‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 209 sur 306 · P/-ocès, t. m, lue. <-il · texte numérisé non relu

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CIIAP. X. LA rjIMMISSION DE l'OITIEl\S (FIi\). 38/

« La loi morale iriiiterdiL pas l'usage de l'Iiabit viril el des armes à une Piicelle telle que Jeanne, à làme virile et martiale. Le Roi du ciel lui-même, par des sig-nes certains, l'a choisie comme porte-étendard pour exterminer les ennemis de la justice et venir en aide à ses amis. De la sorte, il se sert de la main d'une femme, que dis-je, d'une jeune fille, d'une vierg-e, pour confondre la puissance de l'iniquité, avec le secours des Ang-es qui chérissent la virginité en laquelle ils voient en quelque manière une SŒ'ur, comme le dit saint Jérôme et comme l'Histoire sainte l'a souvent montré'. »

Gerson termine en adjurant les défenseurs de la bonne cause (' de ne pas rendre inutile, par leur incrédulité, leur ingratitude ou autres injustices, le secours divin qui \ ient de se produire de façon si manifeste et si merveilleuse, — ne faciat (pars habens justam causam) irritain diuinuni tam patenter et mirabiUter auxiliuni inchoatiini '^ ».

Deux mois après la publication de cet écrit, digne d.ins sa brièveté du nom qu'il porte, le 12 juillet 1429, Gerson mourait à Lyon à l'âge de soixante-six ans. On

1. « Nec lex moralis damnai usum vestis virilis et uiililaris in Puella nostra virili et militari, qiiam eœ certis signis elegil Re-r cœlestis, tan(juam vexilliferam ad contcrendos hostes justiliœ et amicos sublevandos ; ut in manu feminse pueliaris et virginis confundat i'ortia iliiquitatis arma, auxiliantibus Angelis, quibus virginitas arnica est el cognata, secundum Hieronymum, et in sacris historiis fréquenter apparuit. » — Procès, t. IIJ, p. 3o5.

2. Ihid., pp. 3o5, 3oG. — Cet opuscule de J. Gerson fait songer au document qu'un érudil italien sig-nalait en 1891 au monde savant : « document composé vers la fin de 1429 ou dans les commenccmenis de \[\Zo, par un tiumaniste de Crémone nommé Cosma liaimondi, sur la mission de Jeanne d'Arc ». Voir aux Ao/es el Pièces jnsiijivatives.

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sait que ce prêtre admirable passa les dix années de son séjour en cette ville à instruire des petits enfants. 11 leur demandait, pour toute reconnaissance, de dire cha- (pie joui- dans leur prière : « Seig"neur, ayez pitié de votre pauvre serviteur Gerson ! » Sur la pierre de sa tombe, il ne voulut que ces mots : Sursiim corda!

Avec le rapport de la Commission de Poitiers et la décision souveraine qui en fut la conséquence, les préliminaires de la mission de Jeanne prennent fin. Quoi qu'il en fût des idées que les prélats et docteurs, les conseillers du roi et le roi lui-même concevaient de cette mission, certainement ils ne la considéraient pas comme suspecte, et le sentiment auquel s'ouvraient les cœurs était bien l'espérance : chez les uns, l'espérance en une intervention divine; chez les autres, l'espérance en cette divinité capricieuse que les hommes honorent sous le nom de fortune.

Ce qui ressort des pages précédentes, c'est que la simple villageoise qu'était Jeanne ne s'était pas méprise sur les moyens propres à inspirer ce sentiment. Dans les faits et raisons qu'elle a présentés, il y a lieu de relever une clarté, une solidité, un enchaînement logique qui ne pouvait pas ne pas frapper les esprits réfléchis. Après tout, c'était le tableau de sa mission tout entière qu'elle dessinait en raccourci. Aucun des éléments essentiels n'y faisait défaut : l'appel de Dieu qui était venu la ciiercher dans un petit village de la vallée de la Meuse, la disproportion manifeste qui éclatait entre l'œuvre colossale à exécu-

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ter, « le recouvrement et le salut du royaume », et la faiblesse de l'instrument que la Providence avait choisi; la nature des preuves qui devaient éclairer ces desseins mystérieux, à savoir les révélations et promesses à portée objective que l'envoyée de Dieu ne cessait de faire entendre, les unes à brève, les autres à plus longue échéance, et par là même les deux missions partielles qui devaient constituer sa mission totale, la mission de vie et la mission de survie; au bout de tout cela, le salut du pays, l'expulsion de l'Anglais qui en seraient le couronnement.

A Poitiers comme à Chinon, comme à Yaucouleurs, Jeanne fera passer les parties de ce tableau sous les yeux de ses auditeurs et des membres de la Commission royale d'examen. Elle mentionnera successivement :

L'appel de Dieu. — Elle vient, dira-t-elle, comme elle le disait à Baudricourt, de la part de son Seii^neur, c'est à savoir, de Dieu.

Elle vient, non d'elle-même, déclarera-l-elle aux prélats et docteurs, mais pour exécuter l'ordre qu'une voix d'en haut lui a fait entendre.

L'objet de sa mission. — Elle vient parce que les temps sont mauvais, que les événements vont être décisifs, et qu'il s'agit de « recouvrer la France », de la rendre à elle-même. Est-ce qu'Orléans n'est pas sur le point de succomber?

Les promesses et les gages du secours de Dieu. — Elle Nient pour être en aide au royaume et au roi. Le premier gage qu'elle donnera sera la levée du siège d'Orléans. Puis viendront la défaite des Anglais et le couronnement du jeune roi à Reims.

Les prédictions et réuélations à portée objective véri-

SgO LA JEUNESSE DE JEANNE u'aRC.

fiable. — L'envoyée de Dieu ne cessera de les renouveler. A Baudricourl, elle a révélé l'échec de Rouvia\ ; au Dauphin, le secrel connu de lui seul et de Dieu ; aux seigneurs de la cour, les événements énumérés dans la lettre du sire de Rotselacr; aux membres de la Commission de Poitiers, les prophéties étonnantes que ra[)pelait le dominicain Seguin de Seguin, piophéties dont ii a\ail constaté l'accomplissement.

Les deux missions successives de oie et de survie composant sa mission totale. — Ces prédictions et promesses de la Pucelle se divisent en deux classes dont l'une apparaît en [)leine lumière, et dont l'autre reste enveloppée d'un voile qui ne sera déchiré que lorsque les faits annoncés auront été accomplis. A ces deux classes de prédictions correspondent les deux missions de <( vie » et de « survie » entre lesquelles se partag-e sa mission totale. Aucune obscurité ne plane sur les prédictions ou révélations à portée objective de la mission de vie, preuves aisément vérifîables, parce que, à C(Mé de la révélation énoncée, les contemporains ont vu se produire et ont constaté le fait qui l'a réalisée.

Mais les prédictions concernant la mission de survie sont demeurées pour eux— quelques années du moins — environnées de ténèbres, parce que Jeanne étant morte avant leur accomplissement, ils les ont oubliées ou considérées comme non avenues. Telles ont été les prédictions de la paix d'Arras, de la soumission de Paris, du retour d'Ang'lelerre du duc d'Orléans prisonnier, de la délivrance tînale.

Pourtant ces ténèbres ne devaient pas être de long-ue durée. Les événements allaient les dissiper et montrer dans sa belle unilé la mission de la Lib('ra(i'ice. Le jour

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