IV. Questions que ce fait soulève
V. La révélation de ce secret constitue le signe spécial prouvant au Dauphin que Jeanne était « envoyée de Dieu ».
L'audience royale terminée, Jeanne, avant de regagner son logis ou d'être conduite à la tour du Couldray qu'elle allait désormais hal)iler durant son séjour à Chinon, entra dans un petit oratoire pour y remercier Dieu de l'accueil que lui avait fait « le gentil Dauphin », et des espérances que lui faisait concevoir cette audience'.
I. « Et tune ipsa recessit (c'est Jeanne qui parle), et ivit ad unam
CHAP. VIII. LE SECRET DU ROI. 3ll
De son côté, Charles VII ne laissa pas ignorer h ses conseillers et aux seigneurs de sa cour les impressions que lui-même en emportait. 11 était tout joyeux des choses que Jeanne lui avait dites; celles qu'elle lui avait communiquées dans leur entrelien intime lui avaient causé un tel étonnement, que dès ce moment, à ses yeux, la cause delà jeune Lorraine était comme çagnée'.
Mais prendre sur-le-champ la décision qui en était la conséquence naturelle n'était point chose dont le jeune prince fût coutumier. Par nature, il était enclin à ne rien précipiter. Dans la conjoncture présente, la prudence lui donnait le conseil auquel l'inclinait son caractère. Elle lui suggérait qu'il ne fallait pas s'exposer à l'accusation déjouer une comédie ridicule en investissant une femme, une toute jeune fille, une paysanne, d'une dignité aussi importante que celle de chef de guerre, et en lui confiant la tâche de faire lever aux Anglais le siège d'Orléans. Sans doute, il semblait « que Dieu, par sa providence, eut voulu choisir la Pucelle à un recoin et extrémité du royaume, le plus éloigné de la cour, et au pays où les Anglais étaient les plus puissants, et fort grossière, menant une vie toute champêtre, afin de lever tous les soupesons qu'on pourrait former qu'elle aurait été instruite pour jouer ce personnage^ ». Mais d'autre part, il était manifeste qu'il y avait des précau-
capellam satis ])rope ». Procès, t. I, p. 121. Interrogatoire du 10 mars, le matin.
Cet oratoire, conligu à la tour du Couldray, était dédié à saint Martin. Les substruclions en ont été récemment mises au jour par l'architecte de la ville de (Ihinon, M. Favreau. (G. de Cougny, opuscule cité, p. 4' •)