie, tous les cœurs contents; une ère de bonheur paraissait luire sur Bordeaux et sur la France, et il semblait que Ton oubliait le passé pour se livrer aux rêves d*un heu— reux avenir ! On organisa une société, dite des Aum de la Constilulian, qui a été appelée plus tard société populaire des ÂnUs de la Liberté et de rEffolUé, ou club de* RécoUets, ainsi appelé du nom du lieu oii elle se réunissait. On [Kîut jua;er, par les iiuxiilicalious successives <îu nom de cette première société républicaine à Bordeaux, de la marche des idées et de la propagation de l'esprit démocratique dans notre cité. C'était d'abord une société populaire; mais rangloiuame sétant infiltrée dans nos mœurs, on emprunta aux Anglais le motc/u6, ou réunion politique, avec une oi^ntsation régulière, mais où, selon les mœurs républicaines, toutes les classes étaient confondues, tous les citoyens admissibles. Le club des Récollets se distingua d'abord par un esprit de modération et de réserve; mais il fùteflaoé en octobre 4793 par une autre société politique, ultra-démocratique, moins gênée dans son allure, plus violente et plus novatrice, mais populane et puissante ; nous voulons parler du club National, qui s'éleva par f^es violences à la hauteur des clubs de la capitale. Quelque emportes (|iie lussent les habitués des premiers clubs de Bordeaux dans leurs sauvages improvisations, la paix ne fut point troublée, grâce au zèle et aux sollicitudes du corps munu i[>al et de la milice nationale; mais une fAchcusc collision entre les habitants de Montauban donna lieu à un patriotique élan de notre garde, dont il est nécessaire de parler. La ville de Montauban, depuis le XVI^ siècle, a constam-

ment été le foyer du protestantisme et des intrigues religieu- i^ivrc i. ses. Lorsqu'au commencement de la nouvelle ère, il s'agissait ^ de former le corps municipal, les catholiques, plus nombreux que les sei'taires, sefforcèmit do leinfyorter dans les élections pour la nouvelle iiiunicipalîté, sur les protestants, qui, entièrement affiranchis des entraves du précédent gouvernement, et appuyés d'ailleurs par les adeptes de la philosophie vollairionne, 1 luciiUerence des catholiques et le silence très-significatif d'un gouvernement irréligieux ne négligèrent rien pour faire triompher leur cause. La lutte électorale donna lieu à d«i cabales, à des injures, et môme à des violences très-réprehensibles.

Josque-là, les protestants vivaient en amis avec les catholiques; oiais la liberté engendra la licence, et les vaincus

souï» Louis XIV voulurent devenir vainqueurs à leur tour sous Louis XYl. Les protestants s'étaient glissés au pouvoir, et la majorité catholique eut à supporter les tracasseries de la miaorité, et cela sans se plaiiuhi'. Dans co moment, on voulut procéder à i'exécutioa des décrets sur la feruieture des courats; la populace s'y opposa : les pauvres, malgré leur ent)KHi9tasmc pour les innovations révolutionnaires, désiraient («uHTxrr r( s [)ieux asiles, où ils trouvaient des ( xeiiiples de vertu à suivre, des consolations dans leurs douleurs et un refuge contre la faim et le froid. Ils allèrent par milliers Malionner de\ <iiU les |)<)rtes des monastères, que desconunissaircs stipendiés voulaient fermer et supprimer. Le commandant, M. de Montbrun, protestant, et, par conséquent, suspect aux catholiques, avait beaucoup d'influence en ville : le peuple se porta chez lui et \nulut ie contraindre à signer une obligation de conserver les maisons religieuses. Le langage et la conduite du commandant parurent équivoques et ofifensants; des scènes de désordre eurent lieu. La maréchaussée arriva pour sauver ie maiheurcmx Moutbrun; mais elle le trouva percé de trois coups d'épée. Â ce signal, le fanatisme aveugle

2' Piirt. A. 4

Livre I. et lofuçlemps comprimé des classes infcrîeoros de la société Chap. 4. ^ -jjiiniKiiK.^ éclata eu uiilie diksorilres lro|j laslklieux, trop |xVaibles à décrire.

La nouvelle de ces horribles scènes parvint bientôt à Bordeaux, et éveilla le patriotisme de la garde nationale. Notre cité jouissait encore d'une tranquillité au moins appaitînte; la politique absorbait un peu Tattention du peuple; mais des craintes sur la position des colonies et les périls qui menaçaient le commerce bordelais, qu'on voyait compioiiiis tivs-prohablcment pour plus de 450 millions, étaient la préoccupation générale des né^iants et des hommes d'affiiires. Le commerce bordelais devait être , par intérêt , antipathique à tous ces essais d émancipation et de liberté; mais le patriotisnic; remporta sur les craintes, et les commerçants tirent taire leurs appréhensions particulières devant les dangers de la patrie. Les jeunes gens bien élevés, les hommes bien ponsjints, s^'"chauflfôrmu au récit (Un événements de Montauban; et, entin, le café National (la Préfecture) ne suffisait bientôt plus pour recevoir tons ceux qui, exécrant les crimes des Montalbanais* venaient s'engager à aller pacilier cette ville ou la réduire en cendres. On s'encourageait, on s'enflammait par des récits plus ou moins exacts, on se préparait à partir; mais, avant tout, il fallail avoir rassentiinent et l'appui de la munici|)idité. Ce corps, loin d'entraver cette généreuse uutiati\e de nos vaillants jeunes gens, prit un arrêté, le 1 4 mai, en vertu duquel on devait offrir aux malheureux persécutés de Montauban un asile liospitalier à Bordeaux, et tous les secours nécessaires dans leur triste position. Mais ayant reçu des nouvelles plus désastreuses encore de Montauban, la municipalité arrêta (pHî le duc de Duras, généralissime des gardes nationales de Guieime, serait prié de faire partir au plus tôt un détachement de volontaires, pour mettre fin à ces désordres et garantir la vie et la liberté des Montalbanais. Un registre fut ouvert de suite, et couvert en peu d'heures des signatures de quinze mille

volontaires, tous armés et équipés pour cette philanthropique l ivre i. expé<Uli{H). De son côté, le ri'^inient de Champagne^ en c;ai*mson à Bordeaux, fournit comme contingent quarante (^re- Dadîcrs et quarante chasseurs. Ces troupes, partagées en deux dKi^ns, lune aux ordres du major-général Courpon, Tautrc sous le coniiiiandemeot de laide-major Pourcin, se mirent en marche le 47 mai, avec ordre de s arrêter à Moissac, en attendant les ordres de UAssemblée nationale, qu'on avait prévcnne pjir un courrier expédié pour Paris l'avant-veille. La Moniteur, dépêche futadrcb^oe à M. Nairac, représentant de Bordeaux, ,nni lequel la communiqua le 49 mai à l'Assemblée nationale, et sjuiUct. demanda qu'on approuvât, séance tenante, la patriotique conduite et l'élan génortnix et spontané de la brave jeunesse bordelaise. Mirabeau, tout en approuvant la démarche des Bordelais, s*y opposa, par la raison que la municipalité aurait di\ attendre les ordres de l'Assemblée \m\r faire partir les Iroupesi et qu'en leur ordonnaul de s'arrêter à Moissac , elle $e reconnaissait coupable, et avait mis TAssembléc dans l'impossibilité d'approuver sa conduite. L'Assemblée fit peu de cas de ces observations, et adopta la prof)Osition (]v M. Nairac.

1^ Montalbanais, cÛrayés à rap[)roche de nos, troupes, organisèrent tous leurs moyens de résistance, et appelèrent les habitants des camp^nes à faire cause commune avec eux contre ceux qu'ils appelaient les brigands de Bordeaux, les suppôts de la tyrannie qui pesait sur l'Assemblée et sur la France. C'était une tentative de réaction avortée. La conduite intiilérante des Montalbanais avait ré\ olté tous les peuples des environs; aucun secours ne leur fut otfert, aucune sympathie ne leur fut acquise; tandis que les Bordelais, en passant, reçurent de nouveaux renforts, aux applaudissements des habitants (lu pays. Quatre mortiers, des Ijonibes et des munitions de toute espèce furent expédiés de Bordeaux, et on mit tant d'empressement dans la marche du détachement et dans le transport du matériel de i^uerrc et des provisions, que tout

arriva à Moissac en cinquante-doux heures. Sur les rives de la Garouue, le convoi trouvait des hommes statiomu s j)()ur le remorquer, et disposés à concourir autant que possible à hâter le dénoûraent des scènes tragiques de Montauban.

La municipalité de cette ville , déterminée à repousser la force par la force, donna ordre à M. d'Jiisparbes, commandant de la garnison, d'aller attaquer la première colonne de l'ar— mcM} lK)rdelaise: c'était une mesure tout à la fois impoUtiquc et dangereuse. Le détachement de cette garnison, en quartier à Moissac , se prononça pour ses frères d'armes de Bordeaux; et indigné de ce que ses officiers refusaient de donner des cartouches, nien.ira de j>asscr, armes et bagages, an régiment de Champagne, qu'il croyait incorporé dans l'armée bordelaise. Témoin de ces mouvements, et convaincu de l'antipathie de ses soldats, M. d'Esparbes se hâta de rentrer à Montauban. Le calme se rétablit peu à peu dans cette lualheui euse ville , et le commissaire du roi, M. Dumas, en y arrivant, trouva que les déplorables scènes de persécution religieuse et de meurtre avaient cesse» devant les conseils des honinies sages et la juste crainte des châtiments bien mérités. Le ( omiiiissiiire se reiuiit auprès des troupes bordelaises, les félicita de leur zèle et de leur patriotisme empressé , et , pour éviter une collision cfuî [K)urrait avoir de regrettables suites, les engagea à rentrer à Bordeaux. Le détachement retourna sur ses pas, et, dans toutes les villes et villages qu'il dut traverser, fut l'objet des fêtes et des ovations presque continuelles. Arrivé à Bordeaux le 8 juin, il y fut accueilli avec des transports de joie par le [>euple et les corps constitués. On dépensa pour cette expédition 64,8631 livres; cette somme fut payée en grande partie au moyen d'uiu^ >ouscription voloiiUiiie; le reste l\it s(^ldé par la municipalité. Le 8 juillet suivant, la garde nationale de Toulouse écrivit une lettre de félicitations à ses camarades et confédérés de Bordeaux, qui, à leur tour, y répondirent le 15, en termes afléeiueux cl puti iotiques.

La reforme des abus élait le vœu gi'm ral ; elle éiail dans Livre I. tous les cœurs el sur toutes 1( s lèvres ; mais par ce mol les *' démagogues comprenaient la destruction de toutes les formes gonvemementales jusqu'alors connues en France ; il fallait faire table-rase. L'ancienne hiérarchie judieiaire fut supprimée partout; quelques parlements refusèrent de transcrire sur leurs registres le décret de suppression, et s'attirèrent de nouvelles vexations. La Lhaiid)re des vacations, a Ikmleaux, éclairée par les événements, ne crut pas devoir résister; en le transcrivantf elle signa son arrêt de mort 1 On craignait le Parlement ^ '^^^^^^ de Bordeaux : son hostilité aux ministres était devenue pro- rHAtclnlc-Viito verbiaie; mais il était trop humilié el abattu : sans énergie, sans principe de vitalité, il se soumit en toute humilité , et la nouvelle de sa soumission, transmise à l'Assemblée nationale le 5 octobre, y causii une émotion agréable. On a\ail mis l(»s Moniteur, biens nationaux eu vente; mais on craignait une réaction, et 5* octobre, il n y eut que peu d'acheteurs. La hardiesse des uns cncouragea les autre^s, et, enfin, le 25 novembre, l'Assemblée fut informée |)ar le directoiriï de la Ginmde que la vente de ces biens s'effectuait lentement, mais avec succès; qu'elle avaitdéjà Êdt entrer dans la caisse publique une somme de 1,70R,075 u&mieurt lixTCs, cl que, selon toutes les probtibilités, le total d(^s adjudi- ^ séance du cations dans la Gironde s'élèverait à la somme de 30 millioas.

Cest cette même année qu'on fit en France une nouvelle division territoriale. province de Guienne fut divisée en six (k'pai tements, Sinoir . la Gitoiule, la Dordogne, les Landes, le Lot, l'Aveyron et le Lot-et-Garonne. L'héritage d'Éléonore perdit son nom, et fut morcelé sous de nouvelles dénominations empruntées à des fleuves ou à des circonstances locales. Tout était renversé. On croyait asseoir sur des bases solides une monarchie constitutionnelle; hélas ! on semait des vents pour recnelllir des tempêtes, on travaillait {x>ur détruire même les élciiients d'un édifice nouveau ; on voulait la liberté , mais l'anarchie, coifiiée du bonnet phrygien , vint s'asseoir sur les

Livre!. vénérables débris du trône et de Faute! . On fit trno ConstîtuciMp.4. ^.^^^ ^^^.^ ^^^^ ^ monarchie. Le roi céda son se optre à des

1700 monstres à face humaine. Robespierre à Paris, Lacombe à Bordeaux, Carrier à Nantes, et des démagogues forcenés,

se disputèrent bientôt a])rcs les lainboaux du manteau do pourpre du roi guillotiné, le restaurateur de la liberté en France !

Pendant ces grands travaux de l'Assemblée nationale, la nouvelle umnicipalité de BoKieaux , secondée par une nombreuse milice locale, s'efforçait de maintenir la tranquillité publique; mais des éléments divers s'entre-heurtaient au sein de la ville, et des passions haineuses et iiiij)laral)les s'agitaient trop pour ne jms faire avorter les généreux efforts des autorités constitutionnelles. Les clubs, qui, deux ans plus tard , devinrent si redoutables, sous le nom de sections, commençaient déjà à laisst^r entrevoir leurs tendaiices démagogiques, et se recrutaient de tout ce qu'il y avait de bas, d'immoral, d'ingouvernable dans toutes les classes; la démagogie y coulait à pleins hoids. Les chefs de ce [xirti, t(mt en prolestant de leur zèle et de leur dcvoùmeut à la chose publique, s'éle\ aient au niveau des magistrats, et s^arrogeaient une puissance i^le à celle des autorités constituées : tout le monde commandait; tout élan confusion; personne ni rien n'éuiil à sa place. Un jour, on mit au cachot quelques militaires du régiment de Champagne pour avoir manqué à la discipline. Cétait trop aux yeux des démac;oû;ues ; cela sentait un peu l'ancien régime; il fallait faire pénétrer la liberté dans les caHM iu's, et rendre aux soldats l'indépendance qu'on leur avait ravie sous le pn'tendtt despotisme de I/rais XVI, le moins despot iqui» des rois ! Aussitôt , le sieui- Desiieux , au nom des habitut^ du club du café National, écrivit une lettre à la municipaUté, et une seconde au commandant du Château-Trompette, invitant Ari'liivcs nix'iiiirrc à intervenir en faveur des soldats indisciplinés, l'Hdtd-de-viiie qu il quahtie de vrais défenseurs de la pairie el de la liberté.

et laissant entrevoir au second combien on devait redouter Limi.

l clTcrvescence el l'irritation qui déjà rrijnaicnt parmi le peupie. Le cuiiimandant, uncliaînc par scsdcvoii^s, u avait ni ordre 1790 à recevoir, ni suggestion à écouter; mais la municipalité, poussée par les crîailleries intéressées des clubistes, intervmt et cotre prit de l'aire passer les coupa l)les dans une autre prison. Cependant, au moment du transfert, ils furent enlevés par la populace et promenés triomphalement dans tous les quartiers de la vilU . Ia* peuple se sentit souverain; personne n'osa lui contester la puissance !

Outre ce club du café National, il y en eut un autre qui joua un grand rôle à Bordeaux ; nous parlons de la société des Amis de la Comliiution. C'était une réunion d'hommes nouveaux, exaltés, enthousiastes des nouvelles institutions, et pleins dliorreur pour l'ancien régime. Là se réunissaient tous Icsoisife delà ville, les coniiiinrants ruinés et ceux qui allaient l'iHre, des procureurs sans travail, des avocats sans clients, des médecins sans malades, des prêtres et des moines défroqués, tons les mécontents, toute la lie de la population, tous ceux qui n'avaient rien à jKirdrc cl beaucoup à gagner dans les bouleversements dont ils ne voyaient que trop bien la France menacée; tous ceux-là faisaient partie de ce premier club bordelais ({111 alla plus tard s'installer orp^ueilleusement dans relise de S'-Dominique {Notre-Dame) , et ériger sa bruyante tribune à la place de l'autel du Dieu vivant 1 11 n'avait qu'un seul titre au respect du peii[)lc, c'était sa hardiesse; elle seule faisait tout son droit. Cependant , il séclipsii bientôt après devant la scélérate hardiesse du club National, qui eut ses directeurs, ses orateurs et ses journaux 1

CUAPITUË V.

L*adminifttration dèpartenitiikUle installée. ^ Sa eomposition. — L^administntîon dn district. — La cérémonie de la Fédératicm. — Le serment des Fédérés. — Malaise de Bordeaux. — Les assignats. — Secours fourni par KecJier. — Les attronpo'ments des citoyens devant les maisons des boalanyers. — Gourpon» le commandant, dénoncé II TAssemlilée par le régiment de S*«-Eu1alie. — État ftnancier et politique de Oordeaux.— Installation du tribunal civil.— Dissours de Gensonné. —Ses illusions. — Il est bientôt après désabusé.

Livre L La révolution marchait a Lii ands pas; toutes les ad niinistrations se renouvelaient, et de toutes les anciennes institutions il n'en devait resler bientôt que des souvenirs. Le 8 juin, l'Assembli^ nationale de la Gironde commença ses opérations; sur s<>i\ante-dix-huit mille quatre cent quatre-vingts citx)yens actifs du département, il n'y eut que huit cent sept électeurs. L'administration départementale fut installée d*abord à Vlnlemlance de la Guienne, le 6 juillet; mais elle fut transférée, rannee suivante, au palais Arcliiépiseopal ; elle se com[X)sait de MM. Joumu, président; Chollet, de Bordeaux; deRances, de Langon; des Barrets, de Liboume; I^on-Ladebat, de Bordeaux; Manda\y, de Pauillac ; Monthallon, de Bourg; Pujoulx-Laroqne, de Saint-Macaire, administrateurs; liarennespère, procareur-géuéral-«yndic; Roullet, substitut. Cette administration comprenait tout le territoire du défwrloment de la Gii'onde, divisé eu sept districts leuiornianl soixantetreize cantons, et subdivisés en six cent trente^ix municipalités. En 1800, la préfecture de la Gironde a remplacé cette administration; elle fut installée au môme palais; mais elle fut transférée à Tliôtel Saige en 1810. Outre cette administration départementale, il y en eut une

aatre pour chaque district. Celle du district de Bordeaux se

composait de MM. Monnorie, président ; Diitbur, Journu-Aii- ^^'^IP'^' bert, Meycr, Broussilhon , administrateurs; Duranthon, pro- |^ cweiir-syndic; elle entra en fonctions le 26 juillet 1790. Au mois de septembre suivant, la municipalité apposa les scellés sur le greffe et la salle d'audience du Parleiiieul ol sur la salle d audience du sénéchal , qui cessa de suite ses fonctions, con-* fonnément à la loi sur Tordre judiciaire.

Mais la céréjiioiiic la plus intéressante fut celle de la FwUv niiion, qui eut lieu au Jardin-Public le 17 juin 1790; e'était on spectacle bien imposant que celui de cet autel du dieu des armées, environné du clergé, des corps constitués, des milices locales et de la populaliou entière, animée, au moins en apparence, du plus pur enthousiasme, électnsée des cris patriotiques, et jurant, les mains levées vers le ciel, d'être fidèle à la nation, à la loi et au roi! Hélas! quelles sont trompeuses les paroles des hommes 1 et quelle dépravante leçon d'iuMUoralité sacrilège ces chefs de parti , ces dupeurs d(»s peuple?^, n'ont-ils pas donnée au monde , on prêtant des senuenb qu'on devait violer le lendemain!

Les treize régiments d'infanterie de la garde nationale bor- Archives delatse occupaient sur quatre rangs les deux côtés parallèles dn jardin; les régiments dail il loric et lecorpsdu génie étaient placés sur la ligne du carré, qui e.st au noixl du jardin; le priment de Champagne stationnait en dessous de la terrasse, en face de l'artillerie; la cavalerie était j)laeée moitié adroite, moitié à gauche du reguueot de Champagne; la terrasse était réser\'ée pour les dames, toutes portant la cocarde tricolore, et dont la parure brillante et variée augmentait les charmes et l'éclat de ce magnifique spectacle. Au milieu du carré, on avait dressé un autel simple, rustique, mais trè&-el^ant, qu'on pouvait facilement apercevoir de tous les coins du jardin; il était entouré d'une galerie peu élevée, mais assez spacieuse pour contenir les magistrats et iuuctiuuuaires publics,

l'Hotel-dc-VUle

ivre I. et surmonté d*un pavillon à la chinoise reposant sur des mâts

J ' lo£Ç(Ms (H gracieux. A l'houro convonue, le maire, les officiers 1790 muuicipaux, suivis des députés des villes voisines, arriveront et passèrant succMjssivement devant toutes les lignes des régiments; les tambours battaient aux champs pendant leur passiige. Un uionient a[)rès, on vit arriver les chanoines de S^-Scurin, escortés de la musique; on invita le doyen à bénir les drapeaux destinés aux villes fédérées, et dont Fun devait t^tre remis aux députés de Toulouse. Los lainbouis ayant battu un ban, M. <le Courpon, major-général de la garde nationale, et le chevalier de Forestier, lieutenantr-colonel du régiment de Champagne , tournés vers leurs corps respectifs, piunonccrt'iU d une voix viijranto Ir serment fédératîf , conçu en ces termes : « Nous jurons, sur l'autel de la patrie, » et en présence de l'Être suprême , de maintenir de tout » notre pouvoir la Constitution du royaume, d'ôtre fidèles à )» la nation, à la loi et au roi, d'exécuter et faire exécuter les * » décrets de l'Assemblée nationale, sanctionnés ou acceptés » par le roi; nous jurons de rester à jamais unis par les liens » de la plus étroite fraternité, el de concourir par la réunion » de nos lumières et de nos forces au maintien du bon ordre » et de la liberté publique, dans tous les lieux oii nous serons » appelés. »

Après avoir prononcé ces paroles, los doux commandants s*étant avancés l'un vers Vautre, se donnèrent la main gauche: et levant, de la main droite, leurs épées au-dessus de leurs léles, ils s écrièrent : \ous le jurons.

Alors l'un des officiers municipaux s'avançant sur l'une des marches de Fautel, lut tout haut la formule du pacte fédéiatif conclu entre eux cl les niuniii|>alités de Toulouse, de Bergerac* , de Libourne et autres lieux ; tous les contractants se levèrent à l'instant, et ayant prononcé les paroles sacramentelles de cette mémorable fédération, une salve d*artillerîc signala ce moment solenuci a tous les habu^nt» de la ville et

de

rHOtel-de-Ville

(le la eamiKimu l'np autre siilvc annonça l'arrivée des dé- UsnU pâtés de MoiiUmbaii, qui demandèrent a être admis a prêter le serment civique entre les mains du maire et des officiers 1790 immicipanx de Bordeaux ; sur Vécussonde leur drapeau étaient rt'|)re?^'iites ies ciubièmes de la Fétlération, ainsi que les noms des délégués toulousains et montalbanais. Il fut présenté à la bénédiction par le duc de Duras , généralissime des gardes nationales de la sémk liaussée de Guienne. L'abbé Batanclion, qui oliiciait, prononça un discours relatif aux circonstances, et le termina par les cris de : Vive la reUgion! vive la nation! vive la loi! pive le roi! Après la bénédiction des drapeaux, on chanta en ciiœur le Domine salvam fac gentem. Domine Malvam fac legem. Domine saivum fac regem; puis, au bruit de rartillerie, le duc de Duras remit les drapeaux Archives bénis aux disputés des villes fédérées, au nnlieu des cris patriotiques et des sc^mes les plus attendrissantes de concoixle et de confraternité. Plus de haine, plus de souvenirs amers, plus d'animosîlé dans les cœurs ! On se laissait aller à une sorte de délire, un courait les uns aux autres, s'embrassant , se félicitant , se réjouissant de cette nouvelle ère de bonheur, de paix, de concorde et de liberté qu*on avait inaugurée à Bordeaux : c'était l'i^ge d'or. Ifélas ! ce ne fui que l'éiMique des rt'Nrs et des plus trompeuses illusions 1

 juger du cœur des hommes ce jour-là par les démonstrations extérieures et les serments solennels prononcés d'un ton si fortement accentué <lans tous les rangs des magistrats, des milices et des citoyens, on aurait dit que la paix allait r^er, au moins pour longtemps, dans nos murs; il n*en était rien. |?anle nationale conçut des soupçons conti e ses frères tiu régiment de Champagne, et voulut participer avec eux à la garde du château; un nuilaise général se manifesta par la triste perspective des orafçes prochains; les vivres devinrent rares et chers, le numéraire di.sparut complètement. On avait imaginé un papier-monnaie, sous le nom d'assignats; mais

Li?re]. cette conception monétaire tomba bientôt dans un te) discré- Cliap.8. ^.^ ^^^^^ iiHiniripaliti», dans son rap[)ort du lOaoïH, fut

1790 forcée d avouer que l' approvisionnement de la ville éprouvait des difficultés incroyables, attendu que le numéraire avait complètement disparu, et que les alignais n avaient point de cours dansi les lieuœ d oit venaient les blés. Poui* remédier a cet affligeant état de choses, et suppléer à cette non -valeur du papier-monnaie, on proposa d'accorder une prime de 2 ou mémo 3 p. 100 en faveur des assignats qui serraient reçus en paiement lors de la veutc des biens nationaux. Dans cette fâcheuse extrémité, on écrivit à M. Necker; mais ce ministre n'avait à sa disposition, jmur le moment , que la modique somme de 150,000 fr., somme trop iiumme pour les besoins si pressants et st multipliés de la ville de Bordeaux. Des rassemblements tumultueux se formèrent devant les portes des boulangers; on demandait quon diminuât le prix du pain; on criait contre les accapareurs; on se permettait les propos les plus séditieux et des actes incpialifiables contre les boulangers impopulaires; et pendant que In inutiK ipalili' essayait de disperser ces attroupements en promettant de s'occuper activement des besoins du peuple , d'autres citoyens réunis en club délibéraient gravement sur le renvoi des ministres et sur les questions les plus ardues de la |H)litique. Le serment de concorde , les patriotiques engagements de la Fédération, n'existaient déjà plus que comme souvenirs ; et pour augmenter le (Ic^sordre de cet état anormal, une coiiijiaîrnie du régiment de S'*-Eulalic dénonça à la garde nationale de Paris le commandant Gourpon, et fit imprimer contre lui un misérable libelle, avec c^tte épigraphe :

« L'aristocratie des riches aura-lr-clle donc remplacé l'aristocratie des grands? »

La confusion était partout; le mot magicpie de liberté signitiail pour la foule indépendance de tout contrôle, impatience de tout irein ; les esprits étaient troublés par la vente des

Inens nationaux; la caisse municipale, comme le trésor pu-^ Limi. blic, était vide (1) ; les capitaux elaiinl enfouis, le commerce ^""P**' anéanti, l'industrie paralysée; et au milieu de ces scènes sî 1790 décourageantes, de ces désordres éternellement renaissants, l'aulorité, dr|X)urvue de nerf ot de toute a( tioii sur les <»sprits, n'avait que de vaines promesses qui la tiea)iKsideraieiit davantage, ei des paroles de conciliation et de paix, remède im^ poissant en temps de révolution, qui peut avoir quelque effet sur dv> hommes siges et dociles , mais qui ne sert le plus souvent qu'à enhardir les mécontents.

Cest dans ces circonstances pénibles qu*on s'efforçait de rétal>lir l'ordre avec des cléments de désordre : l'anarchie était dans les esprits et dans les faits, et les institutions nouvelles tombées en discrédit même à leur naissance. Le 20 no- Arcbives vembre, on installa le tribunal civil du district f2) dans le palais de 1 Onibnere. M. Gensonne, procureur de la commune, prononça à son installation un discours remarquable, dont nous croyons devoir extraire les passages suivants :

« Ils ne sont plus ces corps antiques, dont on osiiit préteni dre que l'existence était liée aux fondements de la monar- > chie, qui; abusant sans cesse de la faiblesse ou de la tyrannie » du gouvernement, placés pr la fatalité des circonstances, » uu plutôt par les coupables efforts d'une insidieuse politique, » entre le peuple et le monarque, n'ont feint de se montrer

(I) Nmi«; rnnsffînnns ici, d'aprf^s dos données positives, l'état des ressources et des

cha^^■o^ (!<■ h nitjni( ipalité au 8 décembre 1790.

Lf i . v. nu ii\f (I.- la ville en droits d'octroi était porté k î)2:),oon liv.

Eû reccues diverses, à. , âOO,000

1,135,000 liv.

Li <U\H>f]se annuelle dépassait In rcretlo do plus de âO,000 éeiU. La dette arriérée montait à prés de 4,000,000.

(I) Bêlait composé de MM. de Brezots, président; Rrorlion prie, Desèze, Desgran- IK'&mirail, Saint-Cuirons, jugos; Petrcns, conniiibMire provisoire du roi.

Archives

de

l'HdteMe-Ville

Livre I. » alternalivement les défenseurs de à'un et de raatre que pour

cbap. 5. ^ ^ rendre indépendants de tous les deux 1 1790 P^"^ ' génie de !a liborté a tait disjwraîlre

» ce fantôme d'une rcpréîàeiitalioii clmiiérique que la nation a » toujours dCt désavouer; il a brisé ce prisme trompeur, qui n si longtemps égara Topinion publique par Tillusion de leurs » fausses vertus. L aurore d'un nouveau jour kui enfin sur la » France; la justice va reprendre tout son éclat....»

Dans ces quehfues lignes, on devine déjà Tun des réformateurs gin h a lias; il silue avec enthousiasme 1ère de la liberté qui allait luire sur la Fram t désormais heureuse; mais, en annonçant l'âge d'or de la république, il était loin de prévoir le cortège de maux qu'elle entraînait à sa suite, on la triste destinée qu elk^ réservait à lui et à ses généreux mais infortunés aipis I 11 ne lui fallut cependant pas longtemps pour dé-couvrir les orages qui assombrissaient l'horizon politique de la 1 rance. Ma2;îstrat, il voyait avec peine les empièleimuits des sociétés politiques sur les droits des cours de Justice , et l'iounense pouvoir que lesclubs s'arrogeaient à Bordeaux. Oubliant complètement le merveilleux tableau qu'il avait tracé le 20 novembre , de tous les hiealaits que le génie de la liberté allait verser a torrents sur la France, il épanche sa douleur le 9 décembre, et appelle toute la sévérité des lois contre des clubs qui serigeiit en tribunaux v\ niriue en corps législatifs, qui envahissent le domaine des magistrats légalement institués, et s'arrogent un pouvoir que la Constitution leur dénie.

« Aujourd'hui, dit-il, que la ConsliUition a déterminé loius » les pouvoirs, que des magistrats élus par le peuple sont » chargés de la vindicte publû|ue et du droit de poursuivre » et de punii- les atteintes [jortées à la sûreté générale ou pri- » vée, il est contre tous les prmcipes de la Constitution, con— x» traire à l'essence du gouvernement que nous avons adopté, » qu'une société quelconque s'érige en tribunal , reçoive des

» plaint4>j; s*aiTnafe à la fois les fonctions de cl d'accu- ï-

» satcur public, avec une espèce de censure, et que des par—

» iîeulierssans niiaekm, sans caractère, ei qui se sont constitués 1790 » d'eux-mêmes les représentants d'un peuple libre, s*annon- » cent conime son orfi:ane, et pn»senleiit (i)jiiiiie le r(»sultat 1 du vœu j^éuérai leur opuiiou personnelle. Il est également

> contraire à tous les principes que des sociétés semblables » aflîectent à 1 égard de quelque citoyen que ce soit une supré- » iiiatic que la loi ne leur a point déléguée , qu'elles prennent

• des arrêtés a Finsiar des tribunaux, qu'elles les publient,

• qu'elles les fassent exécuter, et qu'elles tournent ainsi en » dérision ces formes protectrices de l'honneur, de la fort une » et de la vie des citoyens, et pour lesquelles l'amour de la

> liberté doit nous inspirer un respect religieux. »

En Usant ces lignes, on croît entendre le vertueux et cona-iencieux procureur-général Dudon, foudroyant les dangereuses mnovations de son temps et les égarements des peuples; il n'eût pas mieux ni autrement parlé. Mais non, ce n'est pas lui, c'est le girondin Gensonné, le réformateur politique, qui, le 20 novembre, se berçait des jilus douces illusions, et, le 9 décembre suivant, fit un si noir tableau des excès des démagtignes bordelais ! Les événements marchaient vile et dépassaient >es pré \isi(ms; la raison, comme la loi, éUut inq)uissante et silencieuse; le mal a aussi sa logique et ne manque pas de produire ses conséquences , que les hommes pleurent, mais n arrêtent pas !

Ajoutons à cet affligeant ex[K^s('' de Gensonné l'extrait suivant du discours prononce par le député de la Martinique, dans la s^nce du H décembre 1790, et nous aurons une idée

(le IcUil (le la France, et de Bordeaux en [)articulier, sous le t^Tanniqae empire des clubs démagogues.

« Qu'il est grand , qu'il est effrayant le tableau €|ue nous

» devons vous présenter ! Nous éviterons pour vous, Messieurs, » et pour nous-mêmes, de renouveler nos douleurs; elles sont

Livre I. » consignées dans le mémoire historique des faits, appuyé de Cbap. s. ^ pièces justificatives que nous mettrons sous vos yeux. Vous

iidO " y venez les lois saiis force , l'auUjrilé aiiraiilie, l'anarehio. Archives » i'aiircusc anarchie, multipliant les désordres, excitant toutc^s )> les j)as8ion5, portant le feu dans toutes les têtes et plaçant » le fer dans toutes les mains. » Voilà la France, et Bordeaux en partie ulier, à la ûn de 1790. L'clat politique de l'année suivante n'en différera que par une plus grande extension du mal.

de

rJiùlel-<le-Vaic

CIIÂFITUE VI.

Hum eeclérâstiqiies. — État do cleimé ée Bordeaux. — Dèelaration exi|èe des rdigieax qui Tonlaient vivre en fommunauté ou reolrerdans le monde. — Quelqoes prêtres embrassent le schisme. — Libelles contre eeeléMastiqnes, eira particulier contre M. Vabbé Lan^oiran.— Lettre de M. Uuranthon, profureur-synlUediidi»lric4f à M. Langoiran. — Réponse de celui-ci. — Lettre de M. Duranthon k b supérieure du cuuvent des Minimettes. — Réponse de celle-ci. — Lettre de V. Daranthon à la muaicipalitè, coDtre M. l'abbé Langoiran, etc., etc.

iics désordres du monde civil et politique avaient pénétre Livre i. dans rËglise, et le sanctuaire oii Ton se rendait pour adorer un —

Diou de paiv ('lait dovonu la scrne hniyanto où apparais- «aient tour à tour riiidiUéronco, le scbisiuc et iajjoslasie. La religion, base nécessaire de l'ordre, était attaquée par les démai^ogaes eorome étant rapf)ui de la royauté, et les ennemis (le Loui?> X VI ne croyaient pa."> pouvoir rein eu .si'r la monarchie sans avoir miné l'£giise et sans avoir détruit 1 autel , auquel ils feignaient de croire le trône adossé. Les attaques contre la monarehic étaient vives, fréquentes et passionnées; niais il fallait n^ir avee pltiâ de prudence, de lenteur et d astuce contre l'élise, qui avait des racines plus profondes dans le cœur du peu))le, et des promesses dindéfectibilité que n* avait piis la royauté. Tout était bien arn^lé et concerté pour que la chute du trône ébranlât et entraînât TÉgiise de France et ses antiques institutions. Les idées des utopistes parisiens trouvèrent de Véi'ho en province. Cependant l'esprit relijïieux des Bordelais résista longtemps; mais il lut enfin attiré dans l'orbite des innovations. 11 y avait alors dans notre cité un grand nombre de noonuments religieux, d'églises, de couvents note s. et (le L liii|K'lles |)articulières, plusieurs ordres religieux (pi on croyait riches, et des biens ecclésiastiques que nos avides

3* Part. A. »

Livre i. n()\ati'ur> oii (Kililiqiic voulaient .N'approprier. Les drcrots do Chap.o. j'Assciûiblée nationale, tlu mois de septembre, et des 4, 5 et ITQQ 8 octobre 1790, dévoilèrent au clergé le sort qui l'attendait ; l'Assomblée avait déclaré que les biens ecclésiastiques ai)par— tenaient à l Klat; clic avait iléchiré les titres les plus sacrés de la propriété, et annulé même les testaments des morts en faveur des éfl^Uses et des maisons de prières 1 C'était un acte de spoliation inouï contre une partie de la nation, qui ne siivait que se plaindre, n'ayant ni les moyens, ni la volonté de résister; sa faiblesse faisait la force de ses ennemis. Le décret qui proclamait la liberté des cultes, siqiait les vieilles croyances de la France, rangeait sous le même niveau la foi de saint Pierre et du monde catholique , avec les discordantes doctrines de Luther, de Calvin , de Knox et des mille et une sectes nées des flancs ini])ursdu prolestant isrue: le mahométisFue mèiiio trouva, au même titre, naturalisé en France, et élevé, iwi'c son sensualisme avilissant, à la hauteur du catholicisme; c'était déclarer tous les systèmes relii^ieux également bons , aUranchir l'hoiiimc des craintes salutaires de la foi, le laisst»r libre dans son choix entre la vérité, qui est le principe de cohésion entre les différentes parties de la société, et l'erreur, qui en est l'irrésistible dissolvant. La siipju f ssion des vœux n lif^u ux dans les monastèi*es des deux siixes troublait les consciences, restreignait la liberté qu'on prétendait donner à la France et qu'on refosait aux âmes pieuses , antipathiques au mariage ou dégoûtées du monde et de ses innombrables nùsèies. Enfin, l'obligation de prêter serment à un ordre de choses destructif de la hiérarchie catholique; le décret qui portait que l'élection des évoques se ferait à la pluralité des voix ; la suppression des ordres religieux par la loi du 13 février 1790, qui déclarait les biens des monastères biens nationaux (1),

(I) Il y ;iv;iit ii IluKlfiiux , alors, s<'i?o roiivcnts d'Iioinnios et treize de femmr*;. QualBt k la richesse du €.lerf.c français, il est bon de coostalcr qu'elle était iolini-

mirent le comble à TiiupieU'; et jetèrent sur le pavé des [)r(ilrcs *-'^>'e mécoDleats, des religieux infidèles à leur vocation, ci ouvri- ^ rent la porte à tous les scandales, à tous les désordres; c'était 1790 le dernier coui) sapo j>orté aux luiHicments de l'cMifiee sociai ; cétait rauarchic dans les exsurs et les mlelligences , onnme dans les faits I Le clergé fut frappé de stupeur, ainsi que les honnêtes gens de toutes les classes; il se lut, parce que la résistance eût été inutile, inefiîcace et dani^iueuse. La soumission la plus aveugle à des décrets liberticides était ce qu'exigeaient ces prétendus amis de la liberté des cultes et (les consciences. Un grand nombre d'ecclésiastiques se résigna : les plus pieux aimèrent mieux se démettre de leurs postes que de souscrire à des mesures spoliatrices, qui, violant les droits de propriété, déchiraient des contrats garantis par les lois civiles, et ravissiiient à des milliers de Français de fun et l'autre sexe des droits acquis et leurs espérances pour favenir.

(>)iilorii«Mnent aux ordres supérieurs, la niunicipalité de Bordeaux prit une délibération pour dresser l état et recevoir lesdcclarations individuelles de tous les religieux et religieuses de la \ille, afin de connaître ceux qui voulaient continuer à vivre en coiumunaulé et ceux qui préféreraient la vie civile : 00 devait assigner à ceux-ci un lieu de résidence et un traitement annuel. Comme on peut bien le présumer, on en trouva , mais en |K'lit nonilji e : c'était en général des lionnues déréglés dans leur conduite, méprisés par le public, et sans aucune considération ni dans rËglise, ni dans le monde. La plupart étaient déjà connus par des pul)li('alions révolutionnanes ou des prédications lauatiques contre ce qu'ils appelaient l'ancien ré-

Brtt ittliérieure h celle de la pratesUnte Angleterre, qui surpassait mèDte «elle du cfersè ehrétien dans le reste du monde. D*aprè5 un journal anglais bien renseigné, 4Be le Temp$ a traduit» numéro du 8 novembre 1851, le revenu de rÉglise anglicane Kt de S6,I89,135 fr.; et celui du clergé calhollque , sur toute* la surfare du monde, de 2SI,97S,000 de francs.

Diyilizeo by GoOglc

Livre I. ixhuc. Dt^jà, depuis 1781), le clorgi'» était le point de iiiii f» ilc Chap.«. ^^^^^^ publicistes n'^publicaiiis. M. Boissel, avocat de Bor- 4790 deaux, avait donne le signal, en publiaût son Clergé dévoilé, qu'il devait adresser aux Êtats-géni^raux ; c'était un lissii de mensonges et d'infamies qu'il avait ourdi contre les évè([ues, les curés cl les religieux, dans le but de les flétrir dans leurs mœurs, confisquer leurs biens, saper les fondements de l'£!glîse et assujétir les relia:ieux à une politique vnltairienne.

Le o juillet 1790, M. Daguzan, curé et maire de Bî'gles, qui devint plus tard curé constitutionnel de S^-Louis de Bordeaux, prononça , à la fin des travaux de l'assemblée électorale de la Gironde, un discours en rapj)ort avec les circonstances; il s'exprima en patriote, frémit, ditAi^enrappelani les mauœ incalculables sous lesquels les Français gémissaient accablés! îl parla du (Icspotisme, assis sur un Iràne de fer, qui jjcsail cruellement sur le peuple le plus digne d'être libre ; il s'éleva contre les milliers de tyrans qui avaient asservi les Français après les avoir avilis, et déclara que les villes étaient étimmcnses ateliers d'esclaves forcés au travail par d'autres esclaves.»,. ; c'était là le langage du jour !

M. Hollier, chanoine de S^-Ëmilion, devenu plus tard vicaire métropolitain de l'évùque conslitiu miinel de Bordeaux, si^ signala aussi par ses discours révuiuliunnaires et ses excentricités républicaines. Il composa une adresse aux ouvriers des villes et aux paisibles habitants des cam|>(igncs, en faveur de la Conslilution civile, et accabla tic siîs reproches les nobles, les rois et le haut clergé! C'était un factum ignoble, incendiaire, et mal écrit!

M. IMnon, religieux jacobin, éciivit uuv lettre [)leine de| basses moqueries, sous le titre de Lettre de consolation au Clergé sur la perle de ses biens et de ses droits,

M. Lisle-Ferme publia des opuscules contre îo clergé, el s'ellorça de justifier les mesures quon avait prises à l'égard des év^^chés et du clergé.

L'abbé Langotran, jeune, lëger, et si différent de son frère Livre i.

le vicaire-gontM-al , dont nous aurons occasion de parler, ligura * aussi parmi les rares apostats de rËij;lise de Bordeaux. IL avait i-m da taieni, un esprit subtil et sophistique, mais de mauvaises mœurs; il mourut soiLsla Restauration. Il avait été vicaire de S'-Mexant; il devint [>résident des Amis de la Comtilution ea janvier U plantait l'arbre de la liberté au moment même où Ton massacrait son infortuné frère 1

Il y avait à Bordeaux d'autres ecclésiastiques iinbus de bonne heure de sentiments républicains; mais ils étaient étrangers au diocèse. Ils étaient rares, trè&-rares, les prêtres bordelais (jni se déshonorèrent dans ces mauvais jours par une boQteuse apostasie uu des excès condamnables. Lentrainement de quelques mauvais exemples, des passions vives mal comprimées, les séductions du pouvoir, l'empire des circonstances élei lrisanles d'un peuple eouraiil en délire a[)res un bonheur idéal , tout cela et mille autres choses contribuèrent puissamment à leurs déplorables écarts, et peuvent, au tribunal de la raison et de la jK^stérité, excuser les égarements qu'ils ont pi cbque tous expiés |)ar leurs cuisants remords et condamnés eux-mêmes avant leur mort !

Parmi les pamphlets incendiaires de réi>oque, il y en avait un qui élait intitulé : Notes suaiitcles relatices aux mauvais Prêtres de Bordeaux. On l'attribuait à un prêtre assermenté, qui s'eflorgait de dénigrer ses anciens confrères dans le sacerdoce. Le premier (ju'il siiinala au pouvoir, ce fut l ahlK Lauiinii an, grand-vi( aire de M^*^ Champion de Cicé, archevêque de Bordeaux; il fut accusé d'avoir séduit quelques citoyens, d'avoir fiiit présenter une motion à toutes les sections pour la conservation des maisons religieust»s , d'avoir employé les meu- ^Dg^, tous les moyens de séduction, des menaces même pour empêcher les religieuses de rompre leurs chahies et de sortir de leurs prisons, .mu luut dans les couvents (](»s Mininietles et (les Annonciades. Le pamjiidet ne fut qu'une dénouciation

Diyilizeo by GoOglc

lAsre I. contre ce respectable prâtrc, qui s'était constamment refusé à ChBp.6. pr(Her le second serment schismatique exige par les lois anlî- 1700 catholiques de l Assemblée, et qui est mort martyr de sa lidelité à sa foi, comme nous le verrons plus loin.

La constitution civile du clergé , proclamée loi de l'État le 24 août 1790, fut pour la l rance religieuse la boîte de Pandore : tous les maux de l'Église et presque tous ceux de l'État en sont sortis; elle bouleversa toute TÉgUse de France, ne reconnut que dix métropoles, parmi lesquelles se trouvait celle de Borde aux, qui prit le nom de métropole du Sud-Uiœst, avec un arrondissement territorial, qui comprenait les évôchés des départements de la Gironde, de la Vendée, de la Charente- Inférieure, des Landes, i\v Lot-et-Garonne, de la Dordogifie, de la Corrèze, de la Haute- Vienne, de la Charcute et dos Deux-Sèvres.

Une nouvelle circonscription paroissiale devait être la conséquence nécessaire de cette démarcation des diocèses; elle fut faite : c'était un bouleversement général, Fanéantissement du travail des siècles, la substitution d'un ordre de choses laïque à ce qui avait été réglé par le concours des puissances ecclésiastiques et civiles, et qui avait la sanction du temps et

' l'approbation des hommes sages. Cette constitution laïque fut traascrite sur les registres du district de Bordeaux, le 1 5 octobre 1790, conioniiéiuent à une délibération du dircclou^c du département, présidé par M. Joumu.

La loi qui prescrivait le serment fut publiée le 26 décembre 171)0. Ceux qui refuseraient (îe le prêter le dimanclie suivant, à l'issue de la messe, en présence du Conseil municipal et des fidèles, dans l'église, seraient censés avoir renoncé à leurs , fonctions. On était tenu de les remplacer par voie d'élection.

• Ceux qui le prêtaient et qui venaient à y manquer, étaient poursuivis devant les tribunaux comme rebelles à la loi, punis par la privation de leur traitement, et, en outre, déclarés déchus de leurs droits de citoyens actifs et iiKa|>ables d'aucune

fonction publique. Cette désastreuse loi fut enroi^islrëe au tri- Livre i.

buoal (lu (lisirict de Bordeaux, présidé piir M. de Brezets» le ^ Sjanvier 4791.

Cest dans ces pénibles circoustanoes que M. Tabbé Lan-

wiran se montra toujours fidèle à ses ()blii;aln>ns sacerdulak s et aux devoirs de sa place. Consulté de tous côtés, il lu se gdiiait pas pour dire tout haut son opinion sur les difficiles questions du momeiit; il encoura^it les uns, détrompait les pt'isoimes abusées, soutenait les faibles et rallenuissait dans les Yiais principes les membres du clergé diocésain et les religieuses des couvents. Dénoncé , ainsi que nous Tavons vu plus liaut, comme un esprit tracassier, indocile, et en révolte ooDtre la lot, M. Duraiithon, procureur-syndic du district de Bordeaux, lai écrivit, le 20 novembre 1790, la lettre suivante :

< Le directoire du district est inionué que vous fatiguez

> les communautés dont vous êtes le supérieur, pour les en-

> gager à renouveler publiquement leurs vœux; il m*a chargé » (le vous prévenir que cette entreprise excitait des rumeurs, » et qu'il vous priait de renoncer à des tentatives qui pour- 1 raient troubler les consciences.

» n est bon que vous sachiez aussi , Monsieur , qu'on a » dénoncé au directoire une consultation imprimée , qu'on » prétend qne vous faites circuler dans les diverses maisons • religienses. Je sais qu'elle a excité des troubles; heureu- *K'niont, dans les monastères, comme ailleurs, l'amour de « i ordre et de la paix a prévalu sur le fanatisme des âmes

> saperstifcieuses; mais enfin il est temps qu'on cesse d'ameu- » ter les cloîtres. ...»

Qu il est editiaul de voir dans cette lettre la tendre sollicitude du républicain Duranthon pour les consciences, que troublait si mal à propos le pieux vicaire-général ! Quelques jours s'écoulèrent, et l'abbé Langoiran icpoudit à ce singulier protecteur de la paix des cloîtres.

Diyilizeo by GoOglc

Livrai. Dans cette lettre, que nous reproduirons en entier dans

Cluip 6

notre Histoire ecclésiast{<jue de Bordeaux, M. Lanjîoiran dot7yo 4^ n'avait pas viole le décret de rAssembléc nationale ;

que, dans ce décret, il n est question que de vœux solennels, que la loi civile ne reconnaîtra plus ni ne maintiendra plus par lactioa civile quelle accordait auparavant. Il afliruie, en outre, que les religieuses dont il s'agissait n'avaient pas fait des vœux solennels, mais des vœux simples, chose que la loi ne dt'fendait pas, et maintient que tout ce que les lois ne dcl(Mid(Mit pas est par cela mémo permis; il avoue, avec une noble franchise, tout ce que les religieuses avaient fait, la part qu'il y avait prise, et se reconnaît Tauteur d'une petite brochure qu'on avait dcnonciîc comme une publication ix'centc et séditieuse; mais qui, malheureusement pour le dénonciateur, avait été écrite longtemps avant la révolution et les décrets sur 1 Vlat leligieux.

Avant d'adresBcr à M. Langoiran la lettre dout nous avons parlé plus haut, et qui provoqua cette réponse si sage, si mesurée , si convenable aux circonstances j>olitiques d'alors et au caractère de l'aulA?ur, M. Duranlhon écrivit à M"^ la Supérieure des Minimettes la lettre suivante : dO Novcnilire « Madame, j'ai appris (|ue M. l'abbé Langoiran, l'un des t780. vicaii\s de rév(^qiie, curé de S^-André, evit^oait do votre

» communauté qu'elle procédât à une rénovation solennelle » de vos vœux; qu*il ne craignait pas d'user de sa prétendue » qualité de votre supérieur j)our vous faire un devoir de » cette cérémonie, qui, dans ce moment, \w serait quune dé- » risipn puérile si elle ne devenait une profanation sacrilège, » ou plutôt une protestation contre les décrets de TAsscmblée » nationale.

» J ai su aussi qu'il faisait circuler dans votre maison, et » dans les autres maisons religieuses, une consultation sur les » vœux monastiques, sur la clôture, etc., etc. , et dans la- » quelle, sous les noms de Fontas, de S^'^-Beuve, de Bel-

f lumm, on pose des principes tout contraires aux dogmes ^}''^^ ^-

» vcriliîbicinont s;icr('»s de notre Constitution. Je ne voas cache

» pas que ces menées sourdes contre le nouveau rc^iine , de 1790 I la part d'un prôtre qui a solennellement juré de maintenir » la Constitution de tout son pouroîr, ont plus vivement ini digne notre duectoire quelles ne Tont alanaé (1).

> Nos messieurs ont compté sur la prudence, sur la vertu, » sur le patriotisme déjà éprouvé de votre communauté; ils » espèrent que vous ne vous {)n}terez pas aux vues de ce zélé i vicaire ; vous devez sentir que l'administration ne [)ouvail i s*empécher d'improuver ce spectacle qu'on voudrait donner 1 à notre ville, et par lequel* peutr-étre, on serait bien aise » d'en préparer d autres.

» C'est avec une satisfaction bien douce que je me trouve i auprès de vous l'interprète des sentiments et des vœux de B nia compagnie, et l)ien sur que vous aurez t'ait ce qu'exige I (le vous, dau.s ce moment, aMle religion sainte, qu'un faux » zèle se plaît à confondre avec des institutions humaines et des » intérêts anti-évangéliques. Je ne crains ni de vous effrayer, » ni de vous déplaire en vous |)ariant de manœuvres que \ous

> aurez condamnées; j'aurais trop de regrets qu'aucun de nos » DMmastères se permît des écarts, dont la moindre peine « serait la privation (ui la réduction de leur trailement. Un

i vicaire, qui serait plus sévèrement traité lui-même, ne poiu- 1

> rait pas garantir les victimes qu'il aurait faites des mortifia t cations auxquelles il les aurait exposées. C'est ce qu'il serait

• bon que vous lissiez sentir à vos dames, et peut-i^tre de-

> vez-vous aux liens qui vous unissent de leur faire connaître

> ma lettre, que j'adresse à toutes en l'adressant à celle que

• leur ( on (lance a mise à leur téte. »

Cette lettre jeta dans une coasternatioa profonde les pau-

(I) M. X'jLWi Lanjrdiran n".iv:iit p;is pi ri.' Ir .serment con&tUuUunnci; ses ennemis ledttiieat, omis c'était une calomnie affreuse.

vrcs religieuses du couvent des Minimeties. La supérieure , sous l'impression de la peur, répondit le même jour, 20 novembre; el jxjur se disculper elle-même et ses dames, chargea l'abbé Langoiran d'une manière compromettante, comme nous allons le voir par sa réponse :

«M. l'abbé l.angoiran, notre .-supérieur, étant venu juir-» )» crcdi pour annoncer a la communauté qu ou devait rcnou— » vêler solennellement, demain dimanche, les voeux, ce qui » me semble contraire au décret constitutionnel du 13 février, » comme chef de la maison, je prends la liberté de ui'adresser » à vous pour vous dénoncer l'affaire et savoir la conduite que n je dois tenir, craignant qu'on impute à ma communauté » enlièie un ai qui ivgarde au plus que quelques par- » ticulières trompées, étant toutes, d'ailleurs, très-pleines de » respect pour tous les décrets de l'Assemblée nationale sanc^ » tionnés par le roi.

» Je suis, etc., etc.

» Plakcadb,

» Sanii'di, novembre 1790. »

A la suite de cette correspondance, M. Duranthon envoya des copies de ces lettres aux maire et jurats, avec une mis- 3à Novembre, sion particulière où il les invite à «i veiller d'une manière par- I » ticulieie sur ce bon abbé et sur quelques autres qui ne » seraient pas fâchés de nous procurer quelques scènes un T» peu plus sérieuses.

» Je ne sais, ajoute-t-il , si vous avez éle iii>ii uits qu'on » fait circuler dans toutes les communautés de liiies une con- » sultation théologique, ou, sans oser attaquer directement » vos opérations et les nôtres, en exécution des décrets de » l'Assemblée nationale, on les censure bien ouvertement, par » la généralité des principes que Ton pose sur les devoirs de » la clôture, la fidélité aux vœux qu'on a émis, etc., etc. Je w nai quun ♦'xeniplaire tle (l't ouvrage; je vous l'enverrai ,

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