ERREURS DE J. OUIGHERAT SUR CE SUJET
tion; au contraire, les juges et Guillaume Erard veillèrent à ce qu'elle demeurât dans une ignorance complète de ce qu'on allait lui demander, dans l'ignorance même de ce que c'était que l'abjuration. C'est un point trop important pour n'en dire que quelques mots : il sera traité dans le chapitre qui suit, avec les preuves et les développements nécessaires ; pour ne pas nous répéter, nous y renvoyons le lecteur.
J. Quicherat dit que la pièce existe, qui établit ce qu'il avance. Cette pièce, où est-elle? Nous l'avons cherchée dans tout le Procès, nous n'avons pu la découvrir. Si cette pièce existe, pourquoi l'auteur des Aperçus nouveaux ne l'indique-t-il pas, et pourquoi ne la cite-t-il pas? Jusqu'à preuve du contraire, nous disons, nous, que ladite pièce n'a jamais existé que dans son imagination.
On peut produire des textes d'une authenticité parfaite se rapportant à la question présente; mais ces textes, que nous mettrons sous les yeux du lecteur dans le chapitre suivant, prouvent tout le contraire de ce qu'affirme J. Quicherat, c'est-à-dire que les juges se sont arrangés de manière à ce que la Pucelle ne sût rien du formulaire de l'abjuration et n'en comprît pas davantage.
Et, en nous exprimant de la sorte, nous ne perdons pas de vue que, d'après notre auteur, « dans l'interrogatoire qui précéda le supplice de Jeanne, ses juges lui rappelèrent tous ces points, celui notamment qui concernait la fausseté de ses apparitions ».
Les points capitaux de l'abjuration sont au nombre de dix-huit; il est aisé de s'en rendre compte, car nous les avons énumérés tout à l'heure. Ouvrons le Procès, à l'ar-
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ticle du dernier interrogatoire, et cherchons-y la preuve de ce fait, que les juges de la Pucelle lui rappelèrent tous ces points, ainsi que le prétend formellement J. Quicherat... Nous y constaterons qu'ils ne lui en rappelèrent aucun. {Procès, t. I, pp. 454-458.) — N'oublions pas que la chose à démontrer est celle-ci : que Jeanne fut instruite, sur la place Saint-Ouen, des points capitaux contenus dans le formulaire du Procès. — Eh bien, pas l'ombre d'une allusion à ces prétendus éclaircissements ne figure dans ledit interrogatoire.
Gomme nous ne tenons pas à être cru sur parole, voici la série complète des questions posées par les juges :
Pourquoi l'accusée avait-elle pris l'habit de femme?
N'avait-elle pas juré de ne pas reprendre l'habit d'homme ?
Pour quelle cause l'avait-elle repris?
N'avait-elle pas fait porter en particulier son abjuration sur la promesse de ne plus reprendre l'habit d'homme?
Depuis jeudi avait-elle entendu les Voix des saintes Catherine et Marguerite ?
Que lui ont-elles dit?
Croit-elle que ses Voix soient sainte Catherine et sainte Marguerite ?
Qu'elle dise la vérité sur la couronne dont il a été parlé.
N'avait-elle pas dit, en son abjuration, qu'elle s'était vantée mensongèrement que ses Voix étaient saintes Catherine et Marguerite?
En ces neuf questions, les juges parlent-ils une seule fois d'éclaircissements qui auraient été donnés à l'accusée, avant l'abjuration, sur les dix-huit points capitaux du