‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 10 sur 306 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Sous quels aspects se présente l'histoire de Jeanne d'Arc.

Cette histoire de Jeanne d'Arc, histoire merveilleuse, unique, appartient à l'histoire de France et à l'histoire de l'Eglise : elle est un de leurs plus heaux chapitres. Dans aucune autre vie l'héroïsme français et l'héroïsme chrétien ne brillent d'un plus vif éclat. En nous plaçant à ce double point de vue, nous redirons volontiers les paroles qu'écrivait naguères, dans la Revue des Deux-Mondes, un membre de l'Académie française : (( Aucune nation moderne n'a dans ses Annales une figure pareille à celle de Jeanne d'Arc, héroïne, sainte, martyre ^ » Entreprendre de raconter ses dits et gestes sans être persuadé qu'on a devant soi une grande Française et une grande sainte, à plus forte raison se refuser à le reconnaître et s'appliquer à montrer le contraire, c'est errer dès les premiers pas

I. Revue den Deujc-Mundes du i5 mai 1910. Article de ]\I. Gabriel Hanotaux.

'i msToiui: \)V. L.\ 15. JKANXi: o auc.

cl s'engager dans une voie qui ne peut mcnei- (juaux plus regrettables conséquences. Pour atteindre le but proposé, on eu vient à méconnaître le langage des documents, à y substituer les rêves d'une fantaisie sans frein, ou les arrêts d'un pai'ti j^ris plus dune fois sectaii'C. Sans doute, selon la remarque de M. G. llanolaux : (( Personne n'a le droit d'excommunier au nom de 1 liéroïne ; ni intolérance, ni ingratitude, tel est le devoir béréditaire au sujet de Jeanne d'Arc. » Mais, ajouterons-nous, pas plus d'indifférence que d'intolérance, car, pour nous Français, là où commencerait l'indifférence commencerait l'ingratitude.

L HEURE DE LA JUSTICE ET LA MEMOIRE DE JEANNE d'arc.

Ce qui résulte du fait de la béatification récente de Jeanne d'Arc et du mouvement d'érudition qui l'a préparée, c'est que l'heure de la pleine justice semble venue pour la mémoire de la Libératrice d'Oiléans. Il V a vingt ans, on pouvait, non sans motifs, rappeler le mot d Etienne Pasquicr, dans ses Recherches de la France : « Grande pitié! jamais personne ne secourut la France si à propos ni plus merveilleusement que cette Pucelle, et jamais mémoire ne fut plus méconnue que la sienne ^ » Aujourd'hui, quoiqu'on ait encore quelques raisons de ne pas l'ou-

Page 1