‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 109 sur 306 · Il) 1(1., pp. i)S · texte numérisé non relu

Il) 1(1., pp. i)S

CHAI». IV. .IRANNi: ET SES VOIX. 21 7

quelle manière en use votre Conseil, lors(]u'il vous parle ?

— Je conrois, répondit la Pucelle, ce rpie vous désirez savoir : volontiers, je vous le diiai.

(^rai^nant qu'on n'aluisàt de la simplicité de la jeune fille, Charles VIÏ lui demanda :

— Vraiment, Jeanne, il vous plairail de le dire devant les personnes ici présentes ?

— Mais oui, repartit la Pucelle.

Alors elle dit que, lorsqu'on refusait de croire ce qu'elle assurait de la part de Dieu, elle se retirait à l'écart, priait Dieu, et se plaignait à lui que ceux à qui elle s'adressait refusassent de croire à ses paroles. Et quand sa prière était achevée, elle entendait une voix lui dire : « Fille de Dieu, va, va, je serai à ton aide! » Et quand elle entendait cette voix, elle était toute joyeuse, et elle eût voulu être toujours en cet état. « Et, en répétant les paroles que lui adressaient ses Voix, — -c'est Dunois qui le remarque, — la jeune guerrière était toute transportée, et ses yeux se levaient vers le ciel'. »

La candeur et la simplicité avec kupielle Jeanne exposait à Loches ce que le Roi et les seigneurs de sa cour désiraient savoir au sujet de ses Voix, se montreront encore à Rouen, lorsque ses juges chercheront, avec des internions moins bienveillantes, à satisfaire une pareille curiosité, lis l'interrogent sur la manière dont elle requiert l'assistance de ses Voix. Elle répond :

« Je supplie Notre-Seigneur et Notre-Dame de m'envoyer conseil et confort; et aussitôt après ils me l'envoient. »

I. Ce récit est extrait de la déposilion du comte de Dunois, Procès, t. III, p. la. Etaient présents (îérard Alachet et I\obert le Maçon.

On lui demande quelles sont les paroles dont elle se sert.

Elle répond qu'elle prie de cette manière, en français : (( Très doux Dieu, en l'honneur de votre sainte passion, je vous requiers, si vous m'aimez, que vous me révéliez comment je dois répondre à ces gens d'église. Je sais bien, quant à l'habit (d'homme) le commandement comme je lai pris; mais je ne sais point par quelle manière je le dois laisser. Pour ce, plaise à vous me l'enseigner.

« Et aussitôt, ajoutait-elle, les Voix viennent '. » L'intendant de la Pucelle, Jean d'Aulon, eut lui aussi un jour la curiosité de savoir « qui estoit ce Conseil ». Il le demanda simplement à Jeanne d'Arc. Elle lui « respondit quils estoient trois ses conseillers, desquelz l'un estoit tousjours résidamment avecques elle, l'autre aloit et venoit souventes fois vers elle et la visitoit; et le tiers estoit celuy avecques lequel les deux aultres délibcroient- ». Poussant la curiosité plus loin, l'honnête intendant requit Jeanne « qu'elle luy voulut montrer iceluy Conseil ». Jeanne lui répondit catégoriquement « qu'il n'estoit pas assez dig-ne ni vertueux pour iceluy voir ». D'Aulon comprit la leçon : il « se désista de plus en parler à la Pucelle, ni enquérir-' ».

Page 1