‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 152 sur 306 · CHAP. VII. L AUDIENCE DE CHINON · texte numérisé non relu

CHAP. VII. L AUDIENCE DE CHINON

Les membres du Grand Conseil n'avaient pu s'enlendre sur la réponse à faire à la (pieslion qui leur était soumise. En attendant que l'accord se produisît ou qu'une décision l'oyale intervînt, on s'arrêta au parti d'interroger Jeanne, afin de savoir par ses réponses ce qu'on devait penser d'elle provisoirement, et si ses propositions ou ses desseins valaient la peine qu'on s'y arrêtât '.

(( Nobles, conseillers et g-ens du Roi' se transportèrent au logis où la jeune fille était descendue. Ses compag-nons de route, Jean de Me(z et Bertrand de Pouleng-y, se trouvaient avec elle quand ces personnages arrivèrent. Les deux gentilshommes reçurent les visiteurs et leur présentèrent Jeanne.

La première question adressée à la viei'ge Lorraine fut celle-ci : Datis quel but était-elle venue?

« Jeanne répondit qu'elle ne le dirait qu'au Roi. »

On répliqua que « si on l'interrog-eait, c'était au nom du Roi lui-même ».

1. Procès, t. III, p. II 5. Déposition du président Simon Charles. — En 1429, Simon Charles était maître des requêtes; en i/i56, i était président de la Chambre des Comptes. Il fut chargé de plusieurs ambassades et fut un des personnages les plus marquants de son temps. En mars 1429, il revenait de Venise où il avait été envoyé comme ambassadeur. (Procès, ibid.) Le roi, auprès duquel il était en crédit, lui dit plusieurs fois :< de bien bonnes choses de Jeanne ». {Ibid.. p. 116.) A son retour de Venise, il apprit de Jean de Metz l'histoire de la Pucelle. Sa situation à la Cour faisait de lui l'un des témoins les mieux renseignés sur l'audience de Cfiinon.

2. Procès, t. II, pp. 438, 458. Dépositions de Jean de Metz et de Bertrand de Poulengy.

298 LA JEUNESSK DE JEANNE d'aRC.

Alors Jeanne répondit, ceci :

« Elle avait deux choses en mandat de la part du Roi des cieux : faire lever le sièg-e d'Orléans, et mener le Dauphin à Reims pour qu'il y fût sacré et couronné '. »

A leur tour, Jean de Metz el Bertrand de Poulengy prirent la parole. Ils racontèrent à ces « nobles conseillers et g-ens du Roi » — comme ils racontèrent, à Poitiers, au confesseur de Charles — qu'ils étaient passés par la Bourgogne et divers lieux qu'occupaient les ennemis ; et toujours ils avaient marché sans empêchement quelconque, (( chose dont ils s'émerveillaient beaucoup^ ». Ils portèrent ensuite sur Jeanne le meilleur témoignag-e. Ils affirmèrent avoir absolument foi en elle, les actes de la jeune fille durant le voyag'c ayant toujours respiré la pureté la plus angélique el un parfait amour de Dieu-'.

On rendit compte au jeune Roi de cet. interrogatoire. Sa curiosité fut éveillée. Il manda au château, non la Pucelle, mais les deux gentilshommes qui l'avaient en si haute estime, et il « les lit interroger en sa présence ».

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Jean de Metz et Bertrand de Poulengy, n'ayant pas à ménager la modestie de leui- compagne de route, tinrent à son sujet le langage qu'ils avaient déjà tenu, accentuant l'éloge, loin de l'atténuer, et ils « dirent ce qui est récité cy-dessus"* ».

Après avoir interrogé et entendu la Pucelle, les membres du Grand Conseil ne purent encore se mettre d'accord. « Les uns soutenaient que le Roi ne devait faire aucun cas de ce qu'elle disait; les autres que, puisrpr'elle

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