LIVRE V
CHAPiiKE PREMIER.
Sut Mnl de BwdMiix penduit h T«ii«iir. — Pcnclinit 4e* juges k conAiBDer k
mort, il ramondp, nnx fers, prmr moindres faates et m^mc pour des actes de vertu. — £tat des D^gocîants de hordcaux. — Parole» d'YsalH»u et de Baudot. — Uteetnqueriee et vob des saAS-culottes. — Ce que Necker en a dit. — Lettre <e TUlieB.'» Pwele» de idUen et de Gimier (de Stintet).— Pertnit de Peyrand*B«r*aU
Nous venons de voir la mise en pratique du code drc-ieonien de la Convention ! On s'arr<^te avp<' stupeur en présence des innoittbruble^ atrocitt^s du trihmi il n'volulionnaire de Bordeaux! La plunK^ nous est lumht'r qnchpiefoisdes niaias,
semblait se refnsci à enregistrer dos sentences <le mort jirouoncées sans aucune raison , aucun [iiotif (jui pùl les justifier. L'indication des bons citoyens était comprimée ; mais le peuple, égaré [lar de misérables démagogues, avait [)crdu » Part. c. 1
Livre V. ses croyances et ses habitudes sociales ; il ne demandait pas Chap.i. mieux, en général, cpif* patauger dans le sang avec l>«rm P^^^ d'arriver enlin au partage des terres, par une loi agiaire et les modernes Gracchns qui formaient la Montagne. Le vrai peuple était au pouvoir; c'était à des mains inhabiles quon conliait le gouvernail du vaisseau de l'État ; on ne sut pas éviter les écueils, et le naufrage était devenu une nécessité. Il est diliicile de se faire une idée de ce qu'était Bordeaux pendant le règne de la Terreur, au moins pendant l'existence de cet infâme tribunal de sang où présidait Lacombe. D'un côté, Vexaltation des idées, Tivresse des passions politiques , l'égarement des esprits faibles et le délire de la rai^ion ; de l'autre, les honnêtes gens consternés : les uns pleuraient la perte de leurs parents, de leurs enfants, de leurs amis; les portos et les fenêtres se fermaient sur le passage des malheureuses victimes qu'on traînait tous les matins devant Lacombe, pour les conduire de là au lieu du supplice, sur la place Dauphiiic ! Pariiii les Bordelais de la haute classe, le deuil était général, la coosterualion profonde; et dans chaque famille * riche, vertueuse, religieuse ou monarchique, il régnait m silence morne et un triste pressentiment de quelque malheur qui ne manquait pas d'arriver bientôt après. Tous les jours de nouvelles victimes entassées dans le fatal tombereau ; tous les jours d'autres familles plongées dans le deuil et la misère, par la Jiinrt, les amendes et la confiscatiou ; la guillotine était sur la place Dauphine, toiyours en permanence : à ses pieds un trou pour recevoir le sang des aristocrates, des prôlres, des religieuses, des nobles, sang qui se coagulait et se renouvelait tous les jours pour se âger de nouveau, et servir, faut-il le dire , d'aliment ou de boisson aux chiens alléchés par l'odeur ! La place Daupluiu; était devenue un goutVre où disparaissaient tour à tour la vertu, le négoce, la piété , le sacerdoce, la noblesse, Tinnocence et tout ce qui se distiogaait par une haute position sociale et les nobles sentiments dn cœur
On maudissait en sccrol les impitoyables tyrans, qui se ser- * Livre v. vaieol tl'iin simulacre de tribunal jK)ur courber les Bordelais sous le joug de la terreur ; mais au dehors, ou en présence des ^-j,- (lonicstiques et mémo des amis, le silence était un devoir; fêlait assez d'un nmrmure jioar faire condamner à la mort ! il fallait des preuves multipliées pour se faire absoudre ; une larme de la piété filiale, de la tendresse conjugale ou de l'amitié sur la fin déplorable ou prémalurck; d'un père, d'une mt're, d'une é[X)use, d'un époux, d'un enfant, d'un parent, d'un ami, snflisail jwur amener sur l'infâme sellette de LiM'omlK^ une nouvelle victime ! c'était assez d'un sou|)çon pour armer les organes de la justice républicaine. Des crimes, lK)n Dieu! on en voyait |xartout ; c'en était un de prier le dimanche, de réciter un chapelet, d'avoir <'hez soi des images dt»s siiints, des gravures de piété, des Christs ou des objets religieux ou aristocratiques; c'en était un de s'abstenir des assemblées des sections, d'improuver les mouvements anarchiques de la pc*pulace , de parler mal de Marat , Robespierre et Danton , et dp ceux qu'on ap|K*lait les vertueux léffUlateurs de la Montagne; c'en était un d'avoir le beau, l'admirable Testament de ix)uisXVI, de plaindre son sort ou celui do son infortuné* famille, de cacher sa fortune, son argenli?rie, s«»s subsistances ou ressources alimentaires, de recevoir des prêtres ou des nobles, d'exercer en faveur des persécutés les devoirs saci-és <1p l'hospitalité française ; c'en était un de s<^ qualifier noble, d'embrasser un émigré, fiH-il votre père, votre mère ou votre enfant; c'était nn motif de condamnation que d'avoir dans s(m pays la grande influence qu(î donne la fortune réunie à la vertu, comme chez M. de Saluées, ou celte haute considéralion dont jouissait M. Dudon pju- son adreasti et ses lx>aux lalents ; c'était un crime d'être modéré comme M. Pery, d'iivoir envoyé son fils à l'étranger pour échapper à ses bourreaux, comme M. Pelet d'Angliide ; de n'avoir rien fait pur la république, comme M. de Meslon. Mon Dieu ! c'était un crime
Livre V. de parler bien, d'agir bien, d'éire modéré dans son langage Chap. 1. ^ ^ conduite, d'être riche, d*étre trop pauvre pour pou-
1793 cultiver les terres ; car, dans ce cair-là , on était accusé
de vouloir aûamcr le peuple. C'est à cette occasion que le poète DeliUe disait avec raison :
« Le panm eut ms tyrans, le pfttre ses Imhhtcsvx ! •
Cétait le monde moral, religieux et politique renversé; c'était Tanarchie en action et l'annihilation de la vertu dans
une société en délire, d ou Dieu avait relire sa maiu pour lais>iT la place vide à toutes les exécrables suggestions de Teofer, à toutes les misérables passions de l'humanité.
Les néa;ociants avaient un grand tort; ils étaient coupables s'ils ne versaient dans les mains de Tallien, d'ïsabeau, leurs propres épargnes et le fruit de la sueur de leurs pères. Une amende de 100,000 liv., de 150,000 el même de 1,200,000, comme chez Pei&otto, n'était qu'une correction fraternelle, une leçon de civisme républicain! Par ces moyens, on arracha près de huit millions d'amendes aux Bordelais, sans parler des terres, des chàteiiux, des biens et meubles contisques au profit de la république et des vertueux sans-culottes! Un négociant, c'était alors quelque chose d'aristocratique, quelque chose de lier et môme pire qu'un noble; il fallait humilier sa tieilc, et la guillotine était là, en permanence, pour lui apprendre la sainte égalité de Marat. La ré|)ublîque était la mère de tous les citoyens; le premier devoir iKjiir les Français, selou sii morale, c'était de nourrir leur mère. Saturne dévorait seseo* fants; la république alla plus lom : elle détruisît ses enfants et carda leurs écus ! Ysabeau avait raison de dire qu'à l^ut compter, u Bordeaux verserait plus de cent millions dans les » coffres de la république. » Il aurait dû dire dans les poches des républicains; car ils suivirent bien le conseil du trop célèbre Javogues ; « Il faut que les sans^-culottes prolitcnt du » moment pour faire leurs aflaires, n'importe par quels
9 moyens. » Prud homme , qui les coimaissail bieu , assiuc » que ceux qui se disaient des palrioies exclusifs n étaient » qoe des voleurs. » Ils n'étaient que trop fidèles an conseil de Rewbel : « Allez dans toutes les maisons , forcez les cof- » fres4brts, prenez ce qui s'y trouve. » Quand on songe que les assignats n'étaient qa'un moyen détourné pour voler l'État, et que, d'après M. Thiers, il y avait jKiur huit milliards d'assignats en circulation en i 7 9 5 , on peut se faire une idée de tout œ que ce mode légal, adopté par nos financiers san»-ciilotte8, a produit pour les enrichir aux dépens de la France ! Pour avoir facilement de l argent, Marat ne demandait que deux cent mille tètes d'aristocrates ; Bandot, qu'on a va travailler à Bordeanx, le crut presque coupable de modéraniisme, « Fussent-ils un million , disait-il pendant sa mission dans le 1 Hant et Bas-Rhin « détruisons-les entièrement ! » C'étaient les nobles, les négociants, les aristocrates, les riches, qu'il croyait troj) nombreux en France. Tous les moy(îns étaient bons et licites ; faire sa fortune, voilà la fin. Vallette, secrétaire d'Ysabean à Bordeaux, fit signer un arrêté par son maître, pour mettre en réquisition une enoi uic quantité de lale et de sucre, destinée aux besoins de la république; il la vendit pour son propre compte, et, par ce moyen digne de l'époque , il s acheta de belles terres et un magnifique hôtel, avec un superbe équipage , dans le faubourg Saint-Germain I
Danton mourait de faim quand la révolution éclata : sa femme disait que , sans le secours d'un louis par semaine , qu'elle recevait de son pere, il Lui eût été impossible de vivre! U mourut opulent.
Nos proconsuls, à Bordeaux, faisaient ordonner par Laoombe qu une partie des amendes serait consacrée à la construction d'un hâpital fa/oorable à Inhumanité; l'hôpital na pas été bâti, mais Tallien acheta de belles terres dans la Normandie , lui qui commença sa carrière républicaine avec un salaire de 800 liv. par anl il épousa la dame Fontenay-Cabarrus, et.