I. Procès, t. III, p. 2o5. Déposition de frère Seouin
358 L\ JEUNESSE DE JEANNE d'aRC.
et (le Blois jusqu'à Reims n'y avait pas de place fVanraise' » ?
Jeanne maintint son aftlrmalion et ajouta que le saerc aurait lieu dans le courant même de l'été'.
On lui demanda comment elle savait ces choses, en particulier que le siège d'Orléans serait levé.
La jeune fille répondit qu'elle les savait par ses Voi:r et que la levée du siège lui avait été révélée. « l'aile en était l)ien ceilaine, et elle l'avait communi(pié au Dauphin-''. »
On voulut avoir la raison de cette persistance de Jeanne à donner le titre de Dauphin à Chailes VII et non celui de Roi.
Elle répondit : « Je ne lui donnerai le titre de Roi qu'après qu'il aura été sacré et couronné à Reims où j'ai mission de le conduire ''^. »
Frère Seguin de Seguin ne voulut pas prendre au sérieux les explications de la jeune fdie; s'imag'innnt la déconcerter par une question inattendue, il lui demanda brusquement « quelle langue parlait la Voir qu'elle entendait, — quod idioma loquebntiir uox eidem laquons ».
— Un français nieilleur que le vôti'c, réplirpia Jeanne qui parlait, elle, un très bon français.
Le brave dominicain fut tout décontenancé.
— C'est que c'était vrai, disait-il aux juges de la
1. GousiNOT DE MoiNTREuiL, Cliroiiique de la PaceUe, pp. 270, 27G.
2. Procès, t. IV, p. 426. <( Rex ia ipsa aestate coronabitur. »
3. « Erat bene secura quod levaret obsidionem Aurelianenscm, per revelationem sibi factam, et ita dixcral retifi suo. » Proccs, t. I,
4. Procèa, t. III, p. 20. Déposition de Fran(;ois Garivel, conseiller général au fail de la justice et des subsides.
CIIAP. IX. L\ CO^tMISSION D:î POITIKRS. i).")!")
rélinhilitalion luec une honhoniic cliarmaiitc ; je parlais limousin.
Embarrassé de sa déconvenue, frère Seguin fil à .leanne celte autre question :
— Croyez-vous en Dieu?
— Mieux que vous, re[)artil la jeune fille'.
(( Tout cela est bien », dit alors un autre théolog-ien, de l'ordre des Carmes, nullement bonhomme celui-ci, mais un « bien aig-re homme », remarque le Chroniqueur'; « au demeurant, Dieu détend de vous croire sans un signe qui montre pourquoi et par qui vous êtes envoyée. »
Jeanne répondit : « Menez-moi à Orléans, et je vous montrerai les sig"nes de ce pour quoi je suis envoyée. Le signe que je dois donner de par Dieu, c'est de faire lever le siège de celte ^i!lc el de faire sacrer le Roi à Reims. Qu'on me donne le nombre d'hommes (jue l'on voudra, et je ne doule pas que ainsi ne soit fait'. »
A[)Iusieurs reprises, les maîtres cl docteurs insislèient