Procès, ibid. Même déposition
300 LA JEUNESSE DE JEANNE d'aRC.
Jeanne reçut les ecclésiasdques (jui lui étalent envoyés, mais elle ne se laissa entraîner dans aucune discussion. A tout ce qu'on lui demanda, elle se contenta de répondre comme elle avait déjà répondu aux « conseillers, nobles et gens du Roi ».
« C'est au Dauphin que j'ai à parler; à lui seul je dirai tout. J'ai deux choses à exécuter : délivrer (3rléans des Anglais, et mener à Reims le g-entil Dauphin pour qu'il y soit sacré. Il me faut des hommes, des chevaux et des armes '. »
Charles VII, au château de Chinon, avait avec lui la jeune reine. Le bruit qui se faisait à propos de la Pucelle, les séances du Conseil tenues à son sujel, les démarches des conseillers et des ecclésiastiques dont on ne cardait pas le secret, ne pouvaient passer inaperçus de Marie d'Anjou. Est-ce de son [iropre mouvement, est-ce à l'instigation de sa mère Yolande qui désirait vivement que l'audience sollicitée ne fût pas refusée : quoi qu'il en soit, la jeune reine tint à voir et à entendre cette enfani de dix-sept ans qui venait annoncer des jours meilleurs pour la France et pour son Roi. Jeanne parut devant l'épouse de Charles, elle parla, l'enouvela ses instances afin que le Dauphin consentît à la recevoir, et sa cause
1. Procès, t. III, p. 4- Déposition de Danois à l'empiète d'Orléans.
2. Lettre d'un rlievnlier de Saint-Jean-de-Jérusalem, dans J. Qui- CHEiiAT, Procès, l. V, p. 100 : « Evenit ut sine mora ad reginarn accesserit Paella et peteret regem, queni Delphinum appellabal. Non continuit rex, sed statim ad eam accessit. »
Ce texte est formel. De pures hypothèses n'en détruiront pas la valeur.
Jeanne avait parlé à ses jug'es de ses visites à la reine Marie d'Anjou, à Chinon, car ils lui demandèrent si « quand elle visita la reine
CHAP. VIT. — l'audience DE CHINON. 3oi
Sur ces entrefaites, des nouvelles arrivèrent d'Orléans. Elles furent portées par deux seigneurs qui suivaient les opérations du siège, le sénéchal de Beaucaire et Jamet du Thillay qui fut depuis bailli du Vermandois. Le Bâtard d'Orléans les avait envoyés afin d'éclaircir le Ijruit répandu dans le pays Orléanais qu'une jeune fille des Marches de Lorraine avait passé tout récemment à Gien, disant avoir du ciel mission de faire lever le siège d'Orléans et de remettre Charles Vil en possession du royaume de France'. Le Bâtard d'Orléans et les braves capitaines (jui défendaient avec lui la place assiégée s'élaient émus de ce bruit et des espérances qu'il avait fait naître; ils avaient hâte de savoir à quoi s'en tenir. La présence à Cliinon des deux messagers de Dunois^, la nécessité de ne pas les laisser dans l'incerlilude, coïncidant avec le rapport nullement défavorable des ecclésiastiques qui avaient interrogé Jeanne et avec les instances de la jeune reine Marie d'Anjou, décidèrent Charles VII, malgré l'opposition persistante de quelques-uns de ses conseillers, à se prononcer, et après deux ou trois jours d'attente^ Jeanne d'Arc vit s'ouvrir devant elle les portes du château.
pour la première fois, la reine ne l'avait pas ena^agée à (j,uitler l'habit d'homme ». Procès, t. I, p. (fi.
1. Procès, t. III, p. 3. Déposition de Danois. — Le sénéchal de Beaucaire était Raymond de Villars, qu'il ne faut pas confondre avec Archambault de Villars, capitaine de Montargis. (Abbé E. Develle, Jeanne d'Arc à Blois, p. i8; Orléans, 1894.)
2. Quoique le Bâtard d'Orléans n'ait été f;iit comte de Dunois qu'en \l\l\(), nous le désio'nerons habituellement de préférence sous ce nom (pi'ii porte dans l'histoire.