Ibid., p
2 3o LA JEUNESSE DE JEANNE d'aRC.
C'est par cette viî^ilance de tous les instants et cette délicatesse de conscience que la vierge Lorraine s'appliquait à mériter que ses saintes, selon leur promesse, la menassent en paradis.
Pour la virginité de corps, Jeanne en revendiquait fièrement l'honneur, et elle, d'ordinaire si modeste, si réservée, se soumit sans hésiter à la plus délicate des épreuves lorsque à deux repi'ises, à Chinon et à Poitiers, des dames du plus haut rang- et dignes de tout respect lui dirent avoir ordre de s'en assurer. A Chinon, bientôt nous entendrons notre héroïne donner comme sien, devant « le g-enlil Dauphin » et sa cour, le nom de « Jeanne la Pucelle — Jeanne la vierge ». Les témoignages unanimes de ses compatriotes et de ses contemporains ont proclamé qu'elle était digne de ce nom et qu'elle en pratiquait les vertus.
Mais les Voix avec lesquelles la vierge de Domremy s'entretint à partir de sa treizième année ne se proposaient pas seulement de lui inspirer l'amour de tout ce qui est bien; elles avaient charge de lui révéler sa vocation, de lui faire entendre l'appel de Dieu et de l'investir de la mission providentielle dont le salut du royaume devait être le prix. Dans cette mission, elles devaient la guider, la conseiller, l'assister, la conforter jusqu'à parfait accomplissement.
Lorsque Jeanne déclarera vouloir venir en aide à son roi, elle dira qu'elle vient non d'elle-même, mais de par
CHAP. V. l'appel d'en HAUT. '>.3r
Dieu, ({ir(.'lle est son Envoyée, non l'Envoyée d'aucune puissance humaine.
Si on lui denianJe quel est le point de départ de sa vocation, elle répondra :
(( Une Voix venant de Dieu pour l'aider à se bien conduire. »
Si, insistant, on veut savoir la raison d'être de cette vocation :
« C'est, ajoutera-t-elle, le relèvement du royaume, la défaite et l'expulsion de l'Ang-lais.
« Il a fallu qu'elle quittât son village pour aller en France. C'est que seule, elle devait recouvrer les provinces au pouvoir de l'étranger; d'elle seule le pays et son roi auront secours '. »
Devant un tel langage, l'horizon s'illumine, l'on est comme transporté eu pleine histoire sacrée. On a l'impression que l'héroïne appartient à l'histoire de l'Eglise aussi bien qu'à l'histoire de notre pays. En lui réservant l'honneur de vaincre et de chasser les envahisseurs, Dieu en use envers sa petite servante comme il en a toujours usé envers les personnag'es dont il a fait ses envoyés extraordinaires, ses instruments de choix : Abraham, Moïse, Josué, Gédéon, Débora, Eslher, .)udit(li, saintes Brigitte de Suède et Catherine de Sienne, sans oublier les vierg-es et martyres sainte Catherine et Marguerite. A ces âmes privilég-iées, rap[)el de Dieu s'est fait entendre avant toutes choses. Jeannette l'entendra pareillement. Sauver le peuple élu était la mission des Moïse et des Débora. Sauver un grand pays et son prince, leur rendre l'indépendance, briser le joug- de
j. Procès, t. I, p. 52; t. II, p. /|80, elpassiin.
■2^2 LA JEUNESSE DE JEANNE u'aRC.
l'Ang-lais prêt à s'abattre sur eux, telle sera la mission de la vierge de Domremy.
Cet appel d'en haut, Jeanne l'entendra plusieurs fois pendant deux années consécutives avant que lui soit révélée l'oeuvre à laquelle cet appel la destinait. La première fois, ce sera, on l'a vu plus haut, dans le jardin de son père, par un beau soir d'été; puis, au milieu des prairies qui bordent la Meuse, puis dans la solitude de Bermont, sous les ramures du Bois-Chesnu, dans les champs lorsque sonne V Angélus, et jusque dans les sanctuaires de dévotion où elle aime venir prier. Jamais, sans ces appels réitérés, la sim{)le villageoise qu'était Jeanne n'eût songé à se parer du titre d' « Envoyée de Dieu ».
Ce n'est pas dès la première apparition que ce titre lui est conféré. Ses Voix la font passer par plusieurs degrés d'initiation avant de lui révéler leur secret.
Premier degré. — La vocation et l'appel de Dieu. — L'archange saint Michel d'abord, les saintes Catherine et Marguerite, quelque temps après, lui apparaissent et conversent avec elle « pour l'aider à se bien conduire ' ».
Deuxième degré. — La mission se prépare. — Jeanne met en pratique les conseils de ses Voix. Sa [>iélé, sa foi, son amour de la France et de Dieu grandissent. L'archange alors « lui raconte la pitié du royaume »".
Troisième degré. — [ai mission se précise. — Jeanne brûle du désir de porter remède à cette pitié. La Voix lui apprend qu'il lui faudra poui- cela quitter son village