‹ Histoire compléte de Jeanne d'ArcChapitre 22 sur 41 · ERREURS DE ,1. QUK^.HKRAT SUR CE SUJET · texte numérisé non relu

ERREURS DE ,1. QUK^.HKRAT SUR CE SUJET

dictes, et que en ces choses j'ay bien fait et n'ay point mespris;

« En méprisant Dieu et ses sacrements;

« En faisant sédicions et idolâtrant, par aourer, mauvais esprits, et en invoquant iceulx;

« Confesse aussi que j'ay esté scismatique, et par. plusieurs manières ay erré en la foi.

« Lesquels crimes et erreurs, de bon cuer et sans ficcion, abjure, de tout y renonce et m'en dépars.

« Et sur toutes ces choses devant dictes, me soumets à la correction, disposicion, amendement et totale détermination de notre mère saincte Église et de vostre bonne justice :

« Aussi je jure et promets que jamais ne retourneray aux erreurs devant diz.

« Et cecy, je diz, afferme et jure par Dieu le tout Puissant, et par ces sains Évangiles. »

Ainsi signée : « Jehanne f. »

Ce texte de la rétractation proprement dite remplit, dans le Procès de J. Quicherat, vingt et une lignes de menus caractères, qui en représentent vingt-cinq de caractères moyens, et trente de « grosse écriture ». Faire tenir vingt, vingt-cinq, trente lignes en cinq ou six n'est pas chose facile. L'auteur des Aperçus nouveaux s'abuse donc grandement lui-même et commet une erreur inconcevable lorsqu'il affirme que ladite rétractation, dégagée des considérants qui l'accompagnent, se réduit à un texte de cinq ou six lignes. Il n'avait qu'à prendre la peine de relire cette page du Procès pour avoir la preuve palpable de son erreur.

92 l'abjuration de jeanne d'arc.

N'eussions-nous aucun autre argument à faire valoir, nous pourrions conclure, avec une logique inattaquable, que les deux cédules ne pouvaient être , quant à la rétractation proprement dite, deux copies identiques du même formulaire. Mais, outre cet argument, des preuves positives établissent que les deux cédules différaient entre elles par la substance même des choses qui y étaient énoncées.

Ces preuves, nous les avons déjà présentées dans le chapitre qui précède celui-ci : qu'on veuille bien les y relire. Nous nous bornerons à rappeler la déclaration écrasante du prêtre et appariteur Jean Massieu :

« Ce dont je suis absolument sur, déposait-il, c'est que la cédule prononcée par Jeanne n'était pas du tout celle qui figure au Procès, car la cédule insérée au Procès est différente de celle que je lus à Jeanne et qu'elle signa. — Scit firmite}^ (testis) quod schedula (seœ linearum) non erat illa de qua in processu fit nientîo ; quia aliam ah illa quœ est insei^ta in pi^ocessu legit ipse loquens et signavit ipsa Johanna. » (Procès, t. III, p. 156.)

Nous avons eu déjà plusieurs fois l'occasion de signaler le rôle exceptionnel rempli dans la scène de l'abjuration de la Pucelle par ce digne prêtre. Lui qui avait eu entre les mains la fameuse cédule, qui l'avait lue à l'accusée, pouvait nous dire, avec l'autorité requise, si le contenu en était identique substantiellement au contenu du formulaire inséré au Procès, ou totalement différent. Il déclare avec une certitude absolue, « scit firmite7^ », sous la foi du serment, que les deux cédules différaient totalement. C'est un témoignage dont critiques et historiens n'amoindriront jamais la valeur décisive.

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