Livre Noir de La Rnchelle, op. cit., p
2. E RiGH2i\, l'Iishjiri; de lu Pif'elh d'Orléans, livre I, f'i it).
lions à observer, et l'une des premières consistait à prendre l'avis des seig'neurs el des capitaines.
« Les princes, capitaines et gens de guerre », dans leur façon de parler, ne g'ardèrent pas de ménagements. « Ils n'étaient point d'avis qu'on se commît à une jeune fille, principalement aux affaires de la guerre, vu les grands périls cpii les accompag'nent ordinairement, et qu'il n'est loisible d'}^ faillir deux fois. Et remontrait-on que le Roy, son conseil et tous les Français seraient la fable des nations étrangères et nommément des Anglais; qu'ils seraient notés à jamais d'infamie et témérité, au cas que les gens du Roy fussent défaits par leurs ennemis, qui n'étaient que trop insolents; que, d'ailleurs, en vertu de la loi fondamentale de l'Etat, les Français n'avaient jamais voulu reconnaître les femmes pour les commander'. »
La question ayant été agitée en présence du Roi dans un conseil spécial, il fut décidé que Jeanne serait soumise à un examen en règle dont seraient chargés des prélats et dignitaires ecclésiastiques compétents. Le duc d'Alençon et la Chronique de la Pucelle nous renseignent sur cet examen qui eut lieu à Cliinon même, en consétjuence de la résolution qui venait d'être prise.
« Les prélats chargés d'examiner Jeanne, dit le jeune duc, furent l'évêque de Castres, confesseur du Roi, l'évêque de Senlis, l'évêque de Maguelonne, l'évêque de Poitiers, maître Pierre de Versailles, depuis évêque de Meaux, maître Jourdain Morin, docteur en théologie de Paris, qui « avait assisté au Concile de Constance avec
I. IC. I\iciiEn, Histoire de la Pucelle d'Orléans, livre I, fu 21. — Le fond de ces idées se retrouve chez plusieurs chroniqueurs du temps.
Gerson' » et plusieurs autres dont je ue rappelle pas les noms. Ces prélats interrogèrent Jeanne en ma présence : ils lui demandèrent pourquoi elle était venue et qui l'avait fait venir. Elle répondit qu'elle était venue de la part du Roi des cieux. Elle avait d'ailleurs des Voix et un Conseil qui lui dictaient ce qu'elle avait à faire. Quelques jours après, poui-suit le duc d'Alençon, Jeanne, dînant avec moi, me déclara qu'elle avait été beaucoup examinée, mais (pi'elie pouvait et savait beaucoup plus de cboses qu'elle ne l'avait avoué à ceux qui l'inlerrog-eaienl^. »
On [)Ourrait penser qu'il y a ici confusion et qu'on
1. E. RiciiER, Histoire de la Pncede , f» 21, v". Nous avons déjà dit qui était le futur évè(iue de Castres, confesseur du roi, Gérard Machet, prêtre grave et doux, digne élève du docte et pieux Gerson.
I/évèque de Maguelonne se nommait Guillaume Leroy, prélat aimé de ses diocésains.
L'évêque de Sentis serait, d'après le P. H. Denifle [Chartalar. Cniv. Paris., t. IV, p. 5i5, note 7), Jean Raffanel, alors confesseur de la reine; d'après J. Quichcrat, ce serait Simon Bonnet, son neveu, qui fut évèque de Sentis en i447 (Procès, t. 111, p. 92, note i), et Nicolas Le Grand, d'après E. Richer. (Op. et lac. cit.)
L'évêque de Poitiers avait nom Hugues de Combarel, prélat vertueux et intègre; le sire de Giac avait voulu le faire noyer en 1426.
Pierre de Versailles, de l'ordre de Saint-Benoît, était abbé de Talmont et religieux exemplaire.
Il faut, d'après Maan, chanoine et historien de l'église de Tours (in-fû, 1GG7, p. i03), ajouter à ces noms celui de Philippe de Coctquis, alors archevêque de Tours, dans le diocèse duquel était Chinon, et que Charles VII avait en grande estime [Gallia Chrisliana, t. XIV, col. 126). D'après Jean Leclerc de Boisrideau, écrivain ecclésiastique du dix-septième siècle, c'est l'archevêque de Tours qui aurait présidé l'examen de la Pucelle à Chinon.
Sur le Dr Jourdain Morin, voir le Chartidarium Univers. Parisiensis, du P. H. Denifle, p. 5i/|, note 2.
2. Il faut entendre ceci, non d'un savoir et d'un pouvoir humains, mais des rapports de la Pucelle avec ses Voix, des choses qu'elles lui révélaient et qu'elle devait exécuter au nom de Dieu.
3l4 LA JEUNESSE DE JEANNE d'aRC.
fait siég-er à Chinon la Commission d'examen qui siégea peu après à Poitiers, Les paroles qu'ajoute le duc d'Alençon coupent court à toute interprétation de cette nature et préviennent tonte ombre de doute. Les voici :
« Après avoir entendu le rapport des prélats commis à l'examen de Jeanne, le Roi voulut que Jeanne se rendît dans sa bonne ville de Poitiers, et en celte ville elle subit un nouvel examen. Mais je n'assistai pas à l'examen qui eut lieu à Poitiers'. »
De son côté, l'auteur de la Chronique de la Pucelle, Cousinot de Montreuil, dit : Après l'audience du château de Chinon, « le Roj assembla son conseil pour savoir ce qu'il avait à faire. Si fut advisé que certains docteurs en théologie parleraient à elle et l'examineraient, et aussi avec eux canonistes et légistes; et ainsi fut faict. Elle fut examinée et interrogée par diverses fois et diverses personnes; dont était chose merveilleuse comme elle se portait en son faict, et ce qu'elle disait luy être chargé de par Dieu, comme elle parlait grandement et notablement, vu que en autres choses elle était la plus simple bergère que on vil onques.
(( Entre autres choses, on s'esbahissait, comme elle dit à messire Robert de Baudricourt, le jour de la bataille de Rouvray, ce qui était advenu; et aussi de la manière de sa venue, et comme elle était arrivée sans empêchement jusqu'à Chinon^. »