CHAP. IV. JKANNE ET SES VOIX
Icinoins cirangeis, c'est elle-même (jtie nous allons entendre : les jug-cs de Rouen se sont chai'^és de nous transmettre oFficiellement ses communicalions dans les procès-verbaux de leurs interrogatoires. Etant donné notre rôle d'historien, et la sincérité de Jeanne étant reconnue au-dessus de toute suspicion, nous allons exposer les choses telles (ju'elle les raconte. Plus lard, quand les événemenis se seront déi'oulés sous nos 3'eux, nous leur demanderons si ce que ces visions annonçaient a élé accompli, et par suite, s'il est raisonnal)le d'admettre leur réalité objective.
Jeannette avait (( treize ans ou en\iion » lors(pu% par un beau jour d'été, se l[ou\anl à l'heure de midi dans le jardin de son pèi'c, tout à coup elle aperçut du côté de l'ég-Iise une grande clarté et elle entendit une voix. La jeune fille, effrayée, resta comme hors d'ellemême'. Et elle ne sut [)as alors que « cette voix était celle de saint Michel ».
Une autre fois, mais non dans le jardin de son père.
I. Procès, t. I, p. 52. Deuxième inlerrogatoirc public. — CeUe première apparition paraît avoir eu lieu en 1424, et non en i425, comme le dit Siméon Luce (voir la N'oie à la fin du volume) ; mais aucun document ne permet d'en déterminer le jour. Jeanne, il est vrai, remarque qu'elle » n'avait pas jeûné le jour précédent » (une faute d'impression, sans doute, fait dire à J. OuLcherat le contraire). D'où l'on devrait, ce semble, inférer qu'elle avait jeûné le jour où elle eut cette apparition. De là à penser (juc ce jour devait être un des trois jours des Rogations, le mercredi plutôt, il n'y a sans doute qu'un pas à franchir. Mais on ne sort pas du domaine de la conjecture.
2o6 LA JEUNESSE DE JEANNE d'aRC.
elle entendit la môme voix, et l'Archang-e lui apparut environné d'une troupe d'Ang:es, au milieu d'une g-rande clarté. « Je les ai vus des yeux de mon corps, affirmait Jeanne à ses juges de Rouen, aussi bien que je vous vois. Et quand ils s'en allaient, je pleurais, et j'aurais bien voulu qu'ils me prissent avec eux. »
A l'une des apparitions suivantes seulement, la jeune fille a[)j>rit (jue cet être radieux, à la physionomie « d'un vrai prud'homme (d'un jeune homme grave et sensé), qui se montrait à elle, était l'archange saint Michel », celui que TEglise nomme le Prince de la milice angélique'.
Jeanne « le reconnaissait à son parler » tout céleste, (( et à son idiome qui était celui des anges «.
Elle ne pouvait douter que ce ne fût lui, car il se nomma à elle'.
« Et l'Archange lui enseigna et lui montra tant de choses, qu'elle crut que c'était bien lui. Le bon conseil, le confort et la bonne doctrine qu'il ne cessa de lui donner le lui disaient clairement^. »
Tous ces enseignements étaient pour le salut de son àme. Saint Michel, en elfet, instruisait la pieuse jeune fille à se bien conduire, à fréquenter l'église : sur toutes choses il lui recommandait d'être bonne enfant, que Dieu lui aiderait. Deux ou trois fois par semaine, il lui disait (]u'il lui faudrait venir au secours du Roi. « Et l'Ange lui racontait la pitié (jiii était au roijaunie de France K »