‹ Histoire complète de BordeauxChapitre 88 sur 172 · Livre V · texte numérisé non relu

Livre V

Cbap. 1.

Hutoir»

de la Révolution,

liv. XXVK

Dy Gooal

Litre V. après la chute de Robe pierre , il ne communiqua plus avec Cbap. i. ^^^^ Jacobins. No sans fc tune, il monta son hôtel , se procura 1793 un bel équipage et fit c( urir le bruit que sa femme était trèsriche ; cependant c* cta t un fait avéré qu'elle n'avait que .1, 40,000 liv., et la fami! le Le Coulteux, qui avait assisttî au

premier contrat de cett î dame, dit Prud'homme, ne se géoait pas |)our le dire. Comm ^nt donc Tallien a-t-il acquis les biens immenses qu'il possédai dans la vallée d'Auche, en Normandie? ces champs, ajouta; toujours Prud'homme , qui lui rapportaient 15,000 liv. d<! rente? Gela s'explique, dit l'auteur (|ue nous citons, par argenterie que, conjointement avec Bertrand, l'horloger-maire de Bordeaux, il avait fait enlever des églises, des couvents et des maisons nobles des Bordelais. A Bordeaux comme à Paris, ceux qui se disaient des patriotes exclusifs n'étaient que des voleurs ! Comment donc Tallion est-il devenu si riche, lui qui n'avait que 18 liv. par semaine, et n'avait reçu de sa femme que 40,000 liv. ? Ce n'est pas dans ses missions qu'il a pu ramasser sa fortune, |)uisque dans son compte-rendu du 1*"^ prairial (20 mai 1794), sa dépense se monte à 20,037 liv., sur laquelle somme le gouvernemcnl ne lui ayant donné que 20,000 liv., ne lui devait que 37 liv.. qu'il a été assez généreux |X)ur ne pas réclamer. Si tous les députés avaient rendu leurs comptes à 37 liv. près, le trésor public ne serait pas dans l'état où on l'a laissé; mais Tallien. ajoute toujours Prud'hoauue , ne fit j)as figurer dans ses comptes les fonds fjuil avait reçus à La Réole , à Bordeaux et autres lieux, pour des dépenses secrètes.

Pour écarter tout soufiçon à l'égard de Sii probité, Tallien laissait à V'sabeau la manutention des fonds destinés à cci» sortes de dé|K*nses; mais il n'a jamais rendu compte des tré- .s)rs trouvés à Quiberon : leur quotité était un secret et l'est encore ! Rolland demandait souvent ces comptes ; Rolland . grAces à Tallien, en partie, fut sacrifié, et les comptes de la commune de Paris , les trésors de Quiberon , les dépouilles

desvictnnes du 2 septembre, tout cela est encore inconnu, et ^ mille autres choses encore !

Un historien nous dit que les révolutionnaires de Bordeaux 1709 ne firent passer aux hôtels de monnaies que 20,000 marcs d'argent, représentant une somme de 1 ,200,000 fr. environ, tome a et.provenant des couvents et de nos églises; cela nous parait iaeiact. Il n'a pas compté tout ce qui a été porté chez Bertrand , le maire-horloger, qui avait besoin de remonter ses aâaires et qui n'y mît pas de délicatesse ; il ne comptait pas tout ce qui a été détourné par les agents inférieurs, par Charles et Chaussade, deux voleurs dont nous parlerons plus bas ; il ne comptait pas les vases sacrés et les ornciuents eu drap d'or, galonnés d'or, qu*on portait sur le bureau de Lacombe, et qui allaient dans ses appartements pour ne plus ni sortir ni aller ù riiolel de la monnaie ; il ne comptait pas les petits objets en or et en argent, les statues en argent, les burettes en ver^ nieil qui s'attachaient aux mains gluées de Charles, ce misérable confident do Bertrand , voleur lielVé (ju'on fit maire de Bordeaux. 11 n'avait compté que l'état des rapports oiliciels, tout comme l'honnête Cambon ne constata que la somme de 30 millions provenant du pillage des églises (mi France, t^mdis qu'on a acquis la certitude d'en avoir retiré un milliard ! Mais qu'y a-t--il d'étonnant à tout cela? Il fallait que les braves sanS'-culottcs fissent leurs affaires, n'importe par quels moyens!

Necker, qui avait vu à l'œuvre les républicains de 1793, qui voyait leurs brigandages insensés, leurs honteux pillages, avait raison de dire : « Jamais, depuis la création du monde, » jamais cette fortune , réunie aux contributions annuelles, » ne fut entre les mains d'aucune autorité. Les richesses de » Salomon, les trésors du Mogol, les pillages de Tamerlan et » de Gengiskhan n'étaient rien auprès d un pareil brigandage, » auprès d'une si large rapine (1). Amoncelez en imagination

(I) Les biens de li noblesse et do clergé.

Digitiz

» tout l'argent monnayé en France en ses pins lieaux j»>ui>, Chip.1. ^ lartîciit nioniuiyé tle l'Europe; (k)ul)lez t^nsuite le

1793 » tont , et vous aiuo/ Ynhk' âo re (pii a été consommé par la » Convention.» On [>eul aussi se fairo une idée de ce qui a été enlt véauxBordelais sous rinfernalt^adniiuistrationd'Vsabeau, qui écrivit à ses amis de la Montagne : « I.a t<Me des ronspira- « tours lonil)e sur Téchafaud; la guillotine et de fortes anien- )> des vont op^Ter le scnitin épuraloirc du cuiiiuieree. . . Toutes » les églises sont terniécs. Uordeaux versera i)lus de cent luil- » liooi» dans les coffres de la république. » Quelle époque que celle oîi ré^çnait dans notre ville Baudot , qui fit décréter : « que tous les citoyens qui étaient dans les villes rebelles, à » Lyon, Bordeaux et Marseille, et qui n'en sortiraient pas en » trois jours, seraient réputés émigrés (dignes de mort}, d » leurs biens conû»]nr's. » Grand Dieu 1 rester dans Bordeaux , on était digue de iiiort ! Sortir du pays, on était réputé émigré et digne de mort! Quelle alternative que celle de reasemblo' à nos hommes de sang, ou de porter la léte sur • réchafaud dressé par la Terreur l \ Quelle époque, dans nos annales, que celle oik TaUien éai- ; vait de Bordeaux à ses firères de la Montagne, à Paris : « Soyes : » sûrs que nous serons ici ce que nous étions à la Montagne... » ne composant jamais avec personne, et voulant faire triosi- » pher partout la cause du peuple, en anéantissant Tarislo- » cratie et le fédéralisme. » On sait bien ce que c'était qu'on aristocrate, un fédéraliste t Quelle époque, où Bordeaux recevait la loi du jeune JuUien, de la Drdme, homme féroce, , tigre altâ*é de sang humain, qui, dans un moment d'enthousiasme révolutionnaire, disait : « Si le lait est la nourrittire M des vieillards, le sang est celle des enfonts de la liberté, » qui repose sur un lit de cadavres ! » Quelle époque que celle oit Gamier, de Saintes, faisait afficher sur les mars de Bmdeaux, à l'adresse des gei» peureux, qui soupiraient après la fin do leurs souffrances et de leurs tortures morales, cet

impitoyable arrôté, oii il disait : « iusques à quand, s'écrie- » i-on, prpduira-fr-on sous nos yeax le spectacle terrible de » la permanence du supplice ? Jusques à quand familiariseram t~on les regards du peuple avec ces ruines sanglantes?

» Jusques à quand ? Josqa'à ce qae Bordeaux ne compte

» plus d'ennemis dans son sein ; jusqu'à ce qu'il n*y ait plus y> «riiomiiies qui s épouvantent de la sauvegarde du peuple B (la guillotine). Il n'y a que le crime qui tremble devant le » spectacle qui rassure Tinnocence. »

El Peyren-d'Herval » que dirons-nous de lui? Misérable forcené qui, sous une figure d'homme, portait un cœur de bête féroce, et se distinguait par ses allures convulsîves et S4^^s yeux hagards, la férocité de son regard, ses mouvements d'éneiigumènc et son épouvantable mine, qui affecta tellement un jour une pauvre dame enceinte, qu'elle accoucha de peur, en le voyant entrer daiL^ son salon ! I n soir, il vint au thé<itre ; à son approche , toutes les dames se levèrent avec précipitation, et s'éloignèrent du lieu oit il voulut se placer. Se croyant offensé , il mit le sabre à la main , et fit cesser le spectacle. On donnait la Papesse Jeanne. 11 interdit celte pièce, sous prétexte qu'elle était immorale; mais le public la demanda : on l'avait jouée à Paris , pourquoi ne le ferait-on pas à Bordeaux? Le lendemain, le tyranneau se vengea en faisant incarcérer tons les acteurs, et en les traduisant devant Lacombe, qui les réprimanda sévèrement.

Ce luÎM'iable était l'espion de la (Convention, le tyran de nos tyrans , la terreur même des sans-oulottes. Dégoûtés de leur position subalterne, ils le laissèrent faire, pour ne pas kii déi)laire, et, pendant quelque temps, il était, lui seul, la personnitication de la Terreur à Bordeaux. Ysabeau était instruit, mais paresseux ; il n'embrassa la cause de la Montagne que par lâcheté, et le temps qu'il ne donnait ni au sommeil ni à la table, il le consacrait à lire Y Histoire des Tyram, comme pour mieux apprendre son métier, 'fallien, Timpi-

Livra V. toyablc Tallicii, ne s'occupait que de ses plaisirs et de sa maî- Cbap,i. ^j.^Qg. le misérable Peyren-d'Herval, avec une poignée de 1799 goujats, faisait seuL la loi à toute une généreuse population, qui n'osait pas gémir sous le poids de ses chaînes I

Maintenant f qu'on jette un coup-d'œii sur les scènes de sang et de pillage qu'on vit à Bordeaux , sur les infâmes aoteurs qui ont figuré sur ce théâtre de la mort , et qu*on dise si l'histoire ancienne nous ofii'e quelque cliose qui en approche. Nous venons de voir et de compter les victimes, nous avonsvu et nous avons compté les terroristes et les bourreauxl Que ne fit-on pas pour la dégradation des généreux enfants de Bordeaux 1 pour étouffer dans les âmes l'amour de la vertu, la . notbn de Dieu, le respect des principes religieux , les sentiments de l'humanité, tout ce qui constitue et maintient l'ordre ' social I Pour ces monstres, qui ont sali, ensangiauté nos rues, rénergie républicaine n'était qu'une fureur aveugle, une haine profonde pour le bien, pour Tordre, pour le passé. La société se composait de victimes et de bourreaux , d'êtres atroces el d'êtres terrorifiés ; il n'y eut plus de citoyens libres , plus de France, plus de Français I Cétait quelque chose de piie | que Genséric et Attila, que ces hordes barbares, d'autant plos savantes que les Vandales ou les Visigoths dans la science pratique du mal , qu'elles sortaient d'un état social plus avancé, mais aiithipathique a leur barbarie. Tous les départements avaient souffert de ce système. Lyon, Nantes, Paris surtout, ont eu leurs r^istres couverts du sang de leurs meilleurs citoyens; mais à Bordeaux, il y avait peut-être plus de cynisme ^ dans les procédés des coryphées républicains. Tous les Bordelais presque furent traités comme les ennmis de la France: on y trouva des hoiuiues perfides, mauvais, dénonciateurs; mais, heureusement, pas un seul Bordelais ne s est trouvé au nombre des bourreaux.

Nous n'avons pas besoin de parler d' Ysabeau ; il est presque assez connu ; il figure, à côte de lallien, dans la liste de

nos grands scélérats. Ayant appris, en novembre 1796, (juc Livre V. Pnid iiomme écrivait une Histoire des erreurs, des crimes et des vois commis pendant la révolution^ il lui écrivit pour le prier de suspendre sa publication , au moins pour ce qui le regardait, jusqu'à ce qu'il lui eût fait passer des notes justificatiTcs de sa conduite. 11 déclare qu'il avait empêché beaucoup de mal et fait beaucoup de bien; qu*il avait été en danger d'être guiiloliiié jK)iir sa bonne conduite, et avait été persécuté par les Robespierristes et les réactionnaires royalistes, n rejette tous les crimes de l'époque sur Jullien, qui, dit^-il, était lié avec tous les assassins de la ville. Il promit dos renseignements positifs; mais Prud'honuoe ne les reçut jamais.

La mère de JuUien, indignée de voir son fils ainsi maltraité par Vsabcau, écrivit [lour le défendre. Cette défense a été bien faible, devant les faits accablants de l'histoire l La po»lérité regarde Jullien et Ysabeau comme des hommes de sang, des tyrans de Bordeaux. Les faits sont là ; la voix publique a prononcé, et aucun tribunal m saurait réhabiliter leur mémoire.

CHAPiTKË II

La ftte de la diesse Afthoa oidonnée par le ConseQ de la Commnne. — La pnebmation k cette occasion.—* Lettre des représentants au ministre. — La compoiltisa

et marche du cortège de la comédienne Daeiiaumont, figurant la déesse. — Liatérieur de Saint-Dominique (Notre^)ane ai|jonrd*hui ). — Le temple de Vttn- Siipn'^nie. — Les temples décadaires. — Arbres de la liberté. — Paroles borriUef de Tallien. — Suppression de TétatHnajor de l'armée, k Bordeaux. — L'arrêté des représentants k cet égard.

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